Ici illustrations de Martine Mellinette

Jean Pierre Siméon cite cette phrase de René Char :
« Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égard ni patience ».Après
« Le bois de hêtres » - traduction de "Buchenwald" , après
« Un homme sans manteau », après
« Sans Frontières fixes » , cette année c’est avec
Ici que Jean Pierre Siméon met
« les pieds du poème dans le plat de l’existence » .SOMMEIL
Fermer les yeux
Peut-être
Pour voir sans voir
Pour que s’anime et prenne couleurs
Ce qui nulle part ne se montre
Ce qui jamais ne s’avoue
un ciel derrière un visage
un printemps sous la neige
dans la main qui tremble
un poème d’amour
dans la main qui frappe
une peur très ancienne
et sous le cri
la douceur aussi
un instant au moins
fermer les yeux
éteindre la lumière et le monde
pour voir sans voir
ce qui en toutes choses
nous demandeDe son regard plein d’humanité, de son cœur fraternel et avec ses mots de poète (simples , il s'agit de la collection "poèmes à grandir" de Cheyne) il dit « l’autre » : le malade, le vieillard, la victime des guerres, l’émigrant à Gibraltar, le mendiant, le clandestin…
Parce ce qu’il faut voir
« ce qui en toute chose nous demande. »Parce que «
nos yeux sont des oiseaux » qui doivent
« garder l’appétit du vent » afin de ne jamais céder à l’habitude
« cette cage invisible où meurt le regard ».
Et même si l’on sait
« qu’une main levée n’arrête pas le vent » !
Parce qu’il faut continuer
« à chérir l’impossible ».
Parce qu’ " A L'IMPOSSIBLE ON EST TENU"
je sais je sais
qu'une main levée
n'arrête pas le vent
et qu'on ne désarme pas
d'un sourire
l'homme de guerre
mais je continuerai à croire
à tout ce que j'ai aimé
à chérir l'impossible
buvant à la coupe du poème
une lumière sans preuves
car il faut très jeune
avoir choisi un songe
et s'y tenir
comme à sa fleur tient la tige
contre toute raison Les images de Martine Mellinette :
des silhouettes humaines, découpées dans du papier journal, et sur fond de papier journal ( des morceaux articles de presse en diverses langues).

LES TOUT-EN-PEUR
Les voyez-vous les apeurés
Qui ne vivent qu’à peu près
A petits pas
Dans le petit peu de l’existence ?
Ils ont peur du ciel du vent et des hommes
Ils ont peut de vous ils ont peur de nous
Ils ont peur d’eux-mêmes
Imaginez un flocon qui remonterait au ciel
Parce qu’il a peur de la neige
Imaginez un oiseau qui marcherait
De Brest à Strasbourg
Parce qu’il a peur des chasseurs
Ils sont les tout-en- peur
Ce que serait un arbre
Qui interdirait à ses branches de pousser
Pour ne pas donner prise
A la tempête
Un poteau de détresse
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)