
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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| Auteur | Message |
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coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Fernando Pessoa Jeu 1 Fév 2007 - 19:09 | |
|  Ceux qui me connaissent savent la fascination que j'ai pour ce poète: Ma fascination pour Pessoa me vient du fait qu’il me parle. Il me parle parce que je peux le lire, et que j’ai la chance de pouvoir le lire dans sa langue, avec la musique originale que fait perdre la traduction. Il me parle parce que son langage simple, sans fioritures et sans excès lexicaux, m’est accessible. Il me parle parce que ce qu’il dit a un écho en moi .Je partage sa mélancolie, sa « saudade » comme on nomme la chose au Portugal. Cette « saudade » qui caractérise aussi là-bas le chant traditionnel, le Fado. Il me fascine par sa modestie dans cet aujourd’hui où ce mot n’a plus court. Il me fascine par l’immensité de son talent. Cet homme qui a pratiqué toute sa vie l’effacement de soi et vécu de façon extrêmement banale a laissé plus de 25000 textes inédits dans une malle devenue fameuse, trouvée après sa mort, et dont on n’a toujours pas vu le fond. Un seul petit recueil poétique « Mensagem » (Le Message) avait été publié avant sa mort. Mes (presque) livres de chevet, ceux auxquels je reviens sans cesse: -" Cancioneiro" (recueil de poèmes, très mélancoliques ou romantiques, écrit sous le nom de Fernando Pessoa) - " Le gardeur de troupeaux", totalement différent, puisque écrit sous l'hétéronyme Alberto Caeiro. - le troisième pourrait se classer ailleurs que dans poésie, puisqu'il ne s'agit pas de poèmes à proprement parler. C'est plutôt un journal, mais il est écrit dans une langue souvent très poétique: " Le livre de l'Intranquillité", écrit sous l'hétéronyme Bernardo Soares. Trois facettes de son talent, parmi tous ses écrits. Celles que je préfère. J'ai été moins touchée, par exemple par " Le Banquier Anarchiste"Il me fascine parce qu’il a écrit sous une constellations d’identités littéraires : 72 hétéronymes recensés et peut-être davantage !…A chaque personnalité que Pessoa a réussi à faire vivre à l’intérieur de lui, il a donné un caractère et a fait de cette personnalité un auteur, d’ un livre ou de plusieurs, avec les idées, les émotions et un style... Il a été le médium de ces figures qu’il a créées et auxquelles il a donné une réalité fictive par l’écriture. A la fois cosmopolite et nationaliste, sentimental et cynique, rationaliste ou mystique, classique ou baroque, il a fait de ses contradictions la matière même de son œuvre, pour « sentir de toutes les manières ».Rares sont les écrivains qui ont pu exprimer avec autant de justesse l’étendue de leur personnalité et les contradictions qui régissent l’être humain. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 1 Fév 2007 - 19:13 | |
| " Le gardeur de troupeaux " d’Alberto Caeiro (Fernando Pessoa) Pessoa considérait Alberto Caeiro comme la figure principale de sa constellation d’identités littéraires. De lui, il disait qu’il était son « maître ». « Un jour de 1914, je m’approchais d’une commode haute et, prenant un papier, je me mis à écrire, debout, comme je le fais toutes les fois que je puis. Et j’ai écrit une bonne trentaine de poèmes d’affilée, dans une sorte d’extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et je n’en connaîtrai jamais de semblable. Je partis d’un titre « Le gardeur de troupeaux » et ce qui suivit fut l’apparition en moi de quelqu’un que j’ai d’emblée appelé Alberto Caeiro. Pardonnez-moi l’absurdité de l’expression : en moi était apparu mon maître. Telle fut la sensation immédiate que j’éprouvai. A telle enseigne que, sitôt écrits ces trente et quelques poèmes, je pris incontinent un autre papier et j’écrivis, d’affilée également, les six poèmes qui constituent « Pluie Oblique » de Fernando Pessoa. Immédiatement et intégralement. Ce fut le retour de Fernando Pessoa-Alberto Caeiro à Fernando Pessoa tout seul. Ou mieux encore, ce fut la réaction de Fernando Pessoa contre son inexistence en tant qu’Alberto Caeiro. » Ce maître, nous le connaissons par son livre unique « Le Gardeur de troupeaux ». C’est un homme qui vit aux champs, entre les ruisseaux et les nuages, un sage sensualiste. Un poète bucolique, un promeneur. Il n’a ni impressions, ni sentiments, ni idées ; seulement des sensations. « Moi je n’ai pas de philosophie, j’ai des sens… Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime, Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer… » ……… «- Hola, gardeur de troupeaux, sur le bas-côté de la route, que te dit le vent qui passe ?
