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 Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu

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pia
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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Dim 15 Déc 2013 - 7:42

D’ailleurs je vais passer sur la LC de Rabelais (si vous en faites une). Je vous lirai !

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colimasson
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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Dim 15 Déc 2013 - 9:49

Un petit commentaire pour le suivant...

Ubu Cocu (1897)




Pourquoi rendre Ubu Cocu ? Après l'avoir rendu Roi, terrassant sans vergogne la famille royale de Pologne, ses nobles et ses moins nobles, sa comptabilité et sa phynance, Ubu, imbu de lui-même, s'aveuglait de sa propre gloire. Un roi rendu cocu, ce n'est pas seulement une histoire d'adultère qui finit mal; c'est aussi l'égocentrisme d'un homme-gidouille incapable de voir ce qui se passe au-delà de sa sphère, plus noblement assimilée au "tonneau" qui radie du "corps hyperphysique". Ubu, déjà cocu, continue de se complaire dans la duplicité de sa personne : "Nous, son isomorphe, sommes beau", cocufiant lui-aussi la mère Ubu, avec un être toutefois trop méprisable pour être relevé: lui-même. L'amour-propre exacerbé peut-il être un crime adultère ?


Ubu Cocu représente le pouvoir borné d'oeillères : incapable de remarquer les évidences, sa colère ne commence à se déchaîner qu'à l'instant où, passant, de rumeurs en chuchoteries malavisées, il se met à lorgner sur le drôle d'enfant dont a accouché la Mère Ubu. Pourrait-il donc être le père d'un Archéoptéryx ? Cette étrange filiation apparaît surtout dans les premières versions de la pièce, lorsque celle-ci s'appelait encore Les tribulations de Priou et L'archéoptéryx. La version achevée d'Ubu Cocu se veut plus concise. L'animal préhistorique devient secondaire et les personnages des frères religieux -le frère Primor en tête-, se volatisent pour notre plus grand regret. La conscience d'Ubu, ce pauvre personnage "couvert de toiles d'araignées", prend en revanche une place plus importante dans les adultères de la famille royale.


Dans le genre impulsif et désordonné, le père Ubu se surpasse. Dans une caisse, dans une chambre ou en Egypte, les lieux se superposent dans le désordre le plus complet. Les personnages secondaires, peu différenciés, se confondent et brouillent l'adultère de la mère Ubu. On se souvient d'Achras et de son traité sur les moeurs de polyèdres, ou encore de Scytotomille et de ses écrase-merdres, mais au-delà de ces apparitions burlesques, leur contribution au cocufiage d'Ubu reste parfois floue. Ubu Cocu se révèle onirique, plus évanescent qu'Ubu Roi mais tout aussi grotesque et sophistiqué à la fois. On se prend à rêver, à la lecture de didascalies surréalistes ("Sans mot dire, il prend siège. Tout s'effondre. Il ressort en vertu du principe d'Archimède. Alors, très simple et digne, en costume devenu plus sombre..."), dont la simplicité n'a d'égale la force de suggestion ("On entend sonner comme pour annoncer un train, puis le Crocodile, soufflant, traverse la scène").


On écoute chanter les trois Palotins : "Ce tonneau qui s'avance, neau qui s'avance, neau qui s'avance, c'est le Père Ubu. Et sa gidouille immense, gidouille immense, gidouille imense, est telle qu'un..." et on se rassure : la gidouille du père Ubu aura peu à pâtir d'une paternité préhistorique.




Citation :
"SCYTOTOMILLE: Voici, Monsieur, un excellent article, quoique innommable, la spécialité de la maison, les Ecrase-Merdres. De même qu'il y a différentes espèces de merdres, il y a des Ecrase-Merdres pour la pluralité des goûts. Voici pour les estrons récents, voici pour le crottin de cheval, voici pour les spyrates antiques, voici pour la bouse de vache, voici pour le méconium d'enfant au berceau, voici pour le fiant de gendarme, voici pour les selles d'un homme entre deux âges."


