Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Pêle-Mêl'Ancolies de coline

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coline
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MessageSujet: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Jeu 1 Fév 2007 - 15:41

texte déplacé en rubrique Parfum de Livres Editions.


Dernière édition par le Mar 20 Fév 2007 - 16:53, édité 1 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Dim 4 Fév 2007 - 15:57

Souvenir doux-doux

Cet enfant a depuis toujours une manie, il cherche les étiquettes en tissu...Elles ne lui plaisent que si elles sont douces et qu'il peut glisser son auriculaire dedans...Dès qu’il en a trouvé une à sa convenance, aussitôt, il place le petit doigt de sa main gauche dans l'étiquette et se met à sucer son pouce droit....
Quand il était plus petit et que je le prenais dans mes bras, mon bonheur était de sentir sa main mignonnette chatouiller l'arrière de mon cou à la recherche du trésor convoité… sur mes pulls !...
S'il trouvait, il penchait sa tête et venait la poser doucement sur mon épaule droite....Ca pouvait durer longtemps, très longtemps...Parfois jusqu’au sommeil…et c'était bon!...
Avouerai-je qu’il m’est arrivé, lorsque j’allais le voir, de choisir mes tenues vestimentaires en fonction de ces critères-là : douceur et double épaisseur de l’étiquette…

(un texte qui date d'hier...avant-hier peut-être...c'est fou comme le temps passe vite!)
:)
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 5 Fév 2007 - 23:19

Juste un trait d'étincelle.

Un avion silencieux a traversé leur ciel.
Les enfants étonnés entassaient des cailloux.
C'est alors que le temps choisit cette minute et que des peurs passées accoururent à grands cris. Car l'avion, tout là-haut, propulsait des étoiles et les enfants bientôt rougirent en les voyant.
Les trahisons stellaires font des feux d'artifice.

Un enfant esseulé a lancé un caillou. Il se rêvait déjà en ses jeux à venir.


(exercice d'écriture avec consignes)


Dernière édition par coline le Jeu 24 Juil 2008 - 21:50, édité 2 fois
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Ven 9 Fév 2007 - 13:29

Photos de famille

C'est chez moi qu'a échoué la boîte des photos familiales après avoir longtemps séjourné dans l'armoire de mes grands-parents...
Après être passée et s'être remplie encore dans les tiroirs de mes parents...
Maman est morte, trop jeune, et je serai bientôt plus vieille qu'elle n'apparaît sur les photos...
A la mort de Papa, j'ai eu envie de prendre ces souvenirs si doux... si douloureux avec le temps à raviver...
J'ai rassemblé ceux qui m'étaient proches...Il fallait faire des choix parmi les nombreuses images que j'ai triées et redistribuées à chacun en fonction de l'intérêt qu'elles pouvaient présenter.
A partir des miennes,j'ai essayé de retrouver un peu de mon histoire...
Miracle de l'informatique qui agrandit les minuscules photos d'antan, ramenant les souvenirs au bord des mots...
J'ai scruté les visages, cherché les ressemblances...
J'ai fixé les regards et les lèvres pour savoir s'ils disaient le bonheur...
Je crois qu'ils le disaient, en tout cas j'ai voulu le croire...
Parfois le bonheur s'est teinté de nostalgie...
Parfois la nostalgie s'est teintée de bonheur.
Voilà, c'est fait...
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Dim 11 Fév 2007 - 23:38

La veste verte

La première fois que j’ai croisé son regard, nous étions elle et moi séparées par une vitre.
Je dois dire que j’avais fière allure, posant sur les épaules d’une belle blonde plantureuse… glaciale mais magnifique. Les lumières, toutes dirigées vers moi, me donnaient l’illusion d’être une star.

