Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Petites choses de rien du tout...

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Ezechielle
Sage de la littérature


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MessageSujet: Petites choses de rien du tout...   Sam 21 Mar 2009 - 0:40

Au moment où j'écris, je suis accablé par la fatigue. Une fatigue inutile, une fatigue gratuite, sans raison. Elle ne s'impose pas, j'écris, j'écoute de la musique, mais elle ne prend pas le dessus. Il est rare, en vérité, que la fatigue s'impose. Par sa nature, elle est déjà trop accablée de sa propre lourdeur pour agir de manière quelconque.
Lorsque je prononce le mot "fatigue", j'ai l'impression qu'il fond de lui-même. Il n'a pas le courage de prendre part à la conversation dans laquelle on l'a introduit. Il est sensé terminer le dialogue, une fois cela fait, il n'a plus qu'à disparaître et se rouler en boule.
Mais le mot "fatigue" en français est inadapté. Il ne correspond pas à ce que lui demande sa définition. Son "t" agressif nous maltraite!

La meilleure manière de parler de la fatigue, c‘est de le faire en néerlandais: "Moe"! Quelle meilleure façon de se fatiguer? Dès lors qu'on prononce ce mot, toute envie de bouger disparaît. Comme un chat, il vous regarde avec les yeux mi-clos, complices et tendres, il vous invite à en finir calmement avec l'éveil long d'ennuis pour vous poser tranquillement dans votre absence.
Dans un long soupir: "Moe..." Et je m'enfonce dans un lit bien chaud.


Dernière édition par Ezechielle le Mer 25 Mar 2009 - 16:23, édité 2 fois
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Nathria
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Sam 21 Mar 2009 - 7:34

Hey, mais j'aime bien ce texte, moi... Very Happy Je connais Moe, on se voit souvent en ce moment...

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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Sam 21 Mar 2009 - 22:14

Un texte bien agréable pour contrer la fatigue.

Mais Moe est un mot bien court pour une longue fatigue mais d'un autre côté moins fatigant à écrire ou prononcer sourire

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bix229
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Sam 21 Mar 2009 - 23:01

Moi je n' ai pas de mot/moe pour fatigue... Trop dur !
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Sam 21 Mar 2009 - 23:15

Bédoulène a écrit:
Un texte bien agréable pour contrer la fatigue.

Mais Moe est un mot bien court pour une longue fatigue mais d'un autre côté moins fatigant à écrire ou prononcer sourire


Il semble trop court, mais ça se prononce avec une voyelle longue Very Happy

Ca donne quelque chose comme "Mouuu".
Et si tu es vraiment fatiguée, tu laisse le son [u] accompagner ton souffle jusqu'à ce qu'il s'arrête: "Mouuuuuuuuuuvvvvvffffffffsssssssss....Rrrrrzzzzzzz Rrrzzzzzz Rrzzzz... *dream*" Sleep
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Dim 22 Mar 2009 - 15:06

J'essaierai la technique du souffle Ezechielle !

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Ezechielle
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MessageSujet: Elle est partie...   Mar 24 Mar 2009 - 23:53

La pluie tape sur les carreaux. La pluie… peut-être est-ce ce temps déprimant qui l’y a poussé finalement. Non, je le savais déjà, je le sentais bien avant qu’elle n’en parle, peut-être même avant qu’elle ne le pense.
Et si finalement tout était de ma faute? A force de m’y attendre, n’ai-je pas créé cette situation?
Exactement le genre de questions stupides que je peux me poser à de tels moments. Réfléchir, je ne peux rien faire d’autre. Elle est devant moi, elle attend que je réagisse, mais je ne fais que la regarder.
Au bout de quelques minutes, elle reprend:
- Je te quitte… dis quelque chose au moins!
Lui dire quelque chose? Mais je n’arrête pas d’y penser! Lui dire quelque chose… être direct… dire quelque chose, comme ça, maintenant, sans réfléchir!
- Pourquoi?
Et merde, voilà pourquoi je préfère ne jamais rien dire… « pourquoi? »! Mais quelle question stupide, je le sais déjà!
- Mais parce que j’en ai marre! Tu ne dis jamais rien, tu me laisse tourner à vide devant toi, j’ai l’impression d’être un spectacle! J’aurais tellement voulu qu’on puisse avoir une discussion, au moins une fois! Une vraie conversation… mais tu ne sais pas parler. Tu écris, tu écris, tu écris…
Elle pleure! Elle pleure! J’en étais sûr! Ça me fait une belle jambe, je fais quoi maintenant? Mes personnages se débrouillent toujours dans ce genre de situations, comment font-ils?
- MAIS DIS QUELQUE CHOSE! S’il te plaît…
Bon, pas question de dire une connerie cette fois-ci:
- Tu continueras à me lire?
Bon, on a vu mieux, mais ça va me permettre de réfléchir à la suite…
Elle fronce les sourcils, ma question est bizarre, je suis d’accord.
- Bien sûr enfin! Pourquoi cette question?
- Pour… pour être sûr d’avoir toujours quelque chose à te dire…
Elle sourit! C’est timide, elle pleure toujours un peu, mais elle a souri! Elle m’embrasse, me glisse quelque chose d’incompréhensible à l’oreille…

Elle est partie…
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monilet
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 30 Mar 2009 - 10:37

Il semble bien que l'écriture soit une AUTRE vie. :)

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(PASSAGE) Toi moi ton amour mon amour notre monde comme de nuages et d'ombre des vaisseaux de beauté
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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Dim 5 Juil 2009 - 22:57

Bon, ce n'est pas une "petite chose de rien du tout", mais je ne vais pas ouvrir un nouveau sujet:

Pour ceux qui se rappellent le débat qui avait suivit mon commentaire sur le livre de Bernard Stiegler, vous ne le saviez pas, mais cette lecture entrait en réalité dans le cadre d'un travail pour l'université concernant l'influence des nouveaux moyens de communication sur les médias et la perception de l'information. Je me suis dit que cela pouvait éventuellement vous intéresser:

1) Introduction :

L’apparition de nouveaux moyens de communication au cours du XXème siècle a considérablement influencé la forme des médias. Déjà, au cours des siècles précédents, l’influence de la presse écrite n’avait cessé de grandir en posant des problèmes allant de la politique à l’économique. L’apparition des nouveaux moyens de communication dans les médias a posé les mêmes problèmes, là où la liberté de la presse semblait acquise, de nouvelles pressions apparaîtrons, montrant que la forme même de ces médias inquiète.
L’évolution des médias par le biais des nouvelles technologies s’est souvent accompagnée de récupérations politiques et économiques, remettant souvent en question leur légitimité, surtout aux yeux d’une presse écrite sur le déclin.
De nombreuses critiques dirigées vers ces nouveaux médias, tant sur leur forme que sur leur contenu, demandent à être analysées plus en profondeur afin de déterminer le réel danger des "médias de masse".

Ce travail aura pour but d'analyser la forme de ces nouveaux médias et leur influence sur le contenu informatif, la perception de l'information et leurs récupérations politiques autant qu'économiques.

