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 William Goyen

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Chatperlipopette
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MessageSujet: William Goyen   Mer 8 Aoû 2007 - 14:22




Citation :
William Goyen, né à Trinity, dans le Texas, en 1915, descend d'une famille basque émigrée en Louisiane il y a quatre générations. Tout en poursuivant ses études à l'Université de Houston, il y enseigne la littérature. Puis il s'engage dans la marine américaine et passe plus de quatre ans à bord d'un porte-avions. Revenu de la guerre, il s'établit au Nouveau-Mexique, où il commence à écrire. Toute l'œuvre de Goyen est fidèlement ancrée dans son Texas natal, et fait la part belle au merveilleux. Mais son style, d'incantatoire et lyrique au début, devient sobre jusqu'au dépouillement dans les derniers ouvrages. William Goyen est mort d'une leucémie à Los Angeles en 1983.
Copyright Editions Gallimard.
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Chatperlipopette
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MessageSujet: Re: William Goyen   Mer 8 Aoû 2007 - 14:26

"Merveilleuse Plante"


quatrième de couverture:

« Désenchanté, neurasthénique, Tony Sepulveda s'est réfugié dans un studio où il rumine sa solitude, en tête-à-tête avec une mystérieuse plante. Soudain, du feuillage, il voit surgir un couple tiré à quatre épingles. Henry et Polly Cramoisi -deux êtres minuscules- ont un heureux événment à lui annoncer: Mme Cramoisi est enceinte... »

La lecture apparaît pleine de promesse au vu de cet aperçu donné par l'éditeur: originalité, verve et un poil de mystère.
Le roman commence ainsi « Cet hiver-là où Tony Sepulveda était si malheureux et déprimé, un ami lui apporta une plante vivace et, comme possédé, il fut bientôt incapable d'en détacher les yeux. »
William Goyen donne les caractéristiques de la plante qui devient très vite Merveilleuse Plante: elle pousse les mois d'hiver et vit au ralenti en été. Tony Sepulveda ne supporte plus l'éternel été de la côte californienne et ne souhaite qu'une chose: l'alternance des saisons!
Il fait rapidement connaissance avec les minuscules habitants de Merveilleuse Plante, notamment Mr et Mme Cramoisi qui vont se mettre en quatre pour le dérider et lui remonter le moral. Tony rencontre des personnages hauts en couleur tels que Ver de Terre, à mourir de rire dans ses tenues plus extravagantes les unes que les autres, les coccinelles jumelles, Charlène et Gisella, qui se chamaillent sans cesse, Adèle l'araignée aux pattes de fée, la troupe de l'Ordre des Braves Bêtes qui excelle dans les figures extraordinaires, Coupe Coupe l'abominable ver blanc qui croque tout sur son passage (son procès est un moment sublime), sans compter Criquet Cru, le chanteur invisible, et le docteur Taupe, le philosophe zen de Merveilleuse Plante.
Tout ce petit monde est la fantasmagorie du biotope de Merveilleuse Plante: les utiles et les nuisibles intimement liés au développement et au cycle de la plante. Ce n'est pas Gulliver chez les Lilliputiens, mais un très agréable conte autour du cycle du monde végétal. Disparaître pour mieux se régénerer, le mythe de Perséphone passant six mois, où la terre est cultivée, avec sa mère Déméter avant de retourner aux Enfers vivre avec Hadès son époux.
« Merveilleuse Plante » est peut être, aussi, une parabole de la vie artistique: des idées à profusions arrivant après une période d'imagination en berne. La luxuriance de l'imaginaire pendant de la dépression angoissante du manque d'inspiration...situations que doit connaître tout artiste à un moment donné de sa carrière.
Un court roman de William Goyen à lire lors d'un après-midi ensoleillé, sous un arbre, ou par épisodes dans la tranquillité du Petit Coin! Quel que soit l'endroit, on sort enchanté et charmé de sa lecture...et on regarde ses plantes d'un autre oeil, au cas où de petits êtres pointeraient le bout de leur nez!
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MessageSujet: Re: William Goyen   Sam 23 Fév 2008 - 7:38

Pour notre Animal qui lit "Précieuse Porte" de William Goyen, un petit topo sur un court roman de ce même auteur.

Merveilleuse Plante


Il s'appelle Tony Sepulveda et il vient de s'installer dans la ville de Los Angeles. Loin de chez lui, au coeur de cette mégapole artificielle, la déprime le gagne peu à peu. Afin de lui remonter le moral, un ami lui offre en cadeau une plante vivace : Merveilleuse Plante.

Bientôt, Tony ne pourra plus se passer de Merveilleuse Plante car celle-ci n'est pas un végétal comme les autres : sous ses feuilles vit tout un petit monde.

Tout d'abord, il fait un beau matin la connaissance de deux petits êtres verts et minuscules, Henry et Polly Cramoisi qui lui annoncent qu'ils attendent un heureux évenement.

Puis vient le tour de l'AOBB ( Association de l'Ordre des Braves Bêtes), milice d'insectes vouée à la sécurité de Merveilleuse Plante.

L'Ordre des Braves Bêtes – ou Ordre des Bons Insectes – va permettre à Tony de rencontrer son commandant Herbert Bête, ainsi que les divers membres du bataillon : Ver de Terre, Gary la Chenille, les deux coccinelles jumelles Gisella et Charlène, l'araignée Adèle, le timide Billy Balle et Fils de Terre le Ver Blanc.
Peu à peu, Tony va faire connaissance de toute cette société minuscule qui s'évertuera à lui remonter le moral en organisant des spectacles orchestrés par Criquet Cru.
Il assistera aussi à la capture du redoutable Coupe-Coupe ainsi qu'à son procès qui s'achèvera... par un mariage.
Mais Merveilleuse Plante est une plante d'hiver et alors que l'été arrive, ses feuilles commencent à dépérir et toute sa population commence à organiser son exode annuel vers les profondeurs souterraines en attendant le retour de la nouvelle saison.

Pour Tony, c'est un déchirement de se séparer de ses nouveaux amis et il faudra l'intervention du docteur Taupe Emmanuel Molleton ( docteur ès lettres ès sciences et SPA, CNRS, et Président Honoraire de l'Ordre de l'IBF : Institution du Bulbe Fabuleux ) pour lui expliquer le cycle naturel de Merveilleuse Plante et lui faire ainsi admettre la nécessité qu'à celle-ci et ses habitants de se régénérer afin de revenir à la surface l'hiver suivant.

On l'aura compris « Merveilleuse Plante » est un court roman en forme de conte, une fable surréaliste qui évoque l'univers humoristique des dessins animés ainsi que le Pays des Merveilles de Lewis Carroll.

Avec ce livre, William Goyen nous offre une parabole sur le mal de vivre et le déracinement ainsi que sur le pouvoir dont dispose chacun de nous pour disperser les sombres nuages de la mélancolie et d'oublier, grâce au pouvoir de l'imagination, les tracas et avanies de l'existence. Cartésiens s'abstenir.
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MessageSujet: Re: William Goyen   Mar 26 Fév 2008 - 21:42

Précieuse porte

haha ! une dizaine de nouvelles pas complètement sans liens entre elles (lieux, personnages). Lu pour cause de suggestion de bix sur le fil T. Williams. curiosité grande. La première nouvelle "La serre prise dans la glace" m'a paru un peu surréaliste et à la fois séduisante et dérangeante, un peu morbide... par la suite de page en page, ça s'est accéléré, écriture de plus en plus envoutante. Toujours une part de violence, j'en viens d'ailleurs à me demander si cette impression de malaise, de refus de cette violence ne vient pas d'un décalage culturel par rapport au contexte américain de ces auteurs (un peu même impression avec Faulkner). Surréaliste et décalé le plus souvent, sombre aussi avec une nature présente, discrètement mais certainement, de la terre notamment. Sur la fin, embarqué par la lecture et les dernières nouvelles où des personnages décalés, un peu rêveurs, dans un certain état de faiblesse sont sacrifiés à la réalité... j'ai effectivement penser à Williams en plus ... terreux ?

grande découverte petit à petit, sentiment de quelque chose de plus durable qu'une "claque" sur le moment... beaucoup d'images dans la tête pendant et après la lecture, des impressions qui restent...

je vous copie le quatrième de couverture :

quatrième de couverture a écrit:
Un passant bouleversé par une serre chaude, l'hiver, et possédé par un jardinier alcoolique ; Horty Solomon, devenue princesse vénitienne, piquée par une araignée cachée dans une pêche ; Louetta et l'oncle fou d'amour, et Leander voué au malheur ; un petit homme locataire d'une maison de poupée ; ou cet homme nu, trouvé la tête fichée dans une rivière asséchée - chacun des personnages des dix nouvelles qui composent Précieuse porte est saisi à un moment bouleversant de son existence, "ce moment ou l'être humain se dépasse et se transforme, au-delà de lui-même", dit William Goyen. Comme le narrateur de Pont de musique, rivière de sable, le lecteur émerge de ces récits "ébranlé jusqu'au tréfonds, ayant perdu toute notion de la réalité mais amené à une étrange vérité".

l'extrait/dédicace au début du livre... qui est un peu un fil conducteur :

"L'amour de Dieu opère par la réconciliation".
"Père", demandai-je, "qu'est-ce que la réconciliation ?"
"Ca veut dire se retrouver dans la paix" répondit mon père. "Un conflit opposait les deux frères, mais ils n'en ont pas moins été réunis dans la paix


promesse d'un extrait pour plus tard.

merci Bix colibri

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MessageSujet: william goyen   Mar 26 Fév 2008 - 21:53

Merci à toi, Animal, un auteur qu'on partage, c'est une sorte de passerelle.

Ou peut etre un voyage commun dans un endroit étrange, mais désormais familier -plus familier en tout cas... Tu es un bon lecteur, je trouve !

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animal
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MessageSujet: Re: William Goyen   Mar 26 Fév 2008 - 22:11

merci pour le compliment Embarassed

je dirai seulement que j'ai eu de la chance et que j'en ai encore. (pas rien cette chance)

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animal
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MessageSujet: Re: William Goyen   Mer 27 Fév 2008 - 22:19

pas simple de choisir un extrait. en espérant avoir limité les fautes à la recopie :

