Jiri Kolar
Jiří Kolář (1914- 2002) était un collagiste, poète, écrivain, peintre, traducteur(de Beckett) tchèque. Son œuvre se partage à égalité entre la littérature et les arts visuels.
Né dans une famille ouvrière, c’est à l’adolescence qu’il découvre la poésie. Fasciné par les jeux du langage, le jeune homme s’intéresse bientôt au surréalisme et se passionne en autodidacte pour l’art du collage des mots et des images, un moyen pour lui d'échapper à la grisaille de la petite ville industrielle de Kladno où il vit face à un décor de cheminées d'usine.
« Alouette, confonds pour une fois
un champ de seigle et un champ de cheminées
Peut-être quelqu'un viendra-t-il et fauchera
cette harpe noire
Je le crois
Il récolterait un grand poème » Il expose des montages pour la première fois à Prague en 1937, dans le hall d’un théâtre d’avant-garde.
Son premier recueil de poèmes, Certificat de naissance, paraît en 1941.
En 42, il participe à la fondation du « groupe 42 », qui réunit poètes, artistes et photographes. Dans les pages de son journal pour l'année 1946 (Jours de l'année, année des jours), l’acuité de son regard et de ses interrogations dans une Europe ravagée par la guerre.
En toile de fond de sa vie, la double expérience tragique du nazisme et du stalinisme, vécue en témoin direct. Les valeurs traditionnelles de la culture en sortent meurtries.
L’utopie révolutionnaire est blessée par le carcan qui l’étouffe. L'artiste, qui adhérait initialement à l’idéal communiste, est muselé.
«
La liberté est un art », écrit-il en 1946.
Cet art n’est pas sans risques en Tchécoslovaquie après le Coup de Prague. En 1953, la publication de son livre
Le Foie de Prométhée, composé d’extraits de son journal, lui vaut neuf mois de prison et une interdiction de publier jusqu’à 1964.
Pour sa survie intellectuelle et morale, il poursuit sa quête d’une « poésie évidente », une poésie qui s’émancipe des mots. Ses recherches s’intitulent
Poèmes du silence ou
Poèmes vides – et ne seront publiés que bien des années après.
La visite d'un camp d’extermination allemand modifie profondément sa perception du monde et de la fonction de l'art.
« Ce fut pour moi un des plus grands chocs que j'aie jamais ressenti : de vastes pièces avec des baies vitrées, pleines de cheveux, de chaussures, de valises, de vêtements, de prothèses, de vaisselle, de lunettes, de jouets d'enfants, etc. Tout cela marqué par un destin effroyable, par quelque chose que l'art ne suffit pas à exprimer, à quoi il ne pourra jamais suffire. C'est ici que culmina mon scepticisme à l'égard de tout ce qui voulait et veut épater, exciter, provoquer à toutes sortes d'exhibitionnismes. »On pense au philosophe Theodor Adorno qui estime à peu près au même moment que « l'idée d'une culture ressuscitée après Auchwitz est un leurre et une absurdité » et que « les artistes authentiques du présent sont ceux dont l'œuvre fait écho à l'horreur extrême ».

Autoportrait
_________________
"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)