-Qu’il est le vent, et qu’il passe, et qu’il est déjà passé, et qu’il passera encore. Et à toi que te dit-il ?
-Il me dit bien davantage. De mainte autre chose il me parle, de souvenirs et de regrets, et de choses qui jamais ne furent.
-Tu n’as jamais ouï le vent passer. Le vent ne parle que du vent. Ce que tu lui as entendu dire était mensonge, Et le mensonge se trouve en toi. » Le monde lui est donné à voir débarrassé de tout ce qui n’est pas perceptible par les yeux. Il met entre parenthèses tout ce qu’on peut savoir, comprendre, imaginer, éprouver. Il refuse toute interrogation métaphysique, toute interprétation esthétique, tout jugement moral. Son regard se porte sur la seule réalité qui existe, les choses. « Celui qui a entendu mes vers m’a dit : « Qu’y a-t-il là de nouveau ? Tout le monde sait qu’une fleur est une fleur et qu’un arbre est un arbre. » Mais moi j’ai répondu : « Tout le monde ? Voire… Car tout le monde aime les fleurs parce qu’elles sont belles, et moi je suis différent. Et tout le monde aime les arbres parce qu’ils sont verts et donnent de l’ombre, mais pas moi. J’aime les fleurs parce qu’elles sont des fleurs directement. J’aime les arbres parce qu’ils sont des arbres, sans ma pensée. » |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 1 Fév 2007 - 19:15 | |
| " Le livre de l'Intranquillité" de Fernando Pessoa (sous l'hétéronyme Bernardo Soares) C'est une oeuvre troublante car Bernardo Soares est sans doute l'hétéronyme le plus proche de Pessoa. Il est écrit sous la forme d'un journal où se révèlent son inquiétude, sa souffrance, son sentiment de non-être, de la difficulté à se frayer un chemin dans l'humanité. Et puis l'ennui qui pèse.... Heureusement il y a l'imagination et elle donne sa force poétique et dramatique au texte. Un gros livre qu'on prend, qu'on laisse, qu'on reprend. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 1 Fév 2007 - 19:18 | |
| " Il y a du sublime à gaspiller une vie qui pourrait être utile, à ne jamais réaliser une oeuvre qui serait forcément belle, à abandonner à mi-chemin la route assurée du succès! ... Pourquoi l'art est-il beau , parce qu'il est inutile. Pourquoi la vie est-elle si laide ? Parce qu'elle est un tissu de buts, de desseins et d'intentions? Tous ses chemins sont tracés pour aller d'un point à un autre. Je donnerais beaucoup pour un chemin conduisant d'un lieu d'où personne ne vient, vers un lieu où personne ne va... La beauté des ruines ? Celle de ne plus servir à rien." |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Mer 7 Fév 2007 - 9:02 | |
| Fernando Pessoa, je l'ai découvert il y a des années, grâce à une lecture-spectacle à laquelle j'ai assisté. Des passages du livre de l'intranquillité étaient lus. Les mots m'ont tout de suite touchés, et j'ai voulu rapidement en découvrir plus sur ce poète aux mille facettes. Une musicalité, une sorte de chant, de mélopée surgit des mots. Une mélancolie profonde, terriblement émouvante, qui fend notre coeur en deux dès les premiers mots. Malheureusement à l'époque, je n'avais pas beaucoup de moyens, et en plus, les livres de Pessoa n'étaient (ne sont) pas franchement faciles à trouver. Je me suis donc procuré le seul qui est croisé mon chemin et qui fût dans mes moyens : Bureau de Tabac. Un très beau moment, ce livre est merveilleux, et je crois qu'aujourd'hui grâce à coline, je vais me réveiller de ma léthargie et me décider à faire quelques achats (alleluia internet, je devrais y trouver mon bonheur).
Dernière édition par le Mer 7 Fév 2007 - 9:16, édité 1 fois |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Mer 7 Fév 2007 - 9:08 | |
| Mais il faut faire attention quand on s'attarde sur les oeuvres de Pessoa, car ses multiples facettes sont parfois si paradoxales qu'on ne peut toutes les apprécier autant. | Citation: | Alvaro de Campos, (qui) enracine le futurisme dans la poésie portugaise, et signe les plus scandaleuses manifestations d'avant garde Ricardo Reis, latiniste et monarchiste, espèce d'Horace du XXème siècle dans ses "Odes" désabusées Alberto Caeiro, le pur matérialiste, sorte d'"innocent" qui trouve son accord avec la nature en découvrant que "les choses n'ont pas de dessous". |
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|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Mer 7 Fév 2007 - 9:14 | |
| | Bureau de tabac a écrit: | Essence musicale de mes vers inutiles, Si je pouvais te reconnaître comme une chose que j'aurai créée, Et qui ne me laisserait pas toujours face au Tabac d'en face, Foulant aux pieds de la conscience de me sentir exister, Comme un tapis où trébuche un ivrogne Ou un paillasson sans valeur volé par des gitans. |
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Dim 18 Fév 2007 - 10:29 | |
| | Queenie a écrit: | Une mélancolie profonde, terriblement émouvante, qui fend notre coeur en deux dès les premiers mots.
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Ah!...Je découvre tes posts ce matin, ils m'avaient échappés...
C'est aussi la mélancolie , la saudade, qui me touche moi aussi chez Pessoa...
Dans Bureau de Tabac que tu cites, ces quatre vers me bouleversent:
Je ne suis rien Jamais je ne serai rien. Je ne puis vouloir être rien. Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.
Le gardeur de troupeaux qui est très différent du Livre de l'Intranquillité, tu peux le trouver en Poésie Gallimard à un prix plutôt abordable...
Il existe par ailleurs, en Rivages Poche, un "vagabondage textuel à travers l'oeuvre de Pessoa " à 6, 40 euros: Fragments d'un voyage immobile. Ces extraits sont précédés d'un essai d' Octavio Paz: Un inconnu de lui-même: Fernando Pessoa. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Mer 11 Avr 2007 - 17:30 | |
| Un poème qui n'est pas d'actualité aujourd'hui, il fait si beau, mais ce qui m'intéresse c'est la version trilingue. Grâce à Swallow, j'ai pu avoir la traduction espagnole d'Angel Crespo. Il pleutIl pleut. C'est le silence, puisque cette pluie-là Ne donne à entendre qu'une rumeur paisible. Il pleut. Le ciel sommeille. Et lorsque l'âme est veuve De tout ce qu'elle ignore, le sentiment s'aveugle. Il pleut. Mon être (qui je suis) je le renie... Si calme est la pluie qui s'échappe dans l'air (A peine semble-t-elle venir des nuages) Qu'elle semble ne pas être de la pluie Mais un murmure doux qui tout en murmurant S'oublie lui-même. Il pleut. Rien ne donne envie... Ne plane aucun vent, je ne pressens aucun ciel. Il pleut lointainement, imperceptiblement, Comme une chose vraie qui peut-être nous ment, Comme un grand désir mensonger. Il pleut. Rien en moi ne ressent... (Cancionneiro) Chove. Chove. Há silêncio, porque a mesma chuva Não faz ruído senão com sossego. Chove. O céu dorme. Quando a alma é viúva Do que não sabe, o sentimento é cego. Chove. Meu ser (quem sou) renego... Tão calma é a chuva que se solta no ar (Nem parece de nuvens) que parece Que não é chuva, mas um sussurrar Que de si mesmo, ao sussurrar, se esquece. Chove. Nada apetece... Não paira vento, não há céu que eu sinta. Chove longínqua e indistintamente, Como uma coisa certa que nos minta, Como um grande desejo que nos mente. Chove. Nada em mim. Llueve en silencioLlueve en silencio, que esta lluvia es muda y no hace ruido sino con sosiego. El cielo duerme. Cuando el alma es viuda de algo que ignora, el sentimiento es ciego. Llueve. De mí (de este que soy) reniego... Tan dulce es esta lluvia de escuchar (no parece de nubes) que parece que no es lluvia, mas sólo un susurrar que a sí mismo se olvida cuando crece. Llueve. Nada apetece... No pasa el viento, cielo no hay que sienta. Llueve lejana e indistintamente, como una cosa cierta que nos mienta, como un deseo grande que nos miente. Llueve. Nada en mí siente... (Versión de Ángel Crespo) _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | houbeb Espoir postal

Messages: 16 Inscription le: 19/03/2007 Age: 53 Localisation: Tunis
 | Sujet: Un thé avec Fernando Pessõa… Jeu 12 Avr 2007 - 14:56 | |
| Je voudrai remercier là Coline, car elle m’a ouvert la voie pour découvrir Fernando Pessoa. La rencontre s’est faite bel et bien chez moi, il fait partie d’une jolie collection dirigée par Régis Durand intitulée « Lieux de l’écrit », que j’ai dans ma bibliothèque. ( je n’ai pas tous les titres mais quelques uns que j’ai acheté d’ailleurs dans une solderie). Ces livres je cite « se propose de porter un nouveau regard sur l’espace des écrivains de notre temps. Qu’ils s’agissent de lieux réels ou imaginaires, c’est toute une manière d’habiter ou de penser le monde qui est ainsi abordée, par la mise en relation de deux approches différentes…d’une par un texte (ici celui de Philippe Bedaine) qui parfois prend le parti de l’analyse, parfois au contraire se rapproche plutôt d’une fiction, d’un acte d’imagination. D’autre part, un essai photographique, qui plutôt que de produire des documents, cherche à donner corps à un imaginaire, à l’investir de la part de réel que comporte toute photographie ( ici celles de Jean Philippe Reverdot). Le texte revisite les lieux cités par Pessoa, et l’auteur essaye de faire un bout de chemin avec le poète en adoptant la même, démarche,.Il ne s’agit pas du tout d’expliquer le poète mais de le pénétrer à travers ses écrits pour sentir cette verve, qui prend d’assaut le poète bien souvent malgré lui. C’est ce que j’ai compris …« Plus je posséderai l’existence totale de l’univers, Plus complet je serai dans l’espace tout entier, Plus je ressemblerai à Dieu quel qu’il soit… ».. C’est beau J’ai fais une recherche sur google et je suis sidérée par mon ignorance, je voudrais tant que vous m’accompagnez dans ma recherche sur ce poète atypique. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 12 Avr 2007 - 18:14 | |
| Les sites sur Pessoa ne manquent pas...Tu vas avoir de quoi te régaler... Ici, j'ai déjà donné quelques pistes des oeuvres de Pessoa qui me touchent... Pessoa a écrit sous des identités diverses, des oeuvres elles aussi très diverses...C'est Queenie, je crois, qui dit que Pessoa a écrit tellement de choses différentes qu'on peut ne pas tout apprécier. Elle a raison, je n'aime pas "tout Pessoa"...mais, et c'est peut-être le seul, c'est un poète auquel je reviens pratiquement chaque jour. _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 12 Avr 2007 - 18:26 | |
| Extraits de poèmes du "Cancioneiro": « Ô cloche de mon village, A chacun de tes coups Vibrant dans le ciel ouvert, Je sens le passé plus lointain, Je sens la nostalgie plus proche. » « Me voici à mon insu absorbé Au plus profond de moi, Flottant sur la mer morte De mon être le plus intime. Dans cette mouvante sensation d’eau Je sens tout le poids que je suis… Me voici dans le balancement Ou je berce ma vie douleur. » « Je contemple en moi un ciel tout entier Et ce n’est qu’un ciel haut et vide. » « Enorme est mon ennui, De tout mon être je suis vide et vain. » _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Jeu 12 Avr 2007 - 18:31 | |
| A mettre en parallèle ces deux textes:le premier dans Cancioneiro et le second dans Le gardeur de troupeaux. "Le son de l'horloge: Son âme est dehors. Lui seul est la nuit, La nuit qui s'ignore. Je ne sais quelle distance Vient, son après son, Retentir dans le tic Depuis le tac du ton. Mais la nuit j'entends Sa présence Sans pouvoir donner asile A mon être privé d'être. Il semble toujours Dire la même chose; Comme celui qui s'assoit Et point ne se repose." .................................... "Je m'éveille la nuit subitement et ma montre occupe la nuit tout entière. Je ne sens pas la Nature au-dehors. ma chambre est une chose obscure aux murs vaguement blancs... Au-dehors règne une paix comme si rien n'existait. Seule cette montre poursuit son petit bruit et cette petite chose à engrenages qui se trouve sur ma table étouffe toute l'existence de la terre et du ciel... Je me perds quasiment à penser ce que cela signifie, mais je m'arrête net, et dans la nuit je me sens sourire du coin des lèvres, parce que la seule chose que ma montre symbolise ou signifie en emplissant de sa petitesse la nuit énorme est la curieuse sensation d'emplir la nuit énorme avec sa petitesse ..." _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | houbeb Espoir postal

Messages: 16 Inscription le: 19/03/2007 Age: 53 Localisation: Tunis
 | Sujet: Pessoa...encore et encore Ven 13 Avr 2007 - 8:32 | |
| "Nombreux sont ceux qui vivent en nous ; Si je pense, si je ressens, j’ignore Qui est celui qui pense, qui ressent. Je suis seulement le lieu Où l’on pense, où l’on ressent. (…) À celui que je me connais : J’écris. " (idem) |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fernando Pessoa Ven 13 Avr 2007 - 14:19 | |
| | houbeb a écrit: | "Nombreux sont ceux qui vivent en nous " |
C'est une constante, une obsession presque dans l'oeuvre de Pessoa... Ses multiples facettes, il est allé jusqu'à les faire vivre et écrire sous de multiples hétéronymes...Il est bien là son génie...Si nombre d'auteurs écrivent sous un ou deux pseudos, lui c'est sous plusieurs dizaines (72 recensés )...
Ironie puisque son nom veut dire "Personne"....
"Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes...Il y a des gens d'espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre être, qui pensent et sentent différemment." (Livre de l'intranquillité)
"Je ne suis pas toujours le même dans mes paroles et dans mes écrits je change, mais ne change guère. La couleur des fleurs n'est pas la même au soleil que lorsqu'un nuage passe ou que la nuit descend et que les fleurs sont couleurs d'ombre.
Mais qui regarde bien voit bien que ce sont les mêmes fleurs. Aussi, lorsque j'ai l'air de ne pas être en accord avec moi-même, que l'on m'observe bien: si j'étais tourné vers la droite, je me suis maintenant tourné vers la gauche, mais je suis toujours moi, debout sur les mêmes pieds- le même toujours, grâces au ciel et à la terre, à mes yeux et à mes oreilles attentifs et à ma claire simplicité d'âme."
(Fernando Pessoa-Alberto Caeiro dans Le Gardeur de troupeaux)
"Loin de moi en moi j'existe A l'écart de celui que je suis, Ombre et mouvement en lesquels je consiste."
(Cancioneiro)
"Mais moi, toujours autre, toujours pénétrant L'être le plus intime de ma vie, Je descends en moi, loin, en quête de l'ombre."
(Cancioneiro)
"J'aurais aimé, réellement, Sentir avec une âme unique, Ne pas être à moi seul tant de gens. Pour eux tous, je ressens de la pitié.
Ne pas avoir de foyer, soit! Ne pas avoir De repos ni d'attaches, c'est bon! Mais moi, parce que je possède tant d'âmes, Je ne parviens même pas à posséder la mienne."
(Cancioneiro) _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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