2) Brève histoire des médias :

Avant l'invention de l'imprimerie par Gutenberg, l'information circulait difficilement. On n'avait de nouvelles qu'au passage de marchands, de voyageur et éventuellement de coursiers. L'information fiable était souvent réservée à la noblesse, au clergé et à la haute bourgeoisie. Les réseaux d'information, lents et coûteux, ont immédiatement induit l'idée d'une information limitée et payante, un quelconque "droit à l'information" était donc tout simplement inimaginable. Les quelques nouvelles auxquelles le peuple se voyait accéder étaient transmises sous forme de chansons, de ragots où l'imaginaire se mélangeait à la réalité, sans qu'une frontière ne soit établie, sans même que le besoin d'une frontière soit ressenti. De plus, la forme orale des ces nouvelles appelle à la discussion, à la surenchère, à l'exagération des faits. Vers la fin du XVème siècle, l'expansion des marchés, l'effervescence politique et intellectuelle demandait des nouvelles plus exactes, plus rapides. Ainsi naquirent les "nouvelles écrites" rédigées à toute vitesse en une centaine d'exemplaires par des copistes dans les grands centres économiques pour être partagées sur la place du marché, aux foires, aux bourses, etc. L'économie n'est jamais très loin de l'information…
Vient ensuite l'imprimerie. Cette invention permettra une plus large diffusion qu'auparavant. Dans un premier temps, le nombre d'exemplaire montera de 300 à 1000 exemplaires et ne cessera de monter jusqu'au début du XXème siècle où certains journaux atteindront régulièrement le million. Les premiers "journaux" ne seront édités qu'à fréquence irrégulière, les nouvelles n'arrivant que de façon incertaine et le niveau d'alphabétisation restant relativement bas. Les pouvoirs en place s'intéressent très vite à la presse sur laquelle ils font peser une lourde censure tout en veillant à disposer de journaux en leur faveur. Certes, la qualité de l'information est toujours douteuse, la publicité prend une place toujours plus grande (parfois cachée), beaucoup de "nouvelles" sont d'avantage des inventions, mais le fait que, à la manière des livres, cela puisse diffuser des idées s'avère dangereux. Presque partout, les journaux devront attendre une autorisation avant de paraître, la censure est forte, ce qui n'encourage pas vraiment le développement des journaux. Les évolutions politiques, comme le parlementarisme, ou tout simplement l'assouplissement de la censure dans des monarchies de moins en moins "autoritaires" permettront une expansion de la presse. Les journaux rédigés en vers ou sous forme de chanson tendront à disparaître, la réputation et la fiabilité de la presse rendra le public de plus en plus exigent.
Au-delà du contenu, qui tient surtout de la direction du journal, et de la censure "explicite", s'ajoute le problème du financement. Souvent, les journaux dépendent de dons privées (rarissimes) ou du financement de l'état. Dans les deux cas, les investisseurs ont un droit de regard sur le contenu, hors, si le but de la presse est de donner des faits réels elle doit pouvoir être libre de toute influence. L'idée sera de se tourner vers les marchands, ceux-ci pourront passer leurs annonces moyennant un financement. Au départ, ce seront les éditeurs du journal qui en profiteront pour vanter la qualité de leurs livres, puis les boutiques, des fabriques et des entreprises. Ces publicités feront aussi peser leur influence sur la presse, mais la possibilité de séparer nettement la réclame du contenu rédactionnel en fera un "moindre mal". L'autre solution pour le financement est évidemment la vente du journal lui-même. Jamais l'idée de rendre le journal gratuit n'aurait été lancée. Si bien que le but sera très vite de faire du journal un produit, vendu à des clients qu'il faut séduire et conserver, le tout sur un véritable "marché de l'information" où chaque éditorial fait de la concurrence à l'autre. La récupération de la presse dans un but financier sera dès lors problématique car les journaux créés à cet effet n'auront aucune forme de déontologie, n'hésiteront pas à se vendre à un parti politique et à faire passer de la publicité dans leurs articles. De plus, ils useront de toutes sortes de techniques pour attirer les lecteurs crédules. L'alphabétisation massive de la population au XIXème et XXème siècle rendront ces techniques de plus en plus fiables, d'autant que le lecteur, s'il a appris à lire et à écrire, ne dispose pas nécessairement des outils intellectuels nécessaires à la critique objective du contenu d'un journal et a vite tendance à prendre les faits qui y sont rapportés pour une vérité absolue.
Mais finalement, comment les journaux parviennent-ils à se procurer des informations? Cette question ajoutera un problème financier supplémentaire à la presse. Chaque journal devra se doter d'un réseau d'information plus grand. Ceux-ci seront rarement à la solde d'un unique journal, ce qui créera un marché en amont de celui que représentent les journaux. L'information y est donnée au plus offrant, et peut elle aussi être influencée, manipulée. De plus, payer le voyage de journalistes ou le salaire de correspondants sur place devient vite problématique.

La presse semble toute-puissante, cependant, son histoire sera parsemée de compromissions l'affaiblissant toujours un temps. Les lecteurs ne peuvent en effet éternellement se faire duper sans s'en rendre compte. Concurrence oblige, les journaux se tirent dans les pattes, cherchent à discréditer l'autre en donnant des versions différentes d'un fait pourtant unique. En outre, les accusations, de plus en plus courantes, de collaboration entre un journal et un parti ou un organisme financier quelconque, forceront régulièrement le lecteur à la méfiance. Malgré tout, la presse écrite se maintient grâce à sa position de monopole, si l'anathème est lancé sur un journal, le public se tourne vers un autre, sans que le média lui-même ne soit remis en question.
Alors qu'au sortir de la Première Guerre Mondiale la presse écrite subit les retours de sa collaboration avec la propagande de guerre, un nouveau média viendra la concurrencer.

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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Dim 5 Juil 2009 - 22:58

Suite:

3) La radio :

Ce que nous appelons communément la "radio" est en réalité une évolution de la télégraphie. La télégraphie a connu de nombreuses évolutions avant de devenir la télégraphie "électrique" que nous connaissons aujourd'hui. Auparavant, il s'agissant de signaux visuels passant par différents postes d'observation. Avec la maîtrise de l'électricité, le système va se perfectionner. Il s'agissait de tirer un fil d'un point à un autre et d'alterner le passage du courant en un certain laps de temps donnant ainsi des "traits" ou des "points" (selon le temps qu'avait duré l'interruption de courant) formant une suite représentant des mots. Ce système ne permettait cependant de communiquer que d'un point à un autre. Avec le temps et les évolutions, il sera possible de faire passer des messages écrits voire des sons. Ces derniers amèneront progressivement à l'invention du téléphone. La ligne ne fonctionnant que d'un point à un autre, le téléphone (comme le télégraphe) devra passer par des intermédiaires, comme une centrale téléphonique recevant les appels et les transférant sur la ligne demandée, permettant ainsi le contact avec la personne désirée. Au départ, le rôle de la télégraphie et du téléphone dans l'information sera limité au transfert de l'information du journaliste à sa rédaction, mais peu à peu, le téléphone donnera l'idée d'un bulletin d'information "parlé". Le principe était de faire passer ce bulletin sur une ligne que l'auditeur éventuel pouvait demander à l'écouter à partir de la centrale téléphonique. Ce procédé assez lourd et inconfortable (puisqu'il supposait que l'auditeur garde le combiné à l'oreille) ne verra jamais le jour à cause d'une invention spectaculaire: la télégraphie sans fil (TSF).
Breveté en 1896 le système de l’Italien Guglielmo Marconi emploie lui aussi des impulsions électriques, mais sous une autre forme. Au lieu de les faire passer par un fil, il s'agit de les faire voyager par ondes hertziennes. Afin de capter ces ondes, il faut être à la bonne fréquence . À partir de là, il s'agit précisément de mettre au point un matériel capable de recevoir ces ondes et d'en moduler la fréquence afin d'obtenir le message désiré. La source est un émetteur (généralement à l'emplacement du studio d'enregistrement), sa portée étant limité, il faut des relais (antennes métalliques sensées capter les ondes électromagnétiques) qui relayeront le message à une autre antenne ou enfin à un poste de radio muni d'une antenne elle aussi métallique. Le nombre de fréquences étant limité, il faudra dès lors légiférer afin que tous les services se servant d'ondes hertziennes puissent bénéficier d'une bande sans parasites. Les premiers à récupérer ce système seront les militaires qui l'utiliseront, quoique de façon limitée, dès la première guerre mondiale. Après la guerre, son utilisation civile sera autorisée.

