Parfum de livres…parfum d’ailleurs

Littérature, perle de culture. Ce forum livre nos passions littéraires à vos regards – Lisez nos critiques littéraires de livres : romans, poèmes …et donnez les vôtres. Votre Forum Littérature ainsi que d’autres arts : cinéma, peinture, musique, c’est ici
AccueilPortailGalerieFAQRechercherS'enregistrerConnexion
 

Jacques Prévert

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
coline
Abeille bibliophile



Age : 57
Inscrit le : 01 Fév 2007
Messages : 14868
Localisation : Nord Auvergne

MessageSujet: Jacques Prévert   Mar 29 Jan 2008 - 16:12



Le thème du banc me ramène aujourd'hui à Jacques Prévert...

Le désespoir est assis sur un banc à écouter ici dit par Serge Reggiani

Dans un square sur un banc
Il y a un homme qui vous appelle quand on passe
Il a des binocles un vieux costume gris
Il fume un petit ninas il est assis
Et il vous appelle quand on passe
Ou simplement il vous fait signe
Il ne faut pas le regarder
Il ne faut pas l'écouter
Il faut passer
Faire comme si on ne le voyait pas
Comme si on ne l'entendait pas
Il faut passer et presser le pas
Si vous le regardez
Si vous l'écoutez
Il vous fait signe et rien personne
Ne peut vous empêcher d'aller vous asseoir près de lui
Alors il vous regarde et sourit
Et vous souffrez attrocement
Et l'homme continue de sourire
Et vous souriez du même sourire
Exactement
Plus vous souriez plus vous souffrez
Atrocement
Plus vous souffrez plus vous souriez
Irrémédiablement
Et vous restez là
Assis figé
Souriant sur le banc
Des enfants jouent tout près de vous
Des passants passent
Tranquillement
Des oiseaux s'envolent
Quittant un arbre
Pour un autre
Et vous restez là
Sur le banc
Et vous savez vous savez
Que jamais plus vous ne jouerez
Comme ces enfants
Vous savez que jamais plus vous ne passerez
Tranquillement
Comme ces passants
Que jamais plus vous ne vous envolerez
Quittant un arbre pour un autre
Comme ces oiseaux.


Jacques PRÉVERT, Paroles (1945)

_________________
« Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue)
Revenir en haut Aller en bas
Malorie
Main aguerrie



Age : 24
Inscrit le : 08 Sep 2007
Messages : 308
Localisation : Marseille

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Sam 9 Fév 2008 - 20:24

[u]Jacques Prévert est le premier poète que j'ai lu et le premier que j'ai aimée. Son recueil Paroles est un vrai petit bijou de poèsie, de sentiments, d'émotion et d'amour... aime J'adore.

Ci - dessous un petit poème que j'aime bien et qui me rappel mes journée à l'école primaire, un vrai plaisir :

Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu'il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menace du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur.
Revenir en haut Aller en bas
Malorie
Main aguerrie



Age : 24
Inscrit le : 08 Sep 2007
Messages : 308
Localisation : Marseille

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Sam 9 Fév 2008 - 20:27

Le jardin

Des milliers et des milliers d'années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d'éternité
Où tu m'as embrassé
Où je t'ai embrassée
Un matin dans la lumière de l'hiver
Au parc Montsouris à Paris
A Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.
Revenir en haut Aller en bas
Malorie
Main aguerrie



Age : 24
Inscrit le : 08 Sep 2007
Messages : 308
Localisation : Marseille

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Sam 9 Fév 2008 - 20:31


Biographie trouvée sur evene.fr :

D'un naturel rêveur et passionné, Jacques Prévert décide d'abandonner l'école à quatorze ans. Il incorpore la marine en 1917 et développe alors un goût très prononcé pour la littérature. Quelques années plus tard, la révolution surréaliste, et le non-conformisme absolu qu'elle défend le séduisent. Il fréquente alors Robert Desnos, Louis Aragon, Picasso et André Breton mais ne participe pas activement à ce mouvement. A partir de 1935, après une expérience théâtrale, il rédige avec son second frère Pierre les scénarios de films tels que 'Le Crime de monsieur Lange' pour Jean Renoir ou 'Quai des brumes' et 'Les Enfants du paradis' pour Marcel Carné. Ses dialogues sont époustouflants de naturel, de justesse et d'humour. Mais Jacques est aussi un chansonnier admirable. Il crée de magnifiques poèmes en prose mis en musique par son ami Joseph Kosma : qui pourrait oublier 'Les Feuilles mortes' ? En 1945, paraît le recueil de ses plus beaux textes, 'Paroles', et
toutes les lèvres, après la guerre, murmurent ou déclament les plus beaux textes de cet antimilitariste forcené. Un demi-siècle plus tard, cet ouvrage majeur de Jacques Prévert s'arrache toujours en librairie !

Pour plus d'infos : http://www.evene.fr/celebre/actualite/jacques-prevert-anniversaire-mort-30-ans-764.php
Revenir en haut Aller en bas
Steven
Sage de la littérature



Age : 36
Inscrit le : 26 Sep 2007
Messages : 1456
Localisation : Saint-Sever (Landes)

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Sam 9 Fév 2008 - 20:48

Jean-Paul Liégeois présente "GUIGNOL" sur un texte de Jacques Prévert
Citation:
LE CHIEN : Excusez-moi… de me mêler encore à la conversation… c’est l’instinct… oui… j’ai l’instinct de conversation… Eh bien ! pour ne rien vous cacher, une fois, j’ai pris un cachet… (Lyrique :)… et j’ai rêvé !

LE MONSIEUR, méprisant et agacé : … de gigot, bien entendu !

LE CHIEN : Non, j’avais un collier de fleurs… et je folâtrais dans les jardins suspendus.

LE CHAT : Et moi j’ai rêvé d’une jolie chatte… mais je ne vous en dirai pas plus.

LE PETIT GARÇON : Et moi, toujours je rêve que nous sommes très heureux.

Jacques Prévert




Ce texte était présenté par Liégeois dans l'émission Pollen d'hier soir


http://www.tv-radio.com/ondemand/france_inter/POLLEN/POLLEN200802082104.ram
_________________
Vie et rêves sont les feuilles d'un même livre
Arthur Schopenhauer
Revenir en haut Aller en bas
coline
Abeille bibliophile



Age : 57
Inscrit le : 01 Fév 2007
Messages : 14868
Localisation : Nord Auvergne

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Mar 1 Avr 2008 - 15:37

Le gardien de phare aime trop les oiseaux




Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.



Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux ils les aiment trop
Alors il dit tant pis je, m'en fous
Et il éteint tout ! ! !



Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles...
Un cargo chargé d'oiseaux...
Des milliers d'oiseaux des îles...
...Des milliers d'oiseaux noyés...!



Jacques Prévert
_________________
« Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue)
Revenir en haut Aller en bas
Cachemire
Agilité postale



Age : 42
Inscrit le : 12 Fév 2008
Messages : 606
Localisation : Francfort

MessageSujet: Re: Jacques Prévert   Mar 1 Avr 2008 - 19:07

J'aime retrouver Prévert de temps en temps. Relire Paroles bien sûr mais aussi Fatras.

De lui, le poème que je préfère est sans aucune hésitation Barbara. Poème de circonstances, puisqu'il évoque les bombardements survenus sur Brest pendant la guerre, c'est aussi un très beau poème d'amour.

Barabara

Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
É panouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Jacques Prévert, Paroles
_________________
La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas. Fernando Pessoa
Revenir en haut Aller en bas
la-lune-et-le-miroir
Envolée postale



Age : 41
Inscrit le : 24 Juil 2008
Messages : 150
Localisation : Dordogne

MessageSujet: Paroles . Jacques Prevert   Ven 12 Sep 2008 - 10:54

Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blémir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C'est le tien
C'est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelles
Et qui n'a pas changé
Aussi vraie qu'une plante
Aussi tremblante qu'un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l'été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi j'écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t'en va pas
Nous qui sommes aimés
Nous t'avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n'avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n'importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d'un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.
_________________
"Le Style et la Structure sont l'essence d'un livre. Les grandes idées ne sont que foutaises". Nabokov
Revenir en haut Aller en bas

Jacques Prévert

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres…parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Poésie (par auteur ou fils spécifiques)-