Citation :
Ormsby alla trouver l'oncle qui se prit immédiatement d'amitié pour lui, et l'oncle conta la longue histoire à Ormsby et comment Kansas Tate avait succombé au choc et au chagrin. Ormsby pleura. Il donnait l'impression d'un saint homme plein de douceur, c'était pourtant lui qui était à l'origine de toutes les calamités qui s'étaient abattues sur la maison. Et puis l'oncle raconta sa propre histoire à Ormsby, son amour pour Louetta, la façon dont il s'était occupé comme un père de Leander, l'enfant du viol, et l'avait soigné et guéri alors qu'il se mourrait dans une grotte des sévices du KKK, le désir qu'avait éprouvé Leander pour Louetta et l'horrible suicide de celle-ci dans le puits. Ensuite Ormsby parla des souffrances qu'il avait endurées tout le temps qu'il avait vécu caché jusqu'au jour où une force l'avait poussé à revenir demander pardon. Il confessa à l'oncle son épouvantable méfait et, à genoux, implora pitié et indulgence. Des sanglots secouaient sa tête rose, son visage ruisselait de larmes d'argent et les marques blanches des griffes d'alligators brillaient sur son corps noir. L'oncle aurait pu aussitôt tuer Ormsby, là, dans la maison. Mais il arriva une chose extraordinaire. Je te pardonne, fit l'oncle. Qui peut jeter la première pierre ? Ils avaient aimé la même femme, et le blanc avait élevé le fils du noir et l'avait chéri comme le sien. L'oncle dit tout cela à Ormsby, le nègre à la tête rose. Essayons de vivre ensemble ici, proposa l'oncle, ou le Ku Klux Klan va te tuer s'il t'attrape, et moi aussi. Tu peux habiter dans cette saison avec moi. Et tous les deux, ajouta l'oncle, puisque nous sommes les seuls survivants de toute cette histoire, on peut l'attendre l'éventuel retour de notre fils Leander.
La ville grondait de savoir un blanc et un noir partager le même toit, car bien sûr les gens s'en étaient aperçus. Mais qui, parmi eux, savait tout ce qui s'était passé ? Et pourtant ils condamnaient les deux hommes qu'ils traitaient de hors-la-loi et bien des soirs les cavaliers du KKK tournèrent autour de la maison avec des torches enflammées tandis que les sabots des chevaux soulevaient la poussière jusqu'à former un nuage au-dessus de la vieille demeure familiale. Mais les deux hommes faisaient le mort à l'intérieur. Il leur arrivait d'apercevoir des flammes rougeoyantes et, approchant de la fenêtre, ils découvraient des croix ardentes plantées à même la route et dans les champs. C'est un miracle si le bras de la justice et de la moralité du KKK ne mit pas le feu à la maison, et cette menace ainsi que la promesse d'enduire les deux hommes de goudron et de plumes pour infliger un juste châtiment et restaurer l'ordre revenaient souvent dans des cris et des litanies, mais la vieille maison fut épargnée et ses deux occupants échappèrent à toutes les sévices. Parce que, à ce que l'on dit, certains affirmèrent avoir vu, dans une blanche incandescence au-dessus du toit, la figure éclatante d'un homme ailé qui brandissait un glaive de feu en clamant : "Cette maison est bénie par le pardon. Allez-vous en". Et toutes ces croix embrasées s'éteignirent. C'est ce que l'on raconte, c'est ce que certains virent de leurs yeux.

Leander ne revint jamais. Par des soirées obscures et des jours orageux et sombres, l'un ou l'autre des deux hommes était persuadé de reconnaître Leander, le fils perdu, qui traversait la prairie, se dressait et retombait dans les hautes herbes ; ou bondissait et filait vers la maison comme un lapin de garenne, à la lueur du crépuscule ; ou parfois sur la route, dans la chaleur de l'été, une forme comme un voile lumineux et ondoyant semblait approcher. Mais Leander n'arriva jamais.

Un matin de novembre où tombait du grésil, l'oncle trouva Ormsby mort dans son lit. Il lui creusa une tombe non loin de la maison et, à sa tête, plaça une planche sur laquelle on pouvait lire : "Le père de Leander pardonné".

Et alors, seul dans la maison du chagrin et du pardon, l'oncle se mit à boire, tout remplit de l'histoire qu'il taisait - sauf quand il me laissait entrer et m'en confiait des bribes - jusqu'au jour où il ferma la porte de la vieille maison et partit attendre sur l'autoroute qu'un automobiliste veuille bien le conduire jusqu'à Houston. Il y allait à la recherche de son frère et de sa sœur, mais nous savons qu'il ne les retrouva jamais.

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MessageSujet: Re: William Goyen   Jeu 7 Aoû 2008 - 16:21

Espèces menacées

Corina Ciocârlie
Le Jeudi 07/08/08


Le grand romancier texan William Goyen (1915-1983) ne vécut que sept ans à Trinity, où il est né, mais ce paradis perdu d'une enfance radieuse allait le hanter jusqu'à sa mort. «Le Chant du moqueur» – recueil de sept nouvelles inédites publiées par Gallimard – en rend parfaitement compte.


«Quand nous avons quitté Trinity pour aller nous installer à Houston, j'avais déjà vécu ma vie.» A l'âge de huit ans, William Goyen dut donc abandonner cette région du Big Thicket, ces terres humides du Texas qui constituaient «sa jungle». Il ne s'en est jamais remis. Depuis La Maison d'haleine (1950) – son premier roman, salué par Bachelard, Camus et Anaïs Nin – jusqu'à Arcadio (1983), son œuvre ne cesse de le rappeler.
Le monde de William Goyen est «un monde d'enfants, fait pour les enfants, qui ne se révèle qu'à l'enfant». Mais les gamins de la grande ville – tous vieux, ridés, tristes, muets – ne ressemblent en rien à ceux de la campagne. Qui les a fait grandir, qui les a poussés à quitter l'Eden pour tomber dans l'état adulte, qui a obligé les Macray à troquer les fraîches collines verdoyantes de l'Arkansas pour le rugissement d'engins qui foncent et de roues qui tournent?

