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 Jeanne Benameur

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Aeriale
Léoparde domestiquée


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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 6 Mar 2008 - 14:06

animal a écrit:
Il m'a fallu quelques pages pour m'acclimater. Par moment j'ai trouvé les arguments du récit un peu artificiels (le rapport aux mots, à l'écriture par exemple ou quelques "trucs" un peu trop poussés). Néanmoins difficile de ne pas entrer dedans.
Je comprends ce que ressent Animal...Je n'ai lu d'elle que ce superbe ouvrage Passagers, mais c'est une écriture si vaporeuse, si pénétrante qu'il faut parfois un peu de temps pour rentrer dans sa sphère. Tout dépend de la personne évidemment. Moi j'ai adhéré d'emblé, et l'écouter parler aux rencontres de Manosque fut un vrai bonheur!
J'ai comme une sensation d'intimité, lorsqu'elle nous parle des choses simples de la vie (Dans Passagers il s'agit d'une tour à l'abandon)
Elle a pour moi ce petit supplément d'âme, un peu insaisissable mais qui s'insinue avec pudeur et élégance, et qui charme irrésistiblement, même "après coup"!

Retrouvé sur le fil "Rencontres à Manosque" l'impression qu'elle m'avait laissée suite à sa présentation de Passagers:
Citation :
Une femme lumineuse, superbe et humble à la fois. Je me laisse emplir de ses mots, des mots encore une fois qui parlent de l'humain, de la vie, des traces que nous devons inscrire dans le temps par ces écrits, comme témoignage, car chaque existence est riche, et les oubliés de la vie ont aussi leur place dans notre monde. Son livre est là pour nous le rappeler
Et cette phrase d'elle qui dépeint toute la générosité de cette auteure
Citation :
Chaque fois que je croise un regard, je me sens un peu chez moi"
drunken
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Queenie
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 6 Mar 2008 - 15:30

je n'ai pas eu de mal à entrer dans l'univers proposé par Jeanne Benameur dans les Demeurés. Au contraire. Et j'ai complètement adhéré à ce style un peu fantasmagorique. J'étais juste terriblement déçue que ça se termine si vite, si brutalement.

La petite nébuleuse, la bulle, ce monde refermé sur lui-même, qui éclate quand on touche du doigt la notion d'identité, d'indépendance.
J'ai trouvé étrange que l'instit' soit autant bouleversée, et puis après je me suis dit : mais à elle aussi, c'est tout son univers qui s'écroule, tout ce en quoi elle se rattachait depuis des années.

Un de ces 4 matins je lirais un autre ouvrage de Jeanne Benameur, son écriture est tout un monde.

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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 6 Mar 2008 - 16:30

Queenie a écrit:


Un de ces 4 matins je lirais un autre ouvrage de Jeanne Benameur, son écriture est tout un monde.

Queenie, tu évoques cette bulle d'amour qui éclate... et aussi vient se fracasser tout ce en quoi croit la jeune institutrice...Tout paraît si simple et c'est d'une telle violence!...Je suis toujours aussi émue chaquefois que j'y repense...

Il faut que je lise Passagers dont parle Aériale...J'ai aussi beaucoup aimé Les mains libres...
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MessageSujet: Un jour mes princes sont venus   Sam 26 Avr 2008 - 21:00

Un jour mes princes sont venus

Citation :
« J’ai découvert la mort dans une paume ouverte.

Approcher doucement ma main. Savoir qu’après, c’est plus jamais. Toucher.
J’ai vingt ans.
La mort, c’est immense.

[…]Nous avons perdu l’homme de la maison. J’aimais ses mains.
Quittes de toute étreinte, elles se sont ouvertes.
Son poing fermé retenait le monde. Je n’ai plus de frontières.

Une fille prête à embrasser les morts, voilà ce que je suis devenue. »
Ainsi commence « Un jour mes princes sont venus », qui aurait pu s’intituler « Le regard du père ou son absence». Un père parti trop vite alors qu’il restait tant à se dire, des amants quittés trop tôt par refus de s’attacher à un autre homme.
Cette femme s’interroge sur son comportement en revenant sur ses amants passés avec lucidité mais beaucoup de tendresse aussi. Pas de reproches, pas de parti pris, juste la souffrance de l’absence.

Citation :
« Je voudrais que tu m’aides, mon père. J’ai besoin de toi. Apprends-moi les hommes. Apprends-moi comme c’est différent de moi. Il n’y a que ce qui me ressemble que je cherche en eux ? Ca ne va pas. Ca ne va pas du tout.
Donne-moi un rendez-vous, tu veux ? Sur le port. Dans un café. J’aimerai que tu m’attendes tranquillement à une table…
Je suis toujours un peu en retard.
Tu as pris tellement d’avance.

