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 Philippe Jaccottet

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coline
Parfum livresque


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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 9 Mai 2008 - 17:08

CE PEU DE BRUIT

Philippe Jaccottet a toujours fui le tapage médiatique, il est pourtant l'un des plus grands poètes de notre temps. Discret , il est le poète épris de dépouillement et... de silence.
« L'effacement soit ma façon de resplendir » écrivait-il déjà en 1950 dans L’ignorant.

Il a aujourd’hui 83 ans et vient de surmonter une dépression provoquée par les deuils successifs et rapprochés de plusieurs êtres chers (dont les écrivains André du Bouchet et Louis-René des Forêts)…et même de sa chatte «une petite âme en chaussons de fourrure, peu de chose, mais tout de même».
«Comment dire cela? On a touché à quelque chose de si froid que toute l'année en est atteinte, même au coeur de l'été».

Tous ces deuils l’ont précipité dans « le ravin »…Il n’écrivait plus…Il avait presque fait le deuil de lui-même :
« L'épaule qui grince comme un gond rouillé. Douleur même insignifiante encore qui pourrait s'aviver ; comme il en est qui annoncent que la mort a commencé de vous faire sentir sa poigne »

Il s’est accroché au fond du « ravin » à «Ce peu de bruits, qui parviennent encore jusqu'au coeur». Ce peu de bruits qui l'ont ramené à la vie.
La musique ((Bach, Schubert...)…
Les écrivains qui «le hantent merveilleusement» : Hölderlin, Rilke, Kafka, Handke, Keats, Kafka, Chateaubriand, Leopardi …
Ces quelques écrivains qui vous font honte d’écrire après eux” .

Il s’est aussi tourné (comme toujours) vers la nature, celle de la Drôme (il habite à Grignan). Elle a tenu en échec son désespoir. Il y a trouvé son réconfort. Dans la lumière, les couleurs et leurs nuances, le vent, les feuilles, le chant des oiseaux…dans « Cette sorte de sourire que sont parfois aussi les fleurs, au milieu des herbes graves. »…dans « Le don, inattendu, d'un arbre éclairé par le soleil bas de la fin de l'automne ; comme quand une bougie est allumée dans une chambre qui s'assombrit. »
Et puis, dit-il : « A partir de 2006, l'envie d'écrire est revenue, ma curiosité pour le monde, qui s'était émoussée, s'est un peu réveillée.»

Des notes, des poèmes, des citations, des références…Ce qu'il nous offre dans Ce peu de bruits, ce sont des «bribes ultimes sauvées dans un ultime effort du désastre, comme par quelqu'un qui, se sentant glisser sur une pente de plus en plus scabreuse, se raccroche aux dernières maigres plantes assez tenaces pour le retenir encore quelques instants au-dessus du précipice».

Chacune de ses « paroles tenant à la terre par leur tige invisible »
« Ce peu de bruits qui parviennent encore jusqu’au cœur, cœur de presque fantôme.
Ce peu de pas risqués encore vers le monde dont on dirait qu’il s’éloigne, quand c’est plutôt le cœur qui le fait, de mauvais gré.
Pas de plainte là-dessus toutefois, rien qui couvrirait les ultimes rumeurs ; pas une seule larme qui brouillerait la vue du ciel de plus en plus lointain.
Paroles mal maîtrisées, mal agencées, paroles répétitives, pour accompagner encore le voyageur comme une ombre de ruisseau. »


Philippe Jaccottet confie son désarroi face à la mort :
« Imagine quelqu'un d'enfermé dans une pièce hermétiquement close, sans issue possible, sans aucune porte ou fenêtre à fracturer, pire qu'une geôle dans un "quartier de haute sécurité" - et qui y découvrirait soudain, invisible jusqu'alors, un fauve, ou un ennemi sans pitié, ou rien qu'une ombre agressive, avançant lentement vers lui. Ce qui est radicalement sans issue, imparable, inéluctable. Tel est le combat, radicalement inégal, de l'agonie. Tel du moins il était, puisqu'on peut désormais nous l'épargner, ou en atténuer, artificiellement, les morsures. »

Son livre est crépusculaire mais Philippe Jaccottet tient à préciser qu’il «se termine tout de même sur des images d'enfance, de fraîcheur, de matinée»...

