Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 La rédac de Mars

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Steven
Sage de la littérature


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MessageSujet: La rédac de Mars   Lun 2 Mar 2009 - 21:07

Bon c'est à moi de m'y coller. Voilà mon thème :

La photo était en noir et blanc. Il la regardait.


EDIT : il ou elle la regardait.

_________________
Le jour où les terriens prendront figure humaine, j'enlèverai ma cagoule pour entrer dans l'arène.

Hf Thiéfaine
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animal
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Mer 4 Mar 2009 - 22:35

c'est généralement mauvais signe quand on rend sa copie trop tôt rire


Une montre fine au bracelet en acier reflète le soleil alors qu'il regarde devant lui. Ils sont assis autour de la table pliante qui avait servi pour les apéros ou pour le thé. Il y a des ressemblances maintenant, dans les traits, jusque dans le geste arrêté. La robe qu'on aperçoit et la chemise à manches courtes, ce devait être en été. Ca fait du bien ce sourire détendu, il est différent et pourtant le même, on voit légèrement les canines. De dehors on devait encore sentir l'herbe chaude en ce début de soirée. Peut être un léger courant d'air avec la cuisine. Et quelques rires et mouvements calmes. Difficile de dire qui était là. Parents, amis...
C'est un souvenir continu qui se retrouve, la lumières et les gris. La table était rouge. C'est les gestes, les bruits et les souffles qui reviennent. Des rires, un souvenir qui remplace des visages oubliés, inconnus sans doute au moment de la photo, et pour cause. C'est aussi la maison et les espaces qui l'ont abrité longtemps. Un souvenir anecdotique qui ne permet pas beaucoup plus que de retrouver la sensation du temps qui est passé. Celui qui est passé toutes ces années avant qu'il ne s'en inquiète, qu'il ne le regarde.
Le sourire est communicatif. En fermant les yeux se sont les odeurs des meubles, des gens, des souvenirs qui reviennent. Les muscle de ses bras, ses épaules et son torse se détendent. Le souffle ralentit. Elle est bien cette photo, comme toutes celles de ces gens présents bien qu'inconnus, des ancêtres, des hitoires et des échos, des visages qui pourraient bien être d'autres...
Il en reste encore quelques unes de celles-là dans la boite, derrière. La boite avec son discret parfum de passé mélangé. Même au toucher on pouvait sentir ce qu'il y avait dedans...

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Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
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bulle
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Lun 9 Mar 2009 - 16:02

La photo était en noir et blanc. Il la regardait.

Depuis plusieurs années, André se donnait corps et âmes
à produire l'arbre généalogique familiale du côté paternel
et du côté maternel. À chaque nom , il accolait une photo.
Sa soeur aînée, de quelques 10 ans plus vieille que lui
lui avait remit la boîte métallique de couleur bleu royal et argent.
À l'intérieur plusieurs photos de familles
et plusieurs photos datant du siècle dernier.
parfois à l'endos on y retrouvait des indications
très utile pour poursuivre l'arbre généalogique.
André s'attardait aux traits divers, aux vêtements.
particulièrement pour celle-ci, cette photo noir et blanc jaunie par le temps.
Un couple avec leurs nombreux enfants debout fier de leur prospérité.
parfois il partait en pensées vers ces années passées.
Il aimait découvrir l'ancêtre, avancer encore plus rapidement vers le but ultime.
se rendre au sommet de l'arbre. 9ième 10 ième générations.
jusqu'à quelle date pourrait-il se rendre.
Il échangeait par la suite avec sa soeur le résultat de ses recherches.
Il était tout heureux de montrer à sa soeur et à ses enfants
ce pourquoi ils devaient être fier de leur noms.

_________________
Le bonheur ne s'acquiert pas, il ne réside pas dans les apparences,
chacun d'entre nous le construit à chaque instant de sa vie avec son coeur.
[Proverbe africain]
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coline
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Lun 9 Mar 2009 - 18:48

C'est chez elle qu'a échoué la boîte des photos familiales après avoir longtemps séjourné dans l'armoire de ses grands-parents...
Après être passée et s'être remplie encore dans les tiroirs de ses parents...
Sa mère est morte, trop jeune, et elle sera bientôt plus vieille qu'elle n'apparaît sur les photos...
A la mort de son père, elle a eu envie de prendre ces souvenirs si doux... si douloureux avec le temps à raviver...
Elle a rassemblé ceux qui lui étaient proches...Il fallait faire des choix parmi les nombreuses images qu’elle a triées et redistribuées à chacun en fonction de l'intérêt qu'elles pouvaient présenter.
A partir des siennes, elle a essayé de retrouver un peu de son histoire...
Miracle de l'informatique qui agrandit les minuscules photos d'antan, ramenant les souvenirs au bord des mots...
Elle a scruté les visages, cherché les ressemblances...
Elle a fixé les regards et les lèvres pour savoir s'ils disaient le bonheur...
Elle croit qu'ils le disaient, en tout cas elle a voulu le croire...
Parfois le bonheur s'est teinté de nostalgie...
Parfois la nostalgie s'est teintée de bonheur.
Voilà, c'est fait...

