Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Petites choses de rien du tout...

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Ezechielle
Sage de la littérature


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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 23:50

4) Liens idéologiques:

Dans le chapitre précédent, j'évoquais les liens concrets, les points de contacts "physiques" entre les nazis et les islamistes. Dans celui-ci, je vais tenter montrer quels sont les concordances idéologiques des deux mouvements et leurs limites. Pour ce faire, je vais me pencher sur quelques points qui me semblent fondamentaux: la religion, la politique et le totalitarisme, la race et la nation, et les Juifs.

a. La religion:

Le nazisme est souvent décrit comme une idéologie laïque, antireligieuse, voire fondamentalement antichrétienne. Certes, plusieurs des plus grands dirigeants et idéologues nazis étaient antichrétiens, comme Goebbels, Alfred Rosenberg, Himmler et Goering. Cependant, Hitler insiste à plusieurs reprise sur son rejet de l'athéisme. De même, George L. Mosse décrit très bien la tendance à l'irrationnel et au religieux qu'avaient les mouvements fascistes des années 3015.
Ce qui encourage le discours selon lequel les nazis étaient opposés à la religion est due à une politique souvent opposée aux religieux (en tant que force idéologique concurrente) et surtout à cause du rejet farouche du christianisme par l'un des idéologues les plus éminents du parti: Alfred Rosenberg. Il faut cependant prendre en compte le fait qu'Hitler ne prit jamais de décision à l'encontre de l'Eglise catholique ou protestante, il signa même un concordat avec la première. De plus, ces extraits de Mein Kampf sont on ne peut plus parlant: « Mais l'Etat n'a rien à faire avec une conception économique ou avec un développement économique déterminé! Il n'est pas la réunion de parties contractantes économiques dans un territoire précis et délimité, ayant pour but l'exécution de tâches économiques; il est l'organisation d'une communauté d'êtres-vivants, pareils les uns aux autres au point de vue physique et moral, constituée pour mieux assurer leur descendance, et atteindre le but assigné à leur race par la providence. »16; « Le combat contre les dogmes en soi ressemble beaucoup […] au combat contre les bases légales générales de l'Etat; et de même que cette lutte s'achèverait par une complète anarchie, de même la lutte religieuse s'achèverait en un nihilisme religieux dépourvu de valeur. »17; « En même temps que la foi aide à élever l'homme au-dessus du niveau d'une vie animale et paisible, elle contribue à raffermir et à affirmer son existence. Que l'on enlève à l'humanité actuelle ses principes religieux, confirmés par l'éducation, qui sont pratiquement des principes de moralité et de bonnes mœurs; que l'on supprime cette éducation religieuse sans la remplacer par quelque chose d'équivalent, et on verra le résultat sous la forme d'un profond ébranlement des bases de sa propre existence. On peut donc poser en axiome que non seulement l'homme vit pour servir l'idéal le plus élevé, mais aussi pour que cet idéal parfait constitue à son tour pour l'homme une condition de son existence. Ainsi se ferme le cercle. »18. Dans le même chapitre du livre, Hitler développe sa principale critique de la religion (qui est surtout une critique de la philosophie en générale) qui est que cette dernière ne fait que définir un cadre sans donner de principes d'actions précis. Ainsi, peu importe la religion, ce qui compte, c'est que l'idéologie nazie puisse définir l'acte et encadrer le discours religieux de façon à en imprégner les foules. Un discours religieux (ou philosophique) trop savant, même s'il défend une bonne cause, n'est pas propre, nous dit Hitler, à prendre en main une nation, à la pousser à agir, il faut pour cela une foi simple toute tournée vers un objectif simple. Dans ses Libres propos sur la guerre et la paix, Hitler insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'il n'est ni nécessaire, ni enviable de s'attaquer à la religion car elle constitue l'élément unificateur d'une partie de la population qui en dernier lieu se trouve en fusion dans le national-socialisme qui, à terme, supplantera toute religion précisément par son caractère religieux!
Au regard de ces thèses, qui sont celle du Führer lui-même ayant toujours le dernier mot lorsqu'il s'agit de trancher sur une position idéologique, on peut affirmer le caractère hautement religieux, ou du moins spirituel, du national-socialisme, même s'il est clair qu'une telle "religion nazie" aurait eu une tendance hautement politique et pragmatique.