*peinture de Thomas Rowlandson - Reverendissimo Viro, 18e

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Dim 15 Déc 2013 - 13:03

Encore un commentaire très complet Coli !

Bien vu! En effet Ubu doit se complaire dans sa duplicité. Son amour-propre et son égocentrisme doivent le rendre incapable de concevoir de l’amour pour Mère Ubu (ou pour qui que ce soit). Il doit en effet la cocufier avec lui-même. Je pense que Mère Ubu devait se sentir bien seule alors…Ceci expliquerait qu’il ne fait aucun effort pour séduire Mère Ubu. Qu’il n’est pas donc pas très apetissant et ne lui murmure pas que des douceurs. Elle non plus d’ailleurs. Est-ce que Jarry ne met un peu dans ce couple son dégout et sa révolte des convenances ? Et des mariages de convenances donc !

En effet le cocufiage devient très flou dans Ubu cocu. A se demander s’il y a eu cocufiage. Alors que dans Onesime ou les tribulations de Priou, c’est très clair ! Et l’enfant de Mère Ubu est représenté dans L’archéoptéryx alors que dans Ubu cocu…. Comme tu dis certains personnages disparaissent totalement, comme les scènes cocasses de père Primor par exemple,  qui nous ramènent au fait que la pièce a été écrite en commun par des adolescents qui ont du vouloir contourner le pouvoir éducatif pour faire les fanfarons. D’ailleurs c’est drôle de voir que Alfred Jarry a toujours eu besoin de créer collectivement ou d’avoir autour de lui un groupe de gens dont il avait besoin comme inspiration pour créer.

En effet le Père Ubu a un sursaut de conscience et je trouve marrant que Alfred Jarry ait fait de la conscience un personnage à part entière.

Je n’avais pas vraiment réalisé que les didascalies de la pièce étaient si surréalistes et incongrues. Comme il y en a toujours dans une pièce, je n’ai pas vraiment fait attention. Il va falloir que je relise la pièce donc….



L'archeopteryx doit à peu près ressembler à ça ? Pas vraiment un oiseau pour les phobiques !! Heureusement il n'existe plus!  sourire

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Lun 16 Déc 2013 - 17:25

Et merci à toi pour ta réponse ! Very Happy
Pas très flatteur pour le père Ubu que la mère ait voulu le tromper avec un père d'apparence aussi préhistorique  jemetate 

pia a écrit:
Est-ce que Jarry ne met un peu dans ce couple son dégout et sa révolte des convenances ? Et des mariages de convenances donc !

Peut-être... les notices indiquaient la tendance grossière de son comportement vis-à-vis des femmes, à l'exception de sa mère et de sa soeur. Il n'empêche, il a eu une longue relation avec une dénommée Rachide (dont la patience devait être infinie -ou les amants).

Citation :
Je n’avais pas vraiment réalisé que les didascalies de la pièce étaient si surréalistes et incongrues. Comme il y en a toujours dans une pièce, je n’ai pas vraiment fait attention. Il va falloir que je relise la pièce donc….

Les didascalies sont géniales effectivement. Et pour un metteur en scène, ce doit être un régal...

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mar 17 Déc 2013 - 13:29

La suite...

Ubu enchaîné (1899)




La lassitude royale fait des ravages. Le père Ubu a obtenu tout ce qu'il souhaitait et a goûté le pouvoir jusqu'à la lassitude. Pour se changer les idées, rien de tel qu'une inversion des hiérarchies. Ubu se mélange les pinceaux (quoique...) et bafouille avec les idéaux stricts de la République pour déclarer sa nouvelle résolution :


"Puisque nous sommes dans le pays où la liberté est égale à la fraternité, laquelle n'est comparable qu'à l'égalité de la légalité, et que je ne suis pas capable de faire comme tout le monde et que cela m'est égal d'être égal à tout le monde puisque c'est encore moi qui finirai par tuer tout le monde, je vais me mettre esclave, Mère Ubu!"


Ladite Mère s'en trouve toute chancelante, comme nous pouvions l'imaginer : "Esclave! Mais tu es trop gros, Père Ubu! " Qu'importe. La liberté d'Ubu, c'est celle de ne rien commettre dans les règles de l'art. Pendant qu'autour de lui, tous cherchent à s'émanciper des carcans de conduite jusqu'alors éternels, Ubu s'agrippe à eux et n'en démord. On pourra nier toute interprétation frauduleuse, il n'empêche, le propos d'Ubu enchaîné est d'une redoutable modernité. Socialement, il ridiculise toutes les dissidences plus conformistes que révolutionnaires en faisant s'agiter trois hommes libres aucunement individualisés :


"Nous sommes les hommes libres, et voici notre caporal. -Vive la liberté, la liberté, la liberté! Nous sommes libres. - N'oublions pas que notre devoir, c'est d'être libres. Allons moins vite, nous arriverions à l'heure. La liberté, c'est de n'arriver jamais à l'heure -jamais, jamais! Pour nos exercices de liberté. Désobéissons avec ensemble... non! Pas ensemble: une, deux, trois! Le premier à un, le deuxième à deux, le troisième à trois. Voilà toute la différence. Inventons chacun un temps différent, quoique ce soit bien fatigant. Désobéissons individuellement -au caporal des hommes libres!"


Politiquement, il démontre la continuité logique marquant la transition du pouvoir absolu à la démocratie. Surtout, et c'est ici que l'on reconnaît le plus l'influence pataphysicienne sur le théâtre ubuesque, la théorie de l'égalité des contraires, développée plus tard par Alfred Jarry, trouve ici sa plus belle illustration. Elle commence à être affirmée ainsi : "La liberté, c'est l'esclavage!" mais trouve toute sa force dans cette affirmation : "Vous savez mieux que moi la théorie de la liberté. Vous prenez celle de faire même ce qui est ordonné."


Dans la préface, la théorie de l'égalité des contraires se justifie ainsi : "Il nous est en effet impossible de concevoir du vrai sans qu'il y ait du faux, et affirmer qu'on peut être dans le vrai, sphériquement parlant (ce qui seul importe), reviendrait à dire que l'on est Dieu. Or, ne l'étant jamais, on ne fait, comme on sait, que tendre à l'être, ne serait-ce que pour être homme un peu -car on ne peut l'être totalement, sinon l'on serait Dieu également". Toute personne habituée à la pensée sceptique comprendra immédiatement la puissance de cet Ubu, plus génial lorsqu'il est enchaîné que lorsqu'il est cocu ou monarque. Les vérités s'égrènent avec toute la force de l'absurde, démolissant jusqu'aux inventions du langage ce que certains croient être les grandes passions de l'âme. L'égalité des contraires s'apparente à une théorie du désenchantement et semble fortement imprégnée de l'influence de Nietzsche, pour ne citer qu'un proche exemple. Mais c'est là aller beaucoup trop loin. Encore une fois, la préface nous rappelle qu'Alfred Jarry fut pour cet Ubu enchaîné le même auteur aléatoire qu'il fut pour Ubu Roi : auteur parce qu'il a su se définir comme tel, auteur parce qu'il a su achever une oeuvre qui s'élaborait lentement depuis des années :


"Une lecture attentive des Paralipomènes d'Ubu laisse soupçonner l'existence d'une première version, ou d'une ébauche d'Ubu enchaîné dès le lycée de Rennes. Divers indices renforcent cette hypothèse: les rapports d'Ubu enchaîné et de Gil Blas de Santillane qui avait déjà servi aux Polonais; la survivance de la toponymie rennaise dans Ubu enchaîné"


Cela n'enlève rien au charme d'Ubu enchaîné. Au contraire, la pièce devient plus poignante : Ubu volontairement esclave de ses sujets se confond doucement avec Jarry involontairement esclave de l'oeuvre rennaise.




Citation :
"ELEUTHERE : Et vous mon oncle. P..., p...ourquoi n'êtes-vous plus mort ?
PISSEMBOCK: Comment, pppourquoi ?"