L'auteur de L'Effraie écrivait déjà dans Pensées sous les nuages:
«Des passants. On ne nous reverra pas sur ces routes, pas plus que nous n'avons revu nos morts»

Non, le nouveau livre de Philippe Jaccottet ne fera pas beaucoup de bruit.
« On ne fait pas de bruit
dans la chambre des morts »

Mais « peu de bruits » ce n’est pas le silence. Et la prose poétique de Philippe Jaccottet , dépouillée est précieuse …d’autant plus précieuse…

Dans Le Monde :
Jamais, en près de soixante années, la poésie de Philippe Jaccottet (né en Suisse en 1925) ne fut bruyante, impérative. Jamais elle ne chercha à parler plus haut que le simple chant d'un oiseau, à donner de la voix pour couvrir le silence d'un paysage. A l'envers de cela, dès le milieu des années 1950, cette constatation :
« Plus je vieillis et plus je croîs en ignorance
plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne.
»
( L'Ignorant- 1950)

A propos des écrivains qu’il cite dans Ce peu de bruit , Philippe Jaccottet dit:
«En citant ces textes, j'ai voulu rassembler des preuves, non, plutôt des ébauches de preuves, qui ne montrent pas que la vie a un sens, mais qui vont contre le fait qu'il n'y en aurait pas.»

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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
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coline
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 9 Mai 2008 - 17:11

Ce peu de bruits: (extraits)

« J’assiste avec une sorte de bonheur à l’envol rapide des feuilles détachées des branches par un vent du nord très violent qui fait scintiller celles qui restent encore aux arbres. Cela me rappelle quelque chose à propos des oracles de la Sibylle.
Au chant VI de l’Énéide, en effet, Virgile fait dire à Énée, venu consulter la Sibylle de Cumes : « Seulement, ne confie pas tes vers prophétiques à des feuilles qui peuvent s’envoler en désordre, jouets des vents rapides. »
Ainsi s’enrichit notre vision des choses de ce monde. Ces feuilles éparpillées, « jouets des vents rapides », n’avaient plus été rien que des feuilles ; elles portaient en elles, pour mon regard du moins, l’élan des essors d’oiseaux, leur apparence d’ébriété joyeuse, dans un mouvement d’aventure et de conquête bien plus que de fuite et, surtout, de chute. Ce rapprochement suffisait à expliquer « cette sorte de bonheur » que j’avais éprouvé, instinctivement, sans chercher plus loin.
Plus tard seulement, le vague souvenir des vers de Virgile viendrait charger ce bref instant d’automne d’un sens plus lourd ; au-delà du monde visible dont font partie les feuilles et les oiseaux, le regard découvrirait en quoi les paroles peuvent leur ressembler, celles de la poésie et celles qu’un dieu arrachait aux lèvres d’une femme élue par lui pour éclairer les consultants sur l’avenir ; paroles comme les feuilles nourries par une sève montant de l’obscur puis livrées au vent, paroles comme les oiseaux lancées en avant d’elles-mêmes, vers l’inconnu qu’elles prétendaient mesurer. »


.................................................................
« Jour de janvier, ouvre un peu plus grands les yeux,
fais durer ton regard encore un peu
et que le rose colore tes joues
ainsi qu’à l’amoureuse.

Ouvre ta porte un peu plus grande, jour,
afin que nous puissions au moins rêver que nous passons.

Jour, prends pitié. »

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kenavo
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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Jeu 18 Déc 2008 - 16:19

Philippe Jaccottet au fil des jours

Thierry Clermont
18/12/2008


Alors que son œuvre devrait bientôt entrer dans la « Pléiade », le poète, réputé pour sa discrétion, a accepté d'ouvrir les portes de sa maison.

Il parlelentement, avec une courtoisie qu'on avait crue disparue, souligne ici ou là un mot, une expression en élevant la main, brusquement. On pense à un claquement d'aile. La voix est gravement douce. C'est Philippe Jaccottet. Chez lui, à Grignan, village de la Drôme provençale, entre les derniers coteaux du Tricastin et la route qui mène vers le sud. Le salon de la haute maison de pierre donne sur un jardin éclairé par le soleil bas de novembre : un cyprès fluet, un figuier noir et griffu, des massifs de fleurs, l'ombre d'un kaki. Au loin, la silhouette du mont Ventoux. Aux murs, de nombreuses aquarelles et gouaches, toutes chatoyantes, quelques fusains, œuvres d'amis ou de son épouse Anne-Marie, des photos où se lit un bonheur d'antan…

C'est au début des années 1950 que le couple s'installe à Grignan, fief de la fille de Madame de Sévigné, un peu par hasard : « Cette découverte a été une véritable révélation. Le lieu correspondait à ce que je cherchais : être isolé du monde littéraire parisien et trouver le calme indispensable à l'écriture. Je voulais rompre avec des élans trop lyriques et mener une vie où la poésie ait sa vraie place. Enfin, je pouvais m'étonner d'être ému par si peu de choses, les choses de la nature. Voilà mon véritable temps : celui de la naïveté retrouvée. » Poète coûte que coûte.