_________________
"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)


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Eve Lyne
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Lun 9 Mar 2009 - 19:07

Soudain elle fut attirée par cette photo en noir et blanc qui lui rappelait un vague souvenir. Elle ne parvenait pas à bien se remémorer. Pourtant, elle connaissait cet endroit : y avait-elle vécu, y était-elle venue en vacances ? Était-ce au contraire une photo qu'un de ses nombreux amis lui avait montrée ? Plus elle cherchait, plus le flou s'installait.
Et brusquement, le voile se leva. Elle se revoyait, une vingtaine d'années auparavant, errant tard le soir sur les berges de cette ville où elle avait été si heureuse. Il ne restait plus rien de cette fine équipe de camarades de classe. Juste ce bateau qu'ils avaient voulu restaurer, en sachant que jamais il ne pourrait prendre la mer. Puis cet accident horrible qui avait endeuillé la ville et précipité son départ pour un autre pays, où les souvenirs ne viendraient pas la hanter.
Elle décida alors de contacter l'auteur de l'article. Le miracle était peut-être possible ! Allait-elle découvrir qu'elle n'était pas la seule rescapée de cette tragédie ? Le bateau existait-il toujours ?
Une nouvelle page de sa vie s'ouvrait enfin. Elle acceptait de se souvenir. Après toutes ces années trop nombreuses où elle avait été amnésique, cette photo était en train de combler les pièces qui manquaient au puzzle de sa vie.

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Et ce qui fait la beauté des choses, c'est notre attitude personnelle. Olivier de Kersauson
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monilet
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Lun 9 Mar 2009 - 21:46

Il la regardait, cette photo, incrédule. C'était lui et en même temps un autre.
Le temps avait glissé, furtif, jusqu'à le laisser à présent face à cet instantané d'autrefois.
Il n'y avait plus grand-chose à voir entre cet adolescent de ... quoi, 14 ans peut-être..., prêt à croquer la vie, représenté là dans un décor désuet, des chevaux de trait en arrière-plan.
Il vivait à l'époque à la campagne. C'étaient leurs dernières années, à ces chevaux. Tempi passati.
Bien des choses avaient changé, à commencer par son aspect à lui. Quoi de commun entre la fraîcheur qui lui faisait face, entre ses mains tremblantes, et les rides de ces mêmes mains tenant la photographie ... ?

Il me reste peu, pensa-t-il, méditatif.

Il se ravisa soudain, comme il plongeait les yeux dans ses yeux d'alors : la même étincelle rieuse, la taquinerie qui affleure, le désir, l'ardeur d'entreprendre... Oui, il était bien le même, mais en mieux, plus riche de ses acquis, plus sage, plus....
Il sourit à son image d'enfance et reposa le cliché, serein.

_________________
(PASSAGE) Toi moi ton amour mon amour notre monde comme de nuages et d'ombre des vaisseaux de beauté
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sousmarin
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Mar 10 Mar 2009 - 20:23

La photo était en noir et blanc. Elle la regardait, remplie de haine et de désir de vengeance, en se répétant qu’il devait mourir dans les plus horribles souffrances possibles. Elle lui arracherait lambeau de peau après lambeau de peau avec ses dents si besoin était.
Elle tremblait maintenant et avait chaud. La haine réchauffe, un aspect positif que l’on a tendance à oublier se disait-elle souvent.
Puis elle mangea la photo ; ceci sans aucune délicatesse. Elle la déchira violemment avec les dents puis l’avala, presque immédiatement, sans la mâcher. Comme d’habitude, elle vomit 10 minutes plus tard.
Après 100 jours de dégustation photographique, son estomac était en piteux état et son niveau de haine au maximum ; elle passa donc à l’acte.

Dès qu’elle vit « l’ennemi », elle lui sauta dessus et se mit à le mordre là où elle s’empalait auparavant. Au moment où il ouvrit la gueule pour crier, le hasard voulu que les dents de l’agresseuse se referment sur sa langue et la sectionne dans un claquement sec ; langue qu’elle avala dans la foulée.
Le mâle se sauva alors, la queue entre les jambes, et regretta sincèrement de ne pas lui avoir laissé l’os à moelle, qui ne valait certes pas tous ses ennuis.