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mar 17 Déc 2013 - 18:58

Je vais faire un commentaire succinct. Je n’ai pas une mémoire d’éléphant et que bêtement je croyais qu’on commentait tout au long de la lecture. Et voilà…Je n’avais pas pensé au commentaire de fin et je n’ai pas pris de notes.

J’étais contente de redécouvrir l’univers de Jarry que j’avais lu bien trop jeune.

Et drôlement sur le moment, alors que j’étais adolescente, ça ne m’avait pas amusé. Ses jeux de mots, sa langue inventée sont pourtant très amusants. Ce rapport à l’adolescence dans Ubu me plait bien. Comme un monde qu’il n’a jamais quitté. Ubu roi a été écrite à partir d’une pièce écrite avec d’autres élèves de son lycée. Drôle qu’il en ait tout le crédit. Le personnage de Ubu est inspiré de son professeur Hébert qui malgré les moqueries dont il était victime a tout de même inspiré des générations d’élèves. Et Alfred Jarry l’a fait existé en filigrane à travers son personnage de Ubu. Je pense que se prenant au jeu Ubu est devenu Ubu et n’était plus vraiment rattaché à ce que son professeur était en réalité ou lui inspirait.
Ubu se laisse aller aux penchants que tout le monde a en soi et sclérose heureusement. Tout cela est écrit avec une naïveté et une cocasserie qui nous sauve de l’horreur de l’acte. Comme un enfant qui jouerait avec ses poupées et qui leur ferait subir les pires horreurs. C’est marrant de constater que Ubu roi a été joué en premier lieux chez les parents respectifs d’élèves co-auteurs et de Jarry, par des marionnettes.
L’époque devait jouer aussi. L’époque dans laquelle il vivait ou justement les codes sociaux étaient très établis et où les artistes les foulaient aux pieds, se révoltaient et scandalisaient. Un peu comme des adolescents le font aussi. Ubu veut être le seul à régner sans recevoir de conseils, ils veut prendre tout l’argent des rentiers sans leur demander leur avis, il veut les torturer. Et qui n’est pas d’accord ? est tué. Mère Ubu a beaucoup d’ambitions pour son mari dans Ubu roi mais reste assez effacée face à ce déluge de pulsions assouvis.

Avant d’avoir lu « Ubu cocu », j’ai lu Onesime ou les tribulations de Priou qui est avec L’archeopteryx les pièces qui ont donné lieu à Ubu cocu. J’ai retrouvé le même univers que dans Ubu roi. Le texte était aéré, clair, structuré. Des scènes naïves et drôles. Dans L’archeopteryx on fait connaissance avec la conscience de Ubu. Conscience que Jarry a matérialisé en un personnage réel et joué. Et il y a nettement des références à l’enfant (l’archéopteryx) que Mère Ubu a eu…avec son amant. Ubu cpcu a été pour moi un peu décevant. Certaines scènes que j’avais aimées dans Onésime et L’archeopteryx avaient disparues. J’ai cherché tant bien que mal le cocufiage dont il devait etre question sans vraiment le trouver. Il faut dire que Ubu n’en souffre pas vraiment. L’enfant…L’archéopteryx a pratiquement disparu. C’était assez embrouillé.

J’ai beaucoup apprécié Ubu enchainé. Son sujet est plus maturé tout en gardant son air de drôlerie et de naïveté. Le concept de Ubu qui veut devenir esclave après ses tribulations en tant que roi mais qui garde le même caractère et qui va continuer a être lui-même. Une version très ubuesque de l’esclavage donc. Il finira par être roi malgré lui puisqu’il restera Ubu. Et que Ubu est un roi dans sa chair ! Mère Ubu qui montre des signes de tendresse pour son mari finalement est surprenant. Les hommes libres qui désobéissent a tous les ordres puisqu’il sont des hommes libres, sont hilarants. Tout ordre donné doit être contredit. « L’indiscipline aveugle et de tous les instants fait la force de tous les hommes libres ». Y aurait-il une moquerie de Jarry à l’encontre de certains hommes qui se proclament libres ?

