Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Partage parfumé

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Pichnette13
Envolée postale


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MessageSujet: Partage parfumé   Lun 2 Fév 2009 - 19:25

J'avais envie de faire partager quelques textes que j'ai écrit il y a pas mal de temps, mais n'ayant pas beaucoup de personnes qui puissent me faire une réelle critique de mes textes, j'avais envie d'en mettre quelques-unes ici... Il faudrait que je les refassent un peu car je les ai écrites assez jeunes et c'est un peu naïf, si vous pouviez me donner des conseils pour pouvoir les améliorer... Je n'aime pas étaler ce que je fais mais bon allez, je me lance...

Le voyeur

"Voilà, je ne vis pas dans votre monde. Je crois que c'est ainsi qu'il faut commencer ou alors... .Peu importe. Nous dirons que je ne vis pas la vie mais je suis son spectateur.

Je l'observe sans cesse, à chacun de ses mouvements. J'observe ses gestes et ses remous tel un spectateur devant une pièce de théâtre qui l'émerveille.

Il ne perd rien du spectacle, il étudie chaque geste, fait retentir chaque mot et ressent chaque émotion comme si c'était la sienne.

Voilà ce que je suis... un voyeur... .Rien n'échappe à mon regard affûté... .
Ma vie est construite à partir de celle des autres, sinon, je ne suis rien.

Assis à ma fenêtre à chaque heure du jour et de la nuit... .il ne faut rien perdre de ce qui se passe dehors. Mon appartement est situé au croisement de la vie et c'est pour cela que je l'ai choisi. Peu importe, à vrai dire, qu'il n'y ai rien à l'intérieur (juste une petite table de chevet pour poser mes jumelles, mon paquet de cigarettes et mon cendrier), je ne mange que lorsque je suis au bord de la crise (c'est-à-dire, très rarement)... .

Mais moi, j'ai peu d'importance aux yeux de tout ce flux immense qui coule sous mes pieds... .Je ne suis rien, personne ne me connaît, je me contente d'être le voyeur emphatique de l'appartement au croisement de la rue, derrière les vieux rideaux jaunies d'une vieille fenêtre qui tient à peine, dans un vieil appartement vide et rustre situé dans l'immeuble le plus vieux de la vielle. Alors qui prendrait garde à moi ? Dehors,
c'est la nuit... .Une nuit de pleine lune et parsemée d'étoile, ça me convient.

Et puis, je ne suis plus vraiment seul maintenant, je ne suis plus vraiment invisible....puisqu'elle est là. Elle a emménagé il y a trois ans avec sa famille. Je l'ai remarqué dés le début, il émane d'elle une humanité qui m'était encore inconnue.

Moi, je ne suis plus vraiment humain car un humain a des relations avec les autres... .Moi, je ne connais personne. Sa fenêtre est juste en face de la mienne, encadrée de jolis petits rideaux violets et décorée d'un pot de géranium rouge que la mère vient arroser tous les jours. Sa chambre est dans les tons orangés, elle a accroché plein de choses aux murs. Je distingue sur celui le plus au fond un puzzle collé ou semble s'être profiler une foret illuminée, il y a un bureau avec un ordinateur et un
gros fouillis de CD, de feuilles et de toutes sortes de choses. Le mur d'à côté soutient une énorme étagère remplie de bouquins et de bubuzes sans importances. Ce qui est important c'est elle, le fait que par le simple fait d'exister, elle me fait vivre.

Bien qu'elle soit ancrée dans le système humain, je perçois en elle la solitude que je ressens depuis des années. C'est une solitude choisie mais
aucunement assumée. Est-ce possible de vivre à travers la vie d'une autre personne ? C'est sans doute ce que je fais et puis c'est une idée sans importance. A quoi bon penser à ces choses ?

Lorsque l'été s'immisce dans notre atmosphère, toute la ville est en effervescence, comme des animaux qui sortiraient d'une hibernation trop longue. Les klaxons des voitures retentissent jusqu'à mon mirador, les gens en tee-shirt marchent à pas lents assommés par la chaleur. Ils se plaignent du froid l'hiver et de la chaleur en été. Reste deux saisons où ils ne se plaignent pas ? L'automne, il y a trop de feuilles, et au printemps, trop de pollen. Ils ont l'air moins stressés qu'en hiver mais c'est une
illusion. Les saisons n'influent pas les gens, c'est le fait qu'elles soient de plus en plus nombreuses qui compte. Ils sont sans doute plus survoltés et énervés par la chaleur.