Le photographe, dès le lendemain, constatera que sa chienne ne mange plus les photos ratées, échouées dans la poubelle. Il ne comprendra jamais pourquoi…lui qui aime tant les photos, surtout celles en noir et blanc…

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Défiant sa nature,
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Ven 20 Mar 2009 - 23:46

Une photo s'échappa du livre qu'elle tenait. L'ancienneté d'entrepot de ce livre se devinait à l'épaisseur de la couche de poussière.
La photo était en noir et blanc et elle la regardait. C'était le visage d'un homme jeune.
Le papier du cliché portait des auréoles mais l'image était préservée du temps, certainement par l'insertion dans les pages du livre. D'ailleurs une odeur d'encre s'évaporait doucement.
Ce visage ne lui rappelait aucun des portaits connus de ses ancêtres, mais le vêtement porté par cet inconnu lui fit dater la photo du début du 20ème siècle.
Les amis de sa grand-mère qu'elle connaissait d'après plusieurs clichés portaient des habits semblables.
Les traits de ce visage, charmant d'ailleurs, ne dénonçaient aucune ressemblance avec un membre de la famille.
Curieuse, elle retourna la photo et découvrit quelques mots d'une écriture aisée et régulière : "Je suis avec toi où que je sois" Avignon mars 1918".
Elle déchiffra difficilement la signature, J A ou peut-être S A ?
Elle remit la photo en noir et blanc entre les pages, referma respectueusement le livre qu'elle emporta. Elle sortit dans le jardin.
Se sentant dépositaire d'un secret elle décida de le protéger. Elle déposa le livre sur le fagot de bois gisant au fond du tonneau en ferraille servant à brûler les feuilles et bois morts, alluma ce petit bûcher. Le feu avide dévora le livre jusqu'à la dernière ligne, le dernier mot, la dernière image.

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Peu de gens lisent; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. (Voltaire)
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Steven
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MessageSujet: Re: La rédac de Mars   Mar 31 Mar 2009 - 22:14

Paris, le 25 septembre 2009

La photo était en noir et blanc ; il la regardait fréquemment, non pas qu’il aie besoin de se souvenir, il ne se souvenait que trop ; mais il vérifiait, quoi ? Il ne le savait pas trop. Il vérifiait.
Sur cette photo, les détails n’apparaissaient que trop clairement. Et ceux qui ne se voyaient pas il pouvait les imaginer aisément. Il revoyait le mur de pierre délabré qui cernait la cour pavée de galet de l’Adour. Il voyait, dans le bout de branche qui apparaissait au coin gauche de la photo, le chêne impétueux et étêté qui jonchait à même la pelouse.
Il voyait même le bleu éclatant des volets qui s’accordaient si mal avec cette grange à colombages du sud des Landes. Sa grange, celle à laquelle il avait tant travaillé, passé tant de journées à raboter, scier, assembler, peindre…. Et qu’il avait fini par abandonner… Il ferma les yeux, mais même dans le noir il distinguait le vieux banc de fer blancs tout rouillé posé sur le trottoir devant la façade est de la maison. Il cru se souvenir que la porte du cellier était restée entre-ouverte. Fébrilement il rouvrit les yeux et regarda la photo. Non ! La porte était fermée ! Il respira mieux et porta ses yeux à une table voisine ; sur cette terrasse, en cette fin d’été, il n’y avait pas grand monde, les passants préférant se regrouper à l’ombre de la tonnelle au fond de la cour. A la table voisine un jeune femme croisa son regard et lui sourit. Pensif, il lui rendit son sourire, l’esprit occupé subitement par des pensées d’un possible après avec cette inconnue. Il se leva et d’un pas franchit la distance entre leur table. Son cœur sentit un resserrement ; la porte était entre-ouverte se dit-il au moment où il saluait la jeune femme.

Station de l’étoile, le 30 octobre 2009

La voiture n’était pas trop bondée, mais il n’éprouvait pas le besoin de s’assoir ; il se laissait plutôt happer par les mouvements de la rame de métro. Hier soir, il avait eu son dernier rendez-vous avec la jeune femme du café. Pas de photo cette fois-ci mais un immense plaisir, mal partagé mais si intense. Il revoyait son regard au moment suprême. Et puis le noir…. Le plaisir le submergeait à nouveau pendant qu’il fouillait la rame à la recherche de quelqu'un d’autre. La photo était en noir et blanc et pourtant un image couleur de feu remonta à son esprit. Fébrilement, vérifiant que personne ne l’épiait, il saisit la photo au fond de son portefeuille. L’arbre au fond à gauche, les colombages de la façade, la pelouse, la porte du cellier entre-ouverte… Ce n’était pas possible ! Et sur le banc, un tache couleur de feu qu’il ne connaissait que trop bien. Blême il fourra la photo au fond de sa poche et s’agrippa fébrilement à la barre de la voiture. Une jeune fille, tout juste dix-huit ans, le regardait défaillir, prête à le secourir. Il se reprit et lui adressa un sourire. Quand elle lui adressa la parole, tout était redevenu normal, il pouvait à nouveau lui parler, l’amener pour un court chemin avec lui. Ils descendirent à la même station , bavardant comme deux vieilles connaissances qui se retrouvent.

