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 Francis Jammes

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Sigismond
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MessageSujet: Francis Jammes   Mar 11 Mar 2014 - 17:36


Francis Jammes (1868-1938) - Poète, romancier, chroniqueur...

NB: Son nom se prononce [jam] et non [djèms]
Biographie (source: wikipédia et le site, plutôt succinct, de l'Association des Amis de Francis Jammes):
1868 - Naissance à Tournay (Hautes-Pyrénées) le 2 décembre.
1876 - Installation à Saint-Palais (Pays-Basque), où son père est nommé receveur de l’enregistrement.
1880-1888 - Période bordelaise. Études primaires et secondaires. Jammes échoue au Baccalauréat (avec un zéro en...français, à ce qu'il paraît !).
Rédaction des premiers poèmes qui forment le carnet “Moi” (Manuscrit actuellement à la Bibliothèque Municipale de Pau).
1888 - Jammes est très affecté par la mort de son père survenue le 3 décembre. Mme Victor Jammes s’installe à Orthez, chez la Tante huguenote Célanire, avec ses enfants Marguerite et Francis.
En 1889, il fait un stage sans lendemain comme clerc d'avoué chez un des notaires de sa ville. Ses essais poétiques sont remarqués notamment par Stéphane Mallarmé et André Gide.
1889-1897 - Jammes habite avec sa mère, 8 rue Saint-Pierre, une maison, au bord du Grec, dont les tuiles croulantes sont rouillées comme les clefs du Ciel.
Mariage de sa sœur en 1890.
1891 - Six Sonnets édités à Orthez.
1892-1894 - Trois plaquettes intitulées Vers imprimées à Orthez.
1897-1907 - Installation à la Maison Chrestia (Siège actuel de l’Association Francis Jammes).
1900 Rencontre avec Paul Claudel.
De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir (1898), Clara d’Ellébeuse (1899), Le Deuil des primevères (1901), Almaïde d’Étremont (1901), Le Roman du lièvre (1903), Pomme d’anis (1904).
1905 - Retour de Jammes à la pratique religieuse après sa conversion. Tristesses.
1906 - Pensées des jardins, l’Église habillée de feuilles, Clairières dans le Ciel.
1907 - Mariage, le 8 octobre, à Bucy-le-Long (Aisne), avec Ginette Gœdorp, une fan de longue date, ils se sont connus par la correspondance qu'elle lui adressait.

1907-1921 - Jammes s’installe à la Maison Major, Chemin La Peyrère. Sept enfants y naîtront.
Poèmes mesurés (1908), Rayons de miel (1908), Poèmes mesurés (1908), Rayons de miel (1908), Ma fille Bernadette (1910), La Brebis égarée (1910), Les Géorgiques chrétiennes (1912), Feuilles dans le vent (1913), Le Rosaire au soleil (1916), Monsieur le Curé d’Ozeron (1918), La Vierge et les Sonnets (1919), Le Poète Rustique (1920), Le Livre de Saint-Joseph (1921), Le tombeau de Jean de la Fontaine (1921).
1921-1938 - A la suite d’un héritage Jammes s’établit à Hasparren (Pays Basque) à la Maison Eyhartzea.
Les 4 livres des Quatrains (1923-1925), Cloches pour deux mariages (1924), Ma France poétique (1926), Basses-Pyrénées (1926), Lavigerie (1927), Le Rêve franciscain (1927), Diane (1928), La divine douleur (1928), L’École buissonnière (1931), Le Crucifix du poète (1935), De tout temps à jamais (1935), Le Pèlerin de Lourdes (1936), Sources (1936).

1er Novembre 1938 - Mort de Francis Jammes, le jour même où sa fille aînée prend le voile.
Le poète est enterré au cimetière d'Hasparren.

Francis Jammes est toujours resté un solitaire, vivant retiré dans ses montagnes pyrénéennes mais il tisse de nombreuses correspondances avec ses contemporains tels que Gide ou Arthur Fontaine. En fait, il a fait de multiples séjours à Paris, a enchanté certains salons littéraires (comme celui de Mme Léon Daudet, il y a enchanté Marcel Proust), il rencontra l'abbé Arthur Mugnier; sa pièce La Brebis égarée, qu'avait failli monter Lugné-Poe, a inspiré à Darius Milhaud un opéra qui a été créé en présence du poète. Il a plusieurs fois été invité en Belgique.

Il présenta à deux reprises (1924 et 1928) sa candidature à l'Académie Française.

wikipédia a écrit:
En France, on ne connaît au mieux de Jammes que ses premières œuvres, les plus libres et sensuelles.

