
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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| | | Pêle-Mêl'Ancolies de coline | |
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coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Ven 11 Jan 2008 - 0:32 | |
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Sam 1 Mar 2008 - 14:01 | |
| « Cinq jours qu’on l’a pas vu ! » Assise devant son bol de céréales, Emma, préoccupée, prononce, à voix haute mais comme pour elle-même, ces mots. « Qu’est-ce que tu dis ? » lui répond sa mère, depuis la salle de bain où elle se prépare. « Dépêches-toi ! Il faut encore démêler tes cheveux et tu n’es pas habillée ! Tu vas être en retard ! » La sonnette de l’entrée retentit. Emma saute de sa chaise et se précipite pour ouvrir la porte. C’est Domi, la voisine. Emma le savait. Domi vient la chercher, tous les jours c’est elle qui l’emmène à l’école. Maman, elle, part travailler. Emma saute au cou de Domi et l’entoure de ses bras. Domi l’étreint aussi. Emma murmure près de l’oreille de Domi : « Cinq jours qu’on l’a pas vu ! » Domi se dégage doucement de l’étreinte et d’une humeur joyeuse elle dit tendrement : « Dépêche-toi…Finis ton bol…Je vais t’aider à t’habiller…sinon nous ne serons pas à l’heure à l’école ! » Un peu plus tard, elles arrivent toutes deux devant le grand portail. La cloche n’a pas encore sonné. Après avoir embrassé rapidement Domi, Emma court rejoindre sa meilleure amie. Cette dernière inaugure un nouveau bonnet et des gants assortis…Elle n’est pas peu fière et c’est ce matin le seul sujet qui l’intéresse. Emma l’écoute vanter la douceur et les couleurs et l’originalité du bonnet…Mais Emma ce matin a la tête ailleurs…Elle parcourt des yeux toute la cour de récréation et dit : « Cinq jours qu’on l’a pas vu ! » …La coquette est déjà partie se faire admirer par d’autres fillettes...Emma reste un instant interdite puis elle tourne son regard vers le portail. Lucas est justement en train de le franchir. Elle s’avance vers lui. Elle voudrait lui dire : « Cinq jours qu’on l’a pas vu ! » mais déjà un ballon a atterri aux pieds du garçon, il a jeté son cartable et dribble en lui criant amicalement:« Salut Emma ! »…C’est l’heure ! Les enfants s’alignent et rentrent dans leurs classes. Emma se dirige à sa place, vide son cartable et dispose ses affaires. Ses yeux évitent de se porter sur le bureau à côté d’elle. Il n’est pas occupé. Dessus pourtant est posé un gros bâton de colle, une petite boîte et un crayon de couleur vert. La maîtresse dit : « Sortez les cahiers de mathématiques, je vais passer vérifier vos exercices ! » Emma sort le cahier, se concentre sur le rangement de sa table puis, ayant terminé bien avant les autres, elle croise les bras et attend sagement, accaparée par ses pensées. Lorsque Madame Martin, la maîtresse, arrive à elle, Emma surprend son regard qui se porte sur le bâton de colle, la boîte et le crayon de couleur...à côté. Madame Martin marque un temps d’arrêt, elle s’interrompt quelques secondes… Emma cherche à croiser le regard de sa maîtresse.« Cinq jours qu’on l’a pas vu ! » souffle-t-elle.Madame Martin l’a entendue…Elles sont les yeux dans les yeux toutes les deux maintenant…Et Emma voit ceux de Madame Martin s’embuer de larmes. Madame Martin se détourne, fait quelques pas vers le tableau puis, de nouveau face à ses élèves, elle frappe dans les mains et met un doigt sur ses lèvres pour réclamer le silence. A voir le visage de Madame Martin, si triste et si grave ce matin, les enfants très vite obtempèrent.« Voilà…dit-elle… toute cette semaine, vous le savez bien, Abderhamane a été absent… » Les questions fusent : « Il est malade ?... - Il a déménagé ?...- Il revient quand ?... » La maîtresse, émue, s’éclaircit la voix :- Non, les enfants, Abderhamane n’est pas malade…Il n’a pas déménagé…pourtant je suis allée voir sa maison, et celle-ci était vide !...Abderhamane a disparu !