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 Tabish Khair [Inde]

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zazy
Sage de la littérature
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MessageSujet: Tabish Khair [Inde]   Jeu 28 Nov 2013 - 22:41

Tabish Khair (1966 -     )


Poète, romancier, journaliste, critique littéraire, Tabish Khair est professeur de littérature à l’université d’Aarhus, au Danemark. Né à Gaya, dans le Bihar, en 1966, il a publié son premier recueil de poèmes, Where Parallel Lines Meet, en 2000 chez Penguin. Son premier roman, Apaiser la poussière, publié aux Éditions du Sonneur en 2010, fut sélectionné pour le Encore Award, prix décerné par la Société britannique des Auteurs. Il collabore régulièrement à divers journaux et magazines britanniques, américains, indiens, danois… tels The Guardian, Outlook India, Times of India, The Independent, The Wall Street Journal, etc.

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire


4ème de couverture :
Aarhus, au Danemark. Le narrateur, un Pakistanais athée et pragmatique, vit en colocation avec Ravi, un Indien flamboyant et sceptique, et Karim, Indien lui aussi, qui partage son temps entre son travail de chauffeur de taxi et sa pratique austère de l’islam. Alors que le narrateur tente de se remettre de son récent divorce et que Ravi tombe éperdument amoureux d’une Danoise, les trois hommes se retrouvent brusquement mêlés à une affaire où règnent soupçons, méfiance et peur. Karim est-il le dangereux terroriste que le narrateur voit en lui ? Pourquoi disparaît-il si régulièrement ? Dans ce roman audacieux, Tabish Khair met en lumière, avec humour et vivacité, la mince frontière entre foi et fanatisme, jugement et préjugé, destin individuel et histoire collective.
Tout commence par un bocal, une branlette dans une voiture pour la bonne cause de la survie de l’espèce humaine, un bocal en plastique surdimensionné et une voiture de police. Alors, où est le terroriste ? Non, ce n’est pas celui auquel vous pensez. Un début sur les chapeaux de roue !

Dans un style narratif, le bien-nommé narrateur Pakistanais d’origine musulmane, mais athée, pragmatique et professeur de littérature anglaise raconte sa cohabitation avec Ravi, un indien fortuné de la caste des brahmanes, thésard à ses heures. Karim, indien également, mais de confession musulmane, vivant son Coran à la lettre, propriétaire de l’appartement est le troisième larron. « Karim était notre aîné de plus d’une décennie. Comme Ravi il était indien ; comme moi, il était musulman. Contrairement à moi, il croyait en Dieu et ses prophètes, surtout le dernier d’entre eux ; contrairement à Ravi, il ne se mettait pas dans tous ses états à propos de ce que l’Occident avait fait subir au reste du monde, ainsi que Ravi aimait à le dire. » Dans cet immeuble habite également, à l’étage au-dessus, le Grand Claus, sa femme Pernille et leurs deux filles. Leur ami le Petit Claus fait également partie du groupe, ils ont leur importance.

Tout ce petit monde se côtoie, s’invite, s’évite, enfin bref, cohabitent tant bien que mal, dans la petite ville d’Aarhus, au Danemark, jusqu’à ce que la machine s’emballe. Chacun a ses idées bien arrêtées, ne cherchant pas trop à s’ouvrir ou ouvrir les yeux sur l’autre malgré l’exigüité des lieux.

Ravi et le narrateur vivent une vie normale pour nous. Ils sortent, vont dans les cafés, cherchent l’âme sœur pour un instant seulement. Karim quant à lui, vit sa vie, fidèle aux préceptes du Coran. Chaque vendredi il organise, dans son salon-chambre, des réunions, sorte d’école coranique.

