Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 la rédaction de janvier 2009

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bertrand-môgendre
Sage de la littérature


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MessageSujet: la rédaction de janvier 2009   Jeu 8 Jan 2009 - 17:59

la rédaction de janvier 2009.

Ce matin grand-père est mort.
Mamie me tend une boite métallique :
- Tiens ! Papy aurait voulu te la donner en main propre. Il n'osait pas.
- Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ?
- Regarde...


A vous d'imaginer ce que renferme cette boite métallique.
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bulle
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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Lun 12 Jan 2009 - 2:50

bertrand-môgendre a écrit:
la rédaction de janvier 2009.

Ce matin grand-père est mort.
Mamie me tend une boite métallique :
- Tiens ! Papy aurait voulu te la donner en main propre. Il n'osait pas.
- Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ?
- Regarde...


A vous d'imaginer ce que renferme cette boite métallique.



Ce matin grand-père est mort, mon papy adoré s'est éteint dans son sommeil.
Je suis encore sous le choc, rien ne présageait
un départ aussi rapide. Mon grand-père était d'un âge avancé
mais encore très en forme malgré tout. la semaine dernière dans
l'étang derrière le jardin nous avons pêché ensemble.
Il ensemensait de petites truites grises , qu'il aimait bien taquiner par la suite.
J'étais le seul petit fils, les autres étaient toutes des filles.
J'étais euh... le petit prince de la famille et lui mon papy adoré.
Je sais et j'ai toujours su qu'il avait une affection particulière pour moi.
Cet après-midi, Mamy m'a remise une boite métallique, une boite or bordé de bleu.
Mamy m'a dit que cette boite provenait de Papy et qu'elle m'était réservée.
J'ai hésité un peu avant de l'ouvrir, que pouvait-elle contenir? Finalement
après de nombreuses minutes à attendre le bon moment pour l'ouvrir. Je me suis exécuté.
J'y ai découvert des appâts pour la pêche, des appâts de toutes sortes, mouches comprises.
Un assortiment complet, j'y reconnaissais plusieurs appâts que j'avais utiliser avec
Papy. Dans la boite se trouvait aussi un bout de papier roulé retenu par un ruban bleu de satin.
Mamy me dit alors de l'ouvrir, ce que je fis dans l'instant même .
Ce bout de papier provenait de Papy il y était écrit, qu'à sa mort, l'étang derrière le jardin
devenait ma propriété. L'étang et la cabane ainsi qu'un droit de passage à vie pour m'y rendre.
Papy, mon papy adoré avait pensé à moi , il savait que cet endroit, était pour moi,
un lieu très apprécié. Depuis ma petite enfance cet étang faisait parti de mes souvenirs ,
j'ai tellement eu de bons moments en ces lieux avec Papy. Qu'il a voulu que la magie se perpétue.
Ainsi quand je pêcherais, il serait à mes côté assis sur la grosse roche près de la mare aux canards.
Je promis à Mamy de toujours bien m'occuper des lieux, de l'ensemenser de truites chaque été.
Et qu'elle y serait toujours le bienvenue. Que ce lieu était aussi le sien.

_________________
Le bonheur ne s'acquiert pas, il ne réside pas dans les apparences,
chacun d'entre nous le construit à chaque instant de sa vie avec son coeur.
[Proverbe africain]
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sousmarin
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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Mer 14 Jan 2009 - 19:35

Ce matin grand-père est mort.
Mamie me tend une boite métallique :
- Tiens ! Papy aurait voulu te la donner en main propre. Il n'osait pas.
- Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ?
- Regarde...
Pensant à lui, je laisse échapper un torrent de larmes puis hoquetant, je dis :
- Non, je regarderai plus tard.
Ma mère s’approche alors de la sienne et lui chuchote quelques mots que j’entends :
- Laisse lui faire son deuil.

Personne ne faisant plus attention à moi, je m’éloigne alors avec ma boîte bien callée sous le bras et vais dans le jardin.
Je reste là, assis sur la balançoire rouillée qui ne sert plus depuis que maman a dépassé mon âge, en berçant la boîte entre mes mains.

