On verra si on peut rapatrier le moustique par ici.
Avant que je ne m'envole (mardi), je vous raconte ici l'histoire du sèche-cheveux....
J’ai toujours eu les cheveux longs.
Petite, je m’imaginais avec des cheveux démesurément longs, tournés en sculpturaux chignons médiévaux. En grandissant, cette image ne m’a jamais quittée mais j’ai dû me rendre à l’évidence, je n’avais aucun don pour la coiffure. M’amusant à coiffer une de mes grandes cousines, j’avais tellement emmêlé la brosse dans ses cheveux qu’il a fallu couper la mèche !
Grande désillusion pour moi, et surtout grande colère de ma cousine qui se retrouvait avec non seulement une mèche sauvagement coupée au beau milieu de sa chevelure mais aussi avec un crêpage encore plus sauvage de ce qu’il en restait.
Bref, mon coiffeur est devenu un ami précieux, modelant, lissant, dégradant mes cheveux. Dès que les événements de la vie réclamaient une tête belle pour avoir l’air bien pensante, je courais chez lui pour un moment de pure admiration face à ses ciseaux mais surtout cette brosse qui tirait, s’enroulait, plaçait à gauche, à droite mes mèches rebelles.
Mais, on aime aussi pouvoir se coiffer soi-même lorsqu’on n’a pas le temps de se détendre dans un salon de coiffure...
Voilà qu’un cas de force majeure se présenta à moi : deux semaines surchargées de travail m’empêchaient de fixer un rendez-vous alors qu’une réunion super-hyper-méga-importante était fixée à la fin de ces deux semaines éreintantes.
Je ne pouvais décemment pas me présenter sans au moins un brushing.
Bercée par les pâles musiques des supermarchés, poussant un caddie dans une allée de boîtes de conserve, je pris une grande décision : acheter un sèche-cheveux. J’empoignai donc mon caddie; sans clignoteur, je virai à gauche, demi-tour, direction étage supérieur, rayon « petit électroménager ».
Je pris une grande bouffée d’air et m’avançai lentement dans l’allée qui allait sans aucun doute m’offrir l’objet à intelligence insoupçonnée à la pointe du progrès de la coiffure à domicile pour attardée du brushing.
En effet, je trouvai plus que mon bonheur : Calor, ayant pensé qu’il devait exister des canules dans mon genre, a mis sur le marché une brosse soufflante rotative baptisée "Brush Activ" (tout est dans le nom, n'est-ce pas?); cette petite merveille est vendue avec deux têtes de brosses aux diamètres différents, la rotation est automatique et dans les deux sens. Tout est fait pour mettre l’acheteuse en confiance : pour tout type de cheveux, lisser, boucler, fantaisies, enrouler, dérouler...
Je fus séduite par tant de qualités, tout paraissait simple comme bonjour, je ne pouvais échouer….
Vint le jour de ladite réunion; j’avais une matinée pour me préparer.
N’ayant pas tout à fait confiance dans ma dextérité à utiliser la brush Activ en mode accéléré, une fois ma tasse de café avalée, je m’étais empressée à me faire un shampooing bien mousseux suivi d’un rinçage en profondeur.
Essorage nerveux, attente d’une évaporation succincte de l’excédant d’humidité.
Ouverture de la boîte, prise de l’objet en main, mise en place de la brosse large, mise de contact, bouton de soufflerie poussé, main gauche empoignant la première mèche, main droite approchant l’appareil soufflant de la mèche de cheveux, contact de la brosse avec les cheveux, fonction enroulement actionnée. Tout avait l’air de fonctionner normalement.
Un sourire naissait sur mes lèvres, un regain de fierté s’emparait de moi. Quand même !
Le brushing avançait bien ; le côté gauche coiffé, « brushé », j’arrivais au niveau de l’arrière de ma tête.
Tout le monde sait que se regarder dans un miroir et vouloir diriger ses mains à l’arrière de sa tête représente une épreuve de patience proche d’un test pour névrosés. Il faut penser de manière inverse……
C’est alors qu’au lieu d’appuyer sur déroulage, j’appuyai sur enroulage.
Me voilà avec la brosse toujours soufflante, serrée à l’arrière de mon crâne, la mèche de cheveux me torturant le cuir chevelu.