15 G. L. MOSSE, Les racines intellectuelles du troisième Reich, La crise de l’idéologie allemande, trad. fr. C. Darmon, Paris, Calmann-Lévy, 2006, p. 496.

16 A. HITLER, Mein Kampf, trad. fr. J. Gaudefroy-Demombynes, Paris, Les Nouvelles Editions Latines, 1980, p. 151.

17 A. HITLER, ibid., p. 267.

18 A. HITLER, ibid., p. 377.

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Ezechielle
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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 23:51

b. La politique et le totalitarisme:

Si la question religieuse reste floue pour le nazisme, dans le cas de l'islamisme radical, c'est la question politique qui pose problème. En effet, l'islamisme se décrit généralement comme un retour aux sources de l'islam et a souvent prétendu n'avoir qu'un rapport éminemment religieux, touchant parfois à cause du caractère englobant de l'islam. L'aspect politique de l'islamisme ne seraient donc pas le résultat d'une volonté de s'impliquer comme une force idéologique, mais une simple donnée circonstancielle.
Par exemple, les Frères Musulmans n'ont jamais créé d'entité politique en Egypte, mais il ne faut pas oublier que les Frères ont toujours introduit leurs membres au sein de divers partis afin de peser dans la balance politique. De plus, l'aspect "totalisant" du projet des Frères ne laisse aucun doute quant à leurs visées politiques: si le but est d'en arriver à une société intégralement musulmane, le pouvoir aussi, en définitive, sera islamisé. De plus, c'est précisément cette position "à cheval" entre religion et politique qui pose problème aussi bien au sein des Frères qu'au regard d'observateurs externes. Si les Frères Musulmans ne jouent pas franchement le jeu de la politique, c'est avant tout parce qu'ils ont déjà choisi leur voie, et ce dès le début: Hassan Al-Banna constatait l'efficacité des méthodes chrétiennes en Egypte, et il ne nie nullement que ces dernières l'ont influencé dans sa politique19: si le message de l'islam doit se répandre dans la société, il ne le sera qu'à condition d'islamiser toute la société, ce qui est un processus lent d'intégration20. Ainsi, l'islamisation par le bas est-elle plus adaptée aux objectifs d'Al-Banna qui ne voit en la restauration du Califat qu'un objectif lointain. Toute tentative d'islamisation par le haut serait une erreur sur deux points au moins: les Frères ne seraient plus dans la légalité (or ils tentent de maintenir une image d'intégrité au sein de la société égyptienne), et ils risqueraient d'être vus comme des dictateurs par une société n'ayant pas encore été suffisamment préparée pour comprendre le message de l'islam et accepter cette prise de pouvoir.