Naissent tout de suite différentes radios. En effet, l'idée de faire passer un bulletin d'information "parlé" grâce à la télégraphie ou au téléphone n'est pas neuve, et la TSF offre des possibilités immenses: elle ne part plus d'un point pour toucher un seul autre point, le message peut être retransmis à autant de radios qu'il y en a dans le champ d'action des ondes. L'unique achat d'une radio, l'absence d'imprimeries, de journaux, de points de vente, tout cela faire rêver à une information démocratique, presque gratuite. La réalité sera toute autre. Certes la réception des radios sera gratuite pour l'auditeur, mais la radio elle-même a besoin de financement, ne serait-ce que pour payer les journalistes, le matériel et les emplacements d'antennes, de récepteurs, etc. De plus, la démocratie de l'information ne sera qu'à moitié réalisée. Très vite, l'état se rend compte du potentiel de la radio: non seulement elle peut désormais toucher quiconque, mais en plus, elle est très facile d'accès dans la mesure où le problème de la lecture est effacé. Il est dès lors absolument inimaginable de laisser les radios se développer de manière sauvage. Or un média entièrement démocratique suppose la possibilité que chacun puisse s'en servir pour faire passer un message, et plus concrètement, la créations de radios libres (car d'emblée le nombre limité de fréquence rend la liberté d'utilisation totale impossible). La radio sera vite contrôlée par l'état qui cherchera immédiatement une source de financement qu'il trouvera en la publicité, tout comme ce fut le cas avec les journaux. L'emprise de l'état sur la radio rappellera que le combat pour la liberté de presse n'est pas gagné, même si les gouvernements démocratiques en profitent pour donner une certaine qualité aux programmes radios. Dès l'accession au pouvoir des régimes fascistes et totalitaires, la radio servira une propagande efficace appuyée par l'impossibilité de varier les chaînes. Toute radio concurrente est interdite (là où déjà au Etats-Unis on commence à réfléchir à la mise en place de radios privées), et les radios vendues sont limitées à une seule fréquence, ce qui a pour conséquence d'éviter l'écoute d'une radio étrangère ou clandestine, en plus de réduire le prix des appareils, permettant une plus grande diffusion au sein de la société.

Dans la forme, l'information radiodiffusée est radicalement différente de l'information écrite, et ce au-delà du simple fait que sa perception se fait par l'audition et non la vue. Tout d'abord, elle permet de séduire plus facilement les gens par l'ajout de musiques, de sons, de dialogues "vivants" donnant à la radio un aspect immersif que n'a pas nécessairement un journal. De fait, le public sera de plus en plus attiré par la radio, au détriment de la presse écrite qui gagne paradoxalement en qualité. En effet, avec la libéralisation progressive des radios, les publicitaires se détourneront de la presse écrite, moins attirante. Celle-ci n'aura dès lors que deux arguments à développer: une légitimité appuyée par le temps et la qualité de l'information traitée plus en profondeur. La radio aura en effet tendance à rendre les bulletins d'informations de plus en plus expéditifs, il faut faire vite, les programmes doivent s'enchaîner, il ne faut jamais que l'auditeur s'ennuie. Dire que cette tendance à la "vitesse" a été engendrée par la radio est un non-sens dans la mesure où elle ne fait que révéler une tendance, aujourd'hui tant déplorée, de l’Occident. Si au départ les programmes n'étaient pas diffusés toute la journée, privilégiant les temps libres supposés du public, la "marchandisation" de l'information et des moyens de communication en général aura tôt fait de rentabiliser un nombre d'heures de plus en plus grand.
On en vient donc à un nouveau problème, pourtant réglé depuis longtemps dans la presse écrite: le mélange de contenus. On l'a vu, les premiers journaux mélangeaient souvent l'information véritable à la fiction, parfois ceux-ci gardaient-ils la forme des chansons ou de poèmes. La radio disposera de programmes allant bien au-delà du seul contenu informatif. Comme les journaux avaient soutenu leurs ventes avec des nouvelles ou des romans, la radio fera de l'audimat avec les programmes musicaux et autres retransmissions de pièces de théâtre, débats, magazines de divertissement ou d'information. Pour ces derniers, autant sur la forme que sur le fond, la frontière sera de plus en plus floue, renforçant l'égarement de l'auditeur percevant l'information radiodiffusée comme un flux où musique et paroles s'entremêlent constamment, ne créant pas de frontière stable entre information pure et divertissement, publicité. Si formellement les limites sont établies, la passivité de l'auditeur ne l'encourage à les établir nettement. De plus, la forme écrite du journal permettait au lecteur de reprendre l'information, d'approfondir les zones d'ombre à sa guise, le flux qui caractérise la radio l'en empêche, il est vite découragé, préférant recevoir l'information sans la traiter.
Le traitement de l'information pose déjà lui-même problème, si le lecteur avait conscience que l'écriture nécessitait un travail, une déformation (même moindre) des faits, l'auditeur a plutôt tendance à considérer qu'il entend des gens parler, témoigner d'une information qu'il reçoit en direct qui ne peut être travailler et ne peut donc "mentir". La sincérité est assurée par la proximité temporelle qui s'établit entre la diffusion de programme et sa réception par l'auditeur, si bien qu'elle devient gage de vérité. Ce fait sera amené à son paroxysme par H.G. Wells lors de son émission convaincant une large majorité des auditeurs américains de l'attaque imminente de martiens, appuyée par divers trucages sonores. À cela s'ajoute encore la synchronisation des programmes, voulue ou non, la forme même de la radio l'impose. Une émission est diffusée à telle heure, et à cette heure précise, tous ceux qui l'écouteront recevront la même information, les mêmes messages et seront potentiellement touchés par les mêmes sentiments, les mêmes pulsions. L'uniformisation du message (renforcé par l'impossibilité de réfléchir sur son contenu) et du temps induit une uniformisation d'un groupe d'auditeur dont les comportements peuvent dès lors s'apparenter à celui d'un "troupeau". Il n'est pas étonnant que de telles capacités à "créer des masses" aient été récupérées par les régimes totalitaires. Comment mieux contrôler la réception de l'information qu'en la rendant uniforme sur le fond, dans un cadre temporel précis et en diminuant la capacité critique de l'auditeur?

L'attractivité (renforcée par sa gratuité apparente) de la radio additionnée à la crédulité de l'auditeur finiront à faire de la radio un instrument de publicité voire tout simplement un instrument du pouvoir, alimentant ainsi le problème des médias depuis leur naissance: l'objectivité et l'indépendance.

4) La télévision :

La télévision est en réalité un développement de la radio. Il s'agit en effet aussi d'une transmission d'ondes hertziennes traduites non seulement en son, mais aussi en image. Comme pour la radio, la télévision nécessite un réseau d'antennes relais permettant d'acheminer l'information jusqu'au téléviseur disposant d'un système traduisant l'onde en image et en son. La télévision dispose donc des avantages de la radios tout en ajoutant une dimensions supplémentaire: l'image.

La diffusion des premiers programmes télévisés a commencé dans les années 30 mais leur développement fut trop faible pour qu'ils aient un quelconque impact durant la guerre. Ce n'est qu'après que la télévision prendra de l'importance au point de devenir le média par excellence. Comme la radio, la télévision sera très vite le monopole de l'état et son seul financement sera celui de la publicité.
La dimension visuelle qu'apporte la télévision renforce l'immersion dans laquelle était jeté l'auditeur avec la radio. Comme les voix donnaient une impression de proximité avec l'auditeur, les images lui donnent l'impression d'appuyer les faits énoncés. L'image est neutre, on fait appel aux sens, or ceux-ci ne jugent pas, ils reproduisent ce qui est, ce que le téléspectateur verrait s'il était lui-même sur place. C'est précisément cette immersion qui risque d'avoir des répercussions néfastes sur l'information. Un individu qui est pris dans l'action, dans le flot des évènements n'a pas nécessairement conscience de ce qui se passe, il n'a pas l'approche globale qu'est sensé avoir le journaliste ou l'historien. De ce fait, en reproduisant simplement ces évènements, la télévision perd de son intérêt informatif, suscitant au mieux des émotions.
L'information sur écran a d'ailleurs commencé ainsi. Les premiers documentaires diffusés au cinéma étaient pensés selon les mêmes schémas qu'un film: musique d'ambiance, immersion du spectateur, orientation du discours. Il n'est dès lors pas étonnant que l'information diffusée à la télévision ait une forme similaire. Si la musique n'est pas présente pendant les reportages de nos journaux télévisés, elle l'est de plus en plus dans les journaux télévisés anglo-saxons.
La présence d'image fait encore oublier tout le travail qu'il y a derrière, la sélection, les coupures, les prises de vues, pour donner l'illusion d'objectivité#. "Je ne crois que ce que je vois", ramenée à la télévision, cette célèbre citation de St. Thomas devient: "Je ne crois que ce que je vois, or je l'ai vu à la télévision". À la différence d'un tableau de Magritte, la télévision (comme la radio) manquent cruellement d'un rappel à la réalité: "ceci ne sont pas des faits". De la même manière que dans un journal, il s'agit d'une information travaillée, qui se veut certes le plus proche possible du fait brut, mais qui ne peut éviter les déformations. Si un journal de presse écrite crée aussi des groupes de lecteurs, ils ne sont pas aussi synchronisés et uniformisés. L'écriture ne touche pas les sens à la façon des images et des sons qui remettent l'individu dans un cadre de perceptions sensibles sans réflexion.

