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 Gerard Manley Hopkins

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Sigismond
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MessageSujet: Gerard Manley Hopkins    Sam 25 Jan 2014 - 0:20


Poète anglais, né en 1844 à Strarford (Essex), mort à Dublin (Irlande) en 1889. Aîné de neuf enfants, d'une famille baignant à la fois dans la foi Anglicane et les arts. La plupart de ses frères et soeurs épousèrent d'ailleurs des vocations les menant aux arts ou à la religion, quand ce n'est pas aux deux. A dix ans (1854), Gerard Manley Hopkins fut envoyé en pension à Highgate School où il restera jusqu'en 1863, avant d'intégrer l'élitiste et convoité Balliol College d'Oxford pendant quatre années. Il y fut le maître incontesté parmi les étudiants de Grec ancien -surnommé "l'étoile de Balliol"-, matière qu'il enseigna ensuite, au niveau universitaire, les cinq années précédant son décès.

C'est à Oxford qu'il se lie d'amitié avec un autre poète, Robert Bridges. Ce dernier amènera au grand jour littéraire l'oeuvre de Gerard Manley Hopkins, avec ténacité, après la mort de celui-ci, lors même que l'oeuvre en question n'était connue que d'un cercle très restreint composé de rares amis et d'une partie de la famille proche.

En 1886 il se convertit au catholicisme, sans doute sous l'influence de Newman et du mouvement d'Oxford.
Il faut se représenter l'engagement que cela signifiait dans l'Angleterre de l'époque; cela voulait dire rompre avec la plupart de ses amis, voir -mais ça n'a pas été tout à fait le cas pour Hopkins- sa famille tourner le dos, se murer dans un isolement social, se vouer à une solitude sans remède.

Curieusement il choisit la Compagnie de Jésus; concomitamment il renonce à la poésie. Oui, nous sommes bien en présence d'un autre cas de renoncement à la poésie, comme chez son contemporain qu'il n'a pu connaître, ni l'homme, ni l'oeuvre, Arthur Rimbaud.
Je l'aurais plutôt imaginé se tournant vers un ordre plus mystique et contemplatif, par exemple le Carmel, où il semble que sa pleine mesure aurait pu s'exercer, tandis que la difficile règle ignacienne et la vocation jésuite -très "dans l'action", très dans le siècle a des exigences différentes.

Deux ans de noviciat, trois ans de philosophie à Stonyhurst, un an de professorat à Roehampton, trois ans de théologie à Saint Beuno (Galles) plus tard il est ordonné prêtre.
Prêtre attaché à des paroisses de Londres, Liverpool ou Glasgow, il achève sa trajectoire par cinq années dédiées au professorat de Grec, à Dublin. Sa vue se mit à baisser et s'ensuivit une lente dégradation générale; usé nerveusement, fatigué au physique, puis emporté au final par une fièvre de type typhoïde à 45 ans.

Sur son lit de mort, son dernier mot fut, en dépit de sa vie plutôt courte même pour l'époque, de son cumul de souffrances et de leurs longueurs, "I am so happy, I am so happy. I loved my life." / "Je suis si heureux, je suis si heureux. J'ai aimé ma vie."
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gerard Manley Hopkins    Sam 25 Jan 2014 - 1:11

Les écrits de Gerard Manley Hopkins sont-ils entièrement compilés ?
Et, s'ils le sont -ce dont on peut douter- sont ils entièrement publiés (et, accessoirement, traduits en français) ?

N'importe, l'ouvrage qu'il convient de se procurer en tant que lecteur lisant en français est celui-ci, "poèmes et proses" (Points - Poésie) une édition bilingue pour les textes de poésie seulement, aux manettes Pierre Leyris, un gage de qualité traductrice. D'autres ouvrages sont disponibles en français, et celui-ci ne contient pas tous les textes parus d'Hopkins.


Hopkins est un poète qui peut repousser, trop hors norme, avec une langue tellement travaillée qu'elle en devient sinon hermétique -elle ne l'est jamais-, du moins réclamant une attention soutenue et des facultés imaginatives et déductives spécifiques.

De sorte qu'il ne convient sans doute pas, du moins est-ce là mon avis, de se lancer à l'abordage d'Hopkins par ce qui est considéré comme son chef d'oeuvre en poésie, The wreck of the Deutschland (le naufrage du Deutschland). Et que toutes les subtilités d'un poème aussi bref que As kingfishers catch fire (Le martin-pêcheur flambe) ont toutes les chances de ne pas être considérées par l'hopkinsien néophyte.

