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Anne Posteur en quête

Age : 25 Inscrit le : 04 Jan 2008 Messages : 93
| Sujet: Guillaume Apollinaire Sam 5 Jan - 12:42 | |
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Je ne résiste pas à ouvrir un post sur l'un de mes poète préféré.
| Citation: | Guillaume Apollinaire, pseudonyme de Wilhelm Albert Vladimir Apollinaris de Wąż-Kostrowitcky né le 26 août 1880 à Rome, mort le 9 novembre 1918 à Paris, inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 86), est un des principaux poètes d'expression française des premières décennies du XXe siècle, auteur notamment du Pont Mirabeau. Il écrit également des nouvelles et des romans érotiques. Il pratique le calligramme (terme de son invention). Il est le chantre de toutes les avant-gardes artistiques, notamment le cubisme, poète et théoricien de l'Esprit nouveau, et précurseur du surréalisme dont il a forgé le nom. Il naît en 1880 à Rome d'une mère issue de la noblesse polonaise, Angelica Kostrowicka, et de père inconnu, peut-être un officier italien. Il arrive en 1887 à Monaco, puis poursuit des études aux lycées de Cannes et de Nice. En 1899, il passe l'été dans la petite bourgade wallonne de Stavelot, un séjour quitté à « la cloche de bois » : ne pouvant payer la note de l'hôtel Wilhelm et son demi-frère Albert doivent quitter la ville en secret et à l'aube. L'épisode wallon féconde durablement son imagination et sa création. Ainsi de cette époque date le souvenir des danses festives de cette contrée (« C'est la maclotte qui sautille ... »), dans Marie, celui des Hautes Fagnes, ainsi que l'emprunt au dialecte wallon.
En 1901 et 1902, il est précepteur dans une famille allemande. Il tombe amoureux de la gouvernante anglaise Annie Playden, qui ne cessera de l'éconduire. C'est la période « Rhénane » dont ses recueils portent la trace (La Lorelei, Schinderhannes). De retour à Paris en août 1902, il garde le contact avec Annie et se rend auprès d'elle à deux reprises. Mais en 1905, elle part pour l'Amérique. Le poète célébrera sa relation avec Annie et la douleur de la rupture dans de nombreux poèmes dont Annie et La Chanson du mal-aimé.
Entre 1902 et 1907, il travaille pour divers organismes boursiers et commence à publier contes et poèmes dans des revues. En 1907, il rencontre la peintre Marie Laurencin, avec laquelle il entretiendra une relation chaotique et orageuse. Il décide de vivre de sa plume. Il se lie d'amitié avec Picasso, Derain, Edmond-Marie Poullain , de Vlaminck et le douanier Rousseau, se fait un nom de poète, de journaliste, de conférencier et de critique d'art. En septembre 1911, accusé de complicité de vol parce qu'une de ses relations a dérobé des statuettes au Louvre, il est emprisonné durant une semaine à la prison de la Santé ; cette expérience le marquera. En 1913, il publie Alcools, somme de son travail poétique depuis 1898.
Peu avant de s'engager dans l'armée française en décembre 1914, il tombe amoureux de Louise de Coligny-Châtillon, rencontrée à Nice, qu'il surnomme « Lou ». Mais la jeune femme ne l'aimera jamais, ou du moins, pas comme il l'aurait voulu ; ils rompent en mars 1915 en se promettant de rester amis. Le 2 janvier 1915, il avait connaissance de Madeleine Pagès dans un train. Il part avec le 38e régiment d'artillerie de campagne pour le front de Champagne en avril 1915. Malgré les vicissitudes de la vie en guerre, il écrit dès qu'il le peut pour tenir et rester poète (Case d'Armons, et une abondante correspondance avec Lou, Madeleine et ses nombreux amis). Il se fiance à Madeleine en août 1915. Transféré sur sa demande au 96e régiment d'infanterie avec le grade de sous-lieutenant en novembre 1915, il est naturalisé français le 9 mars 1917. Il est blessé à la tête par un éclat d'obus le 17 mars 1916, alors qu'il lit le Mercure de France dans sa tranchée. Évacué sur Paris, il est trépané le 10 mai 1916. Après une longue convalescence, il se remet progressivement au travail, fait jouer sa pièce Les Mamelles de Tirésias (sous-titrée drame surréaliste) en juin 1917 et publie Calligrammes en 1918. Il épouse Jacqueline (la « jolie rousse » du poème) à qui l'on doit de nombreuses publications posthumes.
Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire meurt le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris alors que, dans les rues, les Parisiens célèbrent la fin de la guerre.
Son nom est cité sur les plaques commémoratives du Panthéon de Paris dans la liste des écrivains morts sous les drapeaux pendant la guerre 1914-1918.
(source Wikipédia) |
Le recueil de poèmes que je préfère est de loin Alcools. Il regroupe de nombreux poèmes dévoilant son talent. Sa principale source d'inspiration? Les femmes. Et il en a rencontré un certain nombre. Un vrai Don Juan. Et vous, qu'en pensez-vous? |
|  | | Portouverte Superviseur

Inscrit le : 31 Jan 2007 Messages : 1036
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 5 Jan - 13:55 | |
| Tu pourrais nous poster le poème préféré du recueil que tu cites et nous en dire un peu plus sur les raisons de ton choix, tes ressentis…
PS : un avatar, c’est plus sympa à voir pour les autres. _________________ Le réaliste gère le présent, l’utopiste crée l’avenir… |
|  | | Anne Posteur en quête

Age : 25 Inscrit le : 04 Jan 2008 Messages : 93
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 5 Jan - 14:30 | |
| Voci donc le poème Zone que j'aime justement parce qu'il est inclassable et très moderne. L'écriture d'Apollinaire me semble différente de tout ce qui a été écrit avant.
| Citation: | À la fin tu es las de ce monde ancien
Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin
Tu en as assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine Ici même les automobiles ont l'air d'être anciennes La religion seule est restée toute neuve la religion Est restée simple comme les hangars de Port-Aviation
Seul en Europe tu n'es pas antique ô Christianisme L'Européen le plus moderne c'est vous Pape Pie X Et toi que les fenêtres observent la honte te retient D'entrer dans une église et de t'y confesser ce matin Tu lis les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout haut Voilà la poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux Il y a les livraisons à vingt-cinq centimes pleines d'aventures policières Portraits des grands hommes et mille titres divers
J'ai vu ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom Neuve et propre du soleil elle était le clairon Les directeurs les ouvriers et les belles sténo-dactylographes Du lundi matin au samedi soir quatre fois par jour y passent Le matin par trois fois la sirène y gémit Une cloche rageuse y aboie vers midi Les inscriptions des enseignes et des murailles Les plaques les avis à la façon des perroquets criaillent J'aime la grâce de cette rue industrielle Située à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes
Voilà la jeune rue et tu n'es encore qu'un petit enfant Ta mère ne t'habille que de bleu et de blanc Tu es très pieux et avec le plus ancien de tes camarades René Dalize Vous n'aimez rien tant que les pompes de l'Église Il est neuf heures le gaz est baissé tout bleu vous sortez du dortoir en cachette Vous priez toute la nuit dans la chapelle du collège Tandis qu'éternelle et adorable profondeur améthyste Tourne à jamais la flamboyante gloire du Christ C'est le beau lys que tous nous cultivons C'est la torche aux cheveux roux que n'éteint pas le vent C'est le fils pâle et vermeil de la douloureuse mère C'est l'arbre toujours touffu de toutes les prières C'est la double potence de l'honneur et de l'éternité C'est l'étoile à six branches C'est Dieu qui meurt le vendredi et ressuscite le dimanche C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs Il détient le record du monde pour la hauteur