Jeunes et innocents

Au centre des sept nouvelles qui composent Le Chant du moqueur, il y a différentes espèces menacées, vulnérables, à jamais «marquées par le stigmate, le sceau du merveilleux». Des êtres comme Perez, le sourd-muet qui pousse des ululements de hibou, avec son éternel sourire posé de guingois sur sa bouche tordue: son handicap cache un cœur d'ange, car il n'a pas été contaminé par le langage des adultes. (Une parabole de Perez)
Autour de l'enfant qui babille ou qui joue au cerceau, vont et viennent les grandes personnes – «désorientées, tourmentées, toujours un mot à la bouche» –, tandis qu'un oiseau moqueur perché dans le chêne emplit la nuit de notes surnaturelles, aussi incongrues qu'«un saxophone criard à un enterrement ou à un mariage». Un beau jour, ce chant insolent cessera et le moqueur tombera en poussière, à l'instar de la toute jeune Bertie ou de l'innocent Oker...
Le sacrifice des êtres les plus vulnérables survient immanquablement dans ces bourgades où les commérages vont bon train et où des gens indolents passent leur existence entière à attendre un choc, une surprise – fût-elle désagréable ou dérisoire. Ainsi, ces vénérables dames qui composent la 22e branche des Enchanteresses, tout en fouettant la crème pour une coupe Tapioca, se racontent-elles des histoires plus ou moins drôles, qui s'assemblent comme «les pièces d'un manteau d'Arlequin». Et c'est ainsi que la mort prématurée d'un chat prétendument empoisonné mène, par ricochet, aux urgences où, dans la panique, on procède à un lavage d'estomac collectif, parfaitement inutile (Surprise Tapioca).
A peine sorti de l'adolescence, Jim Macray est déjà le chef d'une famille de trois garçons presque de son âge et il se retrouve seul dans un monde urbain hostile, seul avec son chagrin, ses soucis et ce sentiment d'abandon que personne ne peut partager. A force de le côtoyer, le narrateur, son voisin, en vient à penser que l'Arkansas est le seul endroit au monde où l'on puisse vivre: «Je me considérais comme un étranger ou une espèce de monstre, une créature débarquée de la lune, ou de quelque étrange planète, qui avait eu la malchance de naître au mauvais endroit, soudain précipité au cœur du monde réel et véritable (...). Je n'avais que seize ans et j'étais plein de larmes...» (Le chant du moqueur).
Se lançant dans une marche interminable à travers la ville, le jeune homme longe ponts et tunnels, voies ferrées et rues boueuses, boyaux puants et maisons décrépites – bref, «le même spectacle indéfiniment, pas de verdure, pas de vent, pas de ciel, pas de rire». Plus il pense à la campagne, plus il se demande où elle passée et depuis combien de temps nous l'avons quittée et en comptant, il se dit que ça doit bien faire «deux mille ans et même davantage».

