La méridienne du griot blanc
Les chemins ont donc aussi une âme, et ils ont une voix. Une voix très ténue qui se lève parfois et se met à chanter, au bord extrême du silence. Elle chante, la voix des chemins, les amours, les chagrins et les joies de tous ceux qui les ont traversés et dont ils gardent la mémoire. Leur mémoire est fidèle, profonde comme les siècles.
Immensités de Sylvie GermainDimanche 31 mai 2009, je pars à pied, sur les chemins d’une Méridienne imaginaire qui va de Saint-Malo à Bamako, pour aller lire à voix haute, tout au long des 5000 kilomètres qui séparent les deux villes, romans, poèmes et nouvelles, d’auteurs de littérature française et étrangère.
La Méridienne du griot blanc, pourquoi ? Maternité de Bamako. Capitale du Mali. Terre d’Afrique. J’invente, ici, ma toute première lecture. Des visages noirs, des visages blancs, autour d’une femme. Ma mère. Toute pâle de ses récents efforts. Mais, caramel au bout des seins pour exciter ma convoitise de la rondeur du monde. Sur ce, mon père arrive, couvert de latérite après mille kilomètres de piste qu’il vient de parcourir pour faire ma connaissance. Il aimait dire avoir reçu le télégramme deux heures après qu’il eut appris ma venue au monde par le tam-tam. Manière de dire que j’ai le cœur côté tambour.
Même aujourd’hui, qu’ils ne sont plus et qu’ils reposent ensemble non loin de Saint-Malo, je m’épanouis encore de leurs paroles quand j’écoutais leur vie passée en terre d’Afrique. Une mémoire qui m’a donné le goût de lire, romans, essais, récits, poèmes et pièces de théâtre que l’on écrit dans cette partie du monde. Un métissage en quelque sorte, pour que le papier parle à l’ombre tutélaire des baobabs et des caïlcédrats.
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Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion.
Saint Augustin