Le narrateur se pose des questions ; et si Karim était un terroriste ou affilié à une section islamiste agissante ? C’est vrai, quoi, plusieurs fois par mois il disparait plusieurs jours, a toujours besoin d’argent…. Plutôt louche en ces temps discutables et discutés. Est-ce son esprit « verre à moitié plein, à moitié vide » comme son ami le décrit qui fait que cette suspicion est présente. Ravi, son prénom lui va si bien, ne connait pas ces hésitations, il fait partie de la catégorie « verre plein à déborder » et accepte Karim comme il est.

Un jour, suite à la sortie des caricatures de Mahomet dans un journal, le journaliste est agressé par un Somalien. Les choses deviennent sérieuses lorsqu’ils découvrent qu’il s’agit d’Ibrahim, un habitué des vendredis de Karim.

Le narrateur décide d’aller à la police, non pour dénoncer « leur ami », mais raconter leur quotidien chez Karim, puisque, bien sûr, il ne pouvait, selon les journaux, rumeurs… n’être qu’un dangereux islamiste dévoué à Al-Qaïda.

Et bien non, Karim n’est pas celui que l’on pense. Oui, il est très dévot, oui, il suit à la lettre les préceptes du Coran. S’ils s’absentent inopinément, s’il a un réel besoin d’argent, c’est pour s’occuper de quelqu’un qui lui est très cher ; son épouse qui vit maintenant dans son monde à elle et qui l’appelle lorsque la raison lui revient pour quelques heures ou quelques jours.

J’oubliais les Claus petit et grand. Là également, il y a mauvaise interprétation. Ce n’est pas pour une femme que Grand Claus décide de divorcer, mais pour vivre avec Petit Claus, son amour depuis si longtemps. Alors que la famille se liguait contre lui pensant à une autre femme, épouse et filles acceptent avec joie ce coming-out cette révélation. Nos amis ont faux sur toute la ligne.

Le Danemark n’est pas en reste, nos deux acolytes critiquent joyeusement les habitants de ce pays nordique avec leur foi calviniste,

La frontière entre la foi pure et dure et le fanatisme religieux est plus mince qu’une feuille de cigarette. Le narrateur n’aurait certainement pas soumis Karim aux questions des policiers s’il y avait eu une ouverture entre eux, une envie de se comprendre ou simplement de se connaître. Ils sont restés dans le superficiel, vivant chacun pour soi alors qu’ils vivaient en communauté. « Ce que j’éprouvais, c’était l’impossibilité de toute  conversation, comme s’il m’avait fallu hurler par-dessus un vacarme niagaresque pour me faire entendre de Karim Bhai : ce qui nous serait parvenu aux oreilles n’aurait pas été les mots que je voulais, ni les mots qu’il aurait prononcé, mais une sorte de grossière pantomime. Non que nous refusions de parler, mais toute conversation était rendue impossible par le Niagara de soupçons, de préjugés et d’effronterie qui cascadait autour de nous. »

Tabish Khair dénonce, non sans humour, l’individualisme, les jugements hâtifs, les préjugés qui ont la vie dure, quel que soit le pays où l’on vit. Les idées reçues, les informations envahissantes, les on-dit, les à-peu-près font souvent du mal et ce livre en est la preuve.

Le style narratif, sans aspérité de ton, est habilement corrigé par les nombreuses saillies des deux amis, le narrateur et Ravi. C’est un livre agréable et très facile à lire, puis à méditer. Les préjugés et jugements hâtifs font partie de l’âme humaine ; « chassez le naturel, il revient au galop » dit un de nos proverbes.