À l'instar de certains journaux, les chaînes privées ont vu la publicité comme une source de profit et non comme un revenu leur permettant de diffuser leurs programmes, si bien que les programmes n'ont plus eu pour but que de faire de l'audimat et non d'informer ou de divertir véritablement. La conséquence en est un nivellement vers le bas de l'entièreté des programmes télévisuels, en augmentant l'aspect immersif qui attire plus d'auditeurs (comme la téléréalité par exemple). De la même façon que pour les journaux ou la radio, cela a pour conséquence d'entraîner l'entièreté du média sur cette voie. Que l'on veuille ou non entrer dans la logique du marché, si l'on veut continuer à diffuser, à être écouté, on est obligé de jouer le jeu de la publicité, à tel point que les chaînes publiques, affichant jusque-là une volonté de fournir des programmes de qualités, commencent aussi à péricliter.
Un bon exemple de la mauvaise qualité de l'information télévisuelle est la place donnée au sport. Un des critères déterminant si un journal est "sérieux" ou non est de voir s'il dédie une page au sport. Aucun grand journal (comme le Times, le Monde, El-País) ne dispose d'une rubrique "sport" précisément parce que l'information relative au sport relève du divertissement, et non de l'information politique ,économique ou sociale. Qu'il s'agisse d'une chaîne publique ou d'une chaîne privée, les rubriques dédiées au sport disposent d'un temps presque égal à celui attribué au "monde". À cela s'ajoute la surmédiatisation du fait divers, élevé au rang d'information essentielle et montrant bien à quel point le soucis d'audimat prime sur celui d'un contenu informatif de qualité.

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Dim 5 Juil 2009 - 22:59

Suite et fin:

5) L’Internet :

L'Arpanet a été créé dans les années 60-70 aux Etats-Unis dans le cadre d'un programme militaire (bien que les ingénieurs aient été des civils). L'idée était de créer une base de donnée consultable à partir de tout ordinateur sans besoin de mise à jour individuelle (le tout se faisant en une fois sur le réseau). Dans les années 80, le programme est étendu aux domaines civiles en prend le nom d'Internet. Ce n'est cependant qu'à partir des années 90 que l'Internet connaîtra véritablement du succès (grâce notamment à la diffusion de plus en plus aisée des PC, "Personal Computer". Dans un premier temps, l'Internet se résume à des "pages" de textes, parfois agrémentées d'images. Le tout est statique, on ne peut que lire. Cet Internet basique (que l'on appellera le Web 1.0) fera espérer la presse écrite qui tente directement de s'emparer de ce nouveau moyen de communication. Pages, textes, rédaction, voilà un vocabulaire auquel elle est habituée, la voilà en domaine connu. Malheureusement, elle sera vite dépassée. En effet, la forme même de l'ordinateur appelait à l'interactivité. L'apparition de forums, la possibilité de laisser des commentaires, de monter soi-même un site Internet, de diffuser des bande-son et des vidéos rend fait sortir le nouveau média des cadres connus de la presse écrite, de la radio ou de la télévision. Jusque-là, les trois médias avaient pu compter sur la passivité de leur publique, sur Internet, celui qui ne laisse pas la liberté d'expression aux utilisateurs est sûr de voir partir la majeure partie d'entre eux vers d'autres sites plus ouverts à la "socialisation". Cet Internet interactif est appelé le "Web 2.0".
L'interactivité qui s'impose aux rédacteurs de sites d'information sur Internet les oblige à repenser totalement l'information. Chaque sujet, chaque article doit permettre une réponse, un débat, il faut multiplier les liens hypertextes (reliant une page à une autre) et ouvrir un maximum de possibilités à l'utilisateur. La page n'est plus pour elle-même, elle ne constitue plus un ensemble avec d'autres pages d'un même site construit sur une logique, un sujet, un point de vue, elle doit être constamment comparée, survolée, reprise, abandonnée, sans quoi elle n'est tout simplement pas consultée. Or pour acquérir des financements, les sites d'informations ont besoin de s'assurer de la présence d'utilisateurs. En effet, la "volatilité" de ces derniers sur Internet laisse les publicitaires assez réticents, d'autant que le média étant en pleine expansion et en constante évolution, les sites peinent à s'affirmer comme références, étant constamment dépassés par d'autres. La mouvance d'Internet fait peur, elle s'apparente à la réalité sur laquelle la politique et l'économie n'ont de prise que grâce aux "médias" qui ne parviennent pas à trouver leurs marques dans ce "monde virtuel". Si Internet devient véritablement un média, il ne s'apparente en rien aux médias traditionnels car il laisse place à une diversité incontrôlable, sans canalisateur. À l'hypersychronisation de l'information imposée par la radio et la télévision succède sa désynchronisation totale. L'utilisateur peut consulter la "toile" quand il le veut, rien ne s'impose à lui. De ce fait, il faut renouveler le contenu du site constamment, afin de s'attirer un nombre d'utilisateur suffisamment conséquent. Car si rien ne garanti leur passage, comment être sûr que ce que l'information donnée sera effectivement reçue? Les sites qui stagnent trop longtemps perdent leurs lecteurs, perdent leur influence. La télévision et la radio diffusent leurs programme selon des horaires bien définis, en tenant compte des heure "d'éveil" ou du "temps libre" des téléspectateur. L'Internet lui ne dort jamais, il favorise la "dé-temporalisation" de l'information et des activités (puisqu'on ne peut plus parler d'émissions). La possibilité de consulter Internet à partir de son GSM ou de son i-pod appuie cette tendance.
La liberté presque totale dont jouit Internet au niveau légal est renforcé par le caractère international de son contenu: n'importe qui, n'importe où peut consulter Internet et l'entièreté de son réseau. Il n'est donc même pas possible de faire passer Internet par une phase de monopole de l'état, comme ce fut le cas pour la radio et la télévision. Les tentatives de réglementation internationales sur Internet se sont avérées fort infructueuses, chacun trouvant un intérêt à ce que tel ou tel groupe extrémiste, financier, ou d'opposition puisse s'exprimer à l'encontre d'un état "rival".
L'Internet fait espérer une véritable démocratisation de l'information. Comme cela fut dit plus haut, cette démocratisation devait passer par une réponse du public, la possibilité pour chacun de s'exprimer; or l'interactivité d'Internet permet le dialogue et crée véritablement un Forum de discussion. Mais jusqu'à quel point cela soutient-il la démocratie et jusqu'à quel point l'Internet est-il vraiment libre?