… - Disparu ? - On l’a enlevé ? - Contre une rançon ? - Non…Rien de tout cela…J’ai parlé avec ses voisins…Abderhamane et toute sa famille se sont enfuis…une nuit…en cachette… Autrement ils auraient été interceptés par la Police… - Ils ont volé ? - Ils ont fait un meurtre ? - Non…Ses parents sont étrangers comme vous le savez…Ils n’ont pas de papiers…De papiers qui les autorisent à rester sur le sol Français…Vous savez ce qui se passe dans ce cas-là ?... Les familles sont arrêtées et renvoyées dans leur pays d’origine…Le pays d’Abderhamane est très pauvre…C’est pour cela que ses parents l’avaient quitté…Ils voulaient qu’il s’en sorte…qu’il fasse des études ici !...Chaque jour, vous entendez, chaque jour Abderhamane s’est appliqué à apprendre la langue de notre pays… mais notre pays ne veut pas de lui… - Et vous ne pouvez rien faire ? - Non …Je ne peux rien faire...Jamais les enfants n’ont été aussi silencieux...Emma tend la main vers la petite boîte et s’en empare doucement…Madame Martin l’a vue mais elle ne lui dit rien. L’enfant la porte jusqu’à ses lèvres, y pose un doux baiser et chuchote : « Bonne chance Abderhamane ! »… A l’intérieur de la boîte, un papier qu’elle déplie…Un papier sur lequel Abderhamane a dessiné une fleur... toute verte…Dans le coeur de la fleur, quelques mots sont écrits : « Ema je veu me marié avec toi. » _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Sam 1 Mar 2008 - 14:03 | |
| A toi M.
Une vague soudain m’a prise sur l’océan que je croyais étale de notre amour. Une douloureuse déferlante qui m’a emportée. Entraînée sans résistance devant sa force immense, incapable de lutter, je ne savais que pleurer, mesurer l’étendue de ma peine, la vanité de l’existence que je t’avais consacrée. Souffrir ma solitude et le désamour dans lequel tu m’avais laissée. J’aurais voulu qu’elle me noie plutôt que de m’entraîner ainsi dans le froid de ton absence, sous la douleur de ton silence et la morsure de ton indifférence. Tu m’as délaissée sur le bord de ta route, glacée dans le fossé du lit de l’insomnie… Encombrée de cet amour immense que pour toujours je te destinais… Perdue dans cette vie sans ta main pour la mienne… Affamée de désir et plus jamais sereine : terrifiée par la nuit, apeurée par le jour, craintive du temps qui passe et nostalgique du temps passé. Désemparée. Mais un an maintenant s’est écoulé et je repense à tout cela avec une émotion que je trouve… légère. Les torrents de larmes ont dû emporter ma peine…Ils ont estompé aussi l’acuité du souvenir… Dieu comme le temps qui passe adoucit la douleur ! Dieu comme le temps qui passe a soufflé sur la flamme de mon amour ravagé ! Comment ça vient le rien ? Comment ça s’insinue l’indifférence ? Comment ça arrive l’oubli ? Comment ça renaît un jour le bonheur d’être en vie ? Comment ça se réinstalle l’envie d’aimer ? Tu m’as contrainte, sans toi, à continuer… Désormais chaque jour, il le faut, je t’oublierai… _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
Dernière édition par coline le Ven 13 Fév 2009 - 0:40, édité 1 fois |
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Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Sam 1 Mar 2008 - 14:11 | |
| La boîte à motsC'est l'histoire d'une femme qui vit seule dans une contrée volcanique et déserte…Elle vit entourée de montagnes de livres. A travers eux, elle vit et voyage dans d’autres lieux, dans le temps…Tout cela la passionne et elle voudrait pouvoir raconter ses aventures livresques, ses découvertes …Alors, elle interpelle les promeneurs qui s’approchent de son buron*…Ils la prennent pour une folle, une obsédée des mots…de tous ces mots qu’elle lit, qu’elle dit, qu’elle écrit… « Elle n’est pas comme nous, elle n’a pas les pieds sur terre » disent-ils (enfin plutôt « elles », celles qui savent se passionner pour la chasse au grain de poussière, à la recette de cuisine, aux dates des soldes et aux tests psychologiques de la presse féminine…) Alors elle mène une vie de recluse dans son buron* dont elle ne sort que pour de merveilleuses promenades solitaires en campagne au cours desquelles elle tient conversation avec les oiseaux et les arbres. Et puis un jour elle découvre un objet magique…une boîte extra-plate et légère qui, elle ne le sait pas encore, va bouleverser sa vie…Elle pense à une boîte à musique mais lorsqu’elle ouvre le couvercle, la boîte qui s’éclaire libère les lettres de l’alphabet …Une boîte à mots ! S’essayant à quelques manœuvres, elle est soudain mise en communication avec d’autres êtres qui lui ressemblent…apparemment…Ils disent …habiter sur une autre planète, eux aussi entourés de livres. Alors, comme elle lui permet d’entrer en communication avec cette autre planète, la boîte à mots envahit peu à peu tout son espace, elle lui vole son temps, lui fait perdre la notion des heures, elle exclut de sa vie tout le reste… sauf les livres peut-être…ces livres qui lui servent de media pour communiquer avec les lecteurs de cette autre planète. La boîte à mots est en réalité un objet diabolique mais elle la vénère comme un Dieu. Elle se réveille et aussitôt ouvre la boîte à mots…La boîte à mots la suit tout le jour…et avant de s’endormir(tard !) elle jette un dernier regard et quelques derniers mots encore sur la boîte à mots… Un matin, elle ouvre la boîte et reçoit comme une décharge électrique…Ce n’est pas vraiment de ça qu’il s’agit mais c’est…oui… un véritable électro-choc !