Quant à la position du missionnaire est-ce celle de Karim Bhai avec ses réunions du vendredi ? Est-ce la position du narrateur ? Est-ce la passivité, le dilettantisme de Ravi ?
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Arabella
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MessageSujet: Re: Tabish Khair [Inde]   Dim 1 Déc 2013 - 21:33

A propos d’un Thug



Livre dense et foisonnant, dans lequel plusieurs récits s’entremêlent. Celui du narrateur (auteur ?) quelque part, surtout à partir d’une bibliothèque, celle de son grand-père, qui n’existe plus en réalité mais qui reste le lieu de tous les rêves et tous les possibles. Et divers récits qui tournent autour du Thug du titre, Amir Ali, un Indien. Les Thugs étaient une sorte de secte, au service de la déesse Kali, qui se livraient à divers crimes et délits, dont le meurtre par strangulation. Combattu par le colonisateur britannique, ils ont été objet de terreur et d’imaginaire. Amir Ali raconte sa vie de Thug au capitaine Meadows, scientifique de vocation, adepte de la phrénologie, qui l’amène à Londres. Ce récit (tout au moins une partie) nous est livrée, mais aussi des textes qu’Amir Ali écrit à la jeune femme dont il tombe amoureux. Et il y a aussi des récits centrés sur d’autres personnages de ce Londres du XIXe siècle, John May qui cherche à survivre dans ce Londres féroce pour les pauvres, le richissime lord Batterstone, un ex-militaire irlandais marié à un indienne….Ils racontent tous ce Londres terrible, fascinant, et dangereux aussi, des meurtres atroces sont commis de la même façon, les cadavres décapités, et l’ex-Thug Amir Ali est forcément soupçonné.

Livre complexe mais non compliqué à lire, il y a un côté ludique, un humour au second degré, une intrigue policière…Même si l’auteur aime jouer avec le lecteur, s’arrête parfois alors qu’on pensait savoir où il nous amène (mais pourquoi dire l’évidence semble-t-il  nous dire), ce qu’il veut raconter c’est l’image et la place de l’étranger, vu comme une autre race, forcément inférieure, avec les stéréotypes et les phantasmes. Il crée des personnages multiples et terriblement attachants, des intrigues nombreuses et terriblement orchestrées…tout s’enchaîne à merveille et on est captivé et fasciné.

Brillant, intelligent, terriblement bien écrit (avec des variations d’écriture éblouissants dans les différents récits), un livre qui procure un grand plaisir de lecture et qu’on oublie pas de sitôt. Je vais me procurer d’urgence Apaiser la poussière.


Extrait :

Citation :
Les fantômes sont blancs, dit-on. Comme la maison dans laquelle débute cette histoire : ainsi que toute histoire, celle-ci a débuté ailleurs. Dans une maison dont l’allée était couverte de graviers rougeâtres, avec des parterres de roses étiolées, des bosquets où poussaient oranges amères et mangues charnues ; une maison blanche et fantomatique à Phansa.

Phansa est une petite ville misérable de l’Etat de Bihar, une ville ancienne. Elle est mentionnée dans les Puranas, preuve qu’elle est plus ancienne que Jésus, mais en aucun cas plus célèbre. A l’instar de toute ville ancienne, elle est emplie…non, ni de temples, ni de moquées, pas d’avantage de forteresses, mais d’histoires.

La maison blanchie à la chaux est vieille elle aussi et, elle aussi emplie d’histoires. De quoi d’autre, hormi d’ombres et histoires ? Car les ombres s’ajoutent aux histoires, aussi sûrement que les histoires surgissent des ombres.

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MessageSujet: Re: Tabish Khair [Inde]   Dim 1 Déc 2013 - 22:12

Apaiser la poussière est dans ma PAL, le peu que j'en ai feuilleté me faisait déjà très envie, mais ton commentaire me conforte un peu plus dans mon intention de m'y plonger.

Par contre, je viens de voir que zazy a également créé un fil Tabish Khair, dans le fil Littérature indienne.
Merci modo de réorganiser tout ça.


Dernière édition par Armor-Argoat le Mer 29 Avr 2015 - 11:08, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tabish Khair [Inde]   Dim 1 Déc 2013 - 22:33

ça devrait aller mieux (mangé le message  d'arabella de présentation de l'auteur, mais c'était le même contenu).