Que peux t-il m’avoir laissé avec ce mélange de secret et de timidité ? J’ouvris alors cette boîte, presque craintivement…je vis alors…une autre boîte…puis une autre…et encore une autre…à chaque fois plus petite. La douzième et dernière étant vide.
Perplexe et furieux, je jette les boîtes par terre puis, réfléchissant, je les reprends…cela ne ressemble en rien à papy qui n’était pas du genre à faire ce genre de blague douteuse me dis-je, c’est alors que je commence à examiner les boîtes et vis sur chacune d’entre elles, une adresse sans indication de nom ; une simple adresse.

Je monte alors dans ma chambre, prends mon plan de la ville, laisse onze boîtes sous mon lit, mets la plus petite dans ma poche et taille la route sans même regarder l’adresse la plus proche ; papy aurait voulu que cela se passe ainsi, je le pressens.
Une heure plus tard, j’arrive sur place et me trouve face à une petite librairie, un peu poussiéreuse et vide.

Je pousse la porte, qui s’ouvre facilement et silencieusement. Le vieil homme qui se trouve là me regarde, je lui montre la boîte, il la prend et me donne en échange un sac avec des livres.
En ressortant, je m’aperçois que nous n’avons pas échangé un mot mais que quelque chose de papy est passé entre nous ; je ne parle pas des livres bien sûr…c’est troublant.

De retour à la maison, je me mis à examiner de plus près ces boîtes et vis, sous chacune d’elles, un numéro suivit du mot « ans ». La plus petite indique l’âge de mon prochain anniversaire, la suivante un an de plus, la suivante encore un an de plus, etc…
11 ans de surprise à venir…plein d’espoir et de curiosité, je plonge alors ma main dans le sac et pris un livre…

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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Ven 16 Jan 2009 - 22:16

gentiment HS avec ce qui me passe par la tête ce soir, mais je ne m'en ressens pas de "mentir en fiction" pour ces deux hommes là.

(je crois en fait que je n'ai pas assez d'imagination, ou de capacité à projeter cette imagination)



Très hypothétiques une boite de grand-père... ou deux boites parce que deux grand-pères ? Il faudrait bien que ça arrive à un moment où on en a besoin, ne serai-ce que pour savoir ce qu'on attend et pour savoir de la même façon qu'on ne l'aura peut être pas, ou pas tout de suite. Mais que peut on attendre d'une boite laissée par quelqu'un devenu en partie un mystère qui aura toujours été en partie inconnu, qu'on a aimé spontanément, regardé avec curiosité, qu'on essaiera d'imiter aussi, si le modèle est bon. Pourtant on le croiserait dans la rue sans le reconnaitre après tant d'années. Que peut on vouloir de ces hommes... une part de leur mystère, de leur histoire propre, plus qu'une anecdote de poker entre marins ou entre prisonniers... ou une anecdote d'un autre homme qui n'en a jamais raconté ? ... ou plus terre à terre un morceau de sagesse, un ingrédient pour une recette qui puisse faire se trouver soi même... et quoi à l'arrivée dans deux boites, une lettre, un objet, qu'est-ce qui reste, qu'est ce qui peut se transmettre comme explication... pas grand chose de plus qu'un geste qui gardera lui aussi son mystère et ses incertitudes.
Comment comprendre enfant beaucoup plus qu'une claque nécessaire, comment combler un vide futur et s'armer de réponses qu'on n'imagine pas. J'imagine une "boite en fer" un peu vieille, un peu oxydée commes celles qu'on garde depuis longtemps, qui ne ferme pas très bien et dedans... une autre, un peu plus riche, en métal aussi probablement ou en bois, une qui ferme vraiment. Dedans, dans l'une comme dans l'autre, que trouver à voir pour expliquer une vie et ces choix qu'on imagine comme entre les meilleurs et les pires, avec leurs raisons qui ont changées au fil du temps pour leurs propriètaires...
est-ce qu'enfant on pourrait garder une boite pour plus tard, pour un jour où naturellement on l'ouvrira en ayant déjà accepter que tout y soit autant que rien. Avec un peu d'espoir quelque chose de la personne, du grand-père ramené à nous, à moi, abandonné de son aura, de son âge et de ces certitudes contraintes par le regard de l'enfant. Comme preuve de leurs vies, j'imagine finalement des surprises pour un grand-père proche et un autre plus éloigné et plus effacé dans le souvenir, mais le temps rapproche les histoires, les anecdotes troublantes se mélangent et les différences sont plus vagues, différences entre les hommes et différences dans le rapport à eux.
Ce matin (peut-être) mon grand-père (et il était dans mon coeur au singulier ce jour là) était mort, que mon frère me l'apprenne l'après-midi quand tout est calme reste un choc aussi étrange que celui de la mort.
Sans boites métalliques réelles je les imagines avec les impressions des deux hommes, leurs images et leurs statuts, dedans, passées les apparences, avec juste ce qu'il faut pour pouvoir entrer dans une boite, quelque chose d'insignifiant qui essaiera de tout dire. Un témoignage d'un homme pour lui même. Des boites qu'on reconstruit de temps en temps dans des idées imprécises et enfouies...