…Ce n’est pas la première fois mais cette fois-ci c’est plus fort ! Elle chancelle, elle pleure, elle a mal…Puis elle est peu à peu emportée, très haut, comme au-dessus de son corps…au-dessus des flocons qui s’abattent lourdement toute une nuit, tout un jour sur sa campagne alentour… Elle finit par redescendre lentement, se pose en douceur sur le moelleux coussin de neige immaculée et retrouve avec bonheur la chaleur de son buron*. Comme si elle ouvrait pour la première fois les yeux, elle n’en finit pas de regarder ce qui l’entoure…Sa planète à elle, là, juste à côté, à portée de tous ses sens, c’est bien la plus belle des planètes !… Alors elle sort… ses pas font délicieusement crisser la neige, elle fait des clins d’œil au soleil, applaudit aux vocalises d’une tourterelle…et crie à tous les échos : « Je suis làààààààà ! »…Tout autour, aussitôt, s’élèvent des voix qui lui répondent : « Je suis làààààààààààà ! »… Non, elle le sait maintenant, elle n’est pas seule sur sa planète… * buron:Le buron (parfois appelé « tras » ou « mazuc ») est une habitation temporaire d'été que l'on trouve sur les plateaux de l'Aubrac (Aveyron, Cantal, Lozère), dans les Monts Dore. Jusqu'à la fin du XXe siècle, les burons ont servi à loger les vachers s'occupant des troupeaux et à la fabrication du fromage (le Salers, le Saint-nectaire) lors de l’estive (mi-mai à mi-octobre). _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
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Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Sam 1 Mar 2008 - 14:15 | |
| Hortense, la femme de Pierrot le pêcheur. (Pierrot le pêcheur est un personnage créé par Monilet) Elle le sait bien que lorsqu’il pense à elle, il dit : « ma virago domestique »…Il le pense si fort quelquefois qu’elle l’entend…Elle s’en fiche…Il est toujours là son Pierrot…Il râle mais il est toujours là…Plus de quarante ans maintenant qu’il râle, qu’il prend ses cannes à pêche le dimanche quand elle voudrait qu’il l’emmène parfois au cinéma, au restaurant ou tout au moins boire un verre au milieu des gens… Il est toujours là, et pour elle c’est tout ce qui compte… Alors elle en a pris son parti parce qu’au fond, son Pierrot, elle l’aime…Elle l’a toujours aimé…Et c’est pour ça qu’elle a renoncé peu à peu aux sorties avec lui en ville…C’est pour ça qu’elle se contente de son air bourru et de ses silences quand elle aimerait tant discuter… Le dimanche, il peut aller pêcher va… Elle en profite pour retrouver ses deux meilleures amies, depuis toujours ses complices …Toutes trois, elles se promènent, elles discutent et elles rient… Ah ! S’il savait Pierrot comme elle aime discuter et rire ! Et comme elle se sent libre de le faire quand il n’est pas là !…Sûr, il lui reprocherait de dire, à son âge, encore autant de bêtises… « T’as pas honte, à ton âge ! J’te l’dis moi, ça s’fait pas ! »... En fin d’après-midi, tous deux rentrent au logis… C’est bon de rentrer, c’est bon de se retrouver…Ces deux-là, ils ne peuvent pas rester éloignés l’un de l’autre trop longtemps…Une évasion de quelques heures seulement leur est suffisante…Ils savent que, bientôt, l’un ou l’autre ne sera peut-être plus là en fin d’après-midi le dimanche…Comment ce sera alors pour celui qui va rester seul dans la grande maison ? Ils y pensent…Ils ne peuvent s’empêcher d’y penser… - Alors, mon Pierrot, bonne pêche ? -Hummmm… Elle sait… S’il n’en dit pas plus c’est qu’il est heureux de sa journée…"Si j'dis rien, c'est qu'ça va" a-t-il coutume de bougonner... Et s’il l’embrasse sur le bout du nez, c’est qu’il est heureux de rentrer…… _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
Dernière édition par coline le Jeu 24 Juil 2008 - 22:29, édité 1 fois |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 22 Juil 2008 - 13:39 | |