Pour répondre à cette question, il faut se demander comment l'utilisateur arrive sur un site.
Lors des débuts de l'Internet, les moteurs de recherche étaient très peu développés, si bien que la "navigation" supposait de connaître l'adresse complète de la page recherchée, limitant ainsi la "volatilité" des utilisateurs. Ce fonctionnement impliquait que l'internaute utilisait Internet dans le but d'aller sur une pages bien précise, ce qui justifiait dès lors la mise en place d'abonnements par micropayement sur la plupart des sites d'information. La publicité pour un site se fait donc à l'extérieur d'Internet: quel livre ne donne pas l'adresse du site de son éditeur? Quel journal, magazine n'invite pas son lecteur à se rendre sur sa page Internet? Quelle émission de télévision ou de radio ne conseille pas de se rendre sur leur site afin de rattraper les émissions manquées? Ces méthodes sont directement liées à l'ancien fonctionnement des recherches sur internet.
Peu à peu, de moteurs de recherches utilisant des mots clefs et scrutant la toile à la recherche des sites les plus visités afin de donner une réponse aux recherches de l'utilisateur verront le jour. Ces moteurs traquent toute évolution sur Internet afin d'optimiser les réponses données à l'utilisateur. Théoriquement, l'utilisateur se trouve dès lors face à l'entièreté du réseau . Avec le temps, les moteurs de recherche ont considérablement évolué, et leur efficacité est allée en grandissant, devenant des points de passage obligés. Les moteurs de recherches s'imposent dès l'ouverture d'Internet, selon le choix de l'utilisateur (qui se voit malgré tout imposer un moteur de recherche avant de modifier la présentation selon ses préférences). Le moteur de recherche permet désormais d'adapter les réponses non seulement en fonction des sites les plus visités, mais ils enregistrent les préférence de l'utilisateur afin de mieux correspondre à ce qui pourrait éventuellement l'intéresser.
Cette évolution a eu deux incidences: l'une sur le comportement des internautes, l'autres sur les aspects financiers d'Internet. Là où l'utilisateur cherchait à se rendre vers le média de l'information, il cherche désormais l'information pour elle-même, où qu'elle soit. Les sites à abonnements sont de moins en moins visités, puisqu'ils bloquent la recherche de l'information, et les publicitaires sont de moins en moins assurés de l'efficacité de leur réclame. Ces derniers ont donc cherché à créer des partenariats avec les moteurs de recherche, et non les sites. La publicité se concentrera sur les moteurs de recherches et sur les sites les plus visités (qui sont ceux que les moteurs de recherchent désignent comme les plus visités).
Encore une fois, c'est le contenu informatif qui en pâtira: le but des sites n'est plus tellement d'informer, la priorité est passée au nombre de visiteurs qu'il faut maintenir tout en assurant l'afflux de nouveaux internautes. Mieux, le but ultime sera de se retrouver dans les premières pages des moteurs de recherche ou carrément sur leur page d'accueil. En effet, les moteurs de recherches sont désormais tout puissants, ils dictent leurs comportements aux internautes, ils leur donnent une liste de sites selon chaque domaine de recherche (information, jeux, sport, encyclopédies, etc.), leur proposent de créer une liste de favoris, de corriger leurs fautes d'orthographe, de surligner les mots clefs de leurs recherches, de les trier par "articles", "vidéo", "images", etc. Les comportements sur Internet sont poussés à la paresse, comme la télévision et la radio poussent à la passivité. Toutes les fonctionnalités mises à disposition de l'utilisateur ont pour but d'encadrer chacun de ses déplacements. Ce dernier se complaît dans ce système par son aspect pratique et l'effet de nouveauté. Celui qui offre le plus de services se voit gagnant et bénéficie de plus gros investissements de la part des publicitaires. Mieux, un moteur de recherche (en l'occurrence Google) offre même la possibilité à l'état Chinois de contrôler les recherches de ses citoyens, permettant enfin un encadrement étatique de ce média trop libre!
Au niveau de l'information, cette évolution couplée à celle de l'interactivité donne lieu à des conséquences plus ou moins malheureuses. Les moteurs de recherchent proposent des sites d'informations. Cependant, l'équipe du moteur en question ne perd pas son temps à faire le travail du journaliste, elle laisse ce soin à l'utilisateur lui-même! Ainsi, le site se régénère-t-il sans nécessiter une équipe de techniciens pour le travailler continuellement. C'est l'utilisateur qui rédige ses articles, donne des liens vers d'autres sites d'information, commente l'actualité. Si en soi la possibilité offerte à chacun de travailler l'information n'est pas une mauvaise chose, lorsque les articles sont directement puisés dans les journaux gratuits distribués dans les stations de métro ou lors des journaux télévisés donnant une information partielle et brute, la qualité de l'information "démocratique" sur Internet est fortement à relativiser#. De plus, la plupart de ces sites d'information n'affichent jamais clairement que l'information provient des utilisateurs et non de journalistes, créant ainsi confusion. En définitive, comme pour la radio ou la télévision, la gratuité apparente de l'information fait oublier sa soumission à la publicité et son contrôle systématique en vue du profit. Enfin, les sites d'information permettant une interaction complète (où l'utilisateur peut donc lui-même rédiger ses articles) demande beaucoup d'esprit critique à l'internaute qui doit bien souvent se tourner vers les sites payants pour accéder à une information journalistique véritable.


6) Conclusion :

Chaque média, à commencer par la presse écrite, induit des comportements au public, traite l'information selon un point de vue déformant et est potentiellement soumis à la publicité. Il ne faut pour autant pas supprimer toute médiatisation de l'information, car elle est une condition de possibilité du système démocratique.
Nous l'avons vu, la presse écrite a elle aussi été déformée par la publicité ou les censures, alors qu'elle fait figure de média sérieux de nos jours. Ce n'est qu'avec l'apparition de la radio et de la télévision que la presse a gagné en fiabilité. Supprimer la radio, la télévision ou, plus récemment, l'Internet, ne ferait que déplacer le problème.
Le média reste un canal obligé sur lequel la publicité semble dicter ses lois, mais en réalité, c'est la "marchandisation" du média qui a permis à la publicité d'acquérir une telle importance, à tel point qu'elle oblige la création de programmes pour attirer, et non informer.
Tant qu'il restera un organe de presse, une chaîne, un site préférant les profits de la publicité à la qualité de l'information, les publicitaires auront toute latitude pour dicter leurs lois.
L'impossibilité de mettre en place un cadre légal dans lequel la publicité serait contrôlée sans que cela ne devienne potentiellement une institutionnalisation de la censure demande de faire appel au bon sens des journalistes et du public. Le problème n'est pas d'ordre législatif, mais éthique, ce qui implique qu'il se trouve au niveau de la société même. La solution la plus immédiate semble être la création de comités éthiques indépendants au sein de chaque rédaction, et une formation déontologique à part érigée en "pilier" de l'information. Ce mouvement devrait être accompagné d'une formation critique plus poussée des citoyens, non seulement à l'université ou dans l'enseignement supérieur, mais des les secondaires, voire les primaires! La question d'une éducation d'ouverture, de réflexion et de respect est le premier pas vers une démocratie véritable et non une libéralisation hors de tout cadre éthique ou "moral" favorisant techniques et économie. Cela implique de revoir le système de valeur sur lequel s'est construit notre société. Celui-ci est réduit à l'argent, dénigrant ainsi toute forme de valeur culturelle, intellectuelle, artistique, humaine qui se retrouve systématiquement inféodée au système économique.

Le but n'est donc pas d'en finir ave les médias, mais de redéfinir un cadre où ces médias pourront se compléter et se développer hors de toute visée purement économique.

7) Bibliographie sélective:

DEMAY François, GARNIER Yves (éds.), Théma encyclopédie, sciences et techniques, l'univers, la terre, les mathématiques, physiques, chimie, techniques, Paris, Larousse (coll. Théma-Encyclopédie), 2000.

DURU Martin, « phrase choc de Pierre Broudieu: "La télévision a une sorte de monopole de fait sur la formation des cerveaux d'une partie très importante de la population" », Philosophe Magazine, 2009, vol. 28, p.78.