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Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Dim 18 Jan 2009 - 17:02

sujet difficile car j'ai très peu connu ou presque pas pour l'un mes grands-pères.


Dehors les branches du mimosa s'épanchent en saupoudrant d'or les fenêtres. Mamie est assise dans son fauteuil songeuse quand j'entre dans le salon. Je dépose sur son front un baiser, elle me sourit tristement.
Du menton elle montre le siège vide qui lui fait face, mon grand-père vient de nous quitter.

Je m'assoie à son côté et entoure ses épaules de mon bras ; elle sait que nous partageons la même peine.

Je propose à Mamie de faire du thé et tandis que je tâtonne à la recherche du paquet je l'entends se lever et ouvrir un tiroir.

Je lui tends la tasse, elle la saisit mais la repose aussitôt sur la table basse.

- C'est pour toi dit-elle en me tendant un objet dans sa main.
Papi n'a jamais osé te faire cet aveu.

Je reçois dans la main une boite rectangulaire de métal peint.

J'ouvre la boite, apparaît le revers de ce qui me semble être un billet d'entrée. Au recto figure un tampon usé mais cependant lisible "Fête de l'Orphéon - 1 Adulte - 12 Juin 1960".

Une main me serre la gorge, me griffe le palais, je n'ai plus de salive.

Trente cinq ans se sont écoulés mes les images ressurgissent instantanément.

Contre l'avis de mes Grands-Parents, alors que je passais des vacances d'été chez eux, étant adolescente, j'avais accepté (et même proposé) ma participation à une séance de démonstration. Je devais m'asseoir contre un lionceau et le caresser.

Mes grands-parents et tout particulièrement mon Papi, s'inquiétaient des réactions d'un animal sauvage et répondirent à mon entêtement par un refus d'assister à cette fête, dernier argument qu'ils pensaient de nature à me décourager.

Evidemment j'avais beaucoup regretté la décision de mon grand-père, j'aurai tant aimé que mes grands-parents me voient accomplir ce qui à mes yeux étaient une action courageuse et me value des applaudissements fournis.

- Maintenant tu sais dit Mamie !

J'hôchais la tête, ma voix m'échappait.

- Tu sais ajouta-t-elle, il est allé trouver le propriétaire de l'animal et je ne sais quelles menaces il lui a faites mais je peux te dire que l'autre acquiéscait et de la main lui affirmait que tout se déroulerait au mieux.

Papi a donc pris un billet pour être à tes côtés si .....

Elle fit un geste signifiant l'inéluctable.

L'emprise sur ma gorge se relâchait lentement et libéra enfin ma parole.

- Donc il est venu pour me protéger et moi je ne l'ai pas vu.

- Oui ma chérie !

- Je lui en ai voulu de son absence, enfin celle que je croyais à l'époque.

- Je le sais !

- Je vais conserver précieusement ce billet, il me rappellera de ne pas douter de ceux qui nous aiment.

- Bois ton thé, il refroidit !

A présent la nuit promenait son ombre et masquait la silhouette nonchalante du mimosa.

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Peu de gens lisent; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. (Voltaire)
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Steven
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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Lun 19 Jan 2009 - 22:45

Hier, papi est mort. Un coup de téléphone, voix inconnue, anonyme, sans émotion ; l’infirmière à domicile de ma grand-mère. Je vais devoir aller la prévenir. Mon premier mouvement est un refus… ma grand-mère ne me reconnaît même plus, depuis longtemps, m’appelant René, comme mon parrain, son fils disparu il y a si longtemps. Comment vais-je pouvoir lui annoncer la nouvelle , La question me hante pendant tout le trajet.

