Parfum de livres…parfum d’ailleurs

Littérature, perle de culture. Ce forum livre nos passions littéraires à vos regards – Lisez nos critiques littéraires de livres : romans, poèmes …et donnez les vôtres. Votre Forum Littérature ainsi que d’autres arts : cinéma, peinture, musique, c’est ici
AccueilPortailGalerieFAQRechercherS'enregistrerConnexion
 

Mots dentus

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Senhal
Envolée postale



Age : 26
Inscrit le : 17 Juil 2007
Messages : 148
Localisation : Back from London

MessageSujet: Mots dentus   Jeu 23 Aoû 2007 - 13:57

animal a écrit:
tiens une question ! quel(s) film(s) recommanderais tu en matière de vampires, si justement ce vampire rustique nous intéresse plus que... enfin si on a fait une presque allergie à Entretien avec un vampire qu'on devait soit disant apprécier obligé parce qu'on écoute du hard... (c'était pas dit comme ça mais ça résume bien sourire )


Parce que le hard, moi ça me plaît et qu'Interview With the Vampire, moi aussi j'en ai ma claque, une micro nouvelle écrite il y a un an ou deux ("pour le fun"), qui dit la vérité vraie sur les amateurs de Rice aujourd'hui (je me souviens qu'un membre l'apprécie sur ce forum, pardon ;-))

Ce que le silicone est à l'ail


Les voitures avaient déserté l'avenue principale en cette nuit de Noël. Une canette de Coca givrée étincelait par intermittences, au rythme bleu des décorations électriques. Sur le trottoir gauche, une silhouette sombre et sculpturale avançait à la manière d'un mannequin Ralph Lauren, s'arrêtant de temps à autres pour se coller sensuellement à la vitrine lumineuse d'un magasin et accessoirement, admirer son contenu. Dans celle-là, un clown-automate avait une allure inquiétante ; la jeune fille lui adressa un sourire entendu, le visage inondé de deux ou trois vagues de mèches noires comme l'ébène (et presque aussi solides), une teinture au demeurant, puisqu'elle possédait un mignon minois de blonde starlette. Elle était vêtue couleur corbeau : corset noir en satin et dentelles avec vue plongeante saupoudrée de paillettes pour un torride effet mouillé, sa jupe fendue laissant parfois apparaître une jambe normalisée BarbieTM, le tout orné, plutôt que recouvert, d'un long manteau dont le vent propice faisait flotter les pans en deux ailes de splendide oiseau nocturne.

Soudain tombée en admiration devant la lune, la blonde gothique écarta les bras, à la gloire de l'astre. La neige se mit à tomber, sa moue admirative se transforma alors en sourire béat, découvrant deux crocs étincelants.

Deux secondes et trois rues plus tard, elle prenait des airs de Cosette pour pousser la porte délabrée d'un appartement sombre et minuscule, où l'on avait introduit les couleurs de Noël avec les moyens du bord. Deux copines, l'air gothique mais moins pétasses, l'accueillirent d'un sourire à faire fuir un steack haché, l'invitant à consommer des bières devant Entretien avec un vampire. Mais rapidement, Britney dut interrompre sa transe extatique, causée par Brad Pitt façon Paracétamol, pour aller ouvrir la porte au beau jeune homme qui apportait les pizzas trois fromages de Noël. Celui-ci céda aussitôt aux sourires de ces sorcières si sexy qui l'invitaient en leur demeure pour un peu de chaleur. Tout crocs de carnaval retirés, le repas commença et enchaîna sur des danses endiablées, jusqu'au slow final, lancinant, avec une des copines de Britney. Cette dernière, qui les observait, adressant de temps à autres un sourire coquin à sa camarade aux prises avec un si beau jeune homme, s'aperçut que seulement quelques malheureuses secondes se battaient encore contre minuit. Posant à nouveau son regard sur le couple, elle vit le livreur apparaître sous un tout autre jour : ténébreux et envoûtant, fixant Britney de ses yeux verts, il retroussa lentement sa lèvre supérieure. Deux incisives anormalement aiguës saillaient, sur sa dentition Colgate, qui s'apprêtaient à fondre sur le tendre cou de la copine de Britney, quand le vampire trébucha sur un paquet cadeau et s'étala de tout son long.

**


Posant à nouveau son regard sur le couple, la bouche crispée sur un sourire qu'elle avait du mal à réprimer, elle vit le livreur apparaître sous un tout autre jour : ténébreux et envoûtant, fixant Britney de ses yeux verts, il retroussa lentement sa lèvre supérieure... pour laisser éclater un rire démesuré.