FOGEL Jean-François, PATINO Bruno, Une presse sans Gutenberg, pourquoi Internet a bouleversé le journalisme, Paris, Editions du Seuil (coll. Point-Document), 2007.

JEANNENEY Jean-Noël, Une histoire des médias, des origines à nos jours, Paris, Editions du Seuil (coll. Point-Histoire), 2001.

STIEGLER Bernard, La télécratie contre la démocratie, Paris, Flammarion (coll. Champs Essais), 2008.

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 22:49

A la suite de ce message, je vais poster le résultat d'une demi année de recherches, de lectures et de réflexions:

Des liens entre islamisme radical et nazisme


Avant d'entamer la lecture, je tiens à préciser une chose: Islam (avec majuscule) désigne la civilisation, islam (avec minuscule) désigne la religion.

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 22:53

1) Introduction:

Depuis la chute de l‘Union Soviétique, les occidentaux semblent tout juste réaliser la réapparition de deux mouvances d’extrême-droite, l'une semblant avoir été réduite à néant avec la fin de la Seconde Guerre Mondiale (le fascisme et surtout le nazisme sous la forme du "néo-nazisme"), l'autre ne faisant plus figure de menace avec "l'assagissement" des Frères musulmans.
En fait de "réapparition", c’est bien plutôt le vide créé par la disparition du bloc communiste mais surtout la révolution islamique et les attentats spectaculaires revendiqués par Al-Qaïda qui ont laissé une place à l’islamisme dans nos médias. Mais l’islamisme radical a existé bien avant et n’a jamais cessé d’agir au Moyen-Orient et en Afrique. Dès les années 20, les mouvements islamistes sont apparus comme force politique avec les revendications indépendantistes de divers pays sous tutelle anglaise ou française (Moyen-Orient, Egypte, Maghreb, l’actuel Pakistan, etc.). Si ces derniers ont été ignorés par les occidentaux c’est que dès l’indépendance de ces différents pays, le pouvoir en place a pris soin de museler les islamistes (Turquie, Egypte, Iran, Irak). Le nationalisme arabe a primé sur le sentiment "islamique". Les leaders du monde arabe voulaient avant tout imiter l'Occident et son système, le rejet du religieux (comme en Turquie) ou le retrait de celui-ci dans la sphère privée semblait évident. De plus, à travers le panarabisme, on pouvait considérer que s'unifiait la Oumma, et ce notamment à cause de la tendance qu'ont les musulmans Arabes à oublier les "autres" musulmans. Des dirigeants comme Nasser profiteront de l’ambiguïté du nationalisme arabe (à la fois "arabe" et "islamique") en exploitant à fond la carte du panarabisme. La prise du pouvoir par les islamistes en Iran est un véritable coup de fouet pour l’Occident qui pensait avoir à faire à des pays laïcs sur la voie d’une modernisation à l’occidentale. Mais c’était ignorer le fait que ce pays n’est ni arabe, ni sunnite, ce qui place le nationalisme iranien sur un tout autre plan. Malgré le danger de la révolution islamique, qui a pris la force de symbole même dans les milieux sunnites, les américains n’ont pas hésité à armer les Talibans, pour les livrer à eux-mêmes une fois la guerre finie, alors que ceux-ci ont toujours affirmé leur haine de l’Occident. La chute du bloc communiste a favorisé l’émergence de l’islamisme comme une puissance avec laquelle il faut désormais compter, et le matraquage médiatique autour d’Al-Qaïda ne fait que renforcer ce qui n’est dès lors plus seulement une impression.

Pour l’extrême-droite européenne, la prise de conscience est encore plus tardive: ce n’est qu’avec l’élection de Jörg Haider en Autriche et l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections françaises que l’opinion publique sera sensibilisée à une "vague néo-nazie". En réalité, si les partis héritiers du fascisme italien et du nazisme allemand ont été muselés durant les années qui suivirent la seconde guerre mondiale, ils trouvèrent toujours refuge chez les anti-communistes, et ce avec la bénédiction des Etats-Unis, comme ce fut le cas en Espagne, au Portugal ou en Amérique du Sud. De plus, la dénazification n’a véritablement eu lieu qu’en Allemagne. Les Autrichiens, prétextant qu’ils étaient "occupés", y ont eux-mêmes échappé alors qu’ils étaient probablement les plus touchés après les allemands. La résurgence de l’extrême-droite européenne est bien plutôt la résurgence de la peur de l’extrême-droite en Europe.

D’une manière générale, le discours tenu par l’extrême-droite européenne semble tourné vers l’immigration, et plus particulièrement dans nos régions vers l’immigration "magrébine", "arabe", "musulmane" (le tout étant assez grossièrement mélangé). Inversement, le discours tenu par les islamistes radicaux semble tourné vers les "occidentaux", "américains", "infidèles" (le tout étant encore une fois assez grossièrement mélanger).
Il faut tout de même constater que durant la Seconde Guerre Mondiale, ces mêmes islamistes radicaux ont trouvé refuges à Rome et à Berlin alors tenus par ceux qui jetteront les bases de l’extrême-droite actuelle. Pareillement, après la guerre, beaucoup d’anciens nazis deviendront "conseillers" auprès de dirigeants arabes ou entraîneront diverses milices nationalistes ou islamistes, particulièrement en Palestine.
Comment expliquer alors ce revirement de situation? Comment expliquer que deux idéologies qui, un temps, ont semblé s’accorder sont aujourd’hui opposées? Comment cette alliance a-t-elle pu s’écrouler alors que leurs dirigeants d’alors semblaient être en parfaite harmonie?
Tout le problème posé par ces questions réside dans le fait de savoir si l’alliance entre nazis et islamistes radicaux allait au-delà d’un contexte politique propre au monde des années 30, autrement dit: jusqu’à quel point islam radical et nazisme sont-ils idéologiquement compatibles?

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 23:02

2) Un peu d'histoire:

Avant d’aller plus loin, il faut distinguer dans les courants que nous allons aborder ici. En effet, islamisme et nazisme (particulièrement dans sa forme actuelle) ne forment pas deux groupes homogènes.

Le nazisme apparaît déjà dans un contexte où il se trouve minoritaire. En 1919, lors de l’entrée de Hitler au DAP (qui n’est alors pas encore le parti national-socialiste), le parti n’est que la branche politique supposée de la société de Thulé et ne compte guère plus de 200 membres. Les formations politique d’extrêmes droite en tout genre pullulent, et ce jusqu’à leur assimilation progressive par le NSDAP et l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933.
Il faut cependant différencier ces formations d’extrême-droite  "traditionnelles" du national-socialisme. La révolution conservatrice (à laquelle n’appartient pas vraiment le national-socialisme) se caractérise par ses buts monarchistes et sa négation des revendications sociales émises par la classe ouvrière. De ce fait, elles sont soutenues par les industriels considérant d’un bon œil la puissance de ces groupes foncièrement anti-communistes qui, disposant souvent d’une branche armée, assurent leur protection aussi bien sur le plan politique que dans les rues (comme le démontre leur utilisation par le gouvernement lors du putsch communiste). Le national-socialisme, loin d’être un parti de « gauche », parvient malgré tout à se faire entendre par les masses et à représenter une alternative au communisme. Cependant, pour faire évoluer son parti, Hitler devra abandonner la majeure partie de ses revendications sociales, ce qui le rendra plus présentable au grands patrons (presque tous issus de l’ancien régime impérial). L’alliance avec le grand capital sera très vite effective, alors que l’idéologie officielle du parti prônera toujours l’opposition au communisme et au capitalisme. La première grande rupture aura lieu lors de la nuit des longs couteaux où les principaux opposants au sein même du parti ou des autres formations d’extrême-droite seront éliminés ou réduits au silence.
La "populaire" SA sera décapitée et réduite à organiser des réunions d’anciens combattants pendant que ses troupes seront intégrés à "l’aristocratie"1 SS. Quant aux autres partis d’extrême-droite, les "conservateurs" et "monarchistes", ils n’auront d’autre choix que d’intégrer le parti nazi ou de se retirer de la scène politique. Le parti nazi est donc déjà victime de frictions entre les "socialistes" et les "aristocrates". Mais ce n‘est pas là le seul sujet à caution au sein du parti nazi: les questions écologiques, industrielles, culturelles (et plus particulièrement religieuses) et enfin raciales ne font pas l’unanimité. La guerre mettra les choses à plat, et les seules évolutions de la pensée nazie se feront sur les questions raciales (et il n’est pas fantaisiste d’imaginer que certaines ouvertures l’ont été uniquement à des fins de propagande en territoire occupé). Ces évolutions peuvent être jaugées à partir des critères de recrutement de la SS durant la guerre. Ainsi, des seuls allemands, les « races » acceptées passeront aux germains, anglo-saxons, latins, slaves et musulmans.

