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 Roman Polanski

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MessageSujet: Roman Polanski   Ven 23 Mai 2008 - 23:27

Roman Polanski

Autant le dire d'emblée : Polanski est un cinéaste dont j'apprécie surtout les films des années 60 et 70, période pendant laquelle il m'a semblé le plus inventif.
Depuis une vingtaine d'années, en revanche, chacune de ses nouvelles oeuvres me décoît - excepté à la rigueur Le pianiste.
Alors qu'au début de sa carrière, il se faisait remarquer par des films singuliers, souvent dérangeants et d'un humour noir bien particulier (Le couteau dans l'eau, Répulsion, Cul-de-sac, Le locataire...) et particulièrement soignés (Le bal des vampires, Chinatown), la suite de sa filmographie est devenue plus conventionnelle (Frantic, Pirates) et parfois d'une provocation moins inspirée et plus gratuite (Lune de fiel), quand il ne tombe pas dans le grotesque (La neuvième porte, film "diabolique" qui supporte mal la comparaison avec l'excellent Rosemary's baby).
A l'instar d'un Brian de Palma ou d'un Ridley Scott, Polanski a-t-il désormais le meilleur de son oeuvre derrière lui ? Si ses qualités de technicien sont indubitables, ses récents film n'ont plus rien d'emballant pour moi (preuve encore avec le très classique Oliver Twist, que je n'ai même pas regardé jusqu'au bout).

Mais comme il ne s'agit pas d'ouvrir un fil pour démolir un réalisateur, je préfère me concentrer ici sur les films que j'ai vraiment aimés.


Répulsion (1965)
Le film de Polanski qui m'a le plus marqué et un des meilleurs sur le thème de la psychose. Très psychanalytique, il montre une jeune femme (Catherine Deneuve) que le refoulement sexuel et la peur des hommes - ou de sa propre sexualité - fait sombrer dans la folie et le meurtre.
Polanski disait à propos de ce film qu'il était "le paysage d'un cerveau" et le réalisateur a effectivement très bien su rendre par l'image (et le son) la déliquescence mentale de son héroïne.
Certaines scènes restent mémorables (une Deneuve solitaire marchant dans les rues de Londres comme un automate, la vision écoeurante du cadavre d'un lapin que la jeune femme trimable dans son sac à main, les hallucinations dont elle est victime dans sa chambre - avec en apothéose la scène des bras sortant des murs d'un couloir pour la saisir). La progression dramatique est savamment dosée et le film évite le grand-guignol.


Cul-de-sac (1965)
Je n'ai vu ce film qu'une seule fois, il y a longtemps. Je garde malgré tout en mémoire une oeuvre "polanskienne" telle que j'aurais aimé en voir plus souvent : décalée, d'un humour absurde proche des pièces de Beckett, qui décrit la confrontation entre un gangster et un couple de bourgeois dont le quotidien sans histoire va être malmené par cet inconnu brutal et révéler leur zones d'ombre. Polanski le considère lui-même comme son meilleur film.


Le bal des vampires (1966)
Une comédie burlesque, une parodie de Dracula mais aussi (et surtout) un bon film de vampires tout court. Avec ses décors et ses costumes soignés et son image en Technicolor, le film n'a rien à envier aux meilleures productions de la Hammer de la grande époque.
Le film est amusant, bien qu'il inspire davantage le sourire que le franc éclat de rire - le réalisateur polonais ne pratiquant pas vraiment l'humour gras. On serait plutôt ici du côté du film muet (la plupart des scènes comiques ne sont pas dialoguées). On y trouve aussi une certaine poésie.
A noter que le film fut massacré dans sa version américaine, où les producteurs crurent bon de l'amputer de plusieurs scènes, d'y ajouter un dessin animé en guise de prologue et de lui donner un titre abracadabrant : "The fearless vampire killers or pardon me, but your teeth are in my neck" (Les intrépides chasseurs de vampires ou excusez-moi mais vos dents sont dans mon cou)
Polanski fit enlever son nom du générique de la version US. Comme dirait un célèbre gaulois : "Ils sont fous ces Américains !"