Ubu sur la butte est un peu du ressassage de Ubu roi. A part la première scène qui est digne d’une scène de guignol avec des jeux de mots sur le bois du guignol. Tête de bois….langue de bois….etc

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mer 18 Déc 2013 - 9:23

 bravo Merci Pia !

pia a écrit:

J’étais contente de redécouvrir l’univers de Jarry que j’avais lu bien trop jeune.

Et drôlement sur le moment, alors que j’étais adolescente,  ça ne m’avait pas amusé.

Aurais-tu donc régressé depuis ton adolescence ? Very Happy

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mer 18 Déc 2013 - 15:07

Je vois que Jarry vous inspire, ça me fait plaisir ! Dommage que je n' ai pas eu plus de temps pour me joindre
à vous.
Je vais rechercher un texte délirant que j' avais entendu à la radio et où le chemin de croix était décrit comme une course cycliste de cote !

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mer 18 Déc 2013 - 17:44

colimasson a écrit:
 bravo Merci Pia !

pia a écrit:

J’étais contente de redécouvrir l’univers de Jarry que j’avais lu bien trop jeune.

Et drôlement sur le moment, alors que j’étais adolescente,  ça ne m’avait pas amusé.

Aurais-tu donc régressé depuis ton adolescence ? Very Happy

Mais surement!!  content 

bix229 a écrit:
Je vois que Jarry vous inspire, ça me fait plaisir ! Dommage que je n' ai pas eu plus de temps pour me joindre
à vous.
Je vais rechercher un texte délirant que j' avais entendu à la radio et où le chemin de croix était décrit comme une course cycliste de cote !

Pour toi Bix!




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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Mer 18 Déc 2013 - 18:16

Merci ¨Pia ! Mais je viens de relire le texte iconoclaste -mais sans plus, de Jarry !

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Jeu 19 Déc 2013 - 9:45

Il ne mérite pas sa place ici du coup ?

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Jeu 19 Déc 2013 - 10:35

Je suis curieuse de ce texte tout de meme!

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Ven 20 Déc 2013 - 13:26

En attendant le texte promis par Bix...

Ubu sur la butte (1901)




Ubu sur la butte trompe. On croit découvrir un nouveau volet des aventures de celui qui fut roi, cocu et esclave, se demandant quel autre tourment aura été jugé bon de lui infliger, et on se retrouve finalement avec une version accélérée d'Ubu Roi. La notice coupe court à nos rêveries sadiques : "Cette "réduction en deux actes d'Ubu Roi" est bien une nouvelle version, pour Guignol, des cinq actes de 1896 puisque Jarry réemploie ici, avec de notables variantes, les scènes suivantes du texte complet d'Ubu Roi : I, VI; II, V; III, II et VIII, IV, III, IV, V et VI; V, I et IV".


Certes, quelques changements notables sont à relever puisque la condensation exige des raccourcis, l'élimination de nombreux personnages et donc des dialogues coupés ou résumés. Voilà qui est flatteur pour les acteurs: messieurs, une marionnette n'arrivera jamais à votre hauteur, ce pourquoi Alfred Jarry a cru bon de devoir couper en long, en large et en travers. Voilà qui est déstabilisant pour le monarque : un roi passant en accéléré ne serait-il donc rien d'autre qu'un Ubu sur la butte ? Et la butte, à cette vitesse-là, aura tôt fait de s'effondrer.


En complément à Ubu Roi, cette pièce n'est toutefois pas négligeable. L'accélération même du rythme donne lieu à des scènes grotesques qui finissent de déstructurer le fil ténu de la logique qui sous-tendait la pièce dans sa version longue. On s'emporte, on se bat, on tue et on meurt comme s'il le fallait à tout prix, pour respecter les nécessités d'une intrigue épique. Les marionnettes représentent le degré zéro de la liberté et tuent en Ubu les derniers relents d'une conscience vive dont nous avions déjà commencé à douter dans les pièces précédentes.


"LES MEMES. Entre l'OURS.
LASCY: Oh! Monsieur Ubu!
PERE UBU: Oh! Tiens, regarde donc le petit toutou. Il est gentil, ma foi.
LASCY: Prenez garde! Ah! Quel énorme ours.
PERE UBU: Un ours! Ah! L'atroce bête. Oh! Pauvre homme, me voilà mangé. Que Dieu me protège."