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MessageSujet: Re: Tabish Khair [Inde]   Sam 12 Avr 2014 - 21:07

Apaiser la poussière

Un voyage en car en Inde. Un car privé, plus confortable et plus cher qu’un bus privé, mais quand même sacrément défraîchi. Nous suivons ceux qui l’ont emprunté : conducteur et contrôleur, et les voyageurs qui ont payé leur billet. Avant et après. Une plongée dans des existences, dont le voyage dans ce car constitue un moment révélateur. Des hommes et femmes, des pauvres et riches, ceux qui ont un chez eux et ceux qui le cherchent. Une plongée dans les réalités d’un pays multiforme. Drôle parfois, parfois tragique, sordide et belle à la fois. Des vies qui déraillent, d’autres qui s’épanouissent.

Un très beau roman qui donne le sentiment de s’immerger dans la vie quotidienne indienne. Dans les destins de ces personnages, qui représentent chacun un aspect de ce pays continent. Avec un certain humour et second degré. Ecrit dans une langue belle, à la fois sobre et évocatrice. Avec une intelligence rare, et une façon de mener la trame romanesque d’une façon originale et fortement pensée. Sans une seule fausse note. Un grand plaisir de lecture, et de quoi réfléchir et rêver un bon moment. Que demander de plus ? Juste de pouvoir trouver d’autres livres de l’auteur.

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MessageSujet: Re: Tabish Khair [Inde]   Mar 8 Juil 2014 - 16:19

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire



Présentation de l'éditeur a écrit:
Aarhus, au Danemark. Le narrateur, un Pakistanais athée et pragmatique, vit en colocation avec Ravi, un Indien flamboyant et sceptique, et Karim, Indien lui aussi, qui partage son temps entre son travail de chauffeur de taxi et sa pratique austère de l’islam. Alors que le narrateur tente de se remettre de son récent divorce et que Ravi tombe éperdument amoureux d’une Danoise, les trois hommes se retrouvent brusquement mêlés à une affaire où règnent soupçons, méfiance et peur. Karim est-il le dangereux terroriste que le narrateur voit en lui ? Pourquoi disparaît-il si régulièrement ? Dans ce roman audacieux, Tabish Khair met en lumière, avec humour et vivacité, la mince frontière entre foi et fanatisme, jugement et préjugé, destin individuel et histoire collective.


Je suis paresseuse en ce moment, alors je reprends la présentation de l’éditeur, qui résume bien le contenu du livre. Ecrit de façon alerte et amusante, le narrateur perdu entre les cultures, langues, pays, coutumes et façons de vivre, observe d’une façon quasi anthropologique, aussi bien la façon de vivre des Danois, que celle de la petite communauté musulmane qui se réunit chez Karim. Comment voit-on l’autre ? Avec quelles œillères et quels préjugés ? Comment nous voit-il ? Cela aussi fait parti de notre modernité, ce brassage de cultures, ce côtoiement, mais sans forcément de véritables échanges, chacun restant pas mal campé sur la vision, les stéréotypes qu’il a au départ, et qu’il est très difficile de changer. Une cohabitation plus qu’un véritable mélange. Et tous les fantasmes et terreurs peuvent surgir au moindre prétexte.

C’est donc un bon moment de lecture, même si je trouve que ce livre est moins original et fort que les deux précédents romans de l’auteur que j’ai eu l’occasion de lire, Apaiser la poussière et A propos d’un Thug. Il n’y a pas dans celui-ci de trame romanesque complexe, et l’écriture aussi est plus simple, plus quotidienne. Sans doute à cause du thème, qui se place dans l’actualité. Je comprends bien que l’auteur ait eu envie de traiter ce sujet, et il le fait plutôt bien, mais en même temps j’espère qu’il va revenir à des livres plus littéraires et ambitieux. Même si ce type d’ouvrages peut rebuter certains lecteurs, qui auront sans doute plus de facilité pour entrer dans celui-ci.

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