Un autre mouvement, plus activiste et plus connu du grand public, peut poser la question de la politique: Al-Qaïda. Les revendications du mouvement son claires du point de vue religieux, mais il ne donne aucune piste quant à la nature d'un état islamiste, si ce n'est que sa loi serait inspirée de la sharia. Mais l'indécision de ce qu'on appelle parfois la "nébuleuse Al-Qaïda" est loin d'être un cas isolé. Cette volonté d'agir en tant que force politique sans parvenir à définir ce projet politique est propre à l'ensemble des mouvements islamistes. Certains jouent la carte de l'islamisation par le bas dans le but de mettre en place une société intégralement musulmane qui saura nécessairement trouver sa voie (c'est la position des Frères Musulmans), d'autres tentent de jouer le jeu de pluralisme (Hezbollah, Hamas, RII), d'autres enfin entrent dans la lutte armée en réclamant l'instauration d'une société "intégralement islamique" sans pour autant en préciser la nature (Al-Qaïda en l'occurrence). Cette indécision et ces divergences sont dues au fait que l'islamisme (comme le nazisme) est une idéologie moderne, propre au XXème siècle, qui réclame un retour aux sources. Mais quelles sources? S'ils sont tous d'accord pour dire que la Oumma sous Muhammad était "pure", les problèmes que posèrent sa succession demeurent toujours actuellement lorsqu'il s'agit de définir une politique "conforme à l'islam". Pour les Frères Musulmans et d'autres groupes islamistes, si Muhammad n'a laissé aucune indication quant à celle-ci, c'est qu'il a vécu sans avoir recours à une distinction du politique et du religieux, si bien que le projet islamiste doit être l'entièreté de la société, et non un projet politique à part entière qui nierait de facto toute dimension religieuse. Mais après Muhammad? Les musulmans ont été et sont toujours divisés quant à la légitimité des régimes qui ont suivi la mort du prophète: imamat? Califat? Emirat? La dimension profondément unitaire de la Oumma ne suggère-t-elle pas plutôt un système démocratique? Un prophète sera-t-il de retour pour guider les musulmans? Autant de questions auxquelles personne ne semble être ne mesure d'apporter une réponse définitive.

En comparaison avec la "crise de l'idéologie allemande" qui selon George L. Mosse a conduit au nazisme, l'islamisme ressemble fort aux divers groupes völkisch qui émergeaient alors un peu partout en Allemagne et en Autriche. Ces derniers étaient tout aussi divisés quant à la nature du régime politique à mettre en place et ne concevaient nullement l'influence de leur époque dans l'évocation du "passé" vers lequel ils désiraient tendre. Certains prônaient un retour à l'Ancien Régime, d'autres le considéraient perverti par la chrétienté et désiraient davantage un retour à une hypothétique "démocratie germanique" telle que l'auraient mise en place les antiques germains, d'autres enfin attentaient l'arrivée d'un "messie providentiel". Les choses ne trouvèrent de dénouement qu'avec l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933: le messie providentiel serait le guide, le Führer.
De même, le dénouement politique de l'islamisme ne pourra trouver de réponse que dans sa réalisation. L'Iran se pose dès lors en exemple phare, et son influence qui s'étend même au monde sunnite ne trompe pas: le monde musulman, qu'il prétende ou non au rejet intégral de la société occidentale, ne peut se défaire de son influence. L'Iran a donc mis en place un pouvoir islamique reposant sur un système qui se veut démocratique. Mais faire de l'Iran un archétype de la réalisation politique de l'islamisme, c'est nier la nature spécifique de la vision de l'islam sur laquelle repose le régime. La République Islamiste d'Iran est basée sur le chiisme duodécimain, ce qui a d'énormes implications sur les mythes politiques entretenus par le régime. Tout d'abord, on aurait pu penser que Khomeiny en aurait profité pour s'imposer comme étant le douzième imam, mais ce ne fut pas le cas (même si les gardiens de la révolution on tenté de le présenter comme tel, ce que Khomeiny n'a jamais réfuté avec force21). Au contraire, Khomeiny a préféré se poser en Guide de la révolution22 et chapeauter un régime républicain dont il détient toutes les clefs (à ce titre, se laisse davantage comparer au système communiste, quoique le titre de "Guide" laisse penser au Führer). La mise en place d'un régime républicain avait pour but de préserver un régime dont les acteurs ne parvenaient pas à se mettre d'accord; des rivalités ont continuées et continuent toujours au sein du régime, si bien que la forme démocratique à le triple avantage de permettre aux divers clans de se mettre d'accord "à l'amiable", aux peuple iranien de se sentir libre et à la communauté internationale de croire en la bonne volonté du régime.

