L'amante
I.
Elle pense...
Elle imagine la rencontre, les regards, l'étincelle dans les yeux et peut être le geste discret de la joie de l'approche.
Elle rêve...
Il pense...
Il imagine sa venue, ses yeux comme des étoiles, le mouvement abrégé et révélateur de son attrait pour lui.
Il rêve...
Ils seront tout à l"heure enlacés et les doigts écriront sur les corps des phrases soyeuses et profondes, qu'ils se liront sensuellement en phases successives et sensuelles, coupantes et ravisseuses d'émotions.
Ils le savent tous deux...
En attendant, devant le monde, ils ne peuvent que se vérifier des yeux, s'accorder une complicité espérée, l'extrapoler, peut-être la sublimer.
Ils ne peuvent que s'approcher, se rapprocher, se confondre dans les regards anonymes, s'explorer encore de loin, s'aventurer dans les méandres de l'espoir et du désir ; le désir des Plaisirs.
Ils ne les connaissent pas tous... qui les connaît tous ???
Ils en ont sans doute traversé plusieurs l'Un sans l'Autre. Ils le savent et cela ne les gêne pas.
Il Lui fera deviner l'indicible à l'avance, elle Lui fera toucher d'autres choses en échange...
Elle arrive et le rejoint, et observe ce petit mouvement d'attente et de bienvenue...
Elle-même est dans l'attente...
Il retient son élan, la transperce de sa flamme amoureuse et l'étreint secrètement.
Il est dans l'impatience...
II
Leurs corps s'emmêlent. Quatre mains exploratrices, tour à tour, se frôlent à fleur de peaux. Les gestes furtifs ou vigoureux ont réveillé les envies tout en apaisant les espérances. L'espoir était justement cet éveil là.
Les corps décorent ensemble une petite parcelle de vie gémissante et intime. La plainte est heureuse.
Les bouches rôdent sur des reliefs chauds.
Les langues s'attardent dans l'humidité tiède des secrets.
Les yeux se répondent et les soupirs écoutent l'autre.
Les sens excités, et la joie partagée des doigts les emmurent tous les deux. L'environnement leur parvient ouaté, lointain et extrêmement flou.
Les regards jouissent.
Les soupirs chantent.
L'important est la complicité.
Maladroitement ou de façon experte, les accords restent dans l"amplitude de leurs appétits.
Gémir est un arpège.
Le plaisir découpe des lames puissantes de bien-être. L'allégresse peut se substituer à la simple satisfaction.
...Nul ne peut décrire les situations inconnues. Chacun peut les espérer.
Le rêve est leur réalisation...
Ils refusent tous deux la valeur conventionnelle fidélisant et emprisonnant l'amour ; comme tant d'autres. Ils en ont redécouvert ses paysages cachés et l'attirance de l'exploration ; Ils ont intégré depuis longtemps la puissance de l'échange éphémère et osé en prendre l'espace et le temps.
Elle a envie de Lui, elle veut le toucher, le faire frémir, le sentir, l'observer, et le boire.
Il La désire, et souhaite la toucher, la faire frémir, la sentir, la regarder, la pénétrer.
Elle peut apprendre et comprendre, Il peut comprendre et apprendre. Ils pourront même être surpris de leur audace ! Sourire...
III
Elle a cherché à explorer le corps de l'Amant. Sa joue a lissé le torse du Compagnon et sa main s'est faite tendre pour découvrir le creux des cuisses et de la nuque.
Lui l'a emmenée vers des positions insolites et l'a étreinte avec force. Ses bras l'ont entourée et rassurée.
Les gestes se sont faits tendres et fermes, les mouvements se sont construits vigoureux et pénétrants. Comment s'arrêter ? Le calin est nécessaire. La tendresse est une fleur indispensable au bouquet...
La lumière redevient saine fatigue, le repos se quémande ; les yeux vont devoir s'entrouvrir sur ce qui les entoure.
La pensée se reconstruit au fil de l"autre et se sépare.
Le lien doit se poursuivre et se revivre en pensée.
Ils sont géographiquement tous deux éloignés, ce qui est finalement une bonne chose, car chacun veut vivre partiellement avec l'autre dans la clandestinité. Cette attache furtive est ce qu'ils pouvaient feuilleter de mieux dans leurs vies routinières et entravantes, mais cependant vitale à leurs habitudes et à leurs affections.
C'est leur jardin secret. Un moment passionné et exceptionnel de découverte pour deux, des moments inaccoutumés bien qu'habitués à ce genre de situation.
...Ils s'embrasent partout...
Ils se sont pénétrés de tant de manières qu'ils ne savent plus très bien laquelle fut la plus grandiose...l'une a-t-elle été plus conséquente que l'autre ? Les regards, les corps ?
Un peu agacés, leur parvient une pensée sauvage et insolite de temps à autres...
: « Comment ont-ils pu être attirés ainsi et venir se rejoindre en toute confiance, abolissant toute crainte et toute retenue ? »
Elle se souvient de cet Homme qui la déconcertait depuis longtemps en lui murmurant parfois à l"oreille...« tu viens ? »
Elle sourit en écrivant tout ça...
L'âme hante encore.
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"La blancheur des ébènes ’ au soleil n’est pas sombre
Les ivoires deviennent ’ dans la nuit couleur d’ombre..."