Je la trouve seule, dans le noir de la grande cuisine de leur maison. Elle tient une boite entre ses mains. Une boite en fer, jaune. Un liseré rouge marque l’arrêt du couvercle. Sur la face qu’elle regarde, une grosse tête noire, toute réjouie, coiffée d’un chapeau rouge porte à ses lèvres hilares une tasse fumante. L’index de sa main droite montre le couvercle. En énorme majuscule bleue, il y a écrit Banania et au-dessus, minuscule en rouge, Y’a bon !

Ma grand-mère remue d’avant en arrière sur son fauteuil, ses doigts enserrant cette boite qui l’accompagne dans ses mouvements. Elle semble se retrancher derrière cette boite, comme un rempart devant une réalité insoutenable. Sa tête se lève, ses yeux brillent d’une lueurs perdue depuis si longtemps ; elle me regarde, me sonde plutôt avec une acuité rare. Je ne peux m’empêcher de m’arrêter, passant d’un pied à l’autre, reproduisant inconsciemment le mouvement de ma grand-mère.

« Stéphane, ton grand-père t’aimait beaucoup tu sais ! »

Elle m’a reconnu ! Et elle sait pour Papi. Elle semble si présente ; je retrouve la grand-mère de mes souvenirs, si tendre, si affectueusement protectrice. Le choc l’a ramenée vers nous. Elle saisit ma main :
« Il m’avait dit de te donner cette boite. »

Elle me la tend et déjà, insaisissable, m’échappe ; la lueur disparaît. Elle recommence à se balancer. Je veux serrer sa main, d’un mouvement brusque elle se dégage. Elle ne sait plus qui je suis. L’infirmière entre, se penche vers elle, ma grand-mère lui sourit :
« J’aime beaucoup les endives. »
C’est mon tour de me servir de la boite comme rempart pour cacher mon désarroi.
Le docteur pense qu’il faut qu’elle assiste à l’enterrement, mais qui y assistera ? Mamie où cette femme qui aime les endives ?

L’infirmière sort, poussant son fauteuil. Je reste seul, la boite entre les mains. Lorsque je la remue, quelque chose se cogne contre les parois de la boite, léger tintement. Que vais-je trouver à l’intérieur ? J’hésite. Je ne l’ouvrirai pas maintenant… Ce soir, quand ma maisonnée dormira je regarderai ce qu’il y a ; ça devait être important ! Je regarde la pièce tellement vide puis je sors laissant là tout un pan de ma vie.

La nuit est tombée depuis longtemps ; les enfants revenus du judo, de leurs cours d’anglais ont fait leur devoirs. Nous avons mangé, seul moment de réunion familiale. Ils dorment depuis longtemps maintenant. La boite jaune est posée devant moi. Je la prends, la secoue à nouveau… Le bruit léger se reproduit, tintement délicat et retentissant dans le silence de la maison endormie.
J’ouvre la boite, mains tremblantes malgré moi. Je verse son contenu sur le bois rainuré de mon bureau. Deux objets en métal tombent ; deux objets en métal et un carré de papier.

Je commence par prendre le carré de papier. C’est une photo, légèrement jaunie. C’est la photo de nos journées, de notre vie.

En arrière plan on voit le coude que fait l’Adour derrière la maison familiale, l’eau scintille sous le soleil. Les frênes sont couverts de feuilles, les acacias sont en fleurs… C’est le printemps !
Au premier plan, mon grand-père se tient droit, tenant fièrement dans sa main gauche sa vieille canne à pêche. Il a son béret vissé sur la tête et son éternelle gitane maïs clouée à la bouche. Comme il paraît jeune sur ce cliché. Sa main droite est posée sur l’épaule d’un enfant d’une dizaine d’année , moi ! Je ne suis que sourire, j’exhibe fièrement un poisson, une truite il me semble et je tiens dans ma main droite une canne à pêche en bambou. Cette photo de ce moment de pêche fait affluer tous les autres moments ; je suis submergé.