**


J'en avais marre, j'avais la dalle et trouvais tout cela ridicule. Adon semblait y trouver quelque distraction. Il sirotait un Baileys entre deux prises.

La scène fut jouée une fois encore, la bonne celle-ci. Si l'on pouvait dire...

Cette interminable journée avait rendu mon humeur excécrable, aussi je décidai d'épingler Adon qui affichait ce sourire satisfait et ironique dont il ne se déparait jamais :

" Je trouve navrant que tu t'abaisses à réaliser des clips qui n'utilisent que ton nom et un peu de ton temps, mais économisent ton talent...
- T'es mignonne comme ça, tu ressembles à Britney. Tu devrais te maquiller plus souvent." Me lança-t-il de son insupportable voix suave et posée.
" Ca va, lâche-moi. Je me trouvais un peu trop pâle.
- T'as flashé hein ? Le prédateur imite sa proie...
- Arrête tes conneries, ce genre de gibier m'intéresse pas.
- Bah quoi, elle n'est pas si mal, elle me fait penser à des sucreries.
- Tu parles, le silicone laisse un goût atroce et persistant sur le palais... j'espère que t'as prévu une dinde un peu plus naturelle pour le réveillon de ce soir ? Je ne plante pas mes crocs dans du plastoc !"
Revenir en haut Aller en bas
animal
Zen littéraire



Age : 27
Inscrit le : 12 Mai 2007
Messages : 4804
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Mots dentus   Jeu 23 Aoû 2007 - 20:32

lecture rigolote sourire

(moi qui n'est fait que passé de loin, j'ai du travailler toute l'après-midi le museau dans le clavier titillé par une curiosité pré-amusée sachant que je lirai ça quand enfin... je pourrai !)
_________________
Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
Revenir en haut Aller en bas
Senhal
Envolée postale



Age : 26
Inscrit le : 17 Juil 2007
Messages : 148
Localisation : Back from London

MessageSujet: Re: Mots dentus   Ven 24 Aoû 2007 - 16:07

animal a écrit:
lecture rigolote sourire


C'est bien le but, alors ça fait plaisir :-)
Revenir en haut Aller en bas
Senhal
Envolée postale



Age : 26
Inscrit le : 17 Juil 2007
Messages : 148
Localisation : Back from London

MessageSujet: Re: Mots dentus   Ven 21 Sep 2007 - 14:40

J'ai regroupé mes poèmes il y a peu pour les sauvegarder et je me suis dit, en relisant mon premier, que j'allais continuer de vous divertir un peu (rassurez-vous, je n'écris plus de poésie depuis des années).

Bitmap Eyes


Depuis que t'es plus là ma vie manque de bleu. J' ai scanné tes yeux pour en extraire la peinture_pour un subsitut d'océan. 50 pixels par pouce d'iris_zoom_l'écran est bleu-multiple petits carrés bleu roy, turquoises, gris bleu, bleu délavé, outremer, outre toi il n'y a plus moi. Pour un ersatz de toi je repeindrai ma maison de tes bleus, je prendrai chaque carré sur l'écran, de chaque échantillon de ton regard je ferai de la peinture sur les murs, de la moquette et du linoleum, de l'ombre de tes cils je ferai des stores, d'un battement éclipsent le ciel médiocre reflet vectoriel.
Revenir en haut Aller en bas
animal
Zen littéraire



Age : 27
Inscrit le : 12 Mai 2007
Messages : 4804
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Mots dentus   Ven 21 Sep 2007 - 18:44

haha !

boarf ça a un côté sympathique, ça me fait penser au truc genre "ciel de neige de télévision" (ou quelque tournure de cet effet) à la W Gibson... et puis (satané boulot !) les _ me parlent Wink

ça garde un côté parlant, ça doit bien être là l'important...

je me demande encore si j'en suis arrivé à développer un problème avec les yeux bleus... Suspect

(quel mal y aurait il à continuer ?)
_________________
Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
Revenir en haut Aller en bas
Senhal
Envolée postale



Age : 26
Inscrit le : 17 Juil 2007
Messages : 148
Localisation : Back from London

MessageSujet: Re: Mots dentus   Ven 7 Déc 2007 - 0:32

Ah, je n'ai jamais réussi à finir le seul roman de Gibson que j'ai ouvert. Ton commentaire fait plaisir en tout cas (je ne l'avais pas vu, en fait honte ).

Un texte un peu moins vieux allez hop (si je continue, je vais bientôt arriver à temps zéro et il va me falloir reprendre la plume - je me fais du chantage -)


Surfaces (série "motimages")

Je me balade, circonvolutionnelle, à la recherche d'un avenir possible. Je rencontre un type qui balaye la savane africaine.

