Mireille
Huitième ouvrage lyrique de Gounod, composé après l’échec de La reine de Saba à l’Opéra, ce dernier ouvrage régulièrement de wagnérien par les commentateurs (je ne l’ai jamais entendu), Mireille serait une sorte de retour vers une musique plus intimiste, plus proche du talent naturel de Gounod. Le compositeur aurait hésité entre deux sujets, un Mignon d’après Goethe, et Mireille d’après Mistral. La nomination de Léon Carvalho à la tête du Théâtre Lyrique a provoqué le choix du deuxième sujet, plus adapté à ce lieu, étant entendu que Mme Carvalho sera la créatrice du rôle principal.
Le compositeur entre en communication avec Mistral, ils échangent un certain nombre de lettres au sujet du futur opéra, et au printemps 1863, Gounod se rend en Provence suite à l’invitation de Mistral, pour se pénétrer de la couleur locale, il y composera une partie de l’ouvrage. Le livret sera confié à Carré, mais Mistral va y participer, restant en particulier intraitable sur le fin tragique.
Mais d’innombrables problèmes vont surgir. Premièrement, la partition d’origine semble dépasser les moyens des chanteurs sensés la créer, et tout d’abord de Mme Carvalho, qui va jusqu’à faire intervenir un huissier pour faire constater l’impossibilité de la chanter. Le compositeur est obligé de faire des aménagements, et de rajouter des morceaux brillants réclamés par la diva, comme le fameux O légère hirondelle. Certaines des pages d’origine n’ont pas été orchestrées par Gounod et ont été conservées par un heureux hasard qui a permis par la suite des reconstitutions.
L’œuvre n’a pas eu de succès lors de sa création en 1864, la fin tragique déplut, et elle est vite retirée de l’affiche. Mais une création anglaise dès 1864 relance la carrière de Mireille. Le compositeur doit se livrer à d’importantes modifications à cette occasion, des coupures importantes sont faites. Des modifications encore plus importantes seront faites par la suite, l’œuvre sera réduite de 5 actes à 3, et la fin de tragique devient heureuse, Mireille ne meurt plus. C’est sous cette forme que Mireille rentre au répertoire de l’Opéra Comique en 1874, où elle est redonnée régulièrement. Toutefois, à partir de 1901, des tentatives sont faites pour revenir à une version plus authentique, même si cette recherche de l’authenticité est forcement un peu une question de choix. Les dernières représentations à l’Opéra Comique datent de 1993.
Mireille n’est certainement pas un grand chef-d’œuvre, le livret n’est vraiment pas terrible, mal fichu et sans aucune véritable progression dramatique. Mais la musique de Gounod est par moments vraiment exquise, différente de ses autres œuvres pour coller à son sujet. L’absence d’une trame crédible et construite, l’empêche toutefois d’être suffisamment structurée, et ôte la possibilité d’une progression, d’une cohérence, d’une continuité prenante. Mais l’écoute de certaines pages est vraiment délicieuse. Mireille reste une œuvre fragile, qui a besoin pour être convaincante de chanteurs, chef et metteur en scène très inspirés.
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Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)