[…]Voilà. Pose ta tasse. Merci. Regarde-moi. Et parle.
Je pourrais t’écouter longtemps. Toute la nuit s’il le faut. Ce serait si bien de voir le jour se lever ensemble sur le port. On ne l’a jamais fait. Tu aurais parlé toute la nuit. Toute la nuit je t’aurais écouté.
Alors le jour serait vraiment le jour. Je saurais ce qu’est un homme.

[…]Pourquoi faut-il toujours arracher les mots de la bouche d’un mort ? »
Il s’agit de mon premier roman de Jeanne Benameur. Plus connue pour son roman Les demeurées mais malheureusement indisponible à la bibliothèque, je me suis rabattue sur le seul disponible actuellement. Et je n’ai pas été déçue !
Jeanne Benameur arrive a susciter une réelle émotion avec des mots simples et poétiques à la fois, des phrases courtes qui évitent tout superflu. Une très agréable découverte.


Dernière édition par sentinelle le Sam 26 Avr 2008 - 21:33, édité 1 fois
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 26 Avr 2008 - 21:03

sentinelle a écrit:
Il s’agit de mon premier roman de Jeanne Benameur. Plus connue pour son roman Les demeurées mais malheureusement indisponible à la bibliothèque, je me suis rabattue sur le seul disponible actuellement. Et je n’ai pas été déçue !
Jeanne Benameur arrive a susciter une réelle émotion avec des mots simples et poétiques à la fois, des phrases courtes qui évitent tout superflu. Une très agréable découverte.
Cela fait plaisir à lire.. d'autant plus que je suis convaincue que tu vas adorer encore plus Les demeurées Wink

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c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Sam 26 Avr 2008 - 21:04

Je le pense aussi oui
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kenavo
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 24 Aoû 2008 - 19:33

Laver les ombres

Tout d’abord, ce livre commence avec une couverture



Tableau de Paul-Elie Ranson, Lustral


Et puis il y a cette phrase tout au début du livre

Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait.

Citation :
Mot de l'Editeur: Elle est dans la quête de la beauté, la perfection du geste, la maîtrise absolue du moindre muscle de son corps. Jamais pourtant elle ne parvient à s’affranchir de cette grâce douloureuse qui bannit tout plaisir. Lea semble empêchée de danser par une force centrifuge qu’elle ne sait pas nommer, comme elle semble empêchée d’aimer Bruno, le peintre qu’elle laisse approcher au plus près sans jamais accepter le partage. A la faveur d’une nouvelle chorégraphie, qui place la mère au centre de son art, la danseuse est rattrapée par ses vieux démons qui demandent leur part de lumière. Et quand elle finit par céder à l’insistance de Bruno et pose pour lui, d’où lui vient cette sensation absurde de donner son corps en pâture ? Elle sait que les clés sont dans la maison de l’enfance, dans un secret qu’elle partage sans le connaître. A présent elle doit en avoir « le cœur net ».
Par une nuit d’orage, d’apocalypse, elle gagne la petite ville côtière qui l’a vue naître. Mère et fille se retrouvent pour laver les ombres.
En onze tableaux où alternent le présent et le passé, peu à peu se dénouent les entraves dont le corps maternel porte les stigmates. Naples à l’époque de la guerre, le bistrot familial, un “bel ami” français qui promet le mariage à une jeune fille de 16 ans et pourtant vend son corps dans une maison close. Puis le départ pour la France, l’enfant inespérée, un semblant d’apaisement tout près du précipice.
Etat des lieux après l’orage : recomposer autrement l’image mythifiée du père, intégrer le faux-pas à la danse. Léa peut aller vers la vie comme la mer revient à l’étale.

Oui, ce livre lave les ombres.. de deux femmes, fille et mère dont on va connaître le passé de l’une pour comprendre le développement de leurs relations et le caractère de l’autre.

Ce livre nous parle de la danse

Citation :
Danser c’est trahir l’espace
[...]
Danser c’est altérer le vide
[...]
Danser c’est attirer le vide
[...]
Danser c’est écrire avec tout son corps

Ce livre nous parle de l’amour, de l’impossibilité de l’intimité à deux
Il nous parle de confiance et de déception

Je pense que Jeanne Benameur a aussi lavé ses mots – ce livre ne contient que l’essence de phrases tellement jolies que j’ai envie de vous les copier toutes

Je vais me limiter à une page.. une des plus dures de ce livre, mais écrit d’une façon que je n’ai rarement rencontrée jusqu’à présent…



Depuis deux ans, Romilda n’est plus personne.
Elle n’a pas de clef pour fermer sa porte. Rien dans sa bouche pour articuler le refus.
Sa force, elle l’a perdue pour un homme, un seul. Celui qui règne sur elle dans la grande maison. Celui qui l’a asservie.