Une bonne nouvelle

Deux mille ans et même davantage, c'est aussi le temps que nous avons mis à sonder le mystère de la Création et à reproduire, infailliblement, la Chute dans le temps. Au crépuscule de sa vie, William Goyen s'offre un tête-à-tête avec Jésus. Pour un dollar, il s'achète une petite bible en version de poche, qu'il prend l'habitude de feuilleter après deux ou trois Martini. Cette rencontre inespérée, datant du début des années 70, le bouleverse et devient source de vitalité: «J'avais l'impression de recevoir une bonne nouvelle, toute fraîche et toute simple. (...) j'ai découvert un être que je ne connaissais pas, absolument neuf, comme si j'avais rencontré quelqu'un pour la première fois à une soirée.»
Entre ce jeune charpentier blond du village de Nazareth et les autres provinciaux inconnus qui peuplent les récits de William Goyen, il y a comme un air de famille. Et puis Jérusalem n'est-elle pas «une de ces grandes et riches villes qui engendrent des ghettos que nous connaissons si bien»? Les étourneaux qui attaquent le moqueur et le narguent derrière la maison ne reproduisent-ils pas, à une autre échelle mais avec la même rage absurde, le calvaire du Sauveur traqué par les Pharisiens hostiles?
«Le monde d'alors était tel qu'il a toujours été: détérioré par l'homme», lit-on dans le préambule d'Un livre de Jésus. Ce qu'apporte le Galiléen à ce paysage désolé, c'est «une bonne nouvelle toute fraîche», sans l'ombre d'une menace d'enfer ou de punition. Les malades, les pauvres et les désespérés, à qui on a toujours parlé d'un Dieu glacial et impersonnel, s'étonnent de découvrir une telle simplicité doublée d'un amour si ardent, le tout émanant d'une «si admirable présence».
Au grand dam des théologiens ennuyeux et des glossateurs bornés, le Fils de l'Homme vous inonde de lumière et de chaleur, tout en réitérant sa défiance à l'égard des autorités. Ses fameuses paraboles, qui mettent en jeu les choses les plus simples – une graine, une brebis, un morceau de pain, une cruche d'eau –, traduisent une vérité romanesque, amère mais édifiante, que William Goyen finit d'ailleurs par faire sienne: «Ce n'est qu'après avoir parcouru toute la route qui allait le mener à sa mort qu'apparaîtrait enfin la véritable signification de sa vie».

William Goyen. «Le Chant du moqueur». Nouvelles. Traduit de l'anglais et présenté par Patrice Repusseau. Gallimard, 2008. 144 p., 13,90 €; W. Goyen. «Un livre de Jésus». Trad. de l'anglais et présenté par Patrice Repusseau. Gallimard, 2008, 160p., 14, 50 €.


Source: ICI

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MessageSujet: William Goyen   Jeu 7 Aoû 2008 - 16:59

Bravo de m'avoir devancé Kenavo, j'allais justement parler de la parution
de Le Chant du moqueur.
Ce serait bien aussi qu'on réédite son oeuvre en français...
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MessageSujet: Re: William Goyen   Jeu 7 Aoû 2008 - 17:03

bix229 a écrit:
Bravo de m'avoir devancé Kenavo, j'allais justement parler de la parution de Le Chant du moqueur.
Wink
Je voudrais tant arriver à écrire comme cette femme que j'aime tellement pour ses critiques littéraires.. mais en attendant l’impossible - je vais vous donner ses articles ici et là - c'est bon de faire bouger parfois les fils Very Happy

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MessageSujet: Re: William Goyen   Dim 28 Déc 2008 - 15:51

Je n'avais jamais lu William Goyen mais les nouvelles du recueil Le chant du moqueur sont d'un grande finesse sur le monde brutal de l'enfance.Enfin je n'en ai lu que deux sur sept mais je vais dévorer les autres.Une petite musique du Sud,à sa manière,dont on m'avait dit grand bien,à juste titre.J'y reviens.
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MessageSujet: Re: William Goyen   Jeu 1 Jan 2009 - 11:14

Sept nouvelles donc dans Le chant du moqueur toutes admirables.Une poésie nimbée de fantastique,la présence souvent inquiétante de la mer,pas mal d'humour aussi.Régalez-vous,c'est très vite lu et souffrance et sensualité se mêlent allégrément en une musique très originale.Cet écrivain du Sud ne ressemble guère à l'image que l'on peut s'en faire parfois.
La fin du Château de Simon
Citation :
Et puis soudain,dans le faisceau d'un éclair flamboyant,il crut percevoir le corps châtoyant de l'enfant,telle une blanche luciole virevoltant dans le torrent cramoisi qui frappait les flots,et elle approchait sans cesse davantage jusqu'à être sur lui,toute vague et lumière;et ses cris se noyèrent dans les mugissements de l'océan dévastateur
.
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MessageSujet: Re: William Goyen   Jeu 1 Jan 2009 - 23:17

Bellonzo a écrit:
Sept nouvelles donc dans Le chant du moqueur toutes admirables.Une poésie nimbée de fantastique,la présence souvent inquiétante de la mer,pas mal d'humour aussi.Régalez-vous,c'est très vite lu et souffrance et sensualité se mêlent allégrément en une musique très originale.

