Le Regard d'Ulysse
-Un matin d’hiver 1954, la ouate bleutée de quatre voiles se fonde sur la plus primitive et la plus pure de nos frontières (celle qu’il y aurait entre les bleus du ciel et ceux de la mer Egée).
Yannakis Manakis rend son dernier souffle, caméra au poing.
Le vieux cinéaste avait décidé de filmer la sortie d’un navire du port de Salonique.
Une fin de vie aussi douce que le glissement tranquille du voilier qui s’engage alors sous l’angle d’une autre caméra, d'un autre regard...
Manakis tombe lentement en arrière sur le siège qui le retient et c’est de manière onirique, sur le même rivage, (avec le témoignage d’un passeur) qu’A -cinéaste grec exilé aux Etats-Unis depuis 35 ans, prend le relais tragique d’un itinéraire patrimonial, dans une chronologie inversée, sans jamais quitter cependant l'achèvement de notre siècle et de nos nouvelles guerres.
1994.
Ce serait donc la traversée du 20ème siècle, à rebours.
Ce serait l’errance de l’homme qui prend prétexte au voyage pour se rendre en final à la recherche de lui-même tandis qu’à Sarajevo, déjà, les gens et la cinémathèque sont entamés par les flammes.