| Le jour où j’ai rencontré un personnage de roman…Les personnages de roman existent, j’en ai rencontré un… C’est un soir d’été un peu frais…Nous sommes cinq et nous prenons un verre dans le grand jardin avant le dîner. Le soleil qui décline rase les buissons taillés au cordeau et les énormes bouquets que forment les pieds de lavande tout autour de nous…Rien que du vert et du bleu, réchauffés par les derniers rayons. Elle parle, d’une voix douce et lente comme une caresse. Elle raconte, la première fois, le premier chant dans le désert du Néguev, juste après la guerre des six jours…Au loin, elle entendait résonner des percussions et le chant s’éleva tout naturellement de sa gorge en accompagnement des rythmes qui lui parvenaient… Elle parle du travail entrepris ensuite, des rencontres et des scènes dans le monde entier… Mais elle écoute aussi, attentive à chacun. Elle sourit, tout est doux chez elle, le sourire, la voix, les gestes la couleur de ses yeux et celle de ses cheveux… Vient l’heure du dîner, d’une grande simplicité … La conversation est très éloignée des mondanités. Elle est profonde, empreinte d’humanité et de chaleur. Après le repas, sur un air de jazz improvisé au piano par l’un de nos hôtes, nous passons au salon… Il est évident que nous n’avons qu’une envie : l’écouter, cette voix…Cela ne peut se faire en direct mais il y a un CD. Elle choisit un morceau. Et nous voilà bouleversés, traversés, littéralement transportés par ce chant d’une douceur et d’une force incroyables. L’émotion m’étreint, presque à en pleurer… En ondulations de la voix, du plus aigu au plus grave, les sons montent, comme un long cri mélodieux jailli du fond de l’âme accompagné d’un seul instrument (j’ai pensé un cithare et j’ai oublié de me le faire préciser par la suite) … C’est un chant à nul autre pareil et qui pourtant ramène aux chants traditionnels d’Afrique aussi bien que d’Asie…C’est le chant premier, le chant vital, le chant immémorial de l’homme… Cette chanteuse est si extraordinaire qu’elle a inspiré à une grande auteure un personnage …Elle et son chant valent bien que l’auteure leur ait dédié l’un de ses plus beaux romans : « Tout en caressant le grain de beauté au creux de son bras gauche, maman se réchauffe la voix avec des gammes et des arpèges- mais pour elle ce n’est pas comme réciter l’alphabet, c’est plutôt comme la joie, comme de courir pieds nus sur une longue plage de sable. Elle fait signe à Peter qu’elle est prête. Après plusieurs notes courtes, accentuées, en staccato, il tombe sur un accord, la voix de maman vient se glisser parmi ses notes, s’empare de l’une d’elles et rebondit jusqu’au ciel : c’est parti. Sur un rythme saccadé, elle descend depuis les notes aiguës, chantées avec une douceur déchirante, jusqu’aux eaux profondes et sombres des notes basses, où elle gémit comme si la vie la quittait goutte à goutte. Parfois elle fait un bruit avec les lèvres comme un bouchon qui saute, d’autres fois elle se frappe la poitrine du plat de la main pour ponctuer la musique qui coule du fond de sa gorge. On dirait que sa voix raconte une histoire- non seulement l’histoire de sa vie mais celle de toute l’humanité avec ses guerres et ses famines, ses combats et ses épreuves, ses triomphes et ses défaites, tantôt elle se déverse en vagues menaçantes comme l’océan gonflé d’une tempête, tantôt elle est comme une chute d’eau, dégringolant la falaise et rebondissant sur les roches pour se précipiter dans un chaos d’écume vers la sombre vallée luxuriante au-dessous. Elle dessine autour de ma tête des cercles d’or comme les anneaux de Saturne, se balance follement de haut en bas comme la danse du french cancan, se lamente et frémit, s’insinuant autour d’un fa grave comme le lierre autour d’un tronc d’arbre, pour se plonger enfin dans les eaux bleu cristal de l’accord du sol majeur que répète la main gauche de Peter…Je suis transportée. Maman a raison : personne n’a jamais utilisé sa voix comme ça. Elle est unique, ma mère : un inventeur, un génie, une déesse du chant à l’état pur. »Nancy Huston (dans Lignes de faille, chapitre III) Lignes de faille est dédié à Tamia et son chant. _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
Dernière édition par coline le Mar 22 Juil 2008 - 14:37, édité 1 fois |