Calor m’arrachait les cheveux tout en les crêpant...
Souvenir, souvenir, je me revoyais coiffant ma cousine.
Véronique aurait-elle une poupée fétiche ? Serait-elle occupée à me faire subir un rite vaudou ?
Mes doigts crispés sur le manche de la brosse finirent par avoir une once de présence et purent arrêter la soufflerie. Restait à démêler le tourillon de cheveux. Timidement, mon index droit, ne sachant plus s’il fallait pousser le bouton vers le haut ou vers le bas, esquissa une poussée montante mais, se ressaisissant à la dernière minute, baissa la commande responsable de ma souffrance.
Je vis la brosse dérouler la mèche de cheveux, si on pouvait encore appeler ça une mèche de cheveux. Je posai l’instrument de torture et m’empressai de trouver mon spray pour plantes vertes. Oui, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
J’en suis toujours à me demander pourquoi j’ai tenu à utiliser ce spray….sans doute pour faire plus professionnel ? Donner un petit coup de brumisateur à l’arrière de ma tête ne pouvait pas lui faire de mal, même si, selon toute vraisemblance, c’était plutôt une presse d’imprimerie qu’il eut fallu pour revenir à la normale.
Bref, le temps filait à toute allure, le spray trouvé dans le fond de l’armoire sous l’évier de la cuisine, je me précipitai dans la salle-de-bains et m’aspergeai d’eau qui sentait la vase ! sans commentaire.
Je n’avais plus le temps de me laver à nouveau les cheveux.
J’empoignai mon Brush Activ Calor, décidée à le mater et lui montrer qui commandait dans cette salle-de-bains.
Grande respiration ; mode « on » de l’engin ; brushing deuxième à vous !
Le stress me gagnait, je ne voulais pas refaire les mêmes erreurs, j’avais eu trop mal et puis l’ébauche de résultat que j’avais aperçu en mouillant mes cheveux me faisait froid dans le dos... Vision terrifiante d’une femme hirsute.
Je m’appliquai, étouffant l’énervement. Terminer l’arrière de ma tête était la mission impossible du moment. Seulement, il faut savoir qu’on ne peut pas faire l’arrière en une largeur de brosse ; donc, la première ligne terminée, il me fallait recommencer dans la même position une seconde ligne avant d’atteindre le côté droit de mon visage.
C’est ainsi que le sort s’acharna.Mes yeux se posèrent sur la boîte rose « Barbie »,je voyais la photo d’une femme souriante,la moitié de sa tête mouillée et l’autre coiffée grâce à ladite Brush Activ.
Mais comment font-elles ?
Je me regardai alors dans le miroir, tenant l’instrument de malheur, les bras désarticulés, essayant de contrôler mes mouvements inversés, une touffe de cheveux légèrement crêpés (ou brûlés) sur la gauche.
Regard horizontal, lèvre inférieure mordillée, j’arrivai enfin au côté droit. Quand j’eus terminé le tour de mon crâne, je n’étais pas encore au bout de mes peines, il y avait encore la frange.
Cheveux trop courts, il fallut donc changer de tête de brosse.
J’avais envie de crier banzaï mais ma conscience des relations de bon voisinage m’en empêcha.La petite brosse s’enroulant trop fort, j’obtins un rouleau à la Dick Rivers sur le front.
Ma dernière chance, une pluie torrentielle au moment où je sortirais de mon appartement. Véronique, tu ne pourrais pas faire une incantation pour une petite…drache ?
Pfff, aucune réponse. Même pas un nuage.
Conclusion : tout est faux, aucune femme ne peut arborer un sourire niais après avoir utilisé ce genre d’appareil dont l’efficacité n’est pas prouvée. Par contre, vous pouvez être assurées d’être en nage, les joues en feu, une chaleur s’échappant de votre crâne meurtri comme si vous sortiez d’un four, le tout accompagné d’une légère odeur de roussi gagnant également votre humeur.
Je vous rassure tout de suite, je suis arrivée à l’heure à la réunion. Mais au lieur de statuer sur la désignation d’un nouveau directeur, j’avais l’impression de tourner une publicité Vivagel.
C'est ainsi que j'ai décidé de couper mes cheveux....."elle s'était fait couper les cheveux....."
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Moi, Jane !