Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Charles Baudelaire

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bélanger
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Lun 9 Fév 2009 - 19:42

lekhan a écrit:
Ah voilà un poète que je n'aime pas énormément.
Ne trouvez vous pas qu'on s'en étouffe. Tous ces mots, il y en a trop, on en a plein la bouche.
Chez Rimbaud aussi j'ai parfois cette sensation. Moins je dois le dire.
Mais chez Baudelaire je trouve que le style est un véritable chemin de croix, je me répète on en étouffe.


Quelque fois, outre le vocabulaire, c'est la forme de l'alexandrin qui pèse. Moi qui adore la douceur d'un pentamètre pour suggérer la finitude (un nombre impair donne cette sensation d'achèvement) je ne renierai pas ces vers de Paul Verlaine.

Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.


Sinon il me semble que Luchini nous a offert une très belle déclamation du voyage (ça doit se trouver en dvd). Un régal.
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Hellois
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Ven 13 Fév 2009 - 17:25

sousmarin a écrit:

Une Charogne.

Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,

Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.

Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;

Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'ou sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.

Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.

Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.

Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.

Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Epiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Etoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !

Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposées !


J'adore ce poème de Baudelaire! Il est simplement merveilleux!
Dans ce poème il n'y a certainement pas d'oiseaux et de petits fleurs... (pour en revenir à notre discussion sur le romantisme à l'eau de rose..)

Baudelaire est un vrai maitre, qui a dépassé mille fois le romantisme, pour ouvrir le chemin du symbolisme et de la poésie contemporaine! (si tous ces mots ont un sens...)
Je ne suis pas d'accord avec cette "abondance exagérée des mots" chez Baudelaire. Je pense que sa poésie peut etre définie "riche", "luxueuse", "édoniste", "aristocrate", quelques fois "morbide", toujours "troublante" et "très érotique", mais jamais étouffante... et pour Rimbaud (... l'amour de ma vie...) loin de là!!! Il est souvent appelé le poète de l' éloquence dans la concision!
plus sourd que les cerveaux d'enfant :qui a trouvé une expression plus immédiate, plus simple, plus émouvante pour décrire l'obstination, l'envie de faire, l'urgence de réaliser, l'ingénuité dans l'adventure??

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La morale est la faiblesse de la cervelle, A. Rimbaud, Une Saison en Enfer, 1873
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Ven 7 Aoû 2009 - 10:21

MUSICSGOOD: Comme tu disais des choses très intéressantes sur le fil de M. Levy à propos de la littérature contemporaine, je suis allée découvrir ton Blog ("Trompe le monde"), et j´ai lu le très beau texte que tu publies de Baudelaire " Un hemisphère dans ta chevelure".
Puisque ( fil "avatars" ) la nouvelle coiffure de Marie nous intrigue, ce serait peut-être le moment IDÉAL de mettre ce texte de Baudelaire sur notre forum.afro et de terminer en poésie?

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"L´homme, par le fait d´être homme, est déjà par rapport à l´âne ou au crabe un animal malade- car la conscience est une maladie." Miguel de Unamuno.
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Jeu 27 Aoû 2009 - 23:12

Je n'aime pas la poésie, enfin, j'ai du mal avec cet art. Mais j'ai découvert par l'intermédiaire de la chanson Ebauche n°2 de Saez ( qui lui rend parfaitement hommage) le poème Femmes damnées 2, qui, selon ma faible connaissance de cet art, est une pure merveille. cheers Le seul poème qui m'a vraiment accroché avec celui de Bobovian, Tout a été fait cent fois. Mais c'est un autre registre.
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Ven 28 Aoû 2009 - 19:51

Oh Baudelaire, je lui voue un culte sourire

Je ne le connais à fond, je ne prétends pas le comprendre, mais il y a quelque chose dans sa poésie à laquelle je ne peux absolument pas résister.

Lire du Baudelaire pour moi, c'est comme voir un cours d'eau fracasser un barrage. Je trouve dans ces poèmes le feu, la violence de la passion poussée aussi loin que possible, comme quelque chose de tapis au fond de l'être et qui a un mal fou à sortir, et que seul lui, le poète, peut extirper non sans difficulté (celui qui a compris là, je lui offre la palme de la traduction What a Face ). J'aime l'emploie de termes et métaphores fortes avec des mots qui dans la réalité seraient moches, mais qui, mis dans ses poèmes se transforment en pierres préciseuses , c'est en cela que j'aime le style de ce poète

Sinon j'aime beaucoup aussi la chanson de Saez sur Les Femmes Damnées (Delphine et Hippolyte), mais je regrette que ce ne soit qu'un petit extrait, trop petit pour saisir l'essence et le but premier du poème d'origine je trouve (ce qui n'empêche pas le texte d'être magnifique sourire )

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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Jeu 3 Sep 2009 - 17:42

Entretemps Marie a changé de coiffure, et comme Musicsgood ne nous fait pas de visite ici, voici le poème en prose dont je vous parlais ( trouvé sur le blog de Musicsgood), pour complèter "la chevelure" que Chatperlipopette nous avait offert il y a quelque temps.