Elle, que j’avais vu s’approcher d’un pas alerte et léger, s’était arrêtée soudainement dès qu’elle m’avait aperçue. Elle tenait à la main un cartable et je me souviens avoir pensé qu’elle devait être sur le chemin d’une école… En arrêt devant la vitre, elle inclinait maintenant la tête à droite, à gauche, tandis qu’un vague sourire se dessinait sur ses lèvres.
A un moment, elle a placé ses mains en rideaux de part et d’autre de ses yeux et elle a approché son visage tout près de la vitre pour distinguer un chiffre qu’on avait élégamment accroché à mon col….J’ai entendu qu’elle s’exclamait : « Wouaouh !...Non !... » tandis que sur son visage , en un éclair, se traduisait la déception…
Elle resta encore quelques minutes puis continua son chemin…

Deux ou trois heures plus tard, c’est avec un réel bonheur que je la vis reparaître, en sens inverse de la première fois, toujours munie de son cartable…Peut-être revenait-elle de l’école?
Je craignais qu’elle m’ignore cette fois-ci et qu’elle passe devant moi sans m’adresser un regard. J’en aurais eu de la peine, mais il n’en fut rien…Et je commençais à me demander, moi qui était si bien accompagnée, ce qui déjà m’attachait à cette petite, toute petite, trop petite brunette, aux yeux noirs et pétillants dans lesquels je pouvais certes lire une certaine admiration …et aussi du désir…
Elle s’attarda un moment encore et reprit sa marche sur le trottoir, comme à regret, d’un pas plus lent…

Le lendemain ce fut une délicieuse surprise quand je la vis revenir vers moi…Plus de cartable cette fois-ci ! Elle avait vraiment soigné sa toilette, talons hauts, bijoux et sac à main : je la trouvais encore plus jolie!
Un homme l’accompagnait. Elle parlait, elle parlait et lui, tendrement, la regardait ; il semblait ne rien vouloir perdre de son babillage.
Lorsqu’ils arrivèrent à ma hauteur, écartant les bras et dans un radieux sourire elle dit seulement : « La voilà ! »…
Je ne pouvais entendre ce qu’ils prononcèrent ensuite…Je ne pus lire sur les lèvres de l’homme que ces mots « folie…une folie… »…Mais je vis aussi qu’il lui emboîtait le pas sans résistance pour franchir le seuil de la boutique où j’étais exposée.

Me saisissant avec délicatesse, la vendeuse dévêtit le beau mannequin blond de la vitrine …Elle me plaça en un instant sur les épaules de ma brunette et, découvrant notre image dans le miroir, nous fûmes aussitôt, elle et moi, certaines de ne plus pouvoir être séparées…
C’était…il y a quinze ans déjà…

Au début, heureuses et mutuellement fières l’une de l’autre, nous faisions ensemble pas mal de sorties. Elle trouvait sans cesse des accessoires qui nous mettaient toutes deux en valeur : boucles d’oreille, foulards harmonieusement accordés à mes vertes couleurs. La modestie m’empêche de vous rapporter les compliments que nous recevions et qui nous comblaient toutes deux de bonheur…

Pourtant, à un moment donné, et en quelques jours, nos sorties ont cessé…Elle est devenue grave, moins coquette…Elle n’avait plus le goût à joliment s’habiller…
Un matin, je l’ai vu quitter la maison avec une petite valise tandis que je restais, négligemment posée sur le bras d’une méridienne, abandonnée.

Il se passa ainsi plusieurs semaines…
L’homme rentrait le soir, l’air triste et accablé. Il ne songeait pas à me ranger. Je crois qu’il ne me voyait même pas. Un jour cependant il me saisit avant de sortir,et me fourra sans attention aucune dans un sac…Où m’emmenait-il ?

Je le découvris au moment où sa main m’extirpa du sac et me déposa dans un lieu blanc, sur un oreiller blanc, tout à côté de son visage à elle, tout blanc…Elle m’avait réclamée !...Elle voulait que je sois près d’elle !...

Aussi pendant des jours et des jours, j’ai enveloppée de toute ma douceur, celle de ma laine et celle de mes couleurs, son corps devenu plus petit encore, plus menu, plus frileux…
Elle me récompensait en caresses, en gestes délicats, en m’aspergeant légèrement de son parfum…Elle me frottait contre son visage et me disait dans un sourire las que je lui avais manqué…Elle me confiait ses craintes et sa douleur…Je lui réchauffais le corps et le cœur.