L'impossibilité de Khomeiny à prétendre au titre de Mahdî, à unir définitivement les acteurs du régime et à tenir la population iranienne qui, malgré tout, désire la liberté et réclame la démocratie23 l'ont obligé à mettre en place un système républicain qui, tout fantoche soit-il, est la réalisation politique la plus aboutie de l'islamisme jusqu'à maintenant. Comme je l'ai dit plus haut, il ne faut pas en faire une généralité à cause de certaines circonstances propres au chiisme et à l'Iran ou le coup d'état de Mossadegh ont fait espérer aux Iraniens la mise en place d'une démocratie qu'ils réclament toujours aujourd'hui. Mais les choses sont-elles véritablement différentes dans le reste du monde musulman? Sont-ils nombreux à rejeter leurs libertés? N'y a-t-il pas d'autres partis islamistes qui jouent la carte du pluralisme (comme le Hamas ou le Hezbollah)? Le problème de l'imamat sunnite ne trouve-t-il pas son équivalent chez les sunnites avec le califat (et ce même si le Calife ne représente qu'une autorité temporelle)?

Si je puis me permettre une hypothèse, je dirais qu'un parti islamiste accédant au pouvoir dans un autre pays musulman ayant aussi subi une forte influence occidentale, aura de grandes chances de reproduire une forme de république islamique. Et en partant de l'idée qu'un régime fondé sur l'islamisme serait un totalitarisme (car en effet, l'islamisme a pour objectif d'encadrer la totalité des aspects de la société musulmane), cette république islamique serait fatalement elle-même un totalitarisme. Or ce qui fonde un totalitarisme est sa reconnaissance des masses comme une force politique24, ce qui est impensable dans l'optique d'une vieille droite réactionnaire pour laquelle seule une certaine élite est prise en compte. Les totalitarismes sont des systèmes ancrés dans la modernité car ils n'auraient pas vu le jour sans la démocratie. En effet, la reconnaissance des masses est contenue en germe dans le système démocratique, et le socialisme confirmera cette tendance. Sans cette reconnaissance des masses, le totalitarisme n'aurait pas existé. Les fascismes européens avaient instauré des dictatures, considérant que le soutient de la masse devait se montrer dans son enthousiasme à faire la révolution (que ce soit par son soutient à un coup d'état ou dans les urnes), sans participer activement au pouvoir, le "Chef" représentant nécessairement les aspiration du peuple qui s'unit lors des diverses manifestations organisées par le pouvoir. Le système communiste maintenait des élections dans le seul but de produire, au moins l'espace d'une journée, l'illusion de la communion du peuple confirmant la légitimité du parti, acte donc symbolique mais très important aux yeux du régime qui se doit de toujours maintenir les masses dans un certain état d'esprit. Allant jusqu'au bout de cette logique et dans un contexte de "démocratisation mondiale"25, un régime islamique se tournera volontiers vers un système républicain. Celui-ci reconnaît les masses, leur donne un espace d'expression qui, à l'instar du système d'élections en ex-URSS, a pour fonction de rassembler le peuple dans l'enthousiasme de la participation au pouvoir, même si la nature du système empêche toute transformation fondamentale26.

Enfin, j'ajouterais que les différents islamismes (qu'ils soient chiites ou sunnites) ont tendance à réduire l'islam à quelques notions clef - niant souvent la diversité culturelle qu'il contient - ce qui a pour conséquence de permettre, par exemple, de permettre diffusion du modèle iranien hors de ses frontières (la RII ne cache d'ailleurs nullement son intention de représenter un tel modèle à travers l'entièreté du monde musulman). Cette "réduction" des différences entre musulmans augmente les chances d'unification d'un modèle islamiste.