Ménilmontant, le 12 janvier 2010

La photo était en noir et blanc et il ne la regardait plus. Depuis sa rencontre avec la jeune fille, Zarah lui avait-elle dit, il ne sortait quasiment plus. Tout avait été si rapide avec elle. L’échange de mots, puis l’ultime rendez-vous. Ce qui le tracassait c’était qu’il n’avait ressenti aucun plaisir. Seul un manque subsistait. Il devait regarder la photo, son commencement et sa fin. Mais il n’osait pas ! Lors de sa dernière rencontre avec Zarah, au moment où ses mains entouraient son cou et ses frêles épaules, il avait entendu les rires et le bruit de coup de pieds dans un ballon de foot. Depuis, il restait terré dans son appartement, tournant autour de la photo, sans jamais oser la regarder.
Aujourd’hui il n’y tenait plus. Il saisit la photo, inquiet mais résigné. Il distingua tout de suite la tache couleur feu assise sur le banc. Puis, sur la pelouse une nouvelle tache rouge et un ballon de foot, jaune et noir.
Il était cerné et n’avait pas le choix, plus le choix. Il devait retourner dans les Landes pour fermer cette porte et ranger le ballon.

Bordeaux, le 31 janvier 2010

Il avait, au prix d’un effort intense, réussi à quitter son appartement, à se rendre à la gare Montparnasse et à prendre un billet pour Dax. Sur le quai, il avait essayé d’engager la conversation avec une femme blonde, autour de la quarantaine. Mais le climat de terreur actuel ne permettait plus d’aborder une inconnue, surtout sur un quai. Il avait accepté la rebuffade, sa main se crispant dans la poche de son blouson de cuir gris.
Puis, le train comme un rêve, une courte perte de réalité pendant laquelle il avait entendu des pneus crisser sur les gravillons du mauvais chemin qui menait à sa maison. Il regarda la photo en noir et blanc émaillée de taches de couleurs. Une nouvelle apparaissait au premier plan, comme le pare-choc bleu d’une voiture. Il descendit à Bordeaux, décidant d’y rester deux ou trois jours. Mais déjà, il savait qu’il irait ; fermer la porte et ranger le ballon.

Saint-Sever, le 4 février 2010

Il était resté plus longtemps que prévu à Bordeaux, cherchant à aborder de nouvelles… conquêtes. Mais en province aussi les femmes ne laissaient plus un inconnu s’approcher d’elles. Le climat ici aussi était pesant. Il devait en finir. Il loua une voiture et regagna Saint-Sever par la route traversant le massif forestier mutilé des Landes.
En arrivant devant le chemin de sable et de gravier menant à sa maison, il s’arrêta. Il sortit de la voiture et sortit la photo. Les taches de couleur étaient toujours là. Il remonta et enclencha la première, les ornières du chemin ne permettait pas d’aller vite. Il arriva dans la cour carré pavée de galet. L’arbre majestueux gisait toujours sur la pelouse. Il n’y avait pas de voiture bleue. Il serra le frein à main et descendit. Sur la pelouse, le ballon n’était bien sûr pas là, ni l’enfant qui courrait après. Personne n’était assis sur le banc de fer blanc. La porte du cellier était close.
Il sortit la photo de sa poche. Elle était en noir et blanc et il la regardait. Plus aucune tache de couleur. Il crut devenir fou. A ce moment-là, un crissement de pneus se fit entendre. La voiture bleue se gara derrière sa voiture. Il se retourna, la mâchoire crispée au point de faire éclater ses dents. Les mains des policiers s’abattirent sur lui : « Vous êtes en état d’arrestation pour le meurtre d’Isabelle G. et de son fils Etienne. »
Il ne se contrôlait plus. Après toutes ses victimes, c’est la seule d’entres elles qui avait comptée qui l’amenait aussi bas. Un rire jaillit de sa gorge et il hurla : « Pourquoi ne m’a-t-elle pas dit qu’elle avait un enfant !!!! Les autres n’en avaient pas ! ». Les policiers l’amenèrent. La photo en noir et blanc restait sur la pelouse au pied de la souche du vieil arbre. Le vent semblait redonner vie au feuillage du vieux chêne et on entendait comme le rire soulagé d’un enfant.

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Hf Thiéfaine
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