Néanmoins... on peut faire effraction dans cette oeuvre sans difficulté, par exemple par:

‘I wake and feel the fell of dark, not day’


I WAKE and feel the fell of dark, not day.
What hours, O what black hoürs we have spent
This night! what sights you, heart, saw; ways you went!
And more must, in yet longer light’s delay.
   With witness I speak this. But where I say        
Hours I mean years, mean life. And my lament
Is cries countless, cries like dead letters sent
To dearest him that lives alas! away.

 I am gall, I am heartburn. God’s most deep decree
Bitter would have me taste: my taste was me;        
Bones built in me, flesh filled, blood brimmed the curse.
 Selfyeast of spirit a dull dough sours. I see
The lost are like this, and their scourge to be
As I am mine, their sweating selves; but worse.





Réveil: je sens le chu du noir...

Réveil: je sens le chu du noir, non pas le jour.
Quelles heures, déjà, ô quelles noires heures
De nuit ! Mon coeur, quelles visions ! Par quelles voies !
Et quelles à subir tant que tarde encor l'aube !
 J'ai témoin pour ce que j'avance. Or, quand je dis
Heures, j'entends années, j'entends vie. Et ma plainte
Est cris sans nombre, cris lancés comme des plis
Perdus vers le très cher qui vit las ! hors d'atteinte.

 Je suis fiel, aigreur. Dieu, selon sa foi profonde,
M'a fait goûter l'amer: mon goût propre: os, chair,
  sang
Ont charpenté, rempli, comblé le maléfice.
  Self-levain de l'esprit, sûrit une pâte aigre.
C'est le lot des damnés, et leur fléau doit être
Comme je suis le mien, leur moi suant; mais pire.




(NB: ce fil permettra sans doute de s'étendre sur la notion de self ou de selves, propre à cet auteur. En l'occurrence et pour une première découverte du concept, selfyeast, rendu en traduction par self-levain).
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gerard Manley Hopkins    Dim 26 Jan 2014 - 16:27

Donc en deux mots self et selves dans l'oeuvre d'Hopkins - ne rigolez pas, cela pourrait (a pu ?) donner matière à sujet de thèse; Hopkins part du postulat que toute créature (ou création naturelle, c'est-à-dire émanant de "La Création") effectue une et même chose, spécifique, intrinsèque à elle, et donc harmonisée à son propre "moi" ou "être". Son agir, son comportement, détermine cette spécificité, ce self.
Self ou selves, qu'on peut rencontrer rencontrer sous divers emplois, forme substantivée ou même verbe. D'où une certaine étrangeté, et un obstacle à la traduction; prenons selves, goes itself (NB: rencontré dans As kingfishers catch fire). Le signifiant est vague est peu possible à rendre en français: "est soi", "s'affirme en tant que soi", "va soi", se comporte en tant que soi"? jypeurien ?
Autre exemple ci-dessous, comment rendre World’s loveliest—men’s selves  scratch ?

To what serves Mortal Beauty?

TO what serves mortal beauty ' —dangerous; does set danc-
ing blood—the O-seal-that-so ' feature, flung prouder form
Than Purcell tune lets tread to? ' See: it does this: keeps warm
Men’s wits to the things that are; ' what good means—where a glance
Master more may than gaze, ' gaze out of countenance.        
Those lovely lads once, wet-fresh ' windfalls of war’s storm,
How then should Gregory, a father, ' have gleanèd else from swarm-
ed Rome? But God to a nation ' dealt that day’s dear chance.
 To man, that needs would worship ' block or barren stone,
Our law says: Love what are ' love’s worthiest, were all known;        
World’s loveliest—men’s selves. Self ' flashes off frame and face.
What do then? how meet beauty? ' Merely meet it; own,
Home at heart, heaven’s sweet gift; ' then leave, let that alone.
Yea, wish that though, wish all, ' God’s better beauty, grace.


A quoi sert la beauté mortelle ?

A quoi sert la beauté mortelle (elle a ses dangers, fait
 danser Le sang) les traits -ô quel camée- projetant
 plus fière figure
Qu'aucun menuet de Purcell ? A ceci qu'elle attise en
 l'homme
Un zèle ardent pour ce qui est; l'instruit du bien quand
 un coup d'oeil
En apprend plus que de longs regards qui feraient perdre
 contenance.
Ces beaux garçons chus frais-mouillés naguère d'un
 autan de guerre,
Comment sinon Grégoire, un père, eût-il pu les glaner
 dans Rome
Pullulante ? A notre pays un Dieu donna cette chère
 chance.

