un avis qui peut remonter le moral d'armor-argoat
iciJ'ai avancé dans ma lecture de
Salammbô (malgré la chanson de Oui-Oui qui trotte dans la tête!): j'ai terminé le chapitre consacré à Hannon, stratège envoyé au combat à la place d'Hamilcar, toujours absent. Un chef de guerre imposant, colossal mais a priori sans la prestance d'Hamilcar.
L'affrontement entre les Barbares et les troupes carthaginoises est impressionnant, surtout le combat des éléphants, tout auréolés de richesses avec leurs cornacs chamarrés (très pratique pour guerroyer, n'est-ce pas

). La puissance de Carthage apparaît comme essoufflée malgré son chatoyant étudié pour impressionner Barbares et autres peuplades jugées primitives par les carthaginois. La déconfiture est totale en raison de la trop grande confiance en soi d'Hannon qui ne va pas jusqu'au bout des points gagnés au cours de la bataille. Il préfère sous-estimer son adversaire, barbare donc plus inculte et fétu de paille, et parader devant les habitants de la ville assiégée. être imbu de lui-même ne va guère lui porter chance et je n'ai pu m'empêcher de trouver que c'était bien fait pour lui (dommage pour les soldats et les éléphants sacrifiés ou horriblements blessés). Le retournement de situation est magnifiquement mené par les mercenaires et barbares et le retour à Carthage bien piteux.
C'est alors qu'arrive celui dont on parlait beaucoup depuis le début du roman: Hamilcar. Ce dernier inspecte sa maisonnée pour la retrouver sans dessus-dessous et bien mal en point (la découverte de ses éléphants estropiés est saisissante). Salammbô semble provoquer l'ire de son père: ses ennemis susurrent qu'elle aurait cédé aux barbares.
La description d'Hamilcar tranche avec celle d'Hannon: autant le premier est majestueux, auréolé d'un respect et d'une crainte immenses, autant le second apparaît comme un petit homme. Hamilcar constate avec un malin plaisir que ses ennemis ont besoin de lui. Ira-t-il sauver la République?
La scène de la réunion des Anciens est très impressionnante: rituels, secrets, décors, paroles sont les ingrédients magiques d'une civilisation que le monde admire tout en la détestant au plus haut point. L'élitisme et l'ostracisme carthaginois en sont la quintessence et deviennent la faiblesse de la ville.
Hamilcar est l'homme de la situation, celui qui apportera à coup sûr la victoire. Hamilcar, homme providentiel.
Salammbô est en retrait, elle n'est qu'une fille et succintement son statut précaire apparaît lors de l'évocation de la prunelle des yeux d'Hamilcar, son fils qu'il cache loin de Carthage.
J'allais oublier la fureur d'Hamilcar qui n'hésite pas à châtier sur le champ les esclaves fautifs et les contre-maîtres peu scrupuleux. La terreur du pouvoir sur les faibles, la force d'un chef sur ses subordonnés et sa maisonnée. Les châtiments sont exemplaires et sanglants: on marche encore et toujours dans "les tripes", dans le sang, dans la douleur et les cris. Une violence qui colle à Carthage et au monde dans lequel elle évolue, une violence ordinaire qui nous paraît difficile à admettre.
_________________
Hochant la tête/il se lèche/le chat sous la lune (Issa)