Une femme et son enfant traversent la route, un camion a bien faillit les renverser. Le conducteur du bus qui va salut le conducteur de celui qui vient. L'eau jaillit des fontaines sur la place. Un groupe déjeunes garçons qui jouent au foot viennent de refuser une fille de leur âge pour jouer avec eux. Les enfants sont fascinants, ils sont le reflet innocent de la cruauté que les adultes refoulent.

Dans quelques minutes, la circulation va devenir insoutenable, les gens vont sortir de leur travail et vont rentrer chez eux pour raconter leur journée à leur conjoint et se mettre devant la télé avant d'aller faire un petit somme et que ça recommence. Et tous les soirs, je vais la voir apparaître à sa fenêtre, elle va enjamber celle-ci pour s'asseoir sur la corniche, fermer la fenêtre derrière elle pour que la fumée ne rentre pas dans la pièce.

Elle va regarder quelques instants la ville qui s'étale sous ses yeux ébahis, elle va sûrement penser que même si les hommes passent et s'effritent, le ciel lui, reste, la lune et les étoiles restent et nous nous passons. Ensuite, elle va allumer sa cigarette et je vais voir le petit bout rouge faire des allers-retours entre sa bouche et le vide. Elle va regarder cet homme qui ne fait que passer et repasser depuis tout à l'heure avec son vélo qui ne tient plus debout, et puis cette femme au coin de la rue avec une jupe en cuir, des collants résilles et des bottes à hauts talons ; et je vais lire soudain sur son visage que la vie est injuste, qu'elle n'est que désespoir et déception, et qu'il n'y a rien d'autre à espérer que ce spectacle là, devant ses yeux.

Et puis, la cigarette finie, elle va descendre lentement de la corniche pour revenir à sa chambre mais je suis sûr que chaque fois elle se dit que ce serait si simple... .Juste se laisser tomber... .L’immeuble est assez haut, ce serait si simple. Mais après tout, c'est sans importance, on pense tous des choses dans ce style à un instant de notre vie... .Moi, j'y
pense tous les jours. C'est sans importance. La nuit va passer, le soleil se lever, ses yeux vont s'ouvrir doucement, elle laisse les volets ouverts durant la nuit.

Dés que le réveil va sonner, elle va se lever du lit sans se retourner, ni regretter et ouvrir la porte et puis revenir, quelques minutes plus tard dans sa chambre, avec un café à la main, en peignoir avec une serviette sur la tête, l'air de ne pas être encore revenu sur terre. Je crois qu'elle doit, à cet instant encore, se demander s'il s'agit d'une rêve ou de la
réalité collective. Je crois qu'elle vit en fait toute la journée dans un rêve, en marge des autres et c'est sans doute pour cela que je perçois en elle la même solitude que je ressens moi-même.

Alors, elle enlève son peignoir et s'habille rapidement, elle s'assoit un instant pour écouter la musique du premier souffle de la journée. Elle sort et prend la direction de la station de bus la plus proche.
Entre-temps elle observe les gens, leurs expressions, leurs petits tracas quotidiens et se dit que nos problèmes sont tellement pathétiques qu'on finit sans doute pour cela par se retrouver seul. Des tas de gens et si peu de liens... Je ne suis qu'un voyeur.

Elle va peut-être revenir le midi, elle revient parfois avec son ami ou des amies. Je vais attendre son retour, lorsqu’ elle va descendre du bus, traverser la route, introduire la clef dans la porte d'entrée de l'immeuble et monter les escaliers, arriver dans l'appartement et allumer la lumière pour me laisser la regarder.

Parfois j'ai l'impression qu'elle sait que je l'observe, elle s'arrête tout à coup, en plein milieu de la pièce et se tourne vers la fenêtre, son regard paraît se poser de l'autre côté de la rue, dans ma direction... Un regard qui me demande rien mais montre seulement qu'il a compris et qu'il ne m'en veux pas... Je suis un voyeur... Quelle importance de savoir qu'elle le sache ou pas.