UN HÉMISPHÈRE DANS UNE CHEVELURE:

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.
Si tu pouvais savoir tout ce que je vois! tout ce que je sens! tout ce que j'entends dans tes cheveux! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.
Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.
Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.
Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.
Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.
Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs. (Le Spleen de Paris).

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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Lun 7 Sep 2009 - 14:44

Recueillement
Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
Surgir du fond des eaux le Regret souriant ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

J'aime bien celui-çi

_________________
Le bonheur ne s'acquiert pas, il ne réside pas dans les apparences,
chacun d'entre nous le construit à chaque instant de sa vie avec son coeur.
[Proverbe africain]
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Mar 6 Oct 2009 - 14:33

Lettre de Baudelaire à Richard Wagner à l'époque où l'ouverture de Tannhäuser a été présentée à Paris, à la salle Ventadour, et fortement critiquée.



Vendredi, l7 férrier 1860

Monsieur,

Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fut un grand artiste, il n'était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnais*sance, et enfin que ce cri pouvait avoir une valeur d'un genre singulier, quand il venait d'un français, c'est-à-dire d'un homme peu fait pour l'enthousiasme et né dans un pays où l'on ne s’ entend guères plus à la poésie et à la peinture qu'à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j'aie jamais éprouvée. Je suis d'un âge où on ne s'amuse plus guères à écrire aux hommes célèbres, et j'aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, ou on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n'êtes pas le premier homme, Monsieur, à l’occasion duquel j'ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l'indignation m'a poussé à vous témoigner ma reconnaissance; je me suis dit: Je veux être distingué de tous ces imbéciles.

La première fois que je suis allé aux Italiens, pour entendre vos ouvrages, j'étais assez mal disposé, et même, je l'avouerai, plein de mauvais préjugés; mais je suis excusable; j'ai été si souvent dupe; j'ai entendu tant de musique de charlatans à grandes prétentions. Par vous j'ai été vaincu tout de suite. Ce que j'ai éprouvé est indescriptible, et si vous daignez ne pas rire, j'essaierai de vous le traduire. D'abord il m'a semblé que je connaissais cette musique, et plus tard en y réfléchissant, j'ai compris d'où venait ce mirage; il me semblait que cette musique était la mienne, et je la reconnaissais comme tout homme reconnaît les choses qu'il est destiné à aimer. Pour tout autre que pour un homme d'esprit, cette phrase serait immensément ridicule, surtout écrite par quelqu'un qui, comme moi, ne sait pas la musique, et dont toute l'éducation se borne à avoir entendu (avec grand plaisir, il est vrai) quelques beaux morceaux de Weber et de Beethoven.

Ensuite le caractère qui m'a principalement frappé, ç'a été la grandeur. Cela représente le grand, et cela pousse au grand. J'ai retrouvé partout dans vos ouvrages la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature, et la solennité des grandes passions de l'homme. On se sent tout de suite enlevé et subjugué. L'un des morceaux les plus étranges et qui m'ont apporté une sensation musicale nouvelle est celui qui est destiné à peindre une extase religieuse. L'effet produit par l'Introduc*tion des invités et par la Fête nuptiale est immense J'ai senti toute la majesté d'une vie plus large que la nôtre. Autre chose encore : j'ai éprouvé souvent un sentiment d'une nature assez bizarre, c'est l'orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l'air ou de rouler sur la mer. Et la musique en même temps respirait quelquefois l'orgueil de la vie. Généralement ces profondes harmonies me paraissaient ressembler à ces excitants qui accélèrent le pouls de l'imagina*tion. Enfin, j'ai éprouvé aussi, et je vous supplie de ne pas rire, des sensations qui dérivent probablement de la tournure de mon esprit et de mes préoccupations fréquentes. Il y a partout quelque chose d'enlevé et d'enlevant, quelque chose aspirant à monter plus haut, quelque chose d'excessif et de superlatif. Par exemple, pour me servir de comparaisons empruntées à la peinture, je suppose devant mes yeux une vaste étendue d'un rouge sombre. Si ce rouge représente la passion, je le vois arriver graduellement, par toutes les transitions de rouge et de rose, à l'incandescence de la fournaise. Il semblerait difficile, impossible même d'arriver à quelque chose de plus ardent; et cependant une dernière fusée vient tracer un sillon plus blanc sur le blanc qui lui sert de fond. Ce sera, si vous voulez, le cri suprême de l'âme montée à son paroxysme.

J'avais commencé à écrire quelques méditations sur les morceaux de Tannhنuser et de Lohengrin que nous avons entendus; mais j'ai reconnu l'impossibilité de tout dire.

