La terre de Pierre
Ville de banlieue.
La voie passait devant les façades de meulière que Pierre avait toujours trouvées austères, jamais jolies. Tout particulièrement à cette heure où dominait encore le gris. Ces blocs tachetés de diverses nuances de brun le faisaient penser, avec leurs irrégularités, à une croûte peu saine sur une blessure en voie de cicatrisation. Certains adoraient la meulière ; il le savait. Lui n'aimait pas la banlieue. Les gens y avaient perdu leurs racines et, partant, le sens du contact. Là la vie lui paraissait factice.
On ne choisit pas tout, comme l'on dit.
Pierre vieillissait. Bientôt ce serait la retraite. Curieux comme cela passe vite une vie.
Il se demandait s'il ne devrait pas regagner sa terre. Même après ces décennies passées loin d'elle. Il sentait qu' il était de là-bas, de cette plaine venteuse qui l'avait vu gamin et où il lui restait à présent si peu d'attaches. Qu'importe ! Il est d'autres liens que ceux que l'on noue avec les gens.
Oui, cela le préoccupait depuis pas mal de temps déjà. Une telle délocalisation, hypothétique, posait d'autres problèmes. Pierre préférait le plus souvent les fuir, évitait d'y penser. Il enterrait cette esquisse de projet dans l'ombre de son inconscient.
Toujours cependant, à la moindre occasion, il affleurait ; de plus en plus prégnant.
Il était né là-bas, comme la plupart de ses ancêtres et - question de fidélité et d'amour, à l'image de ceux de sa terre - ne fallait-il pas qu'il y retourne ?
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(PASSAGE) Toi moi ton amour mon amour notre monde comme de nuages et d'ombre des vaisseaux de beauté