Les autres hommes qui entrent dans la vaste chambre au papier peint champêtre portent sur leur dos la charogne du monde. Ils ont tout fait, tout ce qui rend les êtres abjects pendant une guerre et là, dans le silence, avec elle, ils essaient de retrouver des gestes oubliés. Ceux d’avant. Parce qu’elle est jeune. Parce qu’elle est fragile et belle. Elle les relie au temps où ils étaient seulement des hommes, pas des soldats. Et c’est elle qui incorpore la charogne du monde.
Elle connaît maintenant la guerre par la peau.
Leur sueur, leur odeur, le toucher de leurs doigts ont fait d’elle un palimpseste vivant de la guerre. Ils ne savent pas qu’ils inscrivent chacun leur histoire sur elle, en elle.
Tatouée, à l’intérieur. Elle est l’envers du monde.
Une bête de guerre et de nuit.

Pour les viols, les tortures, ils ne paient pas.
Pour elle, oui. Et très cher.

Romilda a un prix.
Elle apprend. A n’être plus personne.

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Nathria
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 26 Aoû 2008 - 20:18

"Laver les ombres" : Mon coup de coeur aime de cette rentrée (pour le moment)!
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 26 Aoû 2008 - 20:21

Nathria a écrit:
"Laver les ombres" : Mon coup de coeur aime de cette rentrée (pour le moment)!
oui

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Aeriale
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 26 Aoû 2008 - 22:27

J'ai faili le mettre aussi dans mon caddypanier hier...mais là vous me faites trop baver!

A prendre aussi..et un de plus, un! miammiam
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coline
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Mar 2 Sep 2008 - 18:25

Laver les ombres
J'ai failli ne pas tenir la promesse ci-dessus car j'avais commencé à lire le dernier roman de Sylvie Germain, L'inaperçu.
Or feuilletant Laver les ombres pour en lire les premières lignes je l'ai finalement lu en entier d'une traite.

J'ai adoré ce roman et retrouvé la façon si particulière, si sensible, qu'a Jeanne Benameur de parler de l'amour difficile à mettre en mots entre une mère et sa fille. Lorsque c'est une profonde blessure qui fonde, pour partie, cet amour...C'était pareil dans Les demeurées dont je ne me lasserai jamais...Laver les ombres, de la même façon, a su et saura pour toujours m'émouvoir. Je le sais...
(Je ferai sans doute un commentaire plus détaillé.)
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Jeu 4 Sep 2008 - 15:11

Laver les ombres

Le titre interpelle et, tombant sous le charme de sa poésie, on en oublie qu’il fait référence à une technique en photographie : « Laver les ombres, en photographie, signifie mettre en lumière un visage pour en faire le portrait ».

Le visage qui sera mis en lumière dans ce récit est celui de Romilda. Une femme maintenant âgée, veuve depuis longtemps, qui demande à sa fille Léa, qu’elle a élevée seule très tôt, de venir auprès d’elle pour lui parler.

« Sa mère a passé sa vie à se faire oublier. Plus que discrète. Effacée. Et voilà que maintenant elle veut la voir, lui dire des choses importantes.
Léa ne peut s’empêcher de craindre.
Le mot « effacée » ne la quitte plus.
La peur est dans le mot.
C’est cela qu’elle a éprouvé exactement. Qui l’a troublée au téléphone ».


Léa est une jeune femme, chorégraphe, dont on sent tout de suite qu’elle est mal:

"Elle est un champ de mines."

« Elle est un mot étranger jeté dans une langue. Comme un mot tout seul jeté dans le silence. Elle se sent intruse. Depuis toute petite.
[...] Alors elle danse. Seule la beauté du mouvement peut la sauver.
C’est sa façon de trouver place dans la vie.
Léa est chorégraphe par nécessité. »


Dans l’exigence qu’elle a avec son corps (elle le livre à une discipline de fer), Léa quête la beauté, la perfection du geste.
La danse l'aide à vivre. Par elle, elle s’exprime. Mais au fond d’elle demeure une peur, elle ne sait laquelle, mais qu’elle pressent liée à sa mère.

"Apprendre la marche imparfaite de tous ceux qui ont dans le corps un poids qui se déplace et les entraîne. Sans qu'ils y puissent rien. Et danser avec ça. (...) Elle fait partie maintenant de ceux qui articulent leurs pas comme on parle après être resté trop longtemps silencieux. Avec peine. La seule grâce possible. Partageable."

