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 Un vieillard qui parle

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moinonplus
Envolée postale


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MessageSujet: Un vieillard qui parle   Lun 2 Nov 2009 - 22:05

Selon ce que je viens de lire, ici on peut poster quelques créations personnelles, j’espère que c’est bien ça.

Quand ma grand-mère est morte, j’ai vu une sombre tristesse dans le visage de grand-père. Un visage devenu macabre avec le temps, et sinistrement douloureux. J’ai essayé de me mettre dans sa peau…ce n’est qu’une imagination bien sur, et ceci en est l'extrait…

Siham, ma chérie, je ne t’oublie pas, je pense chaque instant à toi, je te vois comme si tu étais là juste à côté de moi...
Tout le temps présente dans mes pensées.
J’ai toujours eu la sensation que tu m’accompagnais là où j’étais. Personne ne peut voir mes larmes, quand la nuit, je me couche, je me retrouve seul, ta place est vide, et ça me fait terriblement mal ; toi, tu les vois. Je t’imagine à côté de moi, m’embrassant, me câlinant, me tendant les bras, comme tu l’as toujours fait. Est-ce ton âme qui quitte son tombeau pour me donner du repos, ou est-ce moi qui deviens fou? Je ne veux nullement de réponse, je veux continuer à rêver de toi, à te sentir près de moi…
Vieillesse et sombre solitude.
On a grandi ensemble, on a vieilli ensemble, on partageait les années liés l’un à l’autre; et Dieu a voulu que ce soit toi la première qui rende l’âme. Oh ! J’attends, j’attends ma Siham, j’attends mon heure, j’attends l’instant où je pourrai te rejoindre. Je n’ai plus rien à espérer du monde. Moi, vieux de soixante-dix ans, je pense que la vie n’attend plus rien de moi aussi. Notre fille Sarah a murit très vite, elle a vingt deux ans aujourd’hui, oh ça tu devrais le savoir déjà, c’était toujours toi qui me rappelais sa date d’anniversaire, et me proposais quoi lui acheter comme cadeau. Tu la connaissais trop bien notre fille, tu étais très proche d’elle, plus qu’une mère, tu fus une amie. Elle est au Québec, elle poursuit son avenir. Ça fait trois ans que tu nous as quitté ma chère, mais à ta table, tu es notre conversation la plus chère, qui nous rapproche plus étroitement. Tu peux être fière d’elle, elle te ressemble un peu ; à moi, beaucoup, hé hé. Elle a une forte personnalité, une intelligence qui me fascine, je n’ai pas peur pour elle, je la laisse s’envoler de ses propres ailes, je ne suis pas tout le temps sur ses épaules, car elle a prouvé à maintes reprises qu’elle était indépendante et forte de caractère, qu’elle pouvait s’en sortir toute seule, être son seul et propre guide, vivre sa propre expérience de la vie. Ma chère ! Repose en paix, ne te soucies pas trop, tu as toujours eu peur pour Sarah, ton petit bébé, c’est normal, c’est notre unique enfant, notre perle, mais sache que malgré la douleur qu’elle a éprouvé après ton décès, elle a bravement affronté l’événement, et après quelques larmes, elle commençait déjà à s’occuper de moi et d’elle-même. Elle venait souvent te voir, ça a du sûrement beaucoup te toucher. Sensible comme elle est, elle s’asseyait et caressait ta tombe, changeait les fleurs, t’écrivait des poèmes…Elle restait des heures à te parler, car, comme moi, elle croyait en ta présence continuelle autour de nous. Mais moi, je n’aimais pas les endroits augures, quant à elle, de ta tombe elle s’est faite une demeure.
**
Quand tu es là.
Je n’ai qu’une envie, te sentir plus proche, pouvoir t’enlacer, m’unir à toi. J’étais si triste Siham, si triste…Je n’osais même pas dans les premiers temps mettre les pieds au cimetière. Sarah y allait, moi je me dandinais dans mon bureau. Près d’un album de photos, ou à coté de l’armoire en train de passer mes mains chétives de vieillard sur tes vêtements, je t’imaginais, je te redonnais vie. J’y réfléchissais sinistrement, comment, hein, comment ce fait-il que les années ont passé si vite. Ton parfum me hantait encore, et je n’admettais pas la Providence. Je poursuivais ton fantôme dans tous les objets de la maison. C’était l’horreur, la détresse, le cauchemar que je combattais tous les jours, tous les soirs en vain. Au fond de moi je t’en voulais un peu, même que je te haïssais pour m’avoir abandonné, préférant l’au-delà à notre couple, notre vie commune. Je devenais misérable, et dans quelques sonnets où j’exerçais ma plume je te blâmais. Tu aurais du lutter plus à l’hôpital voilà ! L’amour ne fait-il pas des miracles ? Oh Siham tu as du entendre de si terrible reproches de ma part. J’ai été sot, excuse moi. La sagesse n’a jamais été mon idylle. Mon amour était presque sauvage.

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De tous les dangers celui de la mémoire est l'un des plus terribles. Philippe Claudel
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