A Saint-Malo, au bout de la jetée se trouve la tour Solidor. La mer vient s'écraser au pied des trois tours réunies par de petites courtines. Le vent s'engouffre dans cet ouvrage par de multiples ouvertures.
Le promeneur attiré par le monument, par les bateaux alignés le long de la jetée avancera sans prendre le temps d'admirer le promontoire naturel qui surplombe la tour. Très colorées, les giroflées jaunes et les penstemons écarlates pourront attirer son regard un instant mais souvent il s'en détournera.
Et pourtant, s'il prenait l'envie au promeneur de s'écarter de la route et d'emprunter la raidillon menant au monticule terreux qu'elle ne serait sa surprise !
Là vit, à l'abri des regards, un peuple joyeux qui passe son temps à danser, parler, rimes, lire et écrire. Dans la nature, ces petits personnages habitants sous terre se déploient librement, jouissent sans entrave aucune des beautés et des couleurs offertes.
Gnomes, elfes, lutins, différents noms peuvent les désigner, mais ils sont les nains de Saint-Malo et ils en sont fiers. Peuple érudit de lecteurs et de scipteurs.
Lecteurs ils sont, lisant sans relâche les ouvrages les plus divers, en toutes langues, de toutes époques et de tous styles.
Scripteurs ils sont prenant une plaisir immense à consigner par écrit leur réactions aux écrits qu'ils ont lu, rimant sans cesse, jouant avec les mots et les phrases...
De petites tailles, plus petits que les elfes, vêtu de drap vert et de chausses brunâtres, rien ne les distinguent des peuples des autres contrées si ce n'est qu'on ne les trouve jamais nulle part sans un livre.
Ils vivent dans la paix, en harmonie avec le peuple des grans'hommes, leur savoir faire ne trouvant pas grâce au yeux de ces derniers. Ils vont où bon leur semble, sans contrainte, se posent à l'ombre des genets pour pouvoir lire à leurs aises. Ils sont heureux dans leur monde d'esthète et de plaisir. Tout n'est que rimes, mots et poésie.
Ou plutôt n'est habituellement que rimes, poésie...
Car ce peuple si joyeux est frappé tous les ans, toujours à la même époque, par le malheur. Deux jours d'effroi où ils se terrent tant bien que mal mais où la main sournoise et inquiétante de l'ennemi vient les débusquer... Chaque année des membres de leur peuple disparaissent ! Pour aller où ? Pour quoi faire ? Nul ne le sait !
Aucun des membres disparus n'est jamais réapparus. Jamais ! Exilés sans aucun doute dans un lieu effroyable, soumis à l'accomplissement d'horribles tâches et de noirs desseins.
Nargain et Askilgrom, deux nains du peuple de Saint-Malo, érudits parmi les érudits ont étudiés le phénomène inquiétant après la disparition d'Athatwin. Athatwin avait un véritable don, plus que tout autre nain, pour lire et donner du sens à ses lectures ; elle embellissait les mots qu'elle lisait et les offrait à tous, leurs donnant le véritable sesn qu'ils devaient avoir.
Nargain et Askilgrom menèrent donc leur enquête, prirent des risques insensés pour quelques maigres résultats.
Ils purent observer que ces jours démoniaques revenaient tous les ans, au moment d'un grand rassemblement de grands'hommes à Saint-Malo.
L'année suivant la disparition d'Athatwin, à la date du rassemblement des grans'hommes, Nargain se posta en haut de la butte, face à la tour Solidor....
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Le jour où les terriens prendront figure humaine, j'enlèverai ma cagoule pour entrer dans l'arène.
Hf Thiéfaine