Elle se dit peut-être qu'au moins, il y a quelqu'un qui pense à elle et qui remarquera le jour ou elle partira...Ou peut-être pas... C'est peut-être moi qui fabule et imagine toutes ces choses alors qu'il n'en est
sans doute rien. Tout ce flot de suppositions est finalement ce qui régit ma vie... et après tout quelle importance ? C'est ma vie et je l'accepte, je n'en aurais pas voulu d'autre.

Tenez, la voilà qui revient, elle est accompagnée de son petit ami, elle est resplendissante et a l'air ravie aujourd'hui.Elle a vêtu sa jupe noire et son long manteau et a même oser un peu de maquillage. Ils ont tous les
deux l'air de voler aujourd'hui. Est-ce un jour particulier ? Pas à mon souvenir. A-t-on besoin d'un événement spécial pour sourire ? C'est sans aucun semblant d'importance. Quoiqu'il en soit, ils sont là tous les deux, comme deux étoiles filantes dans ma vie.

Je suis un voyeur. Je fais attentionde ne pas tomber en escaladant ton rempart car tu es la seule qui me fais sentir plus grand que tu
ne l'es... Je suis juste un voyeur. Tout seul depuis bien trop longtemps, des problèmes avec les gens et je n'ai rien à perdre.

Je ne pèse rien, je ne suis rien aux yeux des gens mais je suis nu aux tiens lorsqu'ils me regardent en me perçant. Je ne suis rien d'autre qu'un voyeur coupé du monde depuis trop longtemps et sans toi je ne suis rien.

Un étrange amour fou semble embellir la marée du soir à tes côtés, une telle imagination semble aider la dérive des sentiments. Je te vois au bout de la rue et mon cœur s'emballe comme celui d'un enfant, ça me fait tout simplement vivre ; est-ce important ? Je suis un voyeur depuis longtemps maintenant et depuis que je t'ai vu apparaître à ta fenêtre la première
fois, tu me cultives comme une plante verte mais tu ne vois jamais le solitaire qui est en moi.
Me vois-tu vraiment au fond? Mais quelle importance ? Voir ou ne pas voir ? Personne ne voit rien. Moi je vois tout mais je ne vis pas ; toi, tu vis et tu vois, c'est là toute la différence finalement. Je connais les manies et les habitudes de chaque habitant du quartier, je connais ta vie comme si c'était la mienne...

Mais à vrai dire, quelle importance ?Voilà que tu ressers de ton immeuble, avec lui, avec des bagages. Tout cela n'est pas habituel. Tu montes dans une voiture et vous partez. J'ai comme l'impression soudaine que je ne te reverrais plus. Et je me rend compte tout à coup que ce n'est pas
vraiment le fait que ce tu ne sois plus là mais simplement le fait que ma vie, suspendue à la tienne, a changée. Je n'ai pas l'habitude d'un tel changement. Voilà, toi aussi, tu m'as laissé et sans te rendre
compte du mal que tu me faisais, tu as déprogrammé ma vie. Je suis perdu...

Je suis simplement un voyeur. J'ai perdu tout contact avec l'espèce humaine depuis mon enfance.

J'ai trouvé cet appartement il y a dix ans, depuis je n'en sors plus. Je regarde les gens de haut et imagine leur vie. Ma vie est imaginaire, elle est suspendue à la vie de chacun de ces petits êtres qui filent sous mes pieds, petits êtres que j'ai appris à détester mais desquels je ne peux plus me passer.

Plus personne ne me connaît. Je suis devenu un fantôme, à trop vouloir m'éclipser de la vie, j'en suis devenu le spectre et plus rien désormais ne changera ça. Je suis un voyeur, j'ai raté ma vie. Après
tout, quelle importance ? J'ai répète cette question pendant des années, parlant avec moi-même.

Quelle importance ? Maintenant je sais... L'important, c'est que je n'ai pas su exister. Je suis un voyeur depuis longtemps et pour toujours à présent."

Ce n'est pas la mise en page que je voulais mais j'ai fais un copier/coller, désolé. Si ça vous plaît j'en ai d'autres en stock...
confused


Dernière édition par Pichnette13 le Lun 9 Fév 2009 - 10:19, édité 1 fois
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mimi
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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Sam 7 Fév 2009 - 9:54

Bonjour Pichnette,
Je parcours rapidement. Une toute première mais importante critique Very Happy
Aère ton texte !