|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9805 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | |  | | Bédoulène Zen littéraire

Messages: 3358 Inscription le: 06/07/2007 Age: 64 Localisation: Provence
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 22 Juil 2008 - 18:08 | |
| Merci Coline. Je vois les personnages et cette douceur ambiante et ton enchantement ! _________________ Peu de gens lisent; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. (Voltaire)
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|  | | Babelle Zen littéraire

Messages: 3718 Inscription le: 14/02/2007 Localisation: FSB
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 22 Juil 2008 - 18:12 | |
| Merci de nous faire partager ce moment  |
|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22740 Inscription le: 08/11/2007
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 22 Juil 2008 - 19:14 | |
| Que je suis heureuse pour toi, Coline  |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 22 Juil 2008 - 23:52 | |
|  Merci les filles... Je l'avais écrit pour moi...Je me suis dit: pourquoi ne pas le poster?... Je voudrais pouvoir vous faire entendre cette voix... _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
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|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9903 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Jeu 24 Juil 2008 - 17:55 | |
| c'est tout doux tout beau l'émotion de ton texte. C'est vraiment des moments ... fabuleux quand de telles émotions passent, t'as bien fait d'en faire un texte pour en garder une "trace". et merci pour le partage. Et pour l'extrait de Nancy Huston. (pourquoi elle a mit un disque plutôt que de vous chanter quelque chose ?) _________________ J'avance hier n'est qu'un trou une ombre pour un fou Et j'avance et je me déchire la panse Et je mange les expériences Et je chie toutes les souffrances
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Jeu 24 Juil 2008 - 19:34 | |
| | Queenie a écrit: | c'est tout doux tout beau l'émotion de ton texte. C'est vraiment des moments ... fabuleux quand de telles émotions passent, t'as bien fait d'en faire un texte pour en garder une "trace". et merci pour le partage. Et pour l'extrait de Nancy Huston.
(pourquoi elle a mit un disque plutôt que de vous chanter quelque chose ?) |
Parce que nous venions de dîner, ce n'était pas les conditions d'un concert...Et ce qu'elle fait avec sa voix se prépare...Nous n'aurions eu qu'un aperçu. Le morceau choisi donnait toute l'ampleur de son talent (nous en avons écouté deux morceaux en fait). L'instrument n'était pas un cithare mais un instrument africain très simple à trois cordes avec une caisse de résonnance. C'est elle qui en joue pour accompagner son chant... _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
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|  | | troglodyte Main aguerrie

Messages: 374 Inscription le: 26/05/2007 Age: 39 Localisation: Strasbourg
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 4 Nov 2008 - 19:50 | |
| | coline a écrit: | [...] Non, sur ce sein brûlé elle n’appuiera pas d’arc. Son corps mutilé n’est pas celui d’une guerrière! Elle n’a rien décidé… Mais quand elle s'est réveillée, Elle a entendu le mot:« CANCER » . |
J'espère que personne ne m'attribuera sur ce coup-là un mauvais esprit ; Coline je t'en supplie ne va pas croire que j'aie l'intention de faire ici de l'humour noir déplacé ; mais quand même, je remarque que le mot "arc" fait penser à "Association pour la Recherche sur le Cancer". Est-ce voulu de la part de Coline, ou bien serait-ce une association d'idées souterraine, ou bien est-ce purement fortuit ? Cela me démange de le savoir. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20681 Inscription le: 01/02/2007 Age: 58 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline Mar 4 Nov 2008 - 20:34 | |
| Totalement fortuit... Je faisais allusion aux amazones qui se coupaient un sein pour tirer à l'arc... Mais le scandale de l'ARC reste ancré dans toutes les mémoires et a freiné, c'est certain, la générosité envers la recherche contre le cancer.. _________________ "Le théâtre rassemble des gens venus écouter un cri qui va les bouleverser." (Wajdi Mouawad)
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|  | | | | Pêle-Mêl'Ancolies de coline | |
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