Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
AccueilRechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez
 

 Hélène Frederick

Aller en bas 
AuteurMessage
shanidar
Abeille bibliophile
shanidar

Messages : 10518
Inscription le : 31/03/2010

Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitimeVen 10 Jan 2014 - 12:32

Hélène Frederick Freder10


Hélène Frédérick est née au Québec en 1976. Après des études de lettres, elle a travaillé pour des librairies indépendantes et à la diffusion livres du Réseau Art Actuel Québec. Installée à Paris depuis 2006, elle collabore régulièrement à des revues littéraires et signe des fictions radiophoniques sur France Culture et France inter.

Son premier roman, La poupée de Kokoschka (Verticales, 2010) paraîtra en 2014 dans la « série P » aux éditions Héliotrope (Montréal) pour une diffusion américaine en format poche.

(source : Verticales)

Bibliographie :

2010 La poupée de Kokoschka
2014 Forêt Contraire

_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
shanidar
Abeille bibliophile
shanidar

Messages : 10518
Inscription le : 31/03/2010

Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Re: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitimeVen 10 Jan 2014 - 12:57

Hélène Frederick Poupae10

Etrange premier roman que celui-ci, mais si vous connaissez un peu la ligne éditoriale de Verticales, vous ne serez pas surpris.

En 1918, Oskar Kokoschka qui a rompu depuis 4 ans avec Alma Mahler, demande à Hermine Moos, une marionnettiste de théâtre de lui fabriquer une poupée, de taille réelle, qui serait la reproduction parfaite de son ancienne amante.

De juin 1918 au printemps 1919, Hermine va tenter de transformer la demande monstrueuse de celui qu'elle appelle son maître (à défaut d'être son client) en réalité.
Hélène Frédérick s'empare de cette histoire pour raconter les affres d'une jeune femme, d'une créatrice, d'une affamée et d'une rebelle qui peu à peu voit son univers mangé par la femme-silencieuse qu'elle bâtit de ses mains.
Il est vraiment question de création dans ce roman construit uniquement sur les pages d'un journal (un peu fou, détraqué, illogique) que tient Hermine Moos et sur de très courts textes qui de simples descriptions de dessins donnent la parole aux modèles. Ces dessins sont ceux que Kokoschka envoie à Hermine pour qu'elle pénètre l'univers du peintre, qu'elle s'immisce en lui, qu'elle s'assimile à sa création. De simple exécutante, Hermine devient peu à peu un double en souffrance de l'homme-peintre et de la femme-poupée.

Hélène Frederick Koko_h10Hermine Moos et la poupée de Kokoschka

En parallèle à cette histoire de dévoration mutuelle et outre le caractère étrange de cette poupée, Hermine vit la vie d'une jeune femme sans le sous, vivant les pénuries de cette année de guerre à Munich, obsédée par la solitude et l'idée fixe de gagner suffisamment d'argent pour permettre à sa petite sœur Martha de poursuivre des études de photographe. Le lien entre les deux jeunes femmes, ouvre le texte sur d'autres relations féminines, teintées de séduction et de méfiance et sur celles avec les hommes, conçus comme des prédateurs, des clients qui pour un moment de plaisir donnent un peu d'argent ou apporte un sac de farine. Tout cela sur fond de révolte spartakiste !

Il s'agit donc bien au-delà de cette histoire de marionnette, de plonger dans les tourments d'une femme un peu folle, intransigeante, habitée d'une force de création inouïe, d'un acharnement à se sortir seule des difficultés inhérentes à la vie de bohême dans des années terribles. Le rapport entre Hermine et Kokoschka, son ambiguïté, la force attractive et répulsive du peintre sont savamment orchestrés par une jeune écrivain qui possède le don d'une langue baroque, animale, obsédée et introspective.

Les courts chapitres, à peine quelques lignes, décrivant non pas les dessins mais les âmes des modèles, sont troublants et d'une souffrance criarde.

Hélène Frederick Kokosc10

La réussite de ce premier roman pourrait être totale, mais est-ce le climat hivernal ou quelque chose comme ça, il m'a manqué un tout petit je-ne-sais-quoi pour être totalement séduite. Peut-être un manque de maturité, une position un peu répétitive dans le traitement des états d'âme d'Hermine ? Je ne sais pas.
Il n'en reste pas moins que ce roman, marquant, tout autant par le sujet choisi que par sa forme, me donne terriblement envie de lire le suivant, pour voir un peu, ce qu'a fait Frédérick de son beau talent et de son audace...

et la fameuse poupée :

Hélène Frederick Koko_p10

_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
shanidar
Abeille bibliophile
shanidar

Messages : 10518
Inscription le : 31/03/2010

Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Re: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitimeVen 10 Jan 2014 - 13:46

Citation :
extrait de la page 46

D'ici je peux observer la forme de ma prison : la demande du peintre. L'absente n'est pas Alma Mahler. Il n'y a pas d'Alma Mahler. K. me demande de recoller les morceaux d'un miroir brisé, la glace dans laquelle il se mirait et qui lui promettait tant de choses, glace du rêve, tenue dans les mains trompeuses d'une femme du monde. Il n'y a pas d'Alma : ce qui n'a jamais été ne peut pas avoir disparu. Qui est donc l'absente de cette histoire ? Le vide en son centre ? Moi, Hermine Moos. Je suis le pivot dont personne ne parle. Je suis la seule à manipuler l'absence, à devoir en faire quelque chose, à devoir la façonner pour ressusciter ce qui ne peut plus être vivant, faute de l'avoir jamais été. En dehors de cette tâche, et même à travers elle, je n'existe pas. K. m'écrit pour adresser quelques chimères de plus à sa propre folie. Il m'écrit pour se surprendre lui-même. Il m'écrit sa lubie pour flatter son extravagance. Il aura beau signer "votre Oskar", il n'est Oskar que pour lui-même. (Heinrich serait d'accord).

_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
shanidar
Abeille bibliophile
shanidar

Messages : 10518
Inscription le : 31/03/2010

Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Re: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitimeVen 10 Jan 2014 - 14:02

Hélène Frederick Mechti10

Citation :
Fürstin Mechtilde Lichnowsky 1916

Autour de moi la tempête, en moi la révolte, la recherche d'un sens. Je ne sais plus qui regarder. Mon bras droit soutient le gauche dont la main et les doigts s'appuient sur la tempe, la joue. Mon bustier s'ouvre sur le sentiment de perte, chair quasi grise, quasi malade. Mon père est vivant mais il m'a quittée. Il n'a plus besoin de se souvenir de mon nom, de connaitre le pays que j'habite, n'a plus besoin de ma force.

L'homme aux pinceaux recrée sur la toile l'impression, la mienne, d'être foudroyée par le vide et la trahison. Je suis blanche, écume sur fond de tempête obscure. Je voudrais la tempête sur moi, l'engloutissement. Ma peau une vague. De toutes les manières je suis à bout de souffle, à bout de craintes.


_________________
le mot silence est encore un bruit G. Bataille
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
kenavo
Zen Littéraire
kenavo

Messages : 63288
Inscription le : 08/11/2007

Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Re: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitimeVen 10 Jan 2014 - 16:18

tout cela est intéressant et passionnant, merci pour ce fil!

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




Hélène Frederick Empty
MessageSujet: Re: Hélène Frederick   Hélène Frederick Icon_minitime

Revenir en haut Aller en bas
 
Hélène Frederick
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Charles Frederick Worth

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature nord américaine (par auteur ou fils spécifiques) :: Littérature canadienne-
Sauter vers: