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 Anton Kuh [Autriche]

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Méphistophélès
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MessageSujet: Anton Kuh [Autriche]   Sam 15 Fév 2014 - 19:06




Comme il n’y a pas de Wikipedia français pour cet auteur, que celui en anglais est relativement bref (une ligne) et que je ne comprends pas suffisamment l’allemand pour vous le traduire, j’ai pioché dans la petite biographie donnée dans l’ouvrage que je vais ensuite vous présenter :

« Anton Kuh naît à Vienne le 12 juillet 1890. Emil, son père, avait d’abord été collaborateur puis rédacteur en chef du Neues Wiener Tagblatt [Nouveau quotidien viennois]. Anton avait trois sœurs, qui, avec leur mère, Auguste, née Perlsee, étaient connues pour fréquenter le cercle de l’analyste et sexologue Otto Gross. Vieille famille juive de langue allemande, les Kuh sont originaires de Prague. Quand, à dix-neuf ans, Anton fait enfin la connaissance de la ville de ses aïeux et qu’on l’emmène au cimetière de Prague-Zizkov sur la tombe de son grand-père, une figure du pangermanisme tchèque, il se réfugie « dans une gargote tchèque », marquant ainsi symboliquement ses distances.

On le décrit comme mince, le teint mat, les cheveux en désordre, les traits tourmentés. Il porte le monocle en partie pour cacher un tic nerveux acquis pendant son service militaire et qui lui a valu d’être réformé.

Tour à tour ou simultanément journaliste, bohème, conférencier, comédien, Anton Kuh est d’abord un homme libre. À Prague, il a rencontré les écrivains Max Brod, Franz Kafka, Gustav Meyrink, Franz Werfel, le peintre Oskar Kokoschka. À Vienne, il fréquente la bohème des grands cafés. Partout il collabore aux meilleurs journaux et revues qui diffusent une pensée alternative à la politique gouvernementale pratiquée par les chrétiens-sociaux. Hitler au pouvoir, le gouvernement autrichien lui emboîte le pas à sa façon. Anton Kuh, que la presse nazie traite de Kulturbolschewist, rentré à Vienne, se sent juif traqué, en danger, vit et pense avec les immigrés allemands. Il décrit leur situation, lutte pour une compréhension supranationale. Kuh, qui a toujours combattu l’Anschluss installé dans les têtes dès la chute de l’Empire austro-hongrois, c’est-à-dire à l’intégration de la Petite Autriche à l’Allemagne, doit fuir, après une dernière tentative directe d’infléchir la politique du gouvernement autrichien, devant l’Anschluss réalisé en 1938 par la force.

Accueilli à New-York par l’Emergency Rescue Committe qui, dirigé notamment par l’écrivain allemand Thomas Mann, s’occupe de l’accueil des exilés allemands et autrichiens, Anton Kuh tente une intégration qu’il veut provisoire*. Il perfectionne son anglais, collabore à une radio, travaille pour Aufbau, le journal le plus important de l’immigration allemande aux Etats-Unis, et, si l’on en juge par une grande lacune dans sa biographie, travaille comme « nègre » (pour qui ?) - à moins qu’il n’ait été malade !

Kuh meurt le 18 janvier 1941 victime d’un infarctus. Ses manuscrits, dont une autobiographie inachevée, étaient rassemblés dans un carton entreposé dans une cave d’amis. L’immeuble condamné à la démolition, bien des documents et manuscrits ont disparu, sans doute à jamais. »

À ce jour, sa bibliographie comporte une dizaine d’ouvrages édités en allemand mais seulement une seule traduite en français : Café de l’Europe, publiée par les éditions Calmann-lévy en 2003.

* À noter aussi que Klaus Mann l’évoque dans son autobiographie Le Tournant lorsqu’il parle de l’immigration allemande ainsi que dans Fuir pour vivre (ouvrage qui relate les grands noms de l’immigration allemande et autrichienne durant la Seconde Guerre mondiale) qu’il a coécrit avec sa sœur Erika.
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Méphistophélès
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MessageSujet: Re: Anton Kuh [Autriche]   Sam 15 Fév 2014 - 19:10

Présentation de Café de l’Europe :


Cette œuvre est composée de deux ouvrages différents édités en allemand : Luftlinien et Zeitgeist im Literatur-Café. Les nombreux chapitres sont en fait des articles publiés dans les journaux viennois puis américains, sous forme de feuilletons. Ils se situent tous entre les années 1918 et 1940.