Des "ingrédients " qui me font penser que je pourrais aimer ce recueil de nouvelles au titre déjà séduisant...
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bix229
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MessageSujet: Re: William Goyen   Lun 6 Fév 2012 - 20:02

Je viens de lire Zamour, un recueil de nouvelles spendide, comme La Maison d' haleine, Précieuse porte.

Je ne suis pas présentement en état de parler de ce livre comme il le mérite, mais je ne vais pas le passer sous silence pour autant. Patrice Repusseau , traducteur de Goyen et auteur d' un livre sur lui en parle fort bien.

Toute sa vie, loin des des modes et des clameurs du monde littéraire, Goyen a poursuivi avec une magnifique constance une oeuvre secrète toute d' introspection nostalgique, qui marine dans le souvenir et qui s' organise autour d' un impossible retour à l' innocence. Son tempérament d' écrivain inspiré, voire parfois mystique, mais profondément enraciné dans la terre détrempée, plonge dans dans l' atmosphère séminale du Golfe du Mexique, engendre une sensualité en nappes sous-jacentes qui sourd à chaque page ou presque, comme à chaque pas suinte la rive du bayou.
Souvent en filigrane, rampe une sexualité inquiète, inquiétante, qui ajoute encore à l' épaisseur, à la poysémie de ces nouvelles, et c' est elle qui, à n' en pas douter, livre une des cléfs importa ntes de l' énigme.
Dans les marais de l' East Texas, plus que partout ailleurs, l' eau qui dort est sombre et profonde...

Ces nouvelles nous parlent du dialogue estropié entre les etres, de la beauté infirme, de la perennité fragile du bonheur et de et de l' espoir, de ceux qui restent au pays et de ceux qui partent pour les villes, mais qui auront besoin de revenir en songe, ou en réalité, furtivement, meme si la vue des visages de leur sang ne rappelle pas que de bons souvenirs.

Patrice Repusseau, préface à Zamour.

Que dire encore, sinon que les personnages, blessés ou disgraciés de Goyen font penser souvent à ceux de Diane Arbus ou encore à ceux de Carson Mc Cullers, que Goyen connaissait personnellement. Que son écriture, comme celle de Faulkner, est celle d' un poète et d' un grand poète lyrique et étrange comme aucun autre. Si vous vous laissez entrainer dans ces histoires, vous aurez l' impression fabuleuse de pénétrer dans une intimité saisissante et vous vous y sentirez bien.

"Les années ont passé et Princis Lester est toujours à l' asile de Red River County. Elle ne peut dire à personne ce qui s' est passée, peut etre ne veut-elle pas le faire -mais qui sait ? Elle lisse la jolie barbe qi cerne son visage coimme une fraise à la Titien et elle elle en esttrès fière. C' est la seule chose qui l' interesse. Il y a en elle une sorte de pureté que tout le monde admire. Elle est fort aimée à l' asile,, toujours calme, de bonne humeur, pleine de considération pour les autres ; elle ne demande jamais de faveurs mais en reçoit beaucoup. Il y a quelque chose qiue fait que tout le monde voudrait lui ressemble, barbe comprise."

Zamour pp, 44-45

"Après qu' il eut terminé son histoire, le grand père resta assis immobile sur son lit, le visage penché comme pour considérer son pied nu difforme. Le petit fils ne posa pas de questions mais resta allongé en silence, méditant tout cela et se disant combien l' histoire de la parenté était mélancolique et magnifique. Au bout d' un moment, il entendit son grand-père se lever doucement, mettre sa chussure déformée et sortir ebn pensant qu' il dormait....