Durant une grande partie du XXème siècle les mouvements islamistes ont été marginalisés par les causes nationalistes émergeant avec la décolonisation. Il fallait imiter l’Occident, constituer un Etat national et surtout, écarter la religion. Aux yeux de beaucoup, imiter l’ancien système allait amener le monde arabe sur une nouvelle pente. Au contraire, les islamistes ont soutenu (et soutiennent toujours) que le salut du monde arabe ne peut se trouver que dans la réunion de la Oumma et dans un retour aux sources de l’islam. Au début du siècle et jusqu’à la révolution iranienne, le nationalisme a semblé primer. Cependant, le désespoir de la population face aux échecs du nationalisme et surtout face à Israël pousseront les arabes à se tourner vers l’islamisme. En effet, si le nationalisme semble inefficace, que restait-il? Quelle alternative politique s’offrait aux arabes? Pratiquement rien à vrai dire. D’un côté les nationalistes "laïques", de l'autre, les communistes (qui présentaient les aspects laïques jusqu'à l'extrême) et enfin, les mouvements islamistes. À la base de ceux-ci la confrérie des Frères Musulmans fondée par Hassan Al-Banna en 1928 est souvent citée comme fondatrice de l'islamisme moderne2.
Comme le parti nazi, les Frères musulmans arrivent dans un contexte déjà dominé par d'autres entités politiques lui faisant de l'ombre. En effet, le Wafd et le parti Jeune Egypte (constitués sur un modèle fascisant) attirent beaucoup l'attention de la population qui les croit capable de concrétiser l'indépendance totale de l'Egypte. De leur côté, les Frères Musulmans ne s'intéressent à la question nationale que dans la mesure où elle peut leur servir de tremplin pour l'avenir. Les Frères Musulmans se réclamant de l'islam, il leur est impossible d'épouser entièrement la cause nationaliste, l'indépendance de l'Egypte ne doit être que le prélude à une indépendance du monde musulman permettant enfin l'union de la Oumma. Le développement des Frères Musulmans avant et pendant la guerre reste assez limité pour finalement se voir marginalisé par Nasser qui les interdira. L'histoire de la confrérie ne s'arrête toutefois pas là, la visée expansionniste des Frères Musulmans les a très vite poussé à constituer des entités équivalentes dans tout le monde musulman, et cette tendance a été renforcée avec leur situation en Egypte.
Ainsi, dans tous les pays traditionnellement musulmans les Frères mirent en place des branches qui leurs étaient affiliées afin d'étendre leur sphère d'influence. Cependant, ces groupes locaux ne sont pas toujours restés inféodés aux Frères Musulmans, et ce surtout à cause de divergence quant aux buts officiels de la confrérie. D'un côté, certains groupes considéraient que la position des Frères, entre politique et religieux, était intenable et qu'il fallait se focaliser sur un mode d'action, mais c'était nier l'aspect "totalisant" de l'islam tel qu'il était envisagé par Hassan Al-Banna; de l'autre, s'il n'y avait pas de fracture idéologique majeur, le problème était essentiellement la question de la violence. Les Frères Musulmans n'ont jamais adopté de position claire à propos du jihâd au sens de "Guerre Sainte", si bien que les intellectuels qui se penchent encore sur le problème ne sont pas toujours d'accord3.

Un autre courant important dans la propagation de l'islamisme est le wahhabisme. Plus ancien que les Frères Musulmans (ces derniers s'en inspirent d'ailleurs dans une certaine mesure), le wahhabisme a été fondé par Muhammad b. 'Abd Al-Wahhâbqui a pu propager sa doctrine grâce à une alliance habile avec la famille saoudienne qui a depuis conquis la quasi-totalité de l'Arabie. Le wahhabisme prône un retour vers l'islam originel, l'abandon du culte de saints et une épurations des références de l'islam qui doivent se limiter au Coran et à la sunna. Avec une histoire remontant au XVIIIème siècle on peut imaginer que de nombreux changements ont eu lieux, comme par exemple la réduction du terme de la notion de jihad à la guerre sainte et, dans certains cas le jihad est même devenu une priorité! Le but de Muhammad b. Abd Al-Wahhâb n'était pas de fonder une doctrine guerrière, mais simplement de renouer avec les fondements de l'islam "pur" des salaf4.
Actuellement, le wahhabisme dispose de plusieurs avantages dans sa diffusion à travers le monde musulman: le courant est ancien et dispose donc d'une assise de longue date le légitimant dans son message de retour à un islam "pur", l'important soutient politique et financier de la famille royale saoudienne, et la diffusion de sa branche radicale à travers les "exploits" d'Al-Qaïda et des talibans.
Comme la doctrine des Frères Musulmans, le wahhabisme dispose d'un organe transnational (récent) comprenant tous les pays musulmans: la ligue islamique mondiale. Une telle organisation a évidemment pour but de répandre le message wahhabite à travers tout le monde musulman.

1 Il faut toutefois préciser que l’aristocratie nazie n’a pas les mêmes fondements que l’aristocratie conservatrice. Le « gouvernement des meilleurs » rime ici avec le « gouvernement de la race des seigneurs » prôné par les nazis.

2 A. SFEIR, Les islamismes d'hier à aujourd'hui, Paris, Éditions Lignes De Repères, 2007, p. 21.

3 Par exemple, Antoine Sfeir, dans son ouvrage Les islamismes d'hier à aujourd'hui, les conçoit comme un groupe violent, alors que Xavier Ternisien relativisera fort cette idée et imputera l'utilisation de la violence à des groupes divergents. Enfin, un saut sur une page "débat" de l'article Wikipédia traitant des Frères Musulmans suffira pour se convaincre des problèmes que suscite la question: http://en.wikipedia.org/wiki/Talk:Muslim_Brotherhood#Details_about_Political_Program_of_th_MB_.3F (consultée le 12 août 2009).

4 A. SFEIR, Les islamismes d'hier à aujourd'hui, Paris, Éditions Lignes De Repères, 2007, p. 36.

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 23:16

3) Liens historiques:

Les liens concrets entre le IIIème Reich et les islamistes sont nombreux quoique souvent occultés par les manuels d'histoire ou les articles traitant des alliés de l'Allemagne durant la Seconde Guerre Mondiale. Cependant, au bout de quelques recherches, un nom revient très régulièrement: Hadj Amin Al-Husseini, Grand Mufti de Jérusalem.