Cette œuvre possède donc un contenu hétéroclite, Anton Kuh y parle à la fois de son monocle qui ne le quitte jamais tout comme de sa nostalgie de la Vienne impériale, mais ce qui el préoccupe le plus c’est la montée du nazisme puis l’Anschluss.

Anton Kuh critique, décortique sur le ton de l’humour une société pas encore rétablie avec l’effondrement d’un Empire millénaire. Il dénonce aussi avec ferveur (mais toujours avec humour) la montée du nazisme qui arrive insidieusement en Autriche après avoir petit à petit conquis l’Allemagne et les conséquences désastreuses que cela va produire.
C’est donc avant toute chose un observateur qui nous relate avec amertume « la ruine économique, politique et culturelle » de l’Autriche et qui, grâce au recul que lui permet son statut d’observateur, « lance des mises en garde contre l’isolement croissant d’un petit État qui risque de ne plus voir son salut que dans son rattachement à l’Allemagne ».

Voici quelques extraits :

Citation :
Depuis peu (nous sommes en 1923), des individus se bousculent pour remonter à la surface de la paupérisation, des individus contre lesquels il convient de protester tant qu’il en est encore temps, et ce avec beaucoup de fermeté.
L’auteur de ces lignes qui, depuis plus de trente ans, occupe un emploi de schnorrer (va-nu-pieds) sur la place de Vienne et a progressé dans cette activité grâce à d’inlassables efforts et à un solide capital de besoin d’argent se voit tout à coup associé à une sorte de nouveaux pauvres que ne semble légitimer dans leur rôle.
Comment - nous, les respectables schnorrer d’avant la guerre, pour qui le fait de ne rien posséder a toujours été plus qu’un manque d’argent accidentel et provisoire, et qui avons dû littéralement acquérir notre Weltanschauung [= vision du monde] en ôtant le pain de la bouche des riches, - comment accepter de voir des gens, dont la pauvreté ne date que d’hier, jouer des coudes pour se joindre à nous et partager notre sort ?
Que va-t-il advenir de la culture du schnorrer, de la moralité et de la dignité de la gueusaille, si le hasard d’une crise économique, d’une baisse de la Bourse, etc., permet au premier milliardaire venu de jouer tout à coup les mendiants, et à n’importe quel minable directeur général de se transformer en anarchiste ?
Extrait du chapitre « Les nouveaux pauvres ».

Citation :
En vérité, l’époque de Johann Strauss ne fut pas aussi innocente et joyeuse, et sa musique aussi bourgeoise que cela.
[…]
Le « bon vieux temps » de Johann Strauss - ce fut la période préclassique des trafiquants, le Biedermeier des nouveaux riches. Des fortunes millionnaires sortirent du néant, et des millions produisirent du néant. Une toute nouvelle société vit le jour, occupa les premiers rangs dans les théâtres, roula dans les voitures tirées par quatre chevaux et imita la cour. Comment accueillit-elle (et avec elle la véritable aristocratie) la musique du jeune Strauss ?
Avec une froideur extrême, comme la cour elle-même. Ces rythmes amples de balades en voiture et de joyeuses beuveries avaient quelque chose de l’exubérance de la banlieue et de l’insolence des traîne-la-rue. On y sentait la main musicalement caressante du tiers état. Le bourgeois de la finance trouvait que ces accents manquaient de noblesse. Ses oreilles étaient encore nourries des déchets des gavottes et des menuets en vogue aux bal de la cour.
[…]
Oui, le cher, le bon, le gentil roi de la valse eut à ses débuts de tout autres soutiens; ses partisans furent la petite bourgeoisie, le joyeux peuple des bals costumés de banlieue […]
Ce n’est que plus tard que la bourgeoisie annexa cette musique à sa sphère existentielle. Mais là aussi la bonne humeur et l’authenticité ont été ressenties entre guillemets; pour ainsi dire, on entendait déjà à travers elle le bon vieux temps.
Extrait du chapitre « La valse de Strauss, une identité ».
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kenavo
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MessageSujet: Re: Anton Kuh [Autriche]   Dim 16 Fév 2014 - 8:12

Merci pour ce fil
j'avais déjà fait quelques recherches lorsque tu l'as mentionné sur le fil de nos lectures, mais là, je note ces titres en allemand pour voir de plus près

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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