Le petit fils ne dormit pas le temps que son grand-père s' absenta. Il avait peur, car les vagues du Golfe grossissaient contre la digue en contrebas du cabanon ; pourtant il songeait qu' il n' avait plus peur de son grand-père, car maintenant qu' il lui avait parlé si calmement et avec tant d' amour il avait l' impression de lui apartenir. Il aimait son grand père. Pourtant, à présent qu' il avait été amené à aimer ce dont il avait eu si peur, il sentait cruellement seul au monde avec cet amour, et était-ce ainsi que fonctionnait l' amour ? - avec ces eaux inconnues qui gonflaient et déferlaient près du lit où il reposait, hanté par cete hisotire d' amour."

Vieux bois sauvage, pp 90-91

"Une foule resplendissante de mai avait envahi Woodland Park, une grande pente verdoyante sur les bords de Chocolate Bayou. Il y avait de joyeuses baraques décorées de papier de couleur où l' on vendait de la limonade, des kiosques ornés de lanternes vénitiennes bercées par la brise... Tout cela bruissait sous des couches de papier d' aluminum et de drapeaux de rubans. La clairière se trouvait au beau milieu du parc et en son centre se dressait le splendide mat de mai, grand et fort, avec ses banderoles de papier blanc et bleu, tirées vers le bas et fixées à son pied en attendant que chaque danseuse s' en emparat. Le vent faisait vibrer l' ensemble de cette contruction délicate et l' on entendait un tel bruissment soyeux de papiers et de feuilles que le monde tout entier semblait etre fait de feuiles et de fleurs, tout tremblant et brillant dans la lumière et le vent."

Un peuple d' herbe, p. 147
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MessageSujet: Re: William Goyen   Sam 20 Avr 2013 - 20:56

Arcadio

C'est une lecture qui a un côté retour aux fondamentaux. Comment aurais-je lu Goyen si je n'étais pas tombé sur dans ce forum entre les bix, les bibliopoppettes et les autres ? Mystère. Mystère de même la façon d'approcher la lecture, je me souvenais avec Précieuse de porte de quelque chose de plus attendu.

Arcadio ça a été déroutant on passe de souvenirs de visions de soirées d'été (du Texas) à une chanson pleine de ousque et c'est qu'est-ce que, une mélancolique et hallucinée chanson d'Arcadio qui raconte sa mère, son père, ses rencontres et lui même dans un temps sans âge. En fait il s'agit des années 50-60, peut-être 40, un monde très rural mais très peu décrit. La chanson d'Arcadio ressemble à une élucubration d'ivrogne, de marginal, de fou. Arcadio l'hermaphrodite mescain (on est au Texas donc le Mexique n'est pas loin) a débuté dans un bordel avant de passer au cirque avant de trouver Dieu, de retrouver sa mère, de la perdre, de trouver des gens qui cherchent des gens les trouvent et les perdent.

Quelque chose d'entêtant, parfois brutal, un conte travesti de faux semblants roublards, une sorte de réalité sordide enjolivée qui en vient à frôler le magnifique. Malgré tout j'ai rechigné un peu, regrettant les pages du début au fil de la succession des folies de l'élucubration, et puis la boucle vient se reboucler et on commence à revoir le souvenir, la fuite, l'échappée des premiers narrateurs et pourquoi se pose la question de l'après de la chanson/lecture. Toute une grande solitude, une misère pour les moins chanceux et un halo de beauté dépouillée de ses plus reluisants atours.

Et le texte en vient à marquer et à faire vivre l'étrange sentiment de terre, de chaleur et verdure étouffante toute proche (c'est l'est du Texas, à côté c'est la Louisiane).

Lire autre chose, autrement et qui change pendant la lecture, à côté du texte mais en lien avec ce qu'il dit j'ai retrouvé cet évidence de ce qui se passe parfois quand on se laisse influencer, par ici par exemple...

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