Glissade. (le texte dans son intégralité encore non retravaillé - ça me prend toujours des siècles à retravailler ce que j'ai fait)
Glissade sur son visage. Des larmes qu'elle écrase sous ses mains tremblantes. Ce matin, matin gris, matin gris, la voilà qui surgit. Grande, brune, des pleurs plein la figure / le coeur. Je ne faisais rien d'autre que d'aller travailler. Dans le métro « croisée ». Elle ne faisait rien d'autre que pleurer.
Sur la vitre, son visage a glissé. Je n'ai rien fait d'autre que de la laisser.
C'est humain il paraît. De voir pleurer et de se retourner.
C'est humain il paraît. De pleurer et de se cacher.
Des vies de larmes / en moi / alarment mes émois.
La brune s'efface. « Je » prends toute la place. Je est empathe le temps d'une expiration. Entre deux souffles égocentrés. Je pense à l'autre. Je est l'autre, comme un enfer.
Inexorablement vers moi.
Touché du doigt mes. Touché Coulé. Je m'affale dans le drame. Et contemple joyeuse mes souvenirs en peine.
Je me souviens de moi. C'était en mars, comme aujourd'hui. Ou peut-être en septembre. Ou peut-être pas. Tout se ressemble déjà. S'ébouillonne le sang, crispe les maxillaires, il a frappé dur ce jour-là. Sa main a craqué. Ou mon nez. Du sang, goût du fer, épice de l'enfer. Et des larmes. Du sel sur la plaie. Plus que la douleur, l'égo pulvérisé déverse sa peine sur le plancher.
De l'hémoglobine lacrymale brûle ma gorge de tous ces cris ravalés. Tu ne t'en souviens sûrement pas, c'est ce jour là que je t'ai tuée.
Tu avais l'air de te croire encore vivante, mais tu gisais à mes pieds. Tu pensais que parce que tu frappais plus fort, tu étais en vie, mais de tes poings s'explosaient les dernières traces d'existence que tu ne possédais déjà plus.
J'ai continué à vivre, percutant parfois ton cadavre putréfié. Nos frôlements (fantomatiques) avaient quelquefois des allures de lutte. J'ai bien failli croire une ou deux fois que tu étais vraiment là, mais ton oeil froid noir vide. Impossible d'imaginer ne serait-ce qu'une poussière d'existence.
Voilà longtemps que j'ai abandonné jusqu'à ton enveloppe charnelle. Tu puais grave tu sais.Ton odeur sur mes vêtements me répugnait.
Cette femme, cette grande brune aux larmes brouillant le visage, n'était-ce pas toi ??! Est-ce pour ça que mon autre "je" s'est coupé en deux ??
Dans la rue, des sirènes, une ambulance passe en trombe, éclabousse mes ultimes espérances, nettoie d'un coup l'épaisse couche (rocailleuse) de non dits et de faux semblants. Tu es en vie. Tu es. Tuée tu étais. Tuée tu seras.
Laisse-moi ramasser cette partie gisante de moi, celle que je piétine encore.
Je parcours des distances, tente de rattraper ton absence. Avales les mètres bouffe les kilomètres, boulimie des pas en cadence, à chaque (claque) écrabouiller ton visage bousiller ton (existence) éteindre ton étincelle de vie.
Je marche marche marchemarchemarche et rejoins l'évidence. En bas de l'immeuble où nous étions, mon essence se fend en deux.
Sur l'interphone je ne suis plus.
Sur la boite aux lettres je ne suis plus.
Sur la sonnette je ne suis plus.
Ton nom trône.
Il y a quelque chose de pourri en ton royaume. Les morts se relèvent, réclament vengeance. Un zombi romérien frappe à ta porte. Et tu lui ouvres, le laisses entrer.
Ta mine déconfite, ton visage brouillé de peine n'allègent pas la mienne.
Tu as bousillé ma vie, j'ai envie de dévorer la tienne, déchirer ta chair, mordre tes nerfs, boire ton sang, défoncer tes dents.
Mais je reste les bras ballants.
Babillage babiller les mots s'enchaînent, de ta bouche se déversent m'étourdissent, une mare de mots un tsunami syllabique emplit l'espace. Comment vas-tu Que veux-tu Tu me vois là Oh Désolée Tellement désolée
J'ai cogné J'ai mis du sang sur ton parquet Désolée oui moi aussi Désolée pour le parquet
Ta gueule par terre à coups de pieds à coups de nerfs
J'ai deversé ma colère en litre d'hémoglobine visqueuse.
Repeins ton parquet Rouge Colère, couleur tendance à n'en pas douter. Je n'ai aucun doute quant à ta mortalité, juste le doute que tu aies réellement existée.
Mon coeur bat la chamade
Je tremble
L'adrénaline brûle mon âme
Je vis par ton agonie.
Une bulle de sang éclate au coin de tes lèvres. Plop.
Une nuée d'éternité passagère (envahi) l'espace et s'efface. Me laisse seule, debout. Tu respires encore.
Je me détourne, je m'échappe. Un dernier regard vers toi. Ou peut-être pas.
Mes pas dans l'escalier résonnent.
En bas de l'immeuble, une bouffée d'air frais. Une sonnerie rompt le silence. Sur le téléphone mobile un message : Je suis là, je t'attends.
Tapotements sur le clavier. J'arrive.
Et plus loin mes pas m'emmènent.
Sous mes pieds se coagulent des bouts de toi, collants mes semelles au sol. Allourdissants mes (pas). M'ensevelissent, m'enterrent ici.
Laisser des bouts de moi à chaque empreinte de toi
Dans la mare de ton sang sentir le poids de ma fatale destinée.