Ce sont ces heures au bord de l’Adour à attendre le bruit d’une clochette indiquant une touche… Ce sont ces longues ballades automnales au milieu de la pinède et des forêts de chêne, à la recherche de champignons… Ce sont tous ces moments où, avare de parole, il m’apprenait la vie.
C’est cet homme-là qui n’est plus, à qui je n’ai pas pu, pas su dire adieu. Mes yeux s’embuent, la photo devient floue dans mes mains tremblantes. Je pose la photo sur le bureau et je me laisse aller à un moment de rien, un de ces moments où on peut écouter le temps qui passe, moments que seul mon grand-père savait créer…. Le temps a un bruit différent dans ma maison endormie qu’alors sur les bords de l’Adour. Mais j’arrive encore à en saisir la délicate tonalité. Le temps passe… Je revient à la réalité et je me penche sur les deux objets en métal.

La clochette ! La clochette dont le tintement éraillé interrompait les moments de rien, nous signalant qu’un poisson était pris. Souvent, après une lutte de quelques minutes, le poisson était sorti de la rivière. Puis remis à l’eau. Mon grand-père n’aimait pas le poisson et quand nous en ramenions, ma grand-mère pestait contre tout le travail que ça lui créait.

Le deuxième était un hameçon, son hameçon, celui avec lequel je l’avais toujours pêcher… Le créateur des moments de rien en quelque sorte….. Je repousse la boite au bout du bureau et je ne peux m’empêcher de laisser échapper un rire, un vrai rire de joie…

Demain, je dirai au-revoir à papi et samedi, j’irai à la pêche avec mes petits, inventer de nouveaux moments de rien.

_________________
Le jour où les terriens prendront figure humaine, j'enlèverai ma cagoule pour entrer dans l'arène.

Hf Thiéfaine
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Mordicus
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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Mer 21 Jan 2009 - 14:59


Ce matin grand-père est mort. Je l’ai vu mourir. J’ai vu son cœur arrêter de battre. J’ai vu ses yeux se vider. J’ai vu les appareils faire leurs trucs d’appareils. J’ai vu les infirmières arriver. J’ai vu ses mains se détendre sur les draps. J’ai vu ce qu’il a vu en dernier. Moi.
Je sais tout ça parce que cela faisait 6 mois que je le veillais. Savoir comment ça se passait ces choses-là. Et être sûre.

Il est mort ce jeudi, à 10h22. Ca aurait été mieux 22h22. Voilà à quoi je pense. Que c’est plus joli « 22h22 » que « 10h22 ». Ca me donne envie de sourire. Ca me donne envie de pleurer. Ca me donne envie de courir. Me réfugier chez mamie. Elle n’a pas pu venir, pas la force, pas l’envie de le voir dans cet état, après tout ce qui avait été dit.

