Va, vis, deviens Un film français de
Radu Mihaileanu ( réalisateur juif roumain qui a fait ses études de cinéma en France)
-avec Yaël Abecassis, Roschdy Zem, Moshe Agazai, Mosche Abele,Sirak M. Sabahat….
Présenté au Festival de Berlin dans le cadre du Panorama, «
Va,
vis et
deviens » a décroché les deux principales récompenses de cette section : le prix du jury et le prix du public.
«
Va,
vis et
deviens » commence comme un film historique:
Ethiopie en 1984/85 – après une famine catastrophique, des milliers de Juifs éthiopiens meurent ou fuient. L’occident chante « we are the world »Et pour sauver ce peuple des « Falashas », qui se trouvent dans un camp de réfugiés au Soudan, Israël décide de mener à bien une opération de sauvetage unique en son genre sous la direction du Mossad et avec l’aide des Etats-Unis. Presque 8 000 personnes, dont de nombreux orphelins hagards et squelettiques ont l'opportunité d'échapper à la famine et se retrouvent ainsi en Terre Sainte.
Dans le film, lors de cette opération baptisée « l’Opération Moïse » (un pont aérien), une mère chrétienne pousse son fils de neuf ans à se déclarer juif pour le sauver de la famine et de la mort. Elle lui ordonne de fuir, lui dit de partir, de vivre et de devenir. L’enfant ne comprends pas, il se sent rejeté par sa mère
Une jeune mère juive lui prend la main et le fait passer pour son fils, lui donnant le nom juif de Schlomo. Arrivée en Israêl, la jeune femme meurt d'épuisement et Schlomo est adopté par un couple israélien d’origine française (Yael Abecassis et Roschdy Zem)
Dès les premiers moments Schlomo
va être obligé de mentir, pris entre sa nostalgie de l'Ethiopie et de sa mère, et son désir de s'intégrer dans cette nouvelle vie. Il grandit avec la peur que l'on découvre son double-secret et mensonge : ni juif, ni orphelin, seulement noir. Il découvrira l'amour, la culture occidentale, la judaïté mais également le racisme et la guerre dans les territoires occupés. Vivant avec l'obsession de retrouver sa mère, restée dans le camp de réfugiés, il découvre deux maux de son nouveau pays : les faucons qui souhaitent la guerre contre les Palestiniens et les racistes qui font régner une sorte d'apartheid au sein de la société israélienne. L'intégration des Falachas en Israël n'a jamais été réellement digérée. Ils sont considérés par une partie de la population, hostile au métissage, comme des juifs atypiques, pas casher.
Sirak M. Sabahat qui joue le rôle de Shlomo adulte, a lui-même vécu les événements retracés dans le film : né en Ethiopie en 1981, il quitte son pays natal à 10 ans, avec ses parents et ses trois frères cadets, pour rejoindre Israël. Après une longue marche vers la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, où il reste pendant 5 mois, il embarque avec sa famille dans un avion militaire dans le cadre de "l'opération Salomon". Arrivé en Israël, l'adaptation est difficile pour le jeune homme, seul Noir de son école. Après son service militaire, il décide de se lancer dans la comédie.
Ce film aurait pu s'appeler « L'Enfant des mères ». Schlomo a la chance de tomber sur quatre mères exceptionnelles : la sienne, capable de dire " ce n'est pas mon fils ", pour le sauver ; la deuxième, Juive éthiopienne, qui retrouve une raison de vivre en recueillant Schlomo et en l'arrachant à la mort ; la troisième, la mère adoptive issue d'une autre culture, qui accepte de faire un pas vers Schlomo ; enfin, Sarah, l'amoureuse, qui en devenant mère à son tour finit par comprendre Schlomo et le renvoie vers sa mère originelle."
La musique, superbe, reflète le mélange des cultures prôné par le film : elle mêle en effet orchestre classique, violoncelle et doudouk, un instrument traditionnel arménien (une sorte de flûte).
Mihaileanu soulève les questions d'identité, d'intégration, de racisme, d'amour filial, de judaïté, d’adoption, de déracinement, de cultures, le conflit israélo-palestinien,amour...
Ce grand et long film les aborde avec simplicité, humanité et humour.
Yaël Abecassis, la mère adoptive, est magnifique et sauvagement maternelle.
Ce film est riche de messages de paix et d'espoir, sans aucune idéologie sous-jacente. Il est d’une beauté sans pareil et les dialogues sont faits d’amour et de paix.
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)