Ubu en marionnette serait une caricature parfaite de nos terreurs et de nos erreurs humaines -s'il ne passait pas aussi fugacement dans le paysage.




Citation :
"PERE UBU: Garçon de ma merdre, si je t'en croyais, je ferais rebrousser chemin à toute l'armée. Mais, seigneur garçon, il y a sur tes épaules plus de plumes que de cervelle et tu as rêvé des sottises."


*peinture d'Emil Nolde

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Sam 21 Déc 2013 - 14:29

Je reviens à charge une dernière fois pour présenter l'édition de qualité dans laquelle j'ai lu Ubu...


Tout Ubu




Outre les quatre pièces du cycle Ubu, l'édition proposée par Folio inclut des documents intéressants qui métamorphosent la vision du lien unissant l'auteur et sa création. De manière synthétique, on associe souvent Alfred Jarry au cycle Ubu. En revanche, on évoque moins la longue genèse des pièces -en particulier d'Ubu Roi-, longtemps appelée "Les Polonais", et rédigée par une génération de lycéens avant qu'Alfred Jarry ne mette le grapin dessus pour la figer dans sa forme définitive et lui associer son nom. La préface de Noël Arnaud redonne à chacun sa véritable place dans le processus de création :


"Pourquoi Jarry s'est-il approprié Ubu qui n'était pas de lui, qui n'était pas lui ? Observer [...] que Jarry y a instillé une dose de sexualité absente des élucubrations originelles, qu'il a haussé le texte du scatologique à l'érotique, trouver preuve de cet infléchissement dans la transformation de certains mots (ainsi des Salopins aux Palotins), c'est bien [...] ; il demeure que les situations ubiques et l'attirail de tortures du Père Ubu existaient, tels quels, dans les premiers écrits de Rennes; l'action personnelle de Jarry sur quelques mots du texte initial n'a fait que rendre plus évidentes des pulsions enfantines et puis adolescentes décelables avant même ce travail de réécriture."


Cela n'enlève aucun mérite à Alfred Jarry. Sans lui, Ubu Roi n'aurait sans doute pas traversé le 20e siècle. Sans lui, l'absurde et le surréalisme n'auraient sans doute pas le même visage -et c'est sans parler des influences moins directes qu'a pu avoir son théâtre. Dans les autres documents présents dans cette édition, on découvre un essai théorique de Jarry sur "L'inutilité du théâtre au théâtre". Si ce texte ouvre la porte au symbolisme théâtral et permet à Lugné-Poe, fondateur du théâtre de l'Oeuvre, de s'enthousiasmer -ce que nous découvrirons dans un échange de lettres inclus dans le dossier de l'édition-, on finit par se demander s'il ne sert pas aussi de justification. En effet, en parcourant les autres documents annexes -le programme d'Ubu Roi, "La bataille d'Ubu Roi" de Georges Rémond, les lettres d'Alfred Jarry à Henry Bauer ou les points de vue de Charles et Henri Morin à propos de l'oeuvre de Jarry-, l'image d'un homme dépassé par sa propre création se précise. Il semblerait qu'Ubu Roi ait moins plu à Jarry pour son contenu intrinsèque que pour les remous que sa représentation devait susciter -et suscita longtemps. Georges Rémond écrit:


"La première d'Ubu roi était proche [...]. "Le scandale, disait Jarry, devait dépasser celui de Phèdre ou d'Hernani. Il fallait que la pièce ne put aller jusqu'au bout et que le théâtre éclatât."
Nous devions donc provoquer le tumulte en poussant des cris de fureur, si l'on applaudissait, ce qui, après tout, n'était pas exclu; des hurlements d'admiration et d'extase si l'on sifflait. Nous devions également, si possible, nous colleter avec nos voisins et faire pleuvoir des projectiles sur les fauteuils d'orchestre."