À l'étranger, et spécialement en Allemagne, Autriche et Suisse alémanique, ainsi qu'au Japon, en Chine, en Lettonie, en Espagne et aux Etats-Unis, son œuvre, toute son œuvre, est encore aujourd'hui très vivante. Elle a enchanté Rainer Maria Rilke (qui en témoigne aux premières pages des Cahiers de Malte Laurids Brigge), Ernst Stadler (qui a traduit ses Quatorze prières), l'éditeur Kurt Wolff (qui a publié une magnifique édition illustrée de son Roman du lièvre (Hasenroman), Kafka (qui dans son Journal avoue le bonheur éprouvé à la lecture de Jammes) et beaucoup d'autres. Toute son œuvre en prose ou presque a été traduite et publiée par Jakob Hegner, de Leipzig.

Lili Boulanger a mis en musique son recueil Clairières dans le ciel, Claude Arrieu « Ah ! Quand verrai-je des îles », Marc Berthomieu « La salle à manger » et Georges Brassens un choix de strophes du poème « Rosaire » sous le titre « La Prière ».

Figure de son temps, assez populaire et doté de la "tronche" qui s'y prête bien pour être souvent croqué par les caricaturistes, il laisse une oeuvre aujourd'hui négligée (du moins en France) hors d'un petit cercle régional.
Toutefois, s'il paraît que le goût de notre temps peut parfois porter en direction de la campagne, de la nature et de la spiritualité, n'est-il dès lors pas envisageable qu'on sorte un jour les écrits de Francis Jammes de leur état de léthargie stable ?

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Constance
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mar 11 Mar 2014 - 17:59

Son oeuvre fut tout aussi négligée de son temps qu'elle ne l'est aujourd'hui, Sigismond.
Si tu en as l'occasion, je te conseille la lecture de l'excellente préface de Jacques Borel, en introduction à "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" paru chez NRF/Poésie Gallimard.
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bix229
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mar 11 Mar 2014 - 17:59

Bonne idée Sigismond !

Que me conseillerais-tu ? Je me souviens avoir lu quelques sonnets et une ou deux adaptations par
Georges Brassens...

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L' imagination est l' histoire vraie du monde.
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Constance
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mar 11 Mar 2014 - 18:05

bix229 a écrit:
Bonne idée Sigismond !

Que me conseillerais-tu ? Je me souviens avoir lu quelques sonnets et une ou deux adaptations par
Georges Brassens...


Colimasson et moi, nous avons placé quelques poèmes de Jammes sur le fil coup de coeur poétique, Bix.
Je ne sais quels recueils te conseillera Sigismond, mais "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" et "Le deuil des primevères" figurent parmi mes préférés.
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bix229
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mar 11 Mar 2014 - 18:52

Constance a écrit:
bix229 a écrit:
Bonne idée Sigismond !

Que me conseillerais-tu ? Je me souviens avoir lu quelques sonnets et une ou deux adaptations par
Georges Brassens...


Colimasson et moi, nous avons placé quelques poèmes de Jammes sur le fil coup de coeur poétique, Bix.
Je ne sais quels recueils te conseillera Sigismond, mais "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" et "Le deuil des primevères" figurent parmi mes préférés.
Merci, Constance ! Je reconnais ces titres en effet.

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 12 Mar 2014 - 15:49

Le poète Rustique (1920)

Suivi de L'almanach du poète Rustique; 145 pages environ pour "Le poète..." et 130 environ pour "L'almanach...".

39 chapitres pour les 145 pages du "poète Rustique", pages guère plus fournies que cela de surcroît, c'est donc un ouvrage très aéré, commode à poser et à reprendre.
Le style, le contenu approchent celui de saynètes centrées sur la vie familiale et campagnarde et le voisinage.
Il y est fait une large place à l'autobiographie, puisque ledit poète Rustique, c'est bien sûr Francis Jammes:
Chapitre V a écrit:
  Comme Mlle Portapla s'en retourne chez elle, un peu formalisée par l'attitude de M. Dorothée, qu'elle juge silencieux et trop différent en cela du docteur Sébillot, elle croise le poète Rustique. C'est ainsi que ses concitoyens ont baptisé ce quinquagénaire dont les vrais nom et prénom m'échappent. Mlle Portapla répond par un pli de sa lèvre acide au salut qu'il lui adresse. Il revient de la chasse. Il est assez trapu. Sa face est d'un faune, dont la barbe emmêlée retient, au passage des haies, telle qu'une toile d'araignée, des brindilles de feuilles et des pétales. Il est coiffé d'un béret, vêtu d'un costume marron, chaussé de souliers et de guêtres crottés. Le chien qui le précède est beau.
En fait de famille du poète, et c'est un rien frustrant, nous avons surtout droit à l'un des sept enfants, Petit-Paul, en plus du poète Rustique. Mme Rustique et les six autres enfants sont cantonnés dans l'ombre (est-ce par pudeur ?).

 Il y a pas mal de légèreté, assez peu de signifiant.
Certes, on recense quelques piques, mais à traits retenus, en direction de la bien-pensance et des mentalités étriquées qui tissent la basse-bourgeoisie, ou la bourgeoisie tout court, d'une petite ville d'alors.    
On trouve aussi une dénonciation de la misère, peinte avec une délicatesse qui sonne sincère.
Mais l'ensemble respire surtout une sorte de joie, de plénitude fort sympathique. Et légère, ce qui peut faire recaler l'ouvrage pour vacuité.