Quelques temps après, elle et moi sommes heureusement rentrées à la maison….J’avais un nouveau statut : celui de vêtement d’intérieur !...
Au final, cela me convenait parfaitement…Tout ce qu’elle voulait pour moi me convenait parfaitement…Et moi je voulais tant de bonnes choses pour elle…

Les années ont passé…Dès les premiers frimas, je suis pourtant toujours à portée de sa main…Quand elle lit, quand elle peint,c’est encore moi qu’elle pose sur ses épaules…J’ai beaucoup vieilli mais je l’accompagne encore quelquefois au jardin…
Il y a un petit garçon dans sa maison maintenant…L’enfant a découvert qu’il peut glisser son petit doigt au milieu de ma soyeuse étiquette…Alors il lui demande souvent : « Tu me prêtes ta veste verte ?», ce qu’elle lui accorde avec plaisir…L’enfant s’assoit ou s’allonge sur le canapé, il glisse son auriculaire dans l’étiquette (quelle drôle de manie !) et suce son pouce sous le regard attendri de celle qui est sa grand’mère…
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 0:01

Vraiment agréable à lire…pleine de nostalgie joyeuse, presque heureuse, assortie d’une forme de continuité dans le jeu du petit fils.

La veste qui pense, ça me rappelle quelque chose…il faudrait réfléchir à commencer un récit collectif… bounce

L’achat est un peu rapide, elle aurait pu hésiter plusieurs jours, entrer dans la boutique, toucher la veste puis revenir…faire monter le désir… Shocked
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 0:07

sousmarin a écrit:
Vraiment agréable à lire…pleine de nostalgie joyeuse, presque heureuse, assortie d’une forme de continuité dans le jeu du petit fils.

La veste qui pense, ça me rappelle quelque chose…il faudrait réfléchir à commencer un récit collectif… bounce

L’achat est un peu rapide, elle aurait pu hésiter plusieurs jours, entrer dans la boutique, toucher la veste puis revenir…faire monter le désir… Shocked


L'achat est un peu rapide, oui...Mais c'est ainsi qu'il s'est fait...
Ce récit est vrai Wink ...

Récit collectif...oui...
Je serai partante, tu le sais bien, quand l'idée sera lancée...Le problème est qu'il faut aussi se consacrer aux autres rubriques...et le temps est limité!
Je serais pour attendre un peu encore...mais je te sens déjà dans les starters... Very Happy
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aériale
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 9:20

J'aime vraiment ta façon d'écrire Coline !:heart:
Toujours l'émotion , fine et suggérée , qui pointe au travers de ce joli texte et du parcours de cette veste , reflet du tien ...Like a Star
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Chantalcath
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 9:53

Il reste mon préféré Coline.
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coline
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 11:05

Chantalcath a écrit:
Il reste mon préféré Coline.


Oui, je sais que tu l'aimes bien celui-ci Chantalcath... :)
(Moi aussi, je dois l'aimer puisque je le ressers...)

Merci de vos gentilles appréciations...
Ce que je voudrais dire, c'est qu'en fait je n'écris pas beaucoup mais de temps en temps, ça me prend, l'envie de composer un petit paragraphe, une petite histoire...
Cela m'amuse comme un jeu...Je ne retravaille pas ce que j'ai écrit, pas envie...pas le courage.
Je n'ai pas du tout vocation à écrire. L'inspiration vient ou ne vient pas...C'est jeté, non plus sur le papier, mais du bout DU doigt sur le clavier...
Je suis contente si mes mots arrivent jusqu'à vous et vous parlent... :)
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Queenie
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 11:47

c'est un très beau texte, tout plein de douceur. de tendresse. j'ai même eu un peu peur pour cette veste lorsqu'elle s'est retrouvée abandonnée : je l'imaginais déjà déchirée, jetée, délaissée aux mites et aux cafards ! Mais non, elle finit dans les mains d'un petit garçon qui met son doigt dans l'étiquette (ça t'a beaucoup marqué cette manie hein :) )
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aériale
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 13:35

Queenie a écrit:
... j'ai même eu un peu peur pour cette veste lorsqu'elle s'est retrouvée abandonnée : je l'imaginais déjà déchirée, jetée, délaissée aux mites et aux cafards !


...Version queenienne de la " veste verte " de coline ...Razz
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Lun 12 Fév 2007 - 14:06

Aérial a écrit:
Queenie a écrit:
... j'ai même eu un peu peur pour cette veste lorsqu'elle s'est retrouvée abandonnée : je l'imaginais déjà déchirée, jetée, délaissée aux mites et aux cafards !


