ADRIANA MATER
Adriana Mater, créé à l'Opéra Bastille le 30 mars 2006, est le second opéra de
Kaija Saariaho.
Le livret est d'Amin Maalouf, qui avait déjà signé celui de
L'Amour de loin, le première opéra de
Saariaho (2001).

Le texte est très simple mais l’écriture d'un livret n'est pas celle d'une pièce de théâtre : chant, orchestre et costumes apportent plus au texte que la simple lecture des répliques.
Adriana Mater se passe dans un pays en guerre.
Adriana se prélasse devant sa maison en chantant un vieux refrain nostalgique. Elle rêve du prince charmant. Lorsqu'elle veut rentrer chez elle, sa route est barrée par Tsargo, un jeune homme ivre. Elle se refuse à Tsargo, elle le trouve grossier et bien trop porté sur la bouteille. Il s'en va, humilié.

Plus tard, les grondements de la guerre font écho à la fureur de Tsargo. Le jeune homme revient en habit de combat, une arme à la main. Il frappe à la porte d'Adriana. Sous prétexte de surveiller des troupes ennemies, il force la porte… et l'on comprend que la jeune femme est violée. Tsargo disparaît.
Adriana est enceinte. Elle discute avec sa sœur, qui lui reproche d'avoir choisi de garder l'enfant.

L'enfant à naître porte deux sangs, celui d'une victime et celui du bourreau. «
Sera-t-il Caïn ou Abel? » se demande Adriana.
Elle cache la vérité à son fils , Yonas.
Dix-sept ans plus tard, l'adolescent apprend la vérité par une tierce personne. Son père n'est pas du tout mort en héros en essayant de les protéger, comme Adriana le lui avait toujours raconté. L'adolescent est ivre de rage.
« Ne crois-tu pas qu'il est encore plus lourd à porter,
Le mensonge ?
Quand tout le monde connaît la vérité sur toi,
Et que toi tu l'ignores ?
Quand tout le monde autour de toi chuchote,
Avec pitié, avec mépris,
Sans que tu en devines la raison ? »
« Yonas,
De grâce, suspends ton interrogatoire !
Puisque tu es devenu soudain adulte,
Viens te mettre un instant à ma place,
Sur la chaise de l'accusée !
A toi de répondre maintenant !
A quel âge aurais-je dû dire à mon enfant que j'avais été violée ?
Et que le violeur était son propre père ?
A quel âge dis-moi ? A quatre ans ? A huit ans ?
Ou dix ans ? Ou douze ?
Le Ciel ne m'a pas envoyé mon fils emballé dans la soie,
Avec un mode d'emploi !
J'ai dû lui inventer un avenir, un passé, et une vie quotidienne.
…
Je t'ai aimé comme j'ai pu, Yonas,
A toi maintenant de m'aimer
Autant que tu pourras. »Apprenant le retour de Tsargo, Yonas crie vengeance et se met en quête de son père pour lui faire payer son crime. Adriana ne cherche pas à l'en dissuader.
Yonas va donc à sa rencontre. L'autre, de dos, ne fait pas trop de difficulté pour avouer qui il est et ce qu'il a commis. Yonas lui annonce qu'il a l'intention de le tuer. Mais il ne veut pas le frapper dans le dos ; il lui demande de se retourner, et de le regarder. Tsargo se retourne lentement…

La fin de l'opéra porte sur la question de savoir si Yonas mettra sa vengeance à exécution ou non. De cela dépend s'il est le fils spirituel de son père ( un criminel donc ) ou celui de sa mère Adriana
« Cet homme méritait de mourir, mais toi, mon fils, tu ne méritais pas de le tuer », lui dit Adriana.
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)