Jammes n'en est pas dupe, et se fend de cet épatant avertissement à l'entame du chapitre XXX, ça a eu pour effet de me faire illico hausser les sourcils et écarquiller les yeux:
Chapitre XXX a écrit:
Ainsi la vie est faite de hauts et de bas, de grave et de comique, et d'insignifiance aussi, et c'est une erreur, quand on écrit une histoire, de vouloir à toute force que sa trame présente ce je ne sais quoi d'artificiel et d'ennuyeux qu'on appelle "l'intérêt".

 L'almanach du Poète est assez croquignolet, plaisant, on le sent très personnel, mais il n'en reste pas moins que l'auteur est très au fait de la vie rurale et des petites ou grandes choses qui font que chaque mois s'y distingue. On conviendra sans peine que Jammes n'est pas un campagnard du dimanche !
Une bonne dose d'humour, quelques déductions que l'on peut juger extravagantes, mais en tous cas fort subjectives, cela se lit avec un petit sourire bonhomme en coin.

Spoiler:
 


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animal
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 12 Mar 2014 - 20:32

lui aussi j'essaierai d'y penser. ton avis en plus de la citation du chapitre XXX, ça me botte.

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 19 Mar 2014 - 23:14

J'avais appris ce poème en classe de...CP, dire si ça ne date pas d'hier, et, retombant dessus en feuilletant  du Jammes, surprise ! à peine quelques vers à se ressouvenir et, conclusion: je l'avais donc gardé en tête; pourquoi je ne sais, peut-être pour le transmettre à mes garçons sourire !

J'aime l'âne si doux

J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il a peur des abeilles
et bouge ses oreilles.
Il va près des fossés
d'un petit pas cassé.
Il réfléchit toujours
ses yeux sont de velours.
Il reste à l'étable
fatigué, misérable.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
L'âne n'a pas eu d'orge
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde
puis a dormi dans l'ombre.
Il est l'âne si doux
marchant le long des houx....

 Hors toute considération qui m'est personnelle et de l'ordre de la madeleine de Proust  Laughing , il faut reconnaître que les spondées contenues, par exemple, dans "marchant le long des houx", "ses yeux sont de velours", "car le maître est trop pauvre", etc... obligent à une scansion que je trouve très aboutie, d'ailleurs notez qu'on déambule naturellement, sans effort, dans ces quelques vers au pas animal de l'âne (et le long des houx, bien sûr  Laughing ).
Cette poésie est parfaitement rythmée sans être académique.
 
 Elle sonne un peu ritournelle lente et empreinte de douceur mélancolique.
De surcroît, elle n'est pas encodée et parle à tous (j'ose, quitte à ce que mon enthousiasme m'attire quelques traits goguenards et condescendants  Very Happy ): n'est-ce pas le tour de force ultime, celui de la simplicité, ce qui est souvent le plus difficile à exécuter, dit-on:   bonjour !
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animal
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 19 Mar 2014 - 23:16

j'ai du l'apprendre, ou du moins l'entendre aussi, et puis ça a une bonne bouille les ânes.

(ça fait longtemps que nous n'avons pas parlé de Ramuz non ?)

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Arabella
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 19 Mar 2014 - 23:18

animal a écrit:


(ça fait longtemps que nous n'avons pas parlé de Ramuz non ?)

Au moins deux heures.  dentsblanches 

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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Sam 22 Mar 2014 - 0:55

Constance a écrit:
Son oeuvre fut tout aussi négligée de son temps qu'elle ne l'est aujourd'hui, Sigismond.
Si tu en as l'occasion, je te conseille la lecture de l'excellente préface de Jacques Borel, en introduction à "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir" paru chez NRF/Poésie Gallimard.
Oui, en effet une bien belle préface, toute enfiévrée et situante !

Un exemple assez sidérant de l'absence totale de mode autour de Jammes vient encore de m'être fourni (ma vie... dentsblanches ); je lis en ce moment l'un de ses romans, Monsieur le curé d'Ozeron, trouvé à la plus grande médiathèque de ma ville, dont le fonds est renouvelé avec une belle régularité; or cet exemplaire date de 1948 (MCMXLVIII) publié par le Mercure de France bien sûr, ce qui, déjà est plutôt rare pour le fonds accessible au prêt et pour un livre en format courant. Mais il y a plus extraordinaire: à partir de la page 173 j'ai dû sortir le stylet, les pages n'avaient pas encore été tranchées, et donc lues (une habitude que je commence à contracter avec Jammes, voir le spoiler de mon commentaire du "Poète Rustique") !
Incroyable, depuis combien de temps appartient-il au fonds de cette médiathèque ? Sûrement très longtemps, et toutes