Ce religieux palestinien a très vite été engagé dans la lutte contre le pouvoir anglais et les Juifs s'installant peu à peu dans la région. Fasciné par l'Allemagne nazie et le fascisme mussolinien, il se tourna naturellement vers eux dans sa lutte contre les Anglais et les Juifs. Lorsque l'Allemagne commença à encourager l'émigration des Juifs vers Israël, il fut l'un des premiers à s'en plaindre auprès des émissaires du Führer et à insister pour que ces transferts soient annulés. Mais ses demandes seront vaines tant que la guerre n'aura pas démarrée et surtout que le corps expéditionnaire de Rommel ne sera pas parti en Afrique du Nord, ce qui aura pour effet de sensibiliser les nazis aux Arabes, ces derniers devenant des alliés de poids. En effet, jusque-là, les nazis n'avaient aucune raison de vouloir aider les Arabes, d'autant que ces derniers étaient sémites, comme les Juifs. Malgré tout, Hitler ne restera pas totalement sourd au discours du Grand Mufti qui bénéficiera dès 1936 de fonds venant des bureaux de l'Abwehr II5. En 1937, Fritz Grobba (consule allemand) est envoyé en Palestine à la rencontre de Hadj Amin Al-Husseini afin de conclure une alliance germano-arabe6. Avec la guerre, l'émigration des Juifs devint beaucoup plus difficile, mais l'Allemagne ne renonça pas à vouloir les faire partir en Palestine, jusqu'à la mise en place de la solution finale. De son côté, en 1941, Hadj Amin Al-Husseini se trouve au côté des putschistes irakiens tentant de renverser la monarchie pro-occidentale en faveur d'un gouvernement panarabe soutenu par le IIIème Reich. L'échec du coup d'Etat obligera le Grand Mufti à quitter le Moyen-Orient. Il demandera asile en Allemagne où il sera même reçu par Hitler, ce dernier, voyant les yeux bleus du Grand Mufti, ira même jusqu'à affirmer qu'il n'était pas arabe, mais de sang circassien7.
En 1943, Himmler décidera de mettre sur pied une division rassemblant des musulmans des Balkans et d'Europe de l'est. Une fois l'autorisation de Hitler obtenue, la division sera rapidement formée (et ce malgré les protestations d'Ante Pavelić) et chapeautée par le Grand Mufti. La création de cette unité au sein de la SS peut poser beaucoup de questions, dans la mesure où cette branche du parti nazi était réputée pour ses règles d'intégrations très strictes. Cependant, le récent ouvrage de Jean-Luc Leleu8 peut apporter quelques précisions tout en cassant un mythe: celui d'une SS racialement "pure". En effet, son étude révèle la souplesse croissante des critères raciaux de la SS. Ainsi, vers la fin de la guerre, les Latins, Wallons, Germains, Slaves, Anglo-Saxons étaient acceptés. La création d'une division presque exclusivement composée de musulmans peut donc être perçue comme une conséquence de l'assouplissement sans cesse croissant des critères physiques et raciaux de la Waffen-SS.
Il faut cependant souligner que des Arabes avaient déjà été intégrés au sein de la Wehrmacht9, mais beaucoup d'étrangers étaient alors déjà recrutés au sein de ce corps d'armée. En effet, la Wehrmacht n'avait pas pour but de représenter les idéaux du parti nazi, mais seulement de combattre pour l'Allemagne, peu importe qui étaient ses soldats.
Il faut en conclure que la création de cette division (la 13ème division de montagne Handschar) revêt une signification très symbolique: elle est l'affirmation de l'alliance, non seulement avec les arabes, mais surtout avec les musulmans en tant que membres d'une communauté religieuse. N'oublions pas que tout élément intégré au sein de la SS doit être "justifié" car elle représente l'élite guerrière et idéologique du parti nazi, si bien que la religion des membres a une importance toute particulière. On peut aussi souligner le fait que la division était encadrée par des Imams et des Mollahs là où les aumôniers avaient toujours été refusés au sein de la division SS wallonne ainsi que dans d'autres divisions SS (ce qui peut être imputé à l'antichristianisme de Himmler). Enfin, retenons cette citation de Himmler ici rapportée par Roger Faligot: « Je n'ai rien contre l'Islam parce que cette religion se charge elle-même d'instruire les hommes, en leur promettant le ciel s'ils combattent avec courage et se font tuer sur le champ de bataille: bref, c'est une religion très pratique et séduisante pour un soldat »10.
Enfin, si beaucoup de volontaires étrangers étaient motivés avant tout par leur opposition au communisme, il faut souligner que la division Handschar participa à divers massacres de population serbe, juive et tzigane11.

Après la guerre, de nombreux officiers, idéologues ou dirigeants du IIIème Reich fuirent en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Cependant, peu d'entre eux furent impliqués dans la création des réseaux islamistes, ils se dirigèrent plutôt vers les régimes nationalistes d'Egypte, de Syrie ou d'Irak. En effet, ces régimes s'inspirent beaucoup de l'Etat Total de Mussolini et du IIIème Reich, les réfugiés nazis y sont donc à leur aise.
Depuis, les liens entre nazis (ou plutôt "néo-nazis") et islamistes est beaucoup plus sporadique, en raison, notamment, du discours de l'extrême-droite européenne à l'encontre des immigrants musulmans. Cependant, Roger Faligot fait mention de divers rapprochements entre des groupuscules néo-nazis et islamistes, sans pour autant donner de sources12 .

En conclusion de ce chapitre, il faut toutefois noter que Hadj Amin Al-Husseini n'est pas souvent cité comme un leader islamiste, mais plutôt comme un défenseur de la cause nationaliste palestinienne et arabe (avec de nombreux rapprochements avec l'OLP), si bien qu'il devient difficile de défendre une alliance effective d'islamistes avec les nazis. De même, les liens que les nazis ont créés avec divers partis algériens concernaient avant tout le PPA (Parti Populaire Algérien) dont la politique était avant tout nationaliste, et non islamiste. De fait, les nazis, en désaccords ou indécis à propos des questions religieuses, s'investissaient plus dans les causes nationales qu'ils comprenaient dans la mesure où le NSDAP était lui-même un parti nationaliste.
Quoiqu'il en soit, une alliance avec les Frères Musulmans eut été plus parlante. Mais justement, Paul Landau13 précise que le Grand Mufti était en très bon terme avec Hassan Al-Banna. Si l'affirmation selon laquelle Hassan Al-Banna partageait l'antisémitisme radical de Hadj Amin Al-Husseini et sa passion pour le nazisme est plus discutable (et surtout difficile à vérifier), il est en revanche indéniable qu'il était inspiré par le fascisme mussolinien et animé d'un sentiment au moins antisioniste (les Frères Musulmans ont envoyé de leurs membres en Palestine afin de participer à la lutte armée14). Cependant, si la pensée d'Al-Banna est plus difficile d'accès, celle de Sayyid Qutb est en revanche beaucoup plus répandue et bien plus limpide (voir chapitre suivant).
Enfin, si Hadj Amin Al-Husseini n'est pas souvent décrit comme "islamiste", il ne fait aucun doute que sa pensée est animée d'un fort sentiment religieux. Ses liens avec les Frères Musulmans n'auraient pas été aussi forts s'il n'avait été qu'un porte-parole du nationalisme arabe, à l'instar du Wafd ou du parti Jeune Egypte. De plus, comme souligné plus haut, la création d'une division SS musulmane (et non nationale, comme c'était souvent le cas avec les corps SS étrangers) est encore une fois révélatrice d'une volonté de s'allier avec l'islam, ou plutôt, une certaine vision de l'islam: guerrier et antisémite.

5 P. SUMAC, « Des musulmans sous l’uniforme noir ! », Les dossiers secrets du IIIème Reich, 2007, vol. 5, P. 41.

6 R. FALIGOT, Le croissant et la croix gammée: les secrets de l'alliance entre l'Islam et le nazisme d'Hitler à nos jours, Paris, Albin Michel, 1990, p. 56.

7 Ibid., p. 144.

8 LELEU Jean-Luc, La Waffen-SS, Paris, Perrin, 2006.

9 S. Fabei, « Les arabes de France et le drapeau du Reich », disponible sur http://pages.livresdeguerre.net/pdf/arabes_france_sous_drapeau_reich.pdf, consulté le 18 Février 2009.

10 R. FALIGOT, op. cit., p. 143.

11 P. SUMAC, op. cit., p. 44.

12 R. FALIGOT, op. cit., p. 245.

13 LANDAU Paul, Le Sabre et le Coran, Paris, Editions du Rocher, 2005.

14 X. TERNISIEN, Les Frères Musulmans, Paris, Fayard, 2005, p. 70.

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