Philippe Jaccottet vient de Suisse, de Moudon où il est né en 1925. Âgé d'une vingtaine d'années, il rejoint Paris, puis il se lie d'amitié avec Francis Ponge, André du Bouchet, Pierre Leyris, Gustave Roud, Giuseppe Ungaretti qu'il traduira avec persévérance et passion. Aujourd'hui, il est le poète de langue française le plus connu et reconnu, avec son contemporain Yves Bonnefoy. Une œuvre riche d'une trentaine de recueils aux titres souvent brefs : Requiem, L'Ignorant, Airs, Semaison… Sans oublier son travail de traducteur (« mon gagne-pain d'alors »), qui nous a fait découvrir ou redécouvrir Musil, Rilke, Hölderlin… Et cette magnifique Odyssée d'Homère, dont la traduction fait toujours autorité. Sa notoriété a gagné les écoles, l'université et le programme d'agrégation ; on ne compte plus les études et les exégèses sur son œuvre, avec parfois les excès propres aux zélateurs. Récemment, dans un pavé de 400 pages, un chercheur s'est même obstiné à soumettre Jaccottet à la lumière du mysticisme…

Choc émotionnel

Le couvercle d'un clavecin vert pomme accueille les derniers livres offerts ou acquis, ceux qui lui sont consacrés, entre des CD de Webern auquel il voue une « admiration pleine d'émotions » et un enregistrement de lieder de Schubert. Faiblesse des doigts oblige, il n'en joue plus et ne peut plus accompagner sa femme, qui désormais interprète seule Bach sur son piano droit. Un plaisir que le grand âge lui a volé.

Il est difficile de définir l'écriture de Jaccottet, à la fois concise et immédiate. « Dans ma poésie, il y a peu de place pour la réflexion. Elle est constituée d'émotions mêlées de doutes. D'aucuns ont insisté sur la récurrence de ­certains motifs (fleurs, chants d'oiseaux, lumière, neige…). Soit. Mais pour parler simplement : je fais ce que je peux. Au départ, il y a toujours un choc émotionnel qui suscite une réaction poétique. Le poème constitue le retour élargi, amplifié sur cette émotion. Le langage poétique me permet d'approcher la réalité. En fait, ma poésie est inqualifiable. » Voilà pour le secret de fabrique.

Lentement, l'entretien devient plus animé, presque chaleureux. Quel est donc le quotidien du poète ? Comment s'écoulent les jours, la répétition des heures ? À 83 ans, il a conservé une belle élégance svelte. Dès la poignée de main, on a senti sa verve discrète mais intacte. « Je fais tout pour garder mes capacités d'éveil, mes réflexes intellectuels, mais pour combien de temps encore ?… »

Des journées simples, ponctuées par la lecture de la presse, les informations à la radio, quelques prises de notes, le suivi scrupuleux de la traduction de ses œuvres en italien ou en allemand, le « téléphonage » des amis, le soin du jardin ; et puis l'espacement des promenades, jadis du côté du val des Nymphes ou le long de la Chalerne, l'achat de livres (Grignan compte trois librairies pour 1 200 citoyens, ce qui fait un beau coefficient). Plus rarement, les Jaccottet s'assoient devant le téléviseur, et pour cause : « Les programmes sont consternants de bêtise ! Tous les ministres de la Culture devraient avoir honte de ce qu'ils ont fait depuis vingt-cinq ans. »

Une modestie viscérale

Au fil du temps, l'acte d'écriture s'est raréfié, et le désenchantement guette. L'heure est à « la montée des souvenirs, au poids des rêves ; avec ce grand âge qui est l'âge de la perte des enthousiasmes. Désormais je me sens proche des ombres. »

Il ne parlera pas de son entrée prévue dans la « Pléiade » ; sa viscérale modestie le lui interdit. L'édition sera assurée par des amis sûrs, des intimes. Un poète italien signera la préface. On n'est jamais mieux entouré que par ses proches. Loin de l'agitation parisienne, avec, pour horizon, l'imposant Ventoux.


source: ICI

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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Ven 19 Déc 2008 - 0:43

Ah!...Philippe Jaccottet a une actualité!...Et c'est l'entrée dans La Pléiade!...

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MessageSujet: Re: Philippe Jaccottet   Sam 19 Sep 2009 - 19:48

ce que je peux affimer c'est que sa traduction de Musil est extraordinaire. oui, on lit et on se souvient que c'est une traduction, bizarrement, le genre de retour à la réalité qui fait regarder le nom du traducteur... et trouver un fil sur son forum préféré cat

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