Alors, sa mère, Léa a décidé de la mettre au cœur de son prochain spectacle…Da sola

« Elle a appris son corps en s’appuyant à celui de sa mère.
C’est là que tout a commencé.
Sa mère l’a éduquée par vibrations. Sans le vouloir. Dans sa langue on dit da sola pour les choses qui se font toutes seules.
Et elles, elles étaient toutes seules. Et les choses se faisaient. »


Après l’appel qu’elle reçoit de Romilda, Léa se rend auprès d’elle, abandonnant précipitamment Bruno, le peintre, aimant, qu’elle devrait et ne sait pas s’abandonner à aimer.
Quelque chose empêche.
Bruno désarmé.

Léa prend la route. La radio a annoncé un avis de tempête sur sa ville d’origine. Là où Romilda est seule.
Lorsqu’elle arrive, la tempête fait rage autour de la maison.

« Léa est venue jusqu’ici. Elle veut savoir. La tempête l’aide. Elle ose.
C’est quoi la peur toujours, la menace dans tes yeux, Maman, c’est quoi ? C’est quoi ce que tu avais à me dire ? »


Et la mère parle. Elle raconte à Léa la vérité toujours tue parce qu’elle en a honte. Une honte qui remonte à ses 16 ans, à Naples, en 1941 et 1942, lorsqu’elle travaillait derrière le comptoir du bar de sa mère tandis que son père était parti combattre sous les ordres de Mussolini. Lorsqu'elle a rencontré Jean-Baptiste, le père de Léa, un Français.
Et la vérité fracasse l’image du beau Jean-Baptiste , disparu en chutant d’une falaise un jour, lors d’une autre grande tempête.

« Elle est venue jusqu’ici pour savoir. Voilà.
Et ça s’effrite. Ca s’éboule.
Où poser le pied maintenant ?
Il faut marcher dans les mots de la mère, là, dans la cuisine. A l’intérieur.
Autour il n’y a plus rien. »


La tempête a fait rage au dehors mais les mots que la mère a prononcé ont soulevé une tempête bien plus violente au cœur même de la maison et dans le cœur de Léa.
Le calme revient après la tempête.
La mer redevient étale .
Mais la vie ?...

« Les larmes elle ne les entend pas.
C’est le dos qui le lui dit. Le frémissement des omoplates. La tête de la mère reste baissée.
Alors elle s’élance, la prend aux épaules. Petite maman.
Un fétu. Une brindille jetée au vent dès sortie du ventre de ta mère. Et vole et vole. Petite maman.
La fille pleure. Contre le dos de la mère.[…] Elle parle. C’est tout ce qu’elle a, les mots. C’est pauvre.[…] Elle emboîte avec des mots l’inconcevable de l’histoire de la mère dans l’histoire des pays, des guerres. »


J’ai retrouvé à cette lecture exactement la même impression que celle ressentie à la lecture des Demeurées.
Et les mots simples et forts de Jeanne Benameur, les mots choisis pour aller au plus juste, au plus sensuel… toujours au plus sensible.
Ses phrases courtes, son style épuré à l’extrême qui me fait totalement vibrer d’émotion.

J’ai a-do-ré ce roman !…
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Nathria
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Dim 7 Sep 2008 - 11:09

Ce n'est pas parce qu'on enfante que la rencontre a lieu entre la mère et son enfant. Dans ce texte, le coup de grâce a lieu. J'ai adoré ce récit à deux voix où on découvre par alternance la vie de la fille, danseuse perfectionniste du geste, et celle de sa mère, lacérée par la vie.
Puis à la fin, la rencontre, la vraie, celle d'une mère et sa fille, celle de deux femmes: la tempête démonte tout à l'extérieur tandis qu'en huis clos, chez la mère où tout est calfeutré, les mots déchirent l'air, la parole explique, comble les manques et réunit les deux êtres.
Une écriture digne et pudique et un texte que je n'oublierais pas. aime
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Ven 28 Nov 2008 - 15:38

Les demeurées

Luce la petite fille …
Sa maman demeurée …
Leur amour profond, indicible, corporel…
Solange la maîtresse de la petite Luce …
Jeanne Benameur nous livre avec poésie et finesse une histoire bouleversante entre ces trois femmes... La profondeur des sentiments est immense… La fin est un coup de poignard … C’est un livre magnifique dont on ne sort pas indemne.
aime aime aime

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Au revoir bonjour
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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Ven 28 Nov 2008 - 15:41

Laurette a écrit:
Les demeurées
C’est un livre magnifique dont on ne sort pas indemne.
je suis contente que tu as aimé..
un livre que j'ai lu grâce à Parfum et en fait une de mes premières découvertes (et cadeau Wink ) que j'ai eu sur ce forum.. un double bon moment pour moi Very Happy

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MessageSujet: Re: Jeanne Benameur   Aujourd'hui à 21:15

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Jeanne Benameur
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