Un jour passe.
Et je trouve la force d’aller chez mamie. J’entre et c’est l’agitation au milieu des odeurs de biscuits et des fleurs. Des vieilles dames sont là. Le clan des veuves. Apitoiement des unes sur les autres. Comment tu fais mamie pour supporter ça ? Comme si ses yeux me répondaient « Et toi ? Comment as-tu fait ? ».
Mamie prend des tas de dispositions, depuis la cuisine, un main qui tient le téléphone, l’autre qui écrit des choses : des adresses, des noms, des « merci à », des trucs de mamies. Les autres vieilles font du café, sortent les boîtes à biscuits, me regardent d’un air affligé « Ho la pauvre ».
Mamie se défait du téléphone et dit aux autres qu’elle va s’allonger un peu. Je viens soutenir mamie en la prenant par la bras : « Viens » lui dis-je.
Nous sortons de la cuisine, je l’aide à monter les escaliers. C’est la chose la plus difficile qu’on ait jamais faite. Elle est si lourde tout à coup, elle pèse 450 kilos, j’ai mes jambes qui flageolent, j’ai envie de pleurer, elle a envie de pleurer. Cet escalier n’en finit pas. Mamie se tient au mur et souffle comme un bœuf. J’ai chaud.
Nous voilà en haut des marches, le souffle court, nos dernières forces pour s’asseoir sur le lit. La parole ne sert à rien. On s’est tout dit déjà.
Mamie se penche vers la table de chevet et farfouille dans le petit tiroir remplit de mouchoirs en tissus bien repassés. Mamie se tourne vers moi et me tend une boite métallique, du type boite à sucre qui servait avant de boîte à biscuit :
- Tiens ! Papy aurait voulu te la donner en main propre. Il n'osait pas.
- Tu m’étonnes… Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ?
- Regarde... Ou ne regarde pas. Je ne sais pas.
On se tient toutes les deux côte à côte. Je sens sa chaleur contre mon bras et ma cuisse, c’est réconfortant. La boîte froide dans mes mains, nettement moins. Je crains le pire. Mamie aussi. Ce n’est pas lourd, ça ne fait pas de bruit. On dirait juste un bout de papier.
« On regarde ? », que je demande à mamie. Elle hoche la tête.
J’ouvre la boîte métallique, quelques feuilles imprimées et un bout de papier où est écrit « Pour Margot et Margot », on se regarde. C’est quoi cette putain de mauvaise blague ? Mamie prend les documents qui se trouvent encore dans la boîte. Ses mains tremblent, elles laissent les papiers se disperser sur le plancher, je me baisse pour les ramasser : cet enfoiré nous a légué tout son argent, c’est écrit noir sur blanc.
« Pour Margot et Margot ».
Pauvre con.
C’est ça ta façon de te faire pardonner ?
Des jours passent, des pensées passent, des mots s’échangent avec mamie. C’est décidé, on bazarde cette atroce baraque et on se casse les 2. Tu voulais voir les pyramides, on y va.
Au revoir papi, au revoir pauvre con, en espérant que ton éternité soit un cauchemar.
Viens mamie, on fait nos valises.
A nous la belle vie.


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MessageSujet: Re: la rédaction de janvier 2009   Lun 2 Fév 2009 - 7:09

Ce matin grand-père est mort.
Mamie me tend une boite métallique :
— Tiens ! Papy aurait voulu te la donner en main propre. Il n'osait pas.
— Mais qu'y a-t-il à l'intérieur ?
— Regarde...




J'ouvre le couvercle en utilisant un couteau à bouts ronds.

— Alors ? Demande ma grand-mère tout aussi curieuse que moi.

— Attends un peu. On dirait qu'il y a un papier.

Sur cette page d'écolier pliée en quatre, étaient inscrits ces quelques mots :

Avant de lire la suite, allume la bougie.

Au fond de la boite reposait une bougie blanche.

— Quel cirque ! Mon Dieu, mais qu'a-t-il inventé encore pour nous amuser ?

— Mamie peux-tu me donner du feu ?

— Qu'est-ce qui faut pas faire, soupirait ma grand-mère en tirant le tiroir de la table.

J'installe la bougie dans le couvercle posé à plat sur la toile cirée.

— Attention Damien, ne va pas me mettre le feu.

La mise en scène émoustillait grand-mère. La lueur diffusée par la flamme sautillante donnait à ce moment un caractère intrigant, pas déplaisant du tout. Je dépliais délicatement le papier pour lire la suite à voix haute.

Damien, te voilà propriétaire d'une de mes pensées qui a passé le cap de ma mort. Pas de tristesse gamin, jamais. Console Mamie qui doit regarder par-dessus ton épaule dans l'attente d'un éventuel dernier mot de ma part. Ne lui montre pas ceci.

Trop tard pensions-nous avec un regard complice.

— Tant pis, dit-elle. Ce qui est fait est fait. Elle croisait les doigts serrés entre son menton et sa poitrine, un geste de supplique impatient, me priant de continuer la lecture.

Dis-lui seulement que d'ici, je pense encore à elle, très fort.

C'était ma petite touche personnelle pour te rappeler que les rêves nous donnent l'occasion parfois d'approcher ce que nous étions avant d'exister et ce que nous serions après notre passage sur terre. Si le jeu t'amuse, transmets ce message à l'un de tes petits fils qui, à son tour, portera l'essence de vie que j'ai reçue de la même manière par mes ancêtres.


— C'est tout ? demande ma grand-mère

— C'est bien. Bon j'éteins la bougie et je garde la boite.

Avant que je ne souffle la flamme, mamie me retint.
Nos yeux brillaient.
Il était encore là le galopin.
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la rédaction de janvier 2009

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