Pupille Christ de l'œil Vingtième pupille des siècles il sait y faire Et changé en oiseau ce siècle comme Jésus monte dans l'air Les diables dans les abîmes lèvent la tête pour le regarder lls disent qu'il imite Simon Mage en Judée Ils crient qu'il sait voler qu'on l'appelle voleur Les anges voltigent autour du joli voltigeur Icare Énoch Élie Apollonius de Thyane Flottent autour du premier aéroplane Ils s'écartent parfois pour laisser passer ceux que transporte la Sainte-Eucharistie Ces prêtres qui montent éternellement élevant l'hostie L'avion se pose enfin sans refermer les ailes Le ciel s'emplit alors de millions d'hirondelles À tire-d'aile viennent les corbeaux les faucons les hiboux D'Afrique arrivent les ibis les flamants les marabouts L'oiseau Roc célébré par les conteurs et les poètes Plane tenant dans les serres le crâne d'Adam la première tête L'aigle fond de l'horizon en poussant un grand cri Et d'Amérique vient le petit colibri De Chine sont venus les pihis longs et souples Qui n'ont qu'une seule aile et qui volent par couples Puis voici la colombe esprit immaculé Qu'escortent l’oiseau-lyre et le paon ocellé Le phénix ce bûcher qui soi-même s'engendre Un instant voile tout de son ardente cendre Les sirènes laissant les périlleux détroits Arrivent en chantant bellement toutes trois Et tous aigles phénix et pihis de la Chine Fraternisent avec la volante machine
Maintenant tu marches dans Paris tout seul parmi la foule Des troupeaux d'autobus mugissants près de toi roulent L'angoisse de l'amour te serre le gosier Comme si tu ne devais jamais plus être aimé Si tu vivais dans l'ancien temps tu entrerais dans un monastère Vous avez honte quand vous vous surprenez à dire une prière Tu te moques de toi et comme le feu de l'Enfer ton rire pétille Les étincelles de ton rire dorent le fond de ta vie C'est un tableau pendu dans un sombre musée Et quelquefois tu vas le regarder de près
Aujourd'hui tu marches dans Paris les femmes sont ensanglantées C'était et je voudrais ne pas m'en souvenir c'était au déclin de la be
Entourée de flammes ferventes Notre-Dame m'a regardé à Chartres Le sang de votre Sacré-Coeur m'a inondé à Montmartre Je suis malade d'ouïr les paroles bienheureuses L'amour dont je souffre est une maladie honteuse Et l'image qui te possède te fait survivre dans l'insomnie et dans l'angoisse C'est toujours près de toi cette image qui passe
Maintenant tu es au bord de la Méditerranée Sous les citronniers qui sont en fleur toute l'année Avec tes amis tu te promènes en barque L'un est Nissard il y a un Mentonasque et deux Turbiesques Nous regardons avec effroi les poulpes des profondeurs Et parmi les algues nagent les poissons images du Sauveur
Tu es dans le jardin d'une auberge aux environs de Prague Tu te sens tout heureux une rose est sur la table Et tu observes au lieu d'écrire ton conte en prose La cétoine qui dort dans le creux de la rose
Épouvanté tu te vois dessiné dans les agates de Saint-Vit Tu étais triste à mourir le jour où t'y vis Tu ressembles au Lazare affolé par le jour Les aiguilles de l'horloge du quartier juif vont à rebours Et tu recules aussi dans ta vie lentement En montant au Hradchin et le soir en écoutant Dans les tavernes chanter des chansons tchèques
Te voici à Marseille au milieu des pastèques
Te voici à Coblence à l'hôtel du Géant
Te voici à Rome assis sous un néflier du Japon
Te voici à Amsterdam avec une jeune fille que tu trouves belle et qui est laide Elle doit se marier avec un étudiant de Leyde On y loue des chambres en latin Cubicula locanda Je m'en souviens j'y ai passé trois jours et autant à Gouda
