Premier message en ce lieu, je vous prierais donc de pardonner les maladresses formelles du débutant.
Il me faut d'abord me faire violence pour ne pas réagir sur le thème des rapports entre Hamsun et le nazisme. Des dizaines (des centaines ?) de personnes plus ou moins compétentes et connaisseuses de l'œuvre du Norvégien l'ont fait auparavant, cela n'est pas bien difficile à trouver sur Internet. Je dirais simplement que je m'inscris en faux par rapport au rapprochement qui a été fait avec L.-F. Céline. S'il le faut, j'expliquerai pourquoi cela une autre fois, mais ce n'est pas vraiment le plus intéressant.
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Concernant l'œuvre de Hamsun, j'encourage vivement quiconque hésiterait à se lancer et à se procurer une sorte d'anthologie parue dans la collection La Pochothèque du Livre de Poche, pour une vingtaine d'euro.
On y retrouve les trois premiers grands romans de Hamsun, à savoir
Faim (et non pas
La Faim, dans une récente traduction de R. Boyer qui rend mieux l'œuvre initiale que celle quelque peu édulcorée de Georges Sautreau),
Pan, l'histoire d'un lieutenant qui gagne les forêts du Nordland pour y vivre en proximité avec la nature, mais que la civilisation rattrape bien vite. Et surtout
Mystères, chef d'œuvre étrange, envoûtant et méconnu qui surpasse, à mon humble avis, les deux précédents.
Puis viennent les trois romans de la trilogie de Knut Pedersen, véritable double vagabond de l'écrivain, qui proposent une réflexion intéressante sur le temps qui passe, et sur l'âge qui vous surprend. Il s'agit cependant des trois pièces les moins importantes du recueil.
Enfin, la trilogie d'August le marin, personnage le plus truculent de Hamsun et peut-être de la littérature du 20ème siècle, avec les Valeureux d'Albert Cohen. Au travers des péripéties d'August et de son complice Sivert, Hamsun dresse un tableau de l'arrivée de la modernité (banques, tourisme, industrialisation) dans la Norvège septentrionale, en prenant partie contre, sans jamais en avoir l'air. L'ambiguïté entre les réflexions d'August, celles du narrateur, et les quelques passages que l'on sent bien livrés directement par l'auteur, sans filtre ni prisme, est fascinante. A noter que le dernier roman de cette trilogie se déroule dans la ville de Segelfoss connue du lecteur de l'intégralité de l'œuvre pour être la ville où se déroule le diptyque antérieur
Enfants de leur temps/
La Ville de Segelfoss, qu'il est donc agréable d'avoir lu précédemment, même si ce n'est pas indispensable.
Et si après cela, vous n'êtes pas rassasiés,
Le Cercle s'est refermé, dernier roman de Hamsun, est aussi très sous-estimé, sans doute pour n'avoir pas de personnage fort et mémorable comme la plupart de ses autres romans.
Victoria est une belle histoire d'amour, plus classique mais très émouvante, dans un style très original. Le diptyque
Benoni/
Rosa est à réserver aux admirateurs absolus de Hamsun, tout comme ses pièces de théâtres et son recueil de poésie.
Au pays des contes, récit de voyage début de siècle dans lequel Hamsun s'embarque dans un périple à travers la Russie est à lire si le regard du Norvégien sur le monde vous intéresse.
Un bémol sur l'étrangement intitulé "L'éveil de la glèbe" (
Markens grøde signifiant clairement Les Fruits de la terre) qui n'est disponible en français que dans une traduction assez médiocre de Jean Petithuguenin. Une nouvelle traduction arrivera sans doute un jour en français : il semblerait que l'éditeur qui détient les droits s'y oppose pour le moment, pour des raisons qui m'échappent absolument. L'ouvrage est d'une richesse et d'un lyrisme somptueux en bokmål et la traduction française ne vaut que pour les idées qui y sont développées. Peut-être est-il préférable d'attendre un peu pour s'y attaquer.