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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Sam 7 Fév 2009 - 18:28

mimi a écrit:
Bonjour Pichnette,
Je parcours rapidement. Une toute première mais importante critique Very Happy
Aère ton texte !


Oui, je sais, comme je le disais c'est du copier-coller, du coup ça a créer un gros tas alors que normalement le texte est plus aéré. J'essaierai de faire mieux pour le prochain. Laughing
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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Dim 8 Fév 2009 - 11:08

Tu peux te servir de la fonction "éditer" pour aérer celui-ci, Pichnette.
Quelques retours à la ligne, par exemple.

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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Sam 11 Avr 2009 - 11:37

Bonjour Pichnette13,
j'aime bien ton style, ta façon de retranscrire la ville, la "souffrance" du voyeur, visible, et la souffrance de la "voyeurisée" esquissée.
Mais je me dis que tu as laissé arriver une fin en cul de sac parce que tu n'as peut-être pas osé te lâcher, et laisser vivre ce voyeur ?
(je ne sais pas, hein, je me demande)...
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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Dim 12 Avr 2009 - 10:26

pagesapages a écrit:
Bonjour Pichnette13,
j'aime bien ton style, ta façon de retranscrire la ville, la "souffrance" du voyeur, visible, et la souffrance de la "voyeurisée" esquissée.
Mais je me dis que tu as laissé arriver une fin en cul de sac parce que tu n'as peut-être pas osé te lâcher, et laisser vivre ce voyeur ?
(je ne sais pas, hein, je me demande)...


Merci pour tes remarques. J'ai longuement pensé à ce que tu as dit à propos du fait de laisser vivre le voyeur, je ne sais pas trop quoi en penser en fait... Tu crois que je devrais finir sur une fin ouverte? C'est que je suis plutôt assez pessimiste et j'ai du mal à faire des fins ouvertes ou laissant une possibilité d'espoir... En tous cas, tu me fais réfléchir là-dessus et je crois que je vais revoir cette nouvelle quand j'aurai le temps.

J'en mets une autre pour la peine...
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MessageSujet: Re: Partage parfumé   Dim 12 Avr 2009 - 10:32

Un hommage à Virginia Woolf: La noyée

Assise sur la plage, je regarde la mer qui s'efface à l'horizon. J'en ai vu des marées et des tempêtes mais celle qui me prend maintenant est d'une violence éternelle. Si vous préférez, c'est la violence dont la mer peut faire preuve parfois mais en continue depuis un point fixe. La mer va monter et toucher le bout de mes bas. Elle s'approche petit à petit, elle fait un pas puis recule et revient un pas plus haut ensuite jusqu'à toucher les rives de mon imagination. De son sein même semble jaillir une lumière émeraude parsemée de brun et qui épouse la clarté du céleste dominant. Je perçois quelques algues vicieuses qui se meuvent dans le fond, là où la couleur myosotis devient ténébreuse et semble un immense secret encore inconnu pour l'être humain. Le secret éternel qui contient en lui la clef de l'énigme profonde de l'espèce humaine. Certains poissons aux couleurs argentées et aux reflets dorés se font happer par de plus grosses créatures aux yeux écarlates. Toute cette marine devant mes yeux m'appelle ardemment à la rejoindre. Je veux avec ferveur voir ce qui rugit tout au fond, savoir si il y en a un, pouvoir le toucher de mes doigts gorgés d'eau. Pour cela, je me prépare depuis mon avènement. Retrouver cet infini sombre est devenu ma seule destinée, mon issue fatale que je chéris. Mais il ne faut pas les retrouver trop vite car plus j’attends plus le désir est prenant, et le désir me brûle et me fait sentir qu'il y a encore de la vie en moi. Un voilier s'envole au loin sur des ailes légères, il claque le vent et les nuages avec force et rage. Il rencontre les oiseaux et sait parler leur langue car ils n'ont pas besoin de mots, juste de vent ; et rares sont ceux à l'avoir compris. J'imagine souvent la scène... Je me vois, non pas comme celle que j'ai toujours été ou plutôt telle qu'on me voyait mais comme celle qui a atteint la liberté, la paix intérieure, celle qui, d'un air résolu, avance lentement vers ma destinée miraculeuse.