...Version queenienne de la " veste verte " de coline ...Razz
Et encore, c’est une version queenienne optimiste… :arrow:
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Sam 17 Fév 2007 - 18:54

Un monologue écrit pour le théâtre pour un spectacle sur le thème:

Le trou:

Qui a dit:« La vie:c'est l’espace de temps qu'on met à parcourir en partant d'un trou pour entrer dans un autre. »
C’est un peu réducteur, non ? Un raccourci en somme !
Parce que dans cet espace de temps, pour arriver au but qui, déjà, n’offre pas en soi de merveilleuses perspectives on est amené à contourner ou à franchir combien et combien de trous ?…

C’est dans une belle inconscience que j’ai précipité mon enfant dans cette vie gruyère....Mais à vingt ans, je n'avais pas encore eu le temps d’imaginer tous les trous qu’une vie oblige à franchir…Ma jeunesse m’avait accordé, jusque-là, l’énergie nécessaire pour franchir les trous déjà rencontrés…Alors j’avais vite oublié les trous pour ne retenir que ce qu’il y avait autour…Car pour qu’il y ait un trou, il faut bien qu’il y ait quelque chose autour ?…

Et je savais qu’autour, c’était de l’amour… Rien que des mots et des gestes tendres, une ribambelle d’enfants joyeux, des week-ends amoureux au printemps en Toscane… et plus tard…mais beaucoup plus tard… deux vieux qui se tiennent encore la main sur le canapé …

Je pensais que le jeu valait bien la chandelle, et que pour gagner mon comptant « d’autour », cela méritait bien de souffrir les trous…

Mais un trou ça crée un manque…Et dans le puzzle de mon existence, j’ai déjà perdu bien des pièces…Que de manques !...
Oh… il reste d’autres pièces qui donneront encore un temps fière allure à ma vie. Mais… mes parents, mes amis dans le trou…un vide…pour toujours…
Et le départ de l’amour : enfoncement dans mon cœur… dépression de mon âme…et douloureuse plaie à jamais béante…

Puis un trou ça fait peur…
Lorsque je me retrouve au bord, mon regard cherche aussitôt à en évaluer la profondeur…Peu à peu, oubliant la menace, mon corps se penche en avant. Attiré par le vide mon corps !…Vertige !...
Faut-il sauter directement au fond du trou ou lentement s’y laisser descendre?
D’une façon où d’une autre, descendre au fond d’un trou, ça fait mal.
Et la douleur gêne forcément la remontée…elle la rend difficile…

…Me voilà, une fois de plus, au fond d’un trou…le cou tendu à regarder tout en haut les vestiges de l’autour… minces vestiges d’amour rendus visibles, au bord du trou, par le souffle léger d’une brise d’espoir…
J’ai mal de ne pouvoir les atteindre …à vouloir, parfois, mourir au fond du trou …

Est-ce que mon cœur, au fond du trou, un jour pourrait se mettre à distinguer l’espace libre, qui s’ouvre là-haut, au cœur de l’autour ?…Je sens bien qu’il appelle…Il faudrait que mon corps lentement se redresse…et qu’une main se tende…pour que ma main la prenne …
Alors je me hisserais hors du trou pour reprendre ma marche…la marche du temps…de l’espace temps que je dois parcourir, partant de ce trou, pour entrer… dans un autre…
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MessageSujet: Re: Pêle-Mêl'Ancolies de coline   Dim 25 Mar 2007 - 23:26

L'homme assis dans la Mercedes
(texte inspiré de tableaux de Caspar David Friedrich)


Nous attendions depuis des heures, bloqués dans un gigantesque embouteillage…Les gens sortaient des voitures, allaient à l’avant de la file, puis revenaient sans pouvoir donner des explications…Entre eux se nouaient des conversations sans importance. Elles permettaient seulement de faire passer le temps… Quelques coups de klaxons retentissaient parfois mais finalement la foule immobilisée semblait plutôt patiente…
Un long moment j’ai lu dans ma voiture…et puis soudain j’ai eu envie , comme les autres, d’aller prendre l’air…

