Minetti 
Comme le contenu de la pièce a déjà été évoqué et commenté, je n’y reviendrai pas.
Je voudrais surtout souligner la performance du magnifique comédien qu’est Michel Piccoli.
Avec la fragilité de son âge, sur scène, dans le rôle du vieux Minetti qui soliloque et ressasse ses rancoeurs à n’en plus finir, il crée un personnage bouleversant d’humanité, de sensibilité et de vulnérabilité perceptibles.
Minetti est un vieil acteur acariâtre, en colère…contre les gens de son métier notamment : les directeurs de théâtre, les spectateurs, les auteurs... Un presque misanthrope. Mais Michel Piccoli lui apporte peu à peu, au fil de la pièce, une douceur qui atténue son propos, une sensibilité qui nous le rend pathétique et émouvant, donnant par là même une dimension mélancolique à la pièce.
Tout est dans le travail et le talent (immense !) de l’acteur que rien ne peut sauver sur la scène à partir du moment où il y est entré, au risque d’une défaillance du corps ou de la mémoire (Michel Piccoli a 83 ans) tandis qu’il porte pratiquement à lui seul le spectacle sur ses épaules...
Ce texte qui ressasse sans cesse est d’une extrême difficulté…Outre sa mémorisation, comment savoir toujours, et de façon certaine, avec ces phrases qui reviennent, presque à l’identique, où l’on en est dans le déroulement de la pièce ?
Le public de Lille a rappelé cinq fois, de ses applaudissements nourris (et non pour la forme) un vieil acteur au sommet de son art.
Quelques extraits qui me parlent :
« Le monde veut de la distraction
mais il faut le perturber
le perturber le perturber
où que nous regardions rien
qu’un mécanisme de distraction aujourd’hui
Dans la catastrophe de l’art Madame
C’est dans la plus incroyable de toutes les catastrophes
De l’art
Qu’il faut pousser toute chose
Pousser vous entendez
Pousser
Le jeune homme
Que j’ai été
Qui est entré dans cet art dramatique mortel
Et s’est blessé à mort
Personne aujourd’hui
Pour se blesser à mort
Nous n’existons que dans une société repoussante
Qui a renoncé à se blesser à mort. »
[…]
« Mettre à la stupidité
Le bonnet de l’esprit
Sous le bonnet de l’esprit
Etouffer la stupidité
La société
Tout
Tout étouffer sous le bonnet de l’esprit
Fomenter un spectacle
Et mettre à la stupidité le bonnet de l’esprit. »
« Quand l’acteur crée le malaise
et il doit le créer
le public est rebuté
Il faut que l’acteur le crée
Le malaise rien d’autre »PS : J’ai apprécié aussi la prestation de Julie-Marie Parmentier dans le rôle d’une jeune fille qui attend son amoureux, un transistor entre les bras. La gracieuse Julie-Marie Parmentier qui joua déjà Cordelia, la fille de Piccoli dans
Lear (de Engel)
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)