Je me promène dans les rues de la capitale et je tombe parfois sur une scène incongrue, simple et naïve; tel un sac plastique qui vole au vent, il est soulevé par les ondulations et les perturbations des vibrations aériennes. Le vent s'engouffre dans son ventre et le gonfle comme un ballon. Parfois les feuilles se mêlent à sa danse enchantée et c'est comme si j'avais devant mes yeux une de ces scènes de bal du dix-huitième siècle ; avec les femmes et leurs grandes robes bouffantes et les hommes qui perdent leurs jambes dans les jupons de la cavalière. Et ils dansent et s'envolent presque jusqu'au ciel étoilé.

Mais rien n'est aussi beau que ma tendre mer qui me tend les bras comme pour m'y protéger. Je sais que pendant que je pense à toutes ces choses, assise face à la mer sur la plage, Damien me regarde, iI est sur le balcon de la maisonnette et attend que je me retourne. Mais je ne le ferais pas, pas tout de suite. Je veux encore rester là, la mer est si belle, si étincelante aujourd'hui, il me semble entendre sa chanson aquatique aux allures de rêves magiques. Le vent fait danser mes cheveux et ces derniers chatouillent ma nuque comme les caresses de mon amant autrefois. J'ai remplacé mon idylle avec Damien par un amour plus universel. Je l'ai laissé seul confronté au dur monde que je supportais encore moins que lui. Et il sait que l'échéance se fait pressante, que bientôt je vais partir et qu'il ne pourra rien faire. Il sait qu'un jour en rentrant à la maison, je ne serais plus dans mon bureau à écrire, ni sur la plage en face de la mer étoilée mais que je serais définitivementun fantôme du monde marin.Je me souviens de ces histoires que j'avais lues sur les noyés qui revenaient pour rendre une dernière visite ou demander une dernière faveur à la personne qui a le plus compté dans sa vie de mortel. S’il faut que je revienne voir quelqu'un, ce serait sans aucun doute Damien car il est le seul à avoir réellement compris le vide qui s'est emparé de moi. Les autres ont fait semblant de comprendre en remuant la tête mais aucune parole ne sortait de leur bouche et aucune des miennes ne les touchaient vraiment, elles frôlaient leurs esprits las et s'envolaient. Damien a compris tout ce que je ressentais sans que j'ai besoin de parler et je crois que c'est un don qui lui vient de sa propre expérience : il a vécu le même désarroi que moi, mais lui, il a su le combattre. Ila essayé de m'aider mais en définitif, nous sommes nos seuls sauveurs. J'ai appris cela bien trop tard mais je ne regrette rien. Je repense soudain à ce livre Les heures de Michael Cunningham ou une écrivaine se suicide car elle n'a trouvé aucun intérêt à la vie et elle laisse une lettre à son mari en lui disant : « Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l'avons été ». C'est bien cela qu'il faudrait que Damien sache, il m'a donné tout le bonheur que j'ai pu avoir et que peu de gens ont la chance de connaître. Il a fait de moi un être qui a existé. Je crois qu'on peut exister réellement dés lors qu'un autre regard s'est posé sur vous. Je lui en serais toujours reconnaissante et c'est justement le plus beau cadeau que je puisse lui faire : partir. Il faut qu'il ait une vie digne de lui, une vie telle qu'il la mérite et je sais qu'il ne peut l'avoir avec moi.

Voilà, je crois que je peux me retirer maintenant, j'ai mis assez d'ordre dans les derniers effets et je ne veux pas revoir le visage de mon adoré une dernière fois ; ce visage qui me supplie de rester, c'est insupportable. Je pense qu'il comprendra comme il a toujours compris auparavant. Les notes d'une chanson d'un groupe que j'écoutais étant jeune me reviennent : « La mer, ça ne s'invente pas et nous on crève à rester là ». Oui, il est temps.Et c'est ainsi que nous la vîmes s'avancer vers l'océan ; pour la première fois depuis des années, elle avait le visage grave et serein. La nuit descendait lentement à l'horizon des cyprès dont la cime s'éclairait d'or et de sang. Le monde paraissait à cet instant, en harmonie avec l'homme, avec tous les êtres vivants qui peuplaient la scène. Tout semblait, pour un moment, s'être dirigé vers cette unique scène, le temps s'était suspendu. Sa robe virevoltait sous le vent du mistral qui chantait sa ritournelle funèbre pour le dernier souffle d'une enfant du nouveau monde. Le temps a ensuite repris son court.
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Partage parfumé

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