Une langue de jour lèche mon visage ; j’ouvre les yeux et me tourne vers mon mari qui dort encore mais je découvre à sa place mon fils Jeremy.
- que fais tu là ? dis-je en le secouant.
- Qu’est-ce qu’il y a crie-t-il en dressant la tête ?
Et là, je réalise que c’est bien la voix de mon mari que je viens d’entendre.
- Sophie ? dit-il étonné
Je me précipite dans la salle de bains et le miroir me renvoie le jeune visage de ma fille Sophie.
De retour dans la chambre :
- Richard que nous arrive-t-il ?
- Comment nous ?
Il sort du lit, vient vers moi mais le pyjama, bien trop grand pour son corps d’enfant de 10 ans, fait qu’il trébuche.
- Nous sommes bien réveillés Annie ?
Je hoche la tête, puis affolée :
- les enfants ?
Nous entrouvrons la porte de la première chambre, je glisse le haut de mon corps et recule vivement :
Richard me fait un signe du menton et j’acquiesce :
- TU es dans le lit de Jeremy !
Nous décidons alors de réveiller notre fille Sophie qui vient de fêter ses 15 ans il y a quelques semaines. Comment va-t-elle réagir à ce désordre de corps ?
Je la, plutôt je M’appelle doucement :
- Sophie ! Sophie !
- Oui qu’est-ce qu’il y a maman ? j’ai sommeil !
Le réveil dure 2 minutes, elle se tourne vers moi et S’aperçoit à son chevet, regarde son corps. Sophie aussi se précipite dans la salle de bains, se tourne vers moi et son doigt fait un aller retour d’elle vers moi et de moi vers elle.
- ne crains rien dis-je pour la rassurer, il y a certainement une explication aussi folle soit-elle.
Sa réaction nous stupéfie :
- Génial ! suis majeure !
Ma fille :
- maman tu fais des crêpes pour le petit dèj ?
- non, c’est toi l’adulte, donc tu fais.
Pas très enthousiaste Sophie s’affale dans un fauteuil.
Je réponds au téléphone dont la sonnerie persiste.
- Sophie, c’est pour toi.
- OK Nath, on se rejoint en boite cet aprèm !
Mon mari :
Regarde toi Sophie, ce n’est pas possible on ne te laissera pas entrer dans une « boit » pour mineurs.
- zut, t’as raison.
Moi :
- finalement comme tu l’as dit tout à l’heure, c’est génial, je vais y aller à ta place.
Regard sceptique de Sophie.
Jeremy (10 ans) dévale les escaliers en criant :
- maman, papa regardez moi !
Notre fils s’arrête net en nous voyant.
- c’est un coup d’Harry Potter ? chouette ! Je peux mettre le blouson de papa ?
Mon mari :
- pour aller où ?
- regarder le match de foot avec mes copains.
- tu crois qu’ils vont t’accepter avec la tête que tu as réplique Sophie ?
- Boh ! pas si chouette que ça d’être papa.
Moi :
- que c’est-il passé et surtout comment allons nous nous sortir de cette incroyable transformation ?
Jéremy :
- si on avait une machine comme dans « retour vers le futur » mais à l’envers.
Mon mari :
- Ce que tu viens de dire me fait me souvenir d’un film de Bunuel dans lequel les habitants d’un village réunis dans une église n’arrivaient plus à en sortir jusqu’à ce que…
Un espoir m’envahit.
- jusqu’à ce que toutes les personnes reprennent la place qu’elles occupaient au début de leur entrée dans l’église.
- attendons le repas du soir et nous reproduirons mot à mot et geste à geste ce que nous avons fait la veille.
Toute la famille se mit autour de la table et mon mari nota la position de chacun, les propos dont chacun se souvenait. Nous avons répété, encore et encore et lorsque le soir arriva nous savions tous notre rôle.
La scène ne pouvait être rejouée comme au cinéma et nous ne saurions que le lendemain matin si nous étions de bons ou de médiocres acteurs.
Car, que sommes nous sinon les acteurs ou les spectateurs de notre destinée ?
_________________
Peu de gens lisent; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. (Voltaire)