Comme j’arrivais à la hauteur de la voiture qui me précédait, une vieille Mercedes, j’ai salué l’homme qui l’occupait. Il était assis à l’arrière. Il avait baissé la vitre. Son regard semblait chercher quelqu’un …Encouragé par mon sourire, il me tendit une photo…J’en fus très étonnée mais alors que, la découvrant, je pensais déjà à un tableau de Caspar David Friedrich, Mountainer in a misty landscape , l’homme se mit à me parler…

« C’est moi…Le jour où j’ai rencontré Jane à Crakepot…Ce jour-là, il pleuvait…Il pleut toujours à Crakepot…Personne n’y vient jamais…Personne ne connaît…
J’habite à Crakepot, dans la grosse maison de pierres grises, tout en haut de la falaise escarpée qui domine la folie des vagues…L’hiver comme l’été, le vent hurle sous mon toit, l’averse gifle les vitres…Glacé dans ma solitude, je grelotte assis au coin de la haute cheminée…Alors, souvent, je préfère sortir, aller marcher…La violence de la pluie est ma seule compagne…

Au détour du chemin escarpé qui surplombe les flots et sur lequel je n’ai jamais rencontré personne, je l’ai soudain vue arriver….Je descendais…Elle, péniblement, elle montait…Elle gravissait ce sentier côtier qui ne mène qu’à ma demeure : Crakepot…Le gris manoir éternellement chahuté par les vents…
Un bonnet enserrait ses cheveux blonds qu’elle avait noués en tresses. Ses joues étaient rougies par le froid dont elle protégeait ses mains en les gardant dans les poches malgré la difficile montée…Mais dès qu’elle m’aperçut, elle sourit…Malgré sa surprise, elle sourit…Jamais personne…jamais une femme ne m’avait souri…

Arrivée à ma hauteur, elle dit, toujours en souriant :
-Bonjour Monsieur Poquet…Vous voyez, je connais votre nom !…
Elle parlait dans ma langue, mais avec un délicieux accent !
-Je m’appelle Jane. J’habite la petite village tout en bas, la petite village des pêcheurs…Vous savez, tout le monde là-bas sait que vous êtes venu de France. Depuis combien d’années déjà ? Vous avez hérité du manoir ? Pourquoi restez-vous si seul ? Comment occupez-vous vos journées ?
Elle ne me laissait pas le temps de lui répondre…De toute façon, je n’aurais pas voulu…je n’aurais pas pu prononcer le moindre mot…

En quelques minutes, dans le flot de son babillage seulement interrompu parfois par un rire enfantin, cette fille à la voix douce et volontaire m’apprenait qu’elle allait bientôt partir à Rouen, comme jeune fille au pair, qu’il lui fallait perfectionner son français…et que je l’aiderai en cela…M’a-t-elle donné le choix ? …Je ne crois pas…
Considérant sans doute mon silence comme un accord, elle commençait déjà à prendre congé dans un radieux sourire :
-Oh !...Monsieur Poquet, si vous saviez comme je suis heureuse !...Merci, merci, merci…A demain alors ?...J’ai hâte que vient demain…Vous avez des livres de poèmes de Victor Hugo ? Je connais un poème de Victor Hugo…Je veux les connaître tous !...
Elle embrassait l’espace, elle battait des mains, elle sautillait sur place et son sourire déjà avait touché mon âme…Je n’avais pas prononcé un seul mot…
Sur le chemin du retour à « sa petite village », elle dévalait maintenant la pente, entraînant avec elle, dans sa joyeuse course, les cailloux vagabonds du sentier…

Un automne est passé..Elle venait chaque jour rompre délicieusement ma solitude…Elle avait dit qu’elle voulait connaître tous les poèmes de Victor Hugo…Alors j’avais ouvert devant ses yeux émus tous les ouvrages de l’écrivain, les chers livres qui meublaient mes jours de silence et mes nuits d’insomnie…Miroirs de mes sentiments…Sources inépuisables de mes pensées…
Victor Hugo était un trait d’union, un médium entre nous…Elle avait soif d’apprendre. Et moi, un peu plus chaque jour, j’avais soif de sa présence…
Dehors, on entendait le bruit des vagues se fracassant sur les rochers…Alors, elle récitait, y mettant tout son cœur :
« O Combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Dans ce morne horizon se sont évanouis !
Combien ont disparu, dure et triste fortune !
Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune,
Dans l’aveugle océan à jamais enfouis
… »

