La pleurante des ruesde PragueAdaptation, conception et jeu:
Claire RuppliTexte de
Sylvie Germain
L’entrée du
Théâtre des Halles est un havre de calme et de verdure …L’on s’assoit sous les arbres et attend l’heure de l’ouverture de la porte pour le spectacle…
Et cette porte s’ouvre sur la petite salle intime que constitue la chapelle Sainte-Claire.
Nous serons presque les premiers à entrer ce jour-là…
Le noir se fait…et dans le noir monte la voix de la comédienne, Claire Ruppli :
« Elle est entrée dans le livre. Elle est entrée dans les pages du livre comme un vagabond pénètre dans une maison vide, dans un jardin à l’abandon. »Cette Pleurante née à Prague dans l’imaginaire et les mots de Sylvie Germain est une géante boiteuse, un fantôme de la ville dont le corps immatériel est «
le lieu de confluences d’innombrables souffles, larmes, et chuchotements échappés d’autres corps ». L’incarnation des souffrances humaines d’hier et aujourd’hui. Mater dolorosa et mère consolatrice aussi…

A l’évocation de la première apparition (il y en douze dans le livre), une lumière douce accompagne l’entrée de la comédienne, menue dans son imperméable, cernée des belles pierres de la chapelle qui tient lieu d’espace scénique…Rien d’autre…
Tout est si simple et si évocateur…L’éclairage fait apparaître l’ombre démesurée en hauteur et largeur de la frêle jeune femme…Alors pour le spectateur, elle surgit la Pleurante… Le jeu de la lumière fera encore naître d’autres images…

La Pleurante t est la mémoire de certains être nommés, mais aussi la mémoire de la douleur universelle …
…Mémoire de Bruno Schulz (écrivain, peintre et dessinateur),
« homme de peu de poids [.. ;] tué d’une balle dans le dos[…] parce qu’il était sorti dans la rue sans porter l’étoile jaune » …Mémoire de Franta Bass, l’enfant du camp de Terezin qui avait écrit ce poème avant d’être tué :
« Le tout petit garçon, mignon
comme un bouton en train d’éclore.
Quand le bouton sera éclos
Le garçonnet déjà ne sera plus. »…Mémoire de la petite Sarah, photographiée par Roman Vischniac qui fut tuée elle aussi :
« fillette aux yeux trop grands, trop sombres, pour son petit visage blême et fatigué. Des yeux aux paupières alourdies par le froid, par la faim, au regard égaré. […]« Son père avait peint pour elle, son enfant aux pieds nus, quelques fleurssur le mur derrière le lit que la misère lui assignait pour gîte. »…Mémoire du père de Sylvie Germain agonisant sur son lit d’hôpital. La douleur et le deuil impossible de l’auteure serait à l’origine du texte de La Pleurante.
…Mémoire d’anonymes…
Ce texte, nous l’avons évoqué déjà sur le fil de Sylvie Germain. J’ai bien dû le lire au moins 25 fois tellement je l’aime et tellement je rêverais un jour de pouvoir le dire moi aussi…
Claire Ruppli, habitée par ce texte, est juste là, devant nous, à le dire…Elle s’en est saisie avec une grande maîtrise, lui donnant corps et voix…
Ma toute petite réserve serait devant une trop grande application à bien dire, à articuler lentement, ce qui induit une monotonie dans le rythme mais c’est un travail magnifique…Et ce texte, Claire Ruppli donne à l’entendre, parfaitement…
"De textes qui vous chavirent le coeur et traduisent la langue de l'âme, de silences qui nous rappellent être en vie, du manque indélébile du passé, naît le devoir de re-présenter. C'est pourquoi je joue ce texte" Claire Ruppli(Petit regret: En fait je n'ai reconnu Claire Ruppli qu'en surfant sur le Net , en rentrant chez moi, pour voir ce qu'elle avait déjà fait...
Je l'ai reconnue en voyant une photo d'elle...Je me suis dit soudain:

... "c'était Claire!..."
Il y a quelques années, Claire était comme moi stagiaire dans un stage de cinéma pendant trois semaines...
J'aurais pu, si j'avais réagi plus tôt, échanger avec elle, lui dire tout le bien que je pensais de ce texte et de son travail...Elle se promenait seule (mais portant des lunettes de soleil) dans le jardin où nous nous attardions après la représentation...Elle sera peut-être à Montauban...aux
Lettres d'automne où je compte bien aller...)

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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)