Ainsi je pourrais continuer cette lettre interminablement Si vous avez pu me lire, je vous en remercie. Il ne me reste plus qu'à ajouter que quelques mots. Depuis le jour où j'ai entendu votre musique, je me dis sans cesse, surtout dans les mauvaises heures: Si, au moins, je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner! Il y a sans doute d'autres hommes faits comme moi. En somme vous avez dû être satisfait du public dont l'instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes. Pourquoi ne donneriez-vous pas quelques concerts encore en y ajoutant des morceaux nouveaux? Vous nous avez fait connaître un avant-goût de jouissances nouvelles; avez-vous le droit de nous priver du reste? Une fois encore, Monsieur, je vous remercie; vous m'avez rappelé à moi-même et au grand, dans de mauvaises heures.

CH. BAUDELAIRE.

Je n 'ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j'ai quelque chose à vous demander.

_________________
Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis.
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Mar 6 Oct 2009 - 19:45

« Ce que je sens est un immense découragement, une sensation d’isolement insupportable, une peur perpétuelle d’un malheur vague, une défiance complète de mes forces, une absence totale de désirs. Une impossibilité de trouver un amusement quelconque…Je me demande sans cesse à quoi bon ceci ? À quoi bon cela ? C’est le véritable esprit de spleen » Lettre à sa mère, 1857.

Poète du spleen, mais aussi de la douleur, de la souffrance morale. Entre Madame Sabatier, et Jeanne Duval, le poète vacille entre extase et remord, évasion et tourments. Il retrouve chez l’une tout le charme sensuel, et chez l’autre, une pureté spirituelle. Peu à peu à travers ses nombreux poèmes –Fleurs du mal- il est comme hanté de l’amertume de la débauche ; mais possédé par le spleen, il part à la quête de l’idéal…

TOUT ENTIERE

Le démon, dans ma chambre haute,
Ce matin est venu me voir
Et, tachant à me prendre en faute,
Me dit : « je voudrais bien savoir,

Parmi toutes les belles choses
Dont est fait son enchantement,
Parmi les objets noirs ou roses
Qui composent son corps charmant,

Quel est le plus doux. »-O mon âme !
Tu répondis à l’Abhorré :
« Puisqu’en elle tout est dictame,
Rien ne peut être préféré.

Lorsque tout me ravit, j’ignore
Si quelque chose me séduit.
Elle éblouit comme l’Aurore
Et console comme la Nuit.

Et l’harmonie est trop exquise,
Qui gouverne tout son beau corps,
Pour que l’impuissante analyse
En note les nombreux accords.

O métamorphoses mystique
De tous mes sens fendus en un !
Son haleine fait la musique.
Comme sa voix fait le parfum !


REVERSIBILITÉ

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l’angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le cœur comme un papier qu’on
Froisse ? Ange plein de gaieté, connaissez vous l’angoisse ?

Ange plein de bonté, connaissez vous la haine,
Les poings crispés dans l’ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine ?
Ange plein de bonté, connaissez vous la haine ?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l’hospice blafard,
Comme des exilés, s’en vont d’un pied traînard
Cherchent le soleil rare et remuant les lèvres ?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres ?
(…)

Malade, tourmenté, prématurément vieilli ; Baudelaire est aussi le poète des souvenirs (J’ai plus de souvenirs) ; de la mort (La Charogne), des rêves (le Rêve d’un curieux), et tant d’autres thèmes qui montrent que dans sa solitude et sa mélancolie, il partait en voyage « trébuchant sur les mots comme sur les pavés » pour enfin revenir à son ennui. C’est une soif insatiable de tout ce qui relève de l’au-delà, des rêves, de la musique de l’âme, de la poésie.
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DorianG
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MessageSujet: Re: Charles Baudelaire   Mer 18 Nov 2009 - 17:22

Moi les poémes qui me font le plus de sensations quand je l'ai lis sont :

X L'ENNEMI

Ma jeunesse ne fut qu'un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage
Qu'il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j'ai touché l'automne des idées,
Et qu'il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l'eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

LXI SPLEEN

Je suis comme le roi d'un pays pluvieux,
Riche, mais impuissant, jeune et pourtant très-vieux,
Qui de ses précepteurs méprisant les courbettes,
S'ennuie avec ses chiens comme avec d'autres bêtes.
Rien ne peut l'égayer, ni gibier, ni faucon,
Ni son peuple mourant en face du balcon.
Du bouffon favori la grotesque ballade
Ne distrait plus le front de ce cruel malade ;
Son lit fleurdelisé se transforme en tombeau,
Et les dames d'atour, pour qui tout prince est beau,

Ne savent plus trouver d'impudique toilette
Pour tirer un souris de ce jeune squelette.
Le savant qui lui fait de l'or n'a jamais pu
De son être extirper l'élément corrompu,
Et dans ces bains de sang qui des Romains nous viennent,
Et dont sur leurs vieux jours les puissants se souviennent,
Il n'a pas réchauffé ce cadavre hébété
Où coule au lieu de sang l'eau verte du Léthé.
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

—O douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
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Charles Baudelaire

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