Je lui dis : "Salut, c'est quoi vot'métier ?" Il me dit : "Salut, je suis polisseur de surfaces."

Je me dis : non, ce n'est pas une activité très intéressante, je vais trouver autre chose. Je continue et un peu plus loin je vois un lion, le museau rougi par les entrailles d'un zèbre.

Je lui dis : "Salut, c'est quoi ton métier ?" Il me dit : "Découvreur de surfaces."

Je me dis : ça ne veut rien dire, les lions ne doivent pas penser comme les humains. Non loin se dresse une tour, pour y voir j'y vais. A l'intérieur, il y a un vieux monsieur tout froissé qui a une barbe de cent-cinquante années de longueur, au milieu de tout un tas d'appareils de mesure.

Cette fois je crois avoir deviné, je dis : "Moi aussi, je veux être chercheuse de secrets, apprenez-moi." Il me dit qu'il n'est pas chercheur de secrets mais faiseur de surfaces. Je dis : "Non, vous découvrez le secret des étoiles, le fonctionnement au coeur de toutes les choses, la cause de tous les phénomènes." Alors il me montre sa bibliothèque, avec des centaines de livres qu'il a lui-même écrits : des livres cartographiant la voûte stellaire, des milliers de dessins de mécanismes, l'anatomie d'un lion, et des signes qui s'étalent et qui courent sur les pages, des milliers de pages, des pages rectangulaires, des surfaces... un créateur de surfaces. Par la fenêtre de la tour je regarde le soleil s'égorger sur le désert et je me demande où est enfoui le secret qui fait rayonner toutes choses en silence , je veux le tenir chaud et palpitant et dégoulinant dans mes mains.

Je suis un lion et je cours. Mes griffes balafrent et pénètrent le cuir tiède de l'oryx où s'enclot la vie. Et je l'éventre et l'intérieur devient extérieur, les tripes, les boyaux deviennent surface, chaude et humide et palpitante, mais surface. Et je mords et réduis et digère et résorbe jusqu'à la plus petite particule de chair impudique.

Je suis polisseur de surfaces et je nettoie tout pour que les surfaces brillent, puisqu'il n'y a que ça, autant que ça brille. Le miroir brille qui a tant été poli et je vois le moi du miroir et je vois reflété ce qu'il y a derrière moi et que mes yeux ne peuvent pas voir directement. Mais je ne vois pas ce qu'il y a derrière le miroir ni dedans, je suis condamnée à ausculter la surface réfléchissante. Je le brise et une multitude de petits moi gisent en mosaïque sur le plancher. Je retourne chaque petit bout, pour qu'il cesse de me regarder, un par un, les dizaines d'éclats de moi. Mais alors si je ne les vois plus, où sont-ils passés ? Il faut réduire en poudre les éclats, et je frappe et je frappe et je pulvérise et alors où sont partis les petits moi narquois ? Dans le plancher peut-être ? Il faut frapper encore ? Je frappe et je frappe et baramine et tout s'écroule et je tombe, je tombe, je tombe, mais dans ces cas-là il y a toujours une branche. La branche me stoppe par le milieu du ventre mais du côté de ma tête et du côté de mes jambes mon corps qui n'est que surface extensible extensible continue de tomber de s'étendre de s'étirer, encore, encore, les particules s'alignent derrière les particules et je suis désormais un demie-segment dont une partie s'étend vers l'infini.

Je mange une pastèque. J'en prends un bout dans ma main et tente de le réduire à sa matière sèche, les structures de sa chair fondent et le morceau devient toujours plus petit entre mes doigts. Puis doucement le secret de la pastèque s'évide vers le néant, il n'y a plus rien qu'un pour cent de matière sèche où il est douteux que puisse tenir le secret de la pastèque. Mais si j'avais les outils je pourrais encore diviser et réduire et réduire encore ce qu'il reste, toujours creuser pour transformer les intérieurs en surface.

Hélas !
Revenir en haut Aller en bas
animal
Zen littéraire



Age : 27
Inscrit le : 12 Mai 2007
Messages : 4804
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Mots dentus   Ven 7 Déc 2007 - 21:21

et si je te dis que celui là me fait penser aux espaces de Bradbury ? Wink

j'aime bien, ça laisse dans le bizarre... Cool
_________________
Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
Revenir en haut Aller en bas

Mots dentus

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres…parfum d’ailleurs :: Nos œuvres : Pour poster ici, il faut participer au cœur… :: Nos créations (textes ou autres) par auteur et nos récits collectifs-