PRIVILEGE DE L'OCCIDENT
Petit matin tout ennuité
De ce janvier bien blanc-gelé.
Le train trace dans l'espace ;
Me voilà qui encore ressasse,
Contemple les voyageurs muets,
Leurs paroles comme en bouche figées.
Quelques hardis brisent le charme,
Risquant des phrases, en pare-armes.
Aux panneaux bleu roi bordant la voie
Surgissent des noms dans les néons :
Sussy, Choisy ou Montigny,
Autant de sorts incantant la nuit.
Le train égrène ses stations,
S'emplit de gens, chacun en soi ;
Semi-hagards ils s'alignent ou se font face,
Se jettent des regards vides et lents
Que l'on dirait parfois dolents.
Dehors le noir encore tout envahit,
Tu ne vois que la voiture, boyau qui luit.
Et toutes ces âmes partent au labeur,
Condamnées à nourrir leur vie
Tant qu'elle dure, se prolonge,
car tout se paie en ce bas monde.
Parfois un téméraire abrège le cours des choses
Mais, hormis pour lui qui ose, tout reprend
Par le début, au commencement,
Tant que ne trouves en toi le contentement.
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(PASSAGE) Toi moi ton amour mon amour notre monde comme de nuages et d'ombre des vaisseaux de beauté