Rosemary's baby (1967)
Un classique du cinéma fantastique, qui reste encore diablement efficace trente ans après sa sortie. Son principal mérite : partir d'une idée invraisemblable de série B qui avait toutes les chances de tomber dans le ridicule (une femme engrossée par le démon !) et parvenir malgré tout à être réellement effrayant, là aussi par une progression lente, millimétrée, un dosage subtil des événements qui évite toute surenchère, pour aboutir à une scène finale qui est restée dans toutes les mémoires.
Le film est une bonne illustration de la définition qu'à Polanski du fantastique : "Le fantastique, c'est le réel regardé d'un peu plus près". Comme je l'ai déjà mentionné, le réalisateur n'a pas été aussi inspiré avec La neuvième porte.


Chinatown (1974)
Encore un film à la réalisation très soignée, reprenant l'ambiance des vieux polars et avec un Nicholson impérial. Seul défaut du film, selon moi : un scénario plutôt embrouillé. La preuve : j'ai beau l'avoir vu plusieurs fois, je ne me rappelle jamais de l'histoire.


La jeune fille et la mort (1995)
D'accord, ce n'est pas le meilleur Polanski et on sent bien que le film est tiré d'une pièce de théâtre mais, comparé à ces autres films contemporains, je le trouve assez fascinant dans sa manière d'aborder le rapport bourreau / victime dont les rôles peuvent être interchangeables (un thème qui me plaît, d'où mon intérêt pour les livres de Durenmatt).
Et puis, l'interprétation de Ben Kingsley vaut à elle seule le détour. Son personnage est pour moi emblématique des régimes totalitaires. Il montre bien comment un tel système encourage des hommes plutôt minables à profiter du pouvoir qui leur est octroyé et assouvir leurs fantasmes pervers. Glacant.


Le pianiste (2002)
Un bon film où Polanski en profite pour revenir sur son passé (il a connu, enfant, la vie dans le ghetto de Cracovie). La barbarie nazie, les rapports de classe, le rôle de l'art dans un monde en train de s'écrouler.
Le réalisateur, comme à son habitude, évite tout pathos exagéré pour simplement montrer les faits. Le film m'a malgré tout laissé une impression de déjà-vu (La liste de Schindler était sorti avant).

Voilà. Pour le reste, hé bien, c'est à vous de voir... attentif
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Marie
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MessageSujet: Re: Roman Polanski   Sam 24 Mai 2008 - 7:22

Citation:
preuve encore avec le très classique Oliver Twist, que je n'ai même pas regardé jusqu'au bout).

Ah oui? Moi si... Polanski avait dit l'avoir fait pour ses enfants.. Même si bien sûr le roman de Dickens restera dans ma mémoire toujours bien supérieur ( mais les émotions éprouvées enfant sont sans comparaison, c'est normal ), j'ai trouvé que l'adaptation n'était pas mauvaise.
Je rajouterais ( je crois que Polanski est un des rares metteurs en scène dont j'ai vu tous les films) Tess ,adapté de Thomas Hardy, un peu long, mais j'ai aimé .
Tiens, ça me donne des idées pour les jeux, ça. Lune de fiel de Bruckner, Ira Levin pour Rosemary's Baby.. Cool
Et puis, quel parcours...
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Sieglinde
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MessageSujet: Re: Roman Polanski   Sam 24 Mai 2008 - 20:02

Citation:
Et puis, l'interprétation de Ben Kingsley vaut à elle seule le détour. Son personnage est pour moi emblématique des régimes totalitaires. Il montre bien comment un tel système encourage des hommes plutôt minables à profiter du pouvoir qui leur est octroyé et assouvir leurs fantasmes pervers. Glacant.


Hou que tu me donnes envie de de voir ce film !! Et pas seulement celui-là d'ailleurs. Malheureusement, je crois n'en avoir vu en tout et pour tout que deux (j'ai honte) mais j'espère bien me rattraper dès que l'occasion se présentera!

J'ai trouvé Le pianiste très bon, bien qu'un peu classique. Ce mot ne veut pas dire grand chose c'est vrai. Ca sent surtout le snobisme des critiques cinématographiques d'aujourd'hui qui ne supportent que les visions "neuves" et déconstruites et qui vivent dans la hantise du "déjà vu", du sobre et du lent. Mais le fait est que voilà, le thème est bon, les acteurs sont bons, tout est magnifique et très émouvant, mais il manque un je ne sais quoi qui fait que ce film ne marque pas vraiment. On passe dessus sans trop y repenser par la suite. Vraiment dommage.

Et sinon j'ai aussi vu Macbeth l'année dernière. J'ai beaucoup aimé les choix esthétiques du réalisateur pour celui-là. Une ambiance délicieusement sombre et pesante. Tout a fait dans la veine shakespearienne à mon avis.
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