Quand l’hiver est venu, elle dit d’une voix boudeuse qu’il faisait bien trop froid pour monter et descendre chaque jour par le sentier côtier…Je crus, l’espace d’un instant, qu’elle allait interrompre ses visites quotidiennes au manoir…Mais déjà, dans un sourire, elle ajoutait qu’elle ne pouvait pas arrêter comme cela ses études, qu’il lui fallait venir s’installer dans ma rude demeure pendant quelques semaines…
Pour toute réponse, je pris mon manteau et sortis …
Je suis allé couper du bois…beaucoup, beaucoup de bois…

Comme chaque année ici, l’hiver fut long et rigoureux…
Hormis pendant les heures que nous passions ensemble à travailler, je sentais l’ennui la gagner….De plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, elle se plaçait devant la fenêtre…Muette, elle regardait la mer…Et quand, à nouveau, elle tournait vers moi son visage, je remarquais que son sourire se faisait de plus en plus contraint et de plus en plus rare, que son regard souvent se perdait…Ses soupirs me brisaient le cœur…
Je sentais bien l’impérieux besoin que j’aurai désormais de sa présence. La douleur m’envahissait à l’idée qu’elle pouvait partir… »

Tandis qu’il marquait une pause dans son récit, une image me venait, ... Frau am Fenster …

Puis bientôt, il reprit : « Parfois, le soir, je l’emmenais contempler le spectacle de la lune. Un instant, un sourire, un geste tendre de sa part faisaient en moi renaître un peu d’espoir…
Mais plus d’une fois, le jour, je l’ai vue sortir et s’isoler sous les branches dénudées des arbres. Elle semblait parler seule…Disait-elle des poèmes ?...A son retour, dans son regard encore embué de larmes, je lisais qu’elle avait pleuré…

Un matin, n’y tenant plus, elle a rassemblé ses affaires…Au petit-déjeuner, elle a annoncé qu’il était temps pour elle de s’en aller…Qu’infiniment, elle me remerciait…Dans un large sourire, elle me remerciait de ma patience…de ma gentillesse…de mon hospitalité…de mon savoir dispensé…Elle disait que, grâce à moi, elle avait tant appris…Et qu’elle avait aussi appris à m’aimer…elle avait dit … à m’aimer !

Je l’ai regardée ce matin-là franchir sans se retourner le vieux portail rongé par les embruns. Le manque d’elle déjà me ravageait le corps…J’ai hurlé ma douleur, ne sachant lui crier de rester…
Presque aussitôt, j’ai couru au bord de la falaise…J’ai penché mon regard au-dessus des flots puissants qui m’appelaient à eux…Dans le vide, j’ai précipité ma peine…"

Des larmes maintenant coulaient sur les joues de l’homme assis dans la Mercedes…Je ne savais quoi dire…Il se ressaisit et continua son récit :
« Des branches et un rocher ont heureusement arrêté ma chute, me retenant par les pans de mon long par-dessus…Des heures dans le froid et le vent je suis resté ainsi accroché…Un bateau de pêcheurs m’a finalement repéré…
Depuis, vous savez, j’ai perdu l’usage de mes jambes…
Après des mois d’hôpital, je me sens maintenant calme, heureux, déterminé…
Rien ne m’arrêtera sur la route qui conduit jusqu’à elle…A Rouen, je vais la chercher…A Crakepot, je la ramènerai…Calais…Boulogne…Amiens…Rouen…Je veux croire qu’elle m’attend… »

Comme épuisé par ce qu’il venait de me raconter, il ferma les yeux et pencha sa tête en arrière…Il était redevenu silencieux…J’ai parcouru encore quelques mètres, un peu plus loin vers l’avant de la file des voitures…L’embouteillage semblait ne pas vouloir prendre fin…
Puis, comme je revenais sur mes pas pour reprendre au chaud ma lecture, passant près de la Mercedes, je constatais qu’il n’était plus là…

_________________
"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)


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