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 Gabriel Chevallier

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shanidar
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MessageSujet: Gabriel Chevallier   Ven 21 Fév 2014 - 13:48



Gabriel Chevallier est né le 3 mai 1895 à Lyon. Fils de clerc de notaire, il entre aux Beaux-Arts à 16 ans. La guerre interrompt ses études. Mobilisé dans l'infanterie en 1914, blessé en 1915 en Artois, il termine néanmoins les combats en première ligne en 1918.
De retour à la vie civile, il exerce de nombreux métiers : journaliste, dessinateur, représentant, petit industriel, etc.
En 1929, il publie un premier livre, Durand voyageur de commerce, et l'année suivante La Peur.
En 1934, avec Clochemerle, son quatrième titre, il connait le succès - traduit à ce jour en plus de 30 langues, ce roman a été adapté au cinéma, au théâtre, à la télévision et a même fait l'objet d'une comédie musicale. Gabriel Chevallier peut dès lors se consacrer entièrement à l'écriture.
Il publiera jusqu'en 1968 près de vingt ouvrages.
Il est décédé le 5 avril 1969 à Cannes.

Aujourd'hui Gabriel Chevallier est bien oublié même si la commune de Vaux en Beaujolais a créé un petit musée consacré à son œuvre et si la rue principale porte son nom. Seule l'expression "C'est Clochemerle" est entrée dans le langage commun. Puisse la réédition de La Peur changer la donne !

source éditeur : Le Dilettante

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shanidar
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MessageSujet: Re: Gabriel Chevallier   Ven 21 Fév 2014 - 13:50

La Peur


Il n'est pas très sympathique l'anti-héros de Gabriel Chevallier, il est même parfois franchement désagréable ce jeune Dartemont… Déjà il ne va pas à la guerre par patriotisme ou dans l'euphorie d'une victoire annoncée, fulgurante, non, lui, il va à la guerre pour voir… oui, juste par curiosité, pour être là où les choses se passent. Il a dix-neuf ans et il a cette innocence pleine d'orgueil de la jeunesse.

Mais il ne va pas la voir tout de suite la guerre, il va d'abord moisir dans une caserne, puis pas très loin du front à faire des marches de jour comme de nuit. Et comme il est un peu tire au flanc, Dartemont (pas très bon marcheur) il se planque souvent dans les fourgons pour éviter les marches épuisantes. Il est ignorant du danger alors il se balade un peu partout, se faufile dans des caves, découvre fasciné des cadavres momifiés, voit soudain le visage de la mort qui lui sourit de toutes ses dents et pour éviter la peur, il sifflote Dartemont. Alors, il passe pour un brave, ce qu'il n'est pas, mais alors pas du tout. Parce que, en fait, il a peur, il est terrorisé.

Et puis, il faut monter au front. Il est désigné pour être grenadier et passe en première ligne  (alors qu'il a bien essayé de se tailler pour aller chercher des claies à l'arrière). Il court. Il est blessé. Il court encore dans l'étonnement de posséder encore deux jambes.

Pas de bravoure chez cette jeune recrue que la trouille étreint continuellement, pas de patriotisme, pas de geste chevaleresque, non. Mais la peur, la fuite et le soulagement d'être blessé mais pas trop.

Comme chez Barbusse ou Remarque, l'ennemi est plus souvent fantasmé que vu (les seuls allemands croisés par Dartemont sont morts) ; et finalement les soldats n'utilisent que bien rarement leurs armes pendant des mois et des mois, l'artillerie causant les plus gros dégâts. La guerre se résumant essentiellement à des travaux de terrassier pendant des jours et des nuits et puis soudain, il est temps, on monte au front et on y meurt ou on y est blessé. Rare sont ceux qui reviennent indemnes.

Dartemont est, à la différence des soldats décrits par Remarque ou Barbusse, un 'lettré', un môme instruit qui se retrouve dans une grande boucherie et tente avec cynisme de s'en extraire. C'est une grande gueule, un impulsif et un type un brin misogyne (c'est bien connu les femmes aiment qu'on les violente, physiquement et intellectuellement… passons). Ce n'est surtout pas un héros. Il ne veut pas l'être. C'est un libre-penseur, affirmant la mort de Dieu, car quel Dieu pourrait tolérer un tel massacre ? Un solitaire qui ne semble pas avoir noué de liens avec ses compagnons d'armes. Un rationaliste qui s'épuise à tenter de fuir l'absurdité de la guerre. Il lit Voltaire, Diderot, il blasphème.

L'écriture de Chevallier est très différente de celles de Barbusse ou Remarque, plus élégiaque, introspective et finalement on ne peut s'empêcher d'éprouver de l'intérêt si ce n'est de la sympathie pour ce jeune homme cynique  plongé dans l'enfer. Et ce qu'il dit de la peur, de cette trouille indescriptible qui prend aux tripes et détruit toute pensée, cette peur que l'on ne peut raisonner, ni traduire en mots, rend le personnage attachant de vérité.

Cette vérité que ceux de l'arrière ne veulent surtout pas entendre...

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Cachemire
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MessageSujet: Re: Gabriel Chevallier   Ven 21 Fév 2014 - 19:15

Oui, le personnage est attachant de vérité. J'ai trouvé très interessant qu'il parle de la "peur", cette peur pourtant tabou pendant cette guerre et si peu virile. Dartemont analyse tout ce qu'il voit et ressent avec une grande lucidité. Il n'aime pas la guerre et il veut nous en dégoûter. L'écriture, effectivement élégiaque et introspective m'a permis d'apprécier vraiment le livre.
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shanidar
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MessageSujet: Re: Gabriel Chevallier   Jeu 27 Fév 2014 - 12:30

ce qu'il dit dans sa préface est assez juste, je trouve. La plupart des autres auteurs parlent de la peur (en particulier lors des bombardements) mais en décrivant la peur des autres (sur leur visage, dans leurs attitudes ou leur cri), Chevallier fait vivre et donne à voir cette peur permanente de l'intérieur, ce qui la rend encore plus poignante, jusqu'à cet instant au Dartemont, un peu malgré lui, prend la place d'un de ses camarades pour affronter sa peur et tenter de la dominer, mais il arrive seulement à l'apprivoiser et à l'envisager en face, ce qui l'aide sans doute à en parler... (j'imagine que tout cela, Chevallier l'a vécu dans sa chair et il arrive à nous faire comprendre l'horreur de ce qu'il a ressenti avec une vérité, une réalité troublantes).

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MessageSujet: Re: Gabriel Chevallier   Jeu 27 Fév 2014 - 12:45

Effectivement, le passage que tu décris est particulièrement fort. Le personnage vit une transformation intérieure et pour la première fois accepte sa situation et accepte surtout de mourir. Cela lui donne soudain une grande force psychique
Il dit ailleurs "l'horreur de la guerre est dans cette inquiétude qui nous ronge."
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