La biographie d'Alfred Jarry confirme ces soupçons : la plupart des évènements semblent vouloir uniquement remouer la foule et dévier le théâtre de ses voies ordinaires. Qu'aurais-je pensé d'Alfred Jarry s'il avait été mon contemporain ? Si Ubu Roi avait été représenté pour la première fois et avec scandale hier, n'aurais-je pas été d'emblée fatiguée par l'énième tentative d'éclat d'un homme excité par l'extravagant ? Les Inrockuptibles en auraient-ils été friands ? Henri Morin concluait : "Il était libertaire dilettante et surtout parce que c'était la mode". La mode est passée et nous à aider à oublier les fastes d'Alfred Jarry. Et puis alors, de toute façon, son oeuvre ne se résume pas à Ubu. Mais tout de même...


"L'oeuvre non ubique de Jarry est peut-être l'effort désespéré d'égaler autrement la perfection inégalable d'Ubu."


Il est bon d'approcher la bibliographie de Jarry en connaissance de cause. Les annexes de diverses sources regroupées dans cette édition permettront de démêler l'officiel de l'officieux et donneront plus de poids à cette petite Bible lycéenne que fut Ubu.

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MessageSujet: Re: Lecture en commun Alfred Jarry: Ubu   Sam 21 Déc 2013 - 15:27

colimasson a écrit:



Cela n'enlève aucun mérite à Alfred Jarry. Sans lui, Ubu Roi n'aurait sans doute pas traversé le 20e siècle. Sans lui, l'absurde et le surréalisme n'auraient sans doute pas le même visage.



"La première d'Ubu roi était proche [...]. "Le scandale, disait Jarry, devait dépasser celui de Phèdre ou d'Hernani. Il fallait que la pièce ne put aller jusqu'au bout et que le théâtre éclatât."
Nous devions donc provoquer le tumulte en poussant des cris de fureur, si l'on applaudissait, ce qui, après tout, n'était pas exclu; des hurlements d'admiration et d'extase si l'on sifflait. Nous devions également, si possible, nous colleter avec nos voisins et faire pleuvoir des projectiles sur les fauteuils d'orchestre."



La biographie d'Alfred Jarry confirme ces soupçons : la plupart des évènements semblent vouloir uniquement remouer la foule et dévier le théâtre de ses voies ordinaires. Qu'aurais-je pensé d'Alfred Jarry s'il avait été mon contemporain ? Si Ubu Roi avait été représenté pour la première fois et avec scandale hier, n'aurais-je pas été d'emblée fatiguée par l'énième tentative d'éclat d'un homme excité par l'extravagant ? Les Inrockuptibles en auraient-ils été friands ? Henri Morin concluait : "Il était libertaire dilettante et surtout parce que c'était la mode". La mode est passée et nous à aider à oublier les fastes d'Alfred Jarry. Et puis alors, de toute façon, son oeuvre ne se résume pas à Ubu. Mais tout de même...


"L'oeuvre non ubique de Jarry est peut-être l'effort désespéré d'égaler autrement la perfection inégalable d'Ubu."


Il est bon d'approcher la bibliographie de Jarry en connaissance de cause. Les annexes de diverses sources regroupées dans cette édition permettront de démêler l'officiel de l'officieux et donneront plus de poids à cette petite Bible lycéenne que fut Ubu.

Cela n'enlève aucun mérite à Alfred Jarry. Sans lui, Ubu Roi n'aurait sans doute pas traversé le 20e siècle. Sans lui, l'absurde et le surréalisme n'auraient sans doute pas le même visage.


Je suis d'accord!

"Un homme excité par l’extravagant" va bien à Jarry je trouve. Et « je me demande ce que j’aurais pensé de lui s’il avait été mon contemporain ». On lui aurait surement mis l’étiquette d’Hyperactif et on l’aurait bourré de cachets. Pour ma part je penserais surement qu’un peu de scandale d’une manière si artistiquement vécue ne peut pas faire de mal  pour faire bouger tous les carcans dans lesquels notre époque s’englue. Je suis un peu une eternelle révoltée. Un peu fatiguant par moment !

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