A l'homme féru d'adorer la pierre stérile ou le bois,
Aime le plus digne d'amour en ce monde, dit notre loi,
Le self des hommes; le self sourd de la membrure ou de
 la face.
Mais quel accueil faire à beauté ? Tout simple:
 reconnais, recueille
En ton coeur ce doux don du ciel; puis laisse, laisse-le
 tranquille,
Sauf à lui souhaiter de Dieu la beauté suprême, la grâce.  
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MessageSujet: Re: Gerard Manley Hopkins    Lun 27 Jan 2014 - 17:48

Curieusement, j'ai découvert quelques vers de ce poète grâce à une épigraphe de Gene Wolfe, l'écrivain de SF, pour je ne sais plus quelle histoire. Ils m'avaient frappé par leur grande beauté. Il faudrait que je retrouve ce poème.
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Gerard Manley Hopkins    Lun 3 Fév 2014 - 12:47

Jean Levant a écrit:
Curieusement, j'ai découvert quelques vers de ce poète grâce à une épigraphe de Gene Wolfe, l'écrivain de SF, pour je ne sais plus quelle histoire. Ils m'avaient frappé par leur grande beauté. Il faudrait que je retrouve ce poème.
Oui, il ne faut surtout pas hésiter à venir le partager !

Un poème de jeunesse à présent, tout en musicalité, délicat mais puissant; déjà transparaît le soin qu'a eu Hopkins de limiter les mots anglais issus d'une racine latine, au profit de ceux provenant du Saxon. Selon la préface de Pierre Leyris à l'ouvrage cité ci-dessus, on retrouve cela y compris dans ses homélies de prêtre et dans sa correspondance, c'est dire si ce choix était devenu naturel pour Hopkins. D'où aussi ses emprunts à des mots anglais tombés en désuétude: c'est moins par préciosité, ni non plus par une littéralité de tour d'ivoire, que par nécessité sonore et expressive.
En dépit des prouesses d'inventivité de la traduction, ce poème-ci perd presque en totalité sa charge musicale et ses harmonies une fois restitué en français.



The Habit of Perfection


Elected Silence, sing to me
And beat upon my whorlèd ear,
Pipe me to pastures still and be
The music that I care to hear.

Shape nothing, lips; be lovely-dumb:        
It is the shut, the curfew sent
From there where all surrenders come
Which only makes you eloquent.

Be shellèd, eyes, with double dark
And find the uncreated light:        
This ruck and reel which you remark
Coils, keeps, and teases simple sight.

Palate, the hutch of tasty lust,
Desire not to be rinsed with wine:
The can must be so sweet, the crust      
So fresh that come in fasts divine!

Nostrils, your careless breath that spend
Upon the stir and keep of pride,
What relish shall the censers send
Along the sanctuary side!      

O feel-of-primrose hands, O feet
That want the yield of plushy sward,
But you shall walk the golden street
And you unhouse and house the Lord.

And, Poverty, be thou the bride      
And now the marriage feast begun,
And lily-coloured clothes provide
Your spouse not laboured-at nor spun.



L'habitus de perfection

Silence élu, chante pour moi
Et convie mon oreille en spire
Aux pâtis tranquilles; oui sois
Le pipeau qui me plaise ouïr

Ne formez rien, lèvres: Doux-taire !
Seul le couvre-feu qu'on vous mande
Du lieu de tout renoncement
Vous peut, closes, rendre éloquentes.

Squamez-vous, yeux, de double nuit,
Trouvez la lumière incréée:
Ce branle mêlé, trop suivi,
Brouille et capte la vue leurrée.

Palais, huche de gourmandise,
N'aspire pas à te rincer de vin:
Si friandise est la miche, exquise
La cruche des jeûnes divins !

Narines dont le flair s'égare
A lever et traquer l'orgueil,
Quel délice les encensoirs
Vont épandre jusqu'au saint seuil !

Pieds épris de l'herbe cédeuse,
Vous allez fouler l'allée d'or;
Mains de primeroses palpeuses,
Le Seigneur enclore et déclore.

Lors, Pauvreté, sois l'épousée,
Lors, vienne la fête nuptiale,
Lors, donne à l'époux, non ouvrée
Ni filée, la robe liliale.
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