Il existe cependant un mouvement islamiste qui peut constituer une alternative au modèle iranien. L'Afghanistan des talibans n'a pas suivi le modèle républicain de l'Iran. Lorsque les talibans sont arrivés au pouvoir, ils ont officiellement instauré un émirat. Pourtant le contrôle de la société afghane présentait toujours la même volonté d'englober tout aspect de la vie, bien au-delà de la religion. Ben Laden (figure clef du mouvement en Afghanistan) est d'ailleurs issu d'Arabie Saoudite ou le modèle républicain ne domine certainement pas, étant donné l'alliance qui lie la famille royale aux wahhabites et par incidence aux salafistes. Il faut rappeler que l'Arabie Saoudite s'est toujours voulue le porte-étendard d'un certain modèle islamique qui trouve des échos partout dans le monde musulman depuis le retour des volontaires ayant combattu en Afghanistan dans leurs pays. Le succès médiatique d'Al-Qaïda inspire de nombreux réseaux islamistes, cependant, l'absence de formation politique les marginalise au sein de la population qui a tendance à les rejeter et sur la scène internationale où ils ne sont que rarement reconnus une fois au pouvoir, rendant le régime instable et vulnérable au renversement.

19 X. TERNISIEN, op. cit., p. 30-31.

20 En aucun cas l'islam ne se limite au culte ou aux Saintes Ecritures, pour Al-Banna, l'islam est "foi et culte, patrie et citoyenneté, religion et Etat, spiritualité et action, Livre et sabre." (X. TERNISIEN, op. cit., p.47. Les parties en italique le sont par moi).

21 S. MERVIN, Histoire de l'islam, fondements et doctrines, Paris, Flammarion (coll. Champs Université-Histoire), 2001, p. 249-250.

22 Ce qui est une reprise du concept de wilayat al-faqih (guidance du juriste) systématisée par Khomeiny (LOUËR Laurence, « L'Iran et les mouvements islamistes chiites au Moyen-Orient », disponible sur http://www.analyticairanica.com/fr/religion.pdf , consulté le 11 août 2009).

23 Tendance qui se confirme avec les évènements ayant suivi la réélection d'Ahmadi Nejad.

24 Cette reconnaissance ne signifiant nullement qu'un système totalitaire donne le pouvoir aux masses, cela implique avant tout que le pouvoir considère qu’elle a un rôle politique.

25 le nombre de pays "démocratiques" dans les années 30 était relativement faible, tandis qu'aujourd'hui, la démocratie constitue une norme à laquelle il convient de prétendre.

26 Ma théorie n'a pas prétention d'apporter une réponse définitive à la question de la nature politique de l'islamisme et par honnêteté intellectuelle, je précise que celle-ci a été fortement inspirée par le livre de Ramine Kamrane et Frédéric Tellier (Iran: les coulisses d'un totalitarisme, Paris, Climats, 2007) dans lequel ils défendent très clairement l'idée selon laquelle la République Islamique d'Iran serait un totalitarisme.

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Lun 17 Aoû 2009 - 23:53

c) la race et la nation:

La notion de race est centrale dans le nazisme, sans elle, aucune cohésion sociale n'est possible. Le nazisme se fonde sur une identité extrême de la nation qui se fonde à la fois sur le sang, la race, le sol et la culture (impliquant la religion). En revanche, l'islamisme est entièrement étranger à ce genre d'idée. En effet, se basant sur l'islam, cette idéologie à plutôt tendance à l'universalisation de son message et au prosélytisme. On peut cependant noter une tendance nationaliste propre à l'émergence de pays jeunes issus de la colonisation. Lors de leur création, ces pays ne correspondait que rarement à une réalité historique ou culturelle. La tendance première des régimes en place sera alors de créer un fort sentiment national, privilégiant souvent une ethnie. La Turquie aux Turcs, l'Iran au perses, les pays arabes coalisés rassemblés dans une vision panarabe… L'abandon de l'islam, désigné comme le coupable du retard des pays musulmans par rapport à l'occident, a favorisé l'émergence de cette politique qui naissait par ailleurs dans des pays dont la nature plus ou moins artificielle permettait de "repartir à zéro". L'échec de ces régimes et du modèle nationaliste à l'occidentale qu'ils représentaient à précipité la population dans les bras de la seconde solution: l'islamisme selon lequel le retard du monde musulman serait la conséquence d'un éloignement du modèle islamique véritable. Mais il est difficile, même pour les islamistes, de faire l'impasse sur le passé nationaliste de leurs pays et ce pour deux raisons: la première est que le matraquage idéologique des régimes nationalistes a nécessairement laissé des traces, obligeant les islamistes à créer des entités nationales entre lesquelles apparaissent certaines divergences idéologiques, la seconde est le passage de l'identité nationale à des rivalités ethniques bien mieux enracinées puisque datant parfois de plusieurs siècles. Ainsi, les talibans massacrèrent plusieurs milliers de Hazaras chiites et appartenant à une autre ethnie, de même les Iraniens ne peuvent se défaire complètement de leur identité nationale, ce que le régime a bien compris puisqu'il utilise encore l'image de Mossadegh27, de même enfin avec le Hamas qui n'existe qu'à travers la Palestine.
De plus, avec l'occidentalisation, la notion traditionnelle de dar al-islam permet de donner une dimension territoriale très concrète à un islamisme en obligé de s'adapter aux conceptions modernes de l'Etat. À l'opposé, la mise en doute de la notion de dar al-islam par Sayyid Qutb28 permet de donner une base idéologique à la propagation du message et du combat islamiste en dehors de l'Islam. Dans cet ordre d'idée, le passage du dar al-harb (territoire de la guerre, symbolisant les territoires non-musulmans) par le dar al-da'wa par Fayçal Mawlawi29 est exemplaire.
Ce passage d'une idée strictement "nationale" à son extension se retrouve aussi chez les nazis qui ont forgé dès le débuts les arguments idéologiques défendant l'invasion de territoires adjacents tout en insistant sur la sacralité de la terre d'origine. Ainsi, la vision de l'Allemagne par les nazis se composait de territoires traditionnels à reconquérir (Alsace-Lorraine, Luxembourg, Sudètes, Dantzig, Autriche) et d'autres sur lesquels il convenait de s'étendre en raison de leur nécessité et de la présence d'éléments "germanisables". Bien évidemment, la conversion idéologique à laquelle prétend l'islamisme n'a rien à voir avec l'épuration de la race qui motive ce qu'on pourrait appeler, en somme, le "prosélytisme nazi" puisque la compréhension de la culture aryenne est dépendante de la race (et donc du potentiel qu'ont certaines à être "épurées" par diverses manipulations).
La comparaison s'arrête là, l'expansion de l'islamisme ne se base, en premier lieux, pas sur une idée raciste. Il est cependant évident que certains mouvements profitent du contexte propre à certains pays pour galvaniser les idéaux nationalistes et racistes, ce qui sape l'universalisation de leur propos (tout comme c'était le cas pour le nazisme).

d. Les Juifs:

Au-delà des notions de "pureté de la race", l'antisémitisme est à la base du national-socialisme qui trouve en lui la solution à tous les maux de la société. L'obsession d'Hitler à propos des Juifs ne trompe pas, par exemple, le terme "Juif" est le plus cité dans Mein Kampf30. Hitler trouve même la solution à la question religieuse dans l'antisémitisme31. S'il est aujourd'hui évident que le national-socialisme repose en grande partie sur son antisémitisme, on peut penser que la chose est moins évidente dans le cas de l'islamisme. Et effectivement, l'antisémitisme n'est pas partagé de tous les islamistes si bien qu'on ne peut affirmer que l'islamisme est antisémite au même titre que la nazisme.

Il y a cependant quelques signes qui ne trompent pas: le rassemblement des groupes les plus radicaux autour de l'antisionisme et plus généralement de la négation du respect traditionnel de l'islam pour les "gens du Livre". Ainsi, le "Front Islamique Mondial du Jihâd contre les Juifs et les Croisés" (auquel appartient Oussama Ben Laden) désigne les Juifs comme cible rien que par son nom. Du côté des Frères Musulmans, Qutb symbolise la tendance antisémite en ceci qu'il considère les Juifs comme étant ennemis de l'islam depuis les débuts et le Protocole des Sages de Sion fait partie de ses lectures32.
Mais de toutes les figures de l'islamisme radical, c'est le Grand Mufti de Jérusalem qui tient la palme de l'antisémitisme. Son obsession à l'égard des Juifs était très proches de celle d'Hitler. Il participa à la diffusion de Mein Kampf à travers le Moyen-Orient33, permit la création d'une division SS musulmane qui participa au massacre de nombreux Juifs (mais pas exclusivement), empêcha la fuite de plusieurs milliers de Juifs vers la Palestine par le biais de réclamations à Hitler et ne renia jamais son antisémitisme ainsi que sa sympathie pour le IIIème Reich34. Mais la compromission avec le nazisme ne s'arrête pas à la haine des Juifs et à l'excitation de lantisémitisme dans le monde musulman, les références intellectuelles du Grand Mufti sont les mêmes que celles des nazis (Protocole des Sages de Sion en tête) puisqu'il a puisé une grande partie de sa documentation à l'Institut de recherche sur le problème juif de Francfort et des doutes subsistes quant à son ignorance de l'existence des camps d'extermination. Citons tout de même à ce propos un passage de ses mémoires (ici rapporté par Antoine Vitikine): « La condition fondamentale que nous avions posée aux Allemands pour notre coopération était d'avoir les mains libres dans l'éradication de tous les Juifs, jusqu'au dernier, en Palestine et dans le monde arabe. J'ai demandé à Hitler qu'il me donne son engagement explicite pour nous permettre de résoudre le problème juif d'une façon conforme à nos aspirations nationales, correspondant aux méthodes scientifiques inventées par l'Allemagne pour son traitement des Juifs. J'obtins la réponse suivante: "Les Juifs sont à vous." »35.

Un fait important réside dans la référence que constitue Mein Kampf chez les islamistes. Si avant la guerre le caractère antisémite du livre n'était que rarement pris en compte, depuis les révélations des camps de la mort, le livre est devenu une référence à propos de la "question juive". Montasser Al-Zayed, islamiste radical égyptien, en fait une référence pour "connaître les Juifs".
Le rassemblement de l'islamisme et du nazisme est tout entière symbolisée par la lecture qu'en font les dirigeants islamistes radicaux.

Enfin, le un grand colloque, organisée par Ahmadi Nejad, sensé faire lumière sur les réalité de la Shoah (ce qui n'est ni plus ni moins qu'une remise en question de sa réalité et donc un négationnisme évident) auquel a été invité une grande figure du négationnisme et de l'extrême droite française comme Faurisson, ne dément pas les liens entre islamisme radical et nazisme.

e. des liens intellectuels?

En définitive, islamisme et nazisme sont comparables sur bien des points: les deux cherchent à mettre en évidence l'importance de la religion et à définir un idéal permettant l'union "totalisante" de la société, la réalité politique de l'islamisme se trouve nécessairement impliquée par sa vision "totale" du monde qui le rapproche dangereusement d'une forme de totalitarisme islamiste réalisé eu moins en Iran, le territoire à la même dimension sacrée pour l'islamisme et le nazisme et les Juifs constituent dans les deux cas un ennemi majeur suscitant une haine violente.


27 R. KAMRANE, F. TELLIER, op. cit., p. 177.

28 X. TERNISIEN, op. cit., p. 140.

29 X. TERNISIEN, ibid., p. 191.

30 Selon Antoine Vitkine, le terme apparaît 373 fois (A. VITKINE, Mein Kampf l'histoire d'un livre, Paris, Flammarion (coll. Enquête), 2009, p. 41).

31 Pour lui, les rivalités entre catholiques et protestants sont une machination juive afin de monter les allemands les uns contre les autre et de détourner leur attention des questions raciales (A. HITLER, op. cit., p. 557-558).

32 X. TERNISIEN, op. cit., p. 139-140.

33 A. VITKINE, op. cit., p. 250.

34 Z. ELPELEG, The grand mufti : Haj Amin al-Hussaini, founder of the Palestinian national movement, trad. en. D. Harvey, Portland, Frank Cass, 1993, p. 71.

35 A. VITKINE, op. cit., p. 251. (le passage en italique l'est par moi; à mon sens, il met en lumière une possible connaissance des faits par le Grand Mufti, mais les "méthodes scientifiques" peuvent aussi faire référence aux moyens mis en place par les nazis pour déterminer les "caractères raciaux" du Juifs permettant ainsi sa reconnaissance).

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MessageSujet: Re: Petites choses de rien du tout...   Mar 18 Aoû 2009 - 0:04

5) Conclusion:

La conclusion du chapitre précédent pourrait laisser penser qu'il existe effectivement des liens indéfectibles entre nazisme et islamisme. Mais au-delà des alliances concrètes, les liens entre ces deux courants extrémistes sont beaucoup moins clairs qu'il n'y paraît. La possibilité de retrouver un discours raciste chez certains islamistes ne permet pas de conclure que nous avons à faire à une idéologie raciste, et les tours de passe-passe sémantiques des nazis pour faire passer les arabes pour de lointains descendants des aryens ne sont rien d'autre qu'une propagande grossière. Le fait est que les arabes ne sont pas germains et que les préoccupations raciales sont très loin de constituer la préoccupation majeure des islamistes séparent définitivement les deux idéologies.

Les rapports entre islamismes et nazisme ont été mais ne sont plus. Si le nazisme avait perduré, il n'est pas exclu que l'islamisme ait pu se développer dans l'optique plus proche d'un "islamo-nationalisme", mais la chute du IIIème Reich et l'influence du communisme a bouleversé cette évolution si bien que l'islamisme s'est développé dans une insistance toute particulière sur la religion et le rejet du nationalisme. L'islamisme actuel ne fait pas plus que "soutenir la comparaison" avec le nazisme: les deux s'accordent sur l'importance de la religion mais le nazisme part de la race et privilégie une "spiritualité" vague là où l'islamisme part d'une religion et définit tout à partir d'elle, ne frayant que peu avec le racisme, le régime iranien et la vision "totale" de l'islamisme tendent vers le totalitarisme, mais le modèle totalitaire privilégié se rapproche d'avantage du communisme que du fascisme (privilégié en revanche par les nationalistes arabes), les deux idéologies se fondent sur un combat à la fois conservateur et révolutionnaire (jihâd et lutte des races), mais les divergences idéologiques ne peuvent amener en définitive qu'à la confrontation ou l'assimilation (qui implique transformation). La confrontation se manifeste dans le rejet de l'islam chez les néo-nazis et l'assimilation dans la reprise du discours hitlérien par les islamistes en matière de politique, d'anti-occidentalisme et d'antisémitisme.

Pour conclure, au-delà de la pure et simple comparaison, l'alliance de l'islamisme et du nazisme n'a été qu'une possibilité jamais vraiment concrétisée, limitée désormais à une période historique déterminée et n'ayant que peut de chance de se raviver à cause du conflit idéologique qui les a toujours séparé: religion ou race.

7) Bibliographie:

-Anonyme (Muhammad?), Le Coran, trad fr. J. Grosjean, Paris, Gallimart (coll. Folio), 2008.
-‘ASHMAWI, Muhammad Sa‘id, L'islamisme contre l'islam, trad. fr. R. Jacquemond, Paris, La Découverte (coll. Texte à l'appui), 1989.
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