Tu es à Paris chez le juge d'instruction Comme un criminel on te met en état d'arrestation
Tu es fait de douloureux et de joyeux voyages Avant de t'apercevoir du mensonge et de l'âge Tu as souffert de l'amour à vingt et à trente ans J'ai vécu comme un fou et j'ai perdu mon temps Tu n'oses plus regarder tes mains et à tous moments je voudrais sangloter Sur toi sur celle que j'aime sur tout ce qui t'a épouvanté
Tu regardes les yeux pleins de larmes ces pauvres immigrants Ils croient en Dieu ils prient les femmes allaitent des enfants Ils emplissent de leur odeur le hall de la gare Saint-Lazare Ils ont foi dans leur étoile comme les rois-mages Ils espèrent gagner de l'argent dans l'Argentine Et revenir dans leur pays après avoir fait fortune Une famille transporte un édredon rouge comme vous transportez votre coeur Cet édredon et nos rêves sont aussi irréels Quelques-uns de ces immigrants restent ici et se logent Rue des Rosiers ou rue des Écouffes dans des bouges Je les ai vus souvent le soir ils prennent l'air dans la rue Et se déplacent rarement comme les pièces aux échecs Il y a surtout des Juifs leurs femmes portent perruque Elles restent assises exsangues au fond des boutiques
Tu es debout devant le zinc d’un bar crapuleux Tu prends un café à deux sous parmi les malheureux
Tu es la nuit dans un grand restaurant
Ces femmes ne sont pas méchantes elles ont des soucis cependant Toutes même la plus laide a fait souffrir son amant Elle est la fille d'un sergent de ville de Jersey
Ses mains que je n'avais pas vues sont dures et gercées
J'ai une pitié immense pour les coutures de son ventre
J'humilie maintenant à une pauvre fille au rire horrible me bouche
Tu es seul le matin va venir Les laitiers font tinter leurs bidons dans les rues La nuit s'éloigne ainsi qu'une belle Métive C'est Ferdine la fausse ou Léa l'attentive
Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vie Ta vie que tu bois comme une eau-de-vie
Tu marches vers Auteuil tu veux aller chez toi à pied Dormir parmi tes fétiches d'Océanie et de Guinée lls sont des Christs d'une autre forme et d'une autre croyance Ce sont les Christs inférieurs des obscures espérances
Adieu Adieu
Soleil cou coupé |
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|  | | mimi Sage de la littérature

Inscrit le : 19 Juil 2007 Messages : 1153 Localisation : Auvergne
| Sujet: le pont Mirabeau Sam 10 Mai - 9:36 | |
| Sous le pont Mirabeau coule la Seine Et nos amours Faut-il qu'il m'en souvienne La joie venait toujours après la peine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous Le pont de nos bras passe Des éternels regards l'onde si lasse Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure L'amour s'en va comme cette eau courante L'amour s'en va Comme la vie est lente Et comme l'Espérance est violente Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure Passent les jours et passent les semaines Ni temps passait Ni les amours reviennent Sous le pont Mirabeau coule la Seine Vienne la nuit sonne l'heure Les jours s'en vont je demeure
"Le Pont Mirabeau" Apollinaire, Alcools (1912) _________________ « Dans un univers de cyclistes, seuls les sophistes se graissent la patte, les autres freinent. » Le Concombre masqué. |
|  | | mimi Sage de la littérature

Inscrit le : 19 Juil 2007 Messages : 1153 Localisation : Auvergne
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 10 Mai - 9:40 | |
| Une interprétation du pont Mirabeau par Marc Lavoine. Je trouve que la musique, la chanson, les images, leur association aussi donne une autre dimension à la poésie. Je suis souvent surprise.
http://fr.youtube.com/watch?v=cg0PeKE75Rc _________________ « Dans un univers de cyclistes, seuls les sophistes se graissent la patte, les autres freinent. » Le Concombre masqué. |
|  | | mimi Sage de la littérature

Inscrit le : 19 Juil 2007 Messages : 1153 Localisation : Auvergne
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 10 Mai - 9:42 | |
| et par Serge Reggiani :
http://fr.youtube.com/watch?v=zg7eMk88BC4 _________________ « Dans un univers de cyclistes, seuls les sophistes se graissent la patte, les autres freinent. » Le Concombre masqué. |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 13116 Localisation : Nord Auvergne
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 10 Mai - 20:38 | |
| Poèmes à Lou
Septembre 1914: De nationalité étrangère, Apollinaire a été refusé dans l'armée. Alors qu'il discute dans un café populaire de Nice, Apollinaire est un jour attiré par une jeune femme brune assise non loin de lui. Subjugué par sa beauté, il en tombe éperdument amoureux et entreprend aussitôt de lui tenir compagnie. Celle-ci ne montre aucune résistance à la proximité du jeune homme. Et c'est ainsi qu'Apollinaire fait connaissance avec Louise de Coligny-Châtillon. Le soir même, il écrit son premier poème en l'honneur de " Lou " et dès le lendemain, il lui annonce sa flamme. Mais à son grand étonnement, elle ne montre aucune émotion. Il ne se décourage pas pour autant et se met en tête de la séduire par ses talents de poète. Et pendant deux mois, il lui écrit ainsi des dizaines de lettres enflammés.
Malheureusement, Lou se dérobe. Apollinaire comprend , désespéré, décide de fuir cet amour impossible et effectue de nouvelles démarches auprès des autorités militaires. Le 5 décembre, il est incorporé dans l'artillerie à Nîmes. Lou cède au charme de l'artilleur. Dès l'annonce de son engagement dans l'armée, elle se découvre une passion pour lui. Apollinaire. Ivre de bonheur, se met à écrire sans relâche, clamant partout son amour pour " Lou ". Poèmes à Lou.est un de ses ouvrages les plus célèbres
Je t'écris ô mon Lou de la hutte en roseaux Où palpitent d'amour et d'espoir neuf coeurs d'hommes Les canons font partir leurs obus en monômes Et j'écoute gémir la forêt sans oiseaux
Il était une fois en Bohême un poète Qui sanglotait d'amour puis chantait au soleil Il était autrefois la comtesse Alouette Qui sut si bien mentir qu'il en perdit la tête En perdit sa chanson en perdit le sommeil
Un jour elle lui dit Je t'aime ô mon poète Mais il ne la crut pas et sourit tristement Puis s'en fut en chantant Tire-lire Alouette Et se cachait au fond d'un petit bois charmant
Un soir en gazouillant son joli tire-lire La comtesse Alouette arriva dans le bois Je t'aime ô mon poète et je viens te le dire Je t'aime pour toujours Enfin je te revois Et prends-la pour toujours mon âme qui soupire
Ô cruelle Alouette au coeur dur de vautour Vous mentîtes encore au poète crédule J'écoute la forêt gémir au crépuscule La comtesse s'en fut et puis revint un jour Poète adore-moi moi j'aime un autre amour
Il était une fois un poète en Bohême Qui partit à la guerre on ne sait pas pourquoi Voulez-vous être aimé n'aimez pas croyez-moi Il mourut en disant Ma comtesse je t'aime Et j'écoute à travers le petit jour si froid Les obus s'envoler comme l'amour lui-même
Apollinaire, [i]Poèmes à Lou
IV - Je pense à toi
Je pense à toi mon Lou ton cœur est ma caserne Mes sens sont tes chevaux ton souvenir est ma luzerne
Le ciel est plein ce soir de sabres d'éperons Les canonniers s'en vont dans l'ombre lourds et prompts
Mais près de toi je vois sans cesse ton image Ta bouche est la blessure ardente du courage
Nos fanfares éclatent dans la nuit comme ta voix Quand je suis à cheval tu trottes près de moi
Nos 75 sont gracieux comme ton corps Et tes cheveux sont fauves comme le feu d'un obus qui éclate au nord
Je t'aime tes mains et mes souvenirs Font sonner à toute heure une heureuse fanfare Des soleils tour à tour se prennent à hennir Nous sommes les bat-flanc sur qui ruent les étoiles
XLIV - La nuit
La nuit S'achève Et Gui Poursuit Son rêve Où tout Est Lou On est en guerre Mais Gui N'y pense guère La nuit S'étoile et la paille se dore Il songe à Celle qu'il adore (Nuit du 27 avril 1915 )
Mon Lou je veux te reparler maintenant de l'Amour Il monte dans mon coeur comme le soleil sur le jour Et soleil il agite ses rayons comme des fouets Pour activer nos âmes et les lier Mon amour c'est seulement ton bonheur Et ton bonheur c'est seulement ma volonté Ton amour doit être passionné de douleur Ma volonté se confond avec ton désir et ta beauté Ah ! ah ! te revoilà devant moi toute nue Captive adorée toi la dernière venue Tes seins ont le goût pâle des kakis et des figues de barbarie Hanches fruits confits je les aime ma chérie
L'écume de la mer dont naquit la déesse Evoque celle-là qui naît de ma caresse Si tu marches Splendeur tes yeux ont le luisant D'un sabre au doux regard prêt à se teindre de sang Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie Et le mets savoureux de notre liturgie Si tu te courbes Ardeur comme une flamme au vent Des atteintes du feu jamais rien n'est décevant Je flambe dans ta flamme et suis de ton amour Le phénix qui se meurt et renaît chaque jour
Chaque jour Mon amour Va vers toi ma chérie Comme un tramway Il grince et crie Sur les rails où je vais La nuit m'envoie ses violettes Reçois-les car je te les jette Le soleil est mort doucement Comme est mort l'ancien roman De nos fausses amours passées Les violettes sont tressées Si d'or te couronnait le jour La nuit t'enguirlande à son tour.[/i] _________________ "Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière." (Audiard) |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 13116 Localisation : Nord Auvergne
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Sam 10 Mai - 22:51 | |
| Mais Guillaume Apollinaire est aussi l'auteur des "Onze mille verges"
clic
Pas lu...C'est...c'est...c'est...trop...Ca m'épuise d'avance... ( C'est vrai qu'ils ont de l'imagination les hommes! ) _________________ "Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière." (Audiard) |
|  | | Vénvvs Espoir postal

Inscrit le : 28 Mai 2008 Messages : 28
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Mer 28 Mai - 18:53 | |
| De guillaume apollinaire, j'ai mille fois adoré le poème "nuit rhénane":
| Citation: | « Mon verre est plein d'un vin trembleur comme une flamme Écoutez la chanson lente d'un batelier Qui raconte avoir vu sous la lune sept femmes Tordre leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds
Debout chantez plus haut en dansant une ronde Que je n'entende plus le chant du batelier Et mettez près de moi toutes les filles blondes Au regard immobile aux nattes repliées
Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent Tout l'or des nuits tombe en tremblant s'y refléter La voix chante toujours à en râle-mourir Ces fées aux cheveux verts qui incantent l'été
Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire »
Guillaume Apollinaire, Alcools |
C'est à cause de ce doux parfum de mysticisme, d'ésotérisme farfelu qui se dégage des vers, des images, des rimes et des ambiances que je suis amoureux de ce poème. L'auteur nous baigne dans sa nuit, sa nuit alcoolisée de vin, pleine d'érotisme et de sorcellerie (les sirène, le chiffre 7 alchimiquement important); il nous fait réellement voyager dans un paysage riche d'un mélange de volupté et d'angoisse... C'est ça qui m'est beau. _________________ Man: So say me, noble stranger, what brings you here this night? Death: I have come to release you from the bitter taste of life Man: Why me? Why now? it cannot be my time. Death: Everything that falls to the ground is mine! |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 13116 Localisation : Nord Auvergne
| Sujet: Re: Guillaume Apollinaire Mer 28 Mai - 19:28 | |
| Je suis contente que tu cites ce poème...Je suis heureuse de le retrouver, je l'avais oublié...  _________________ "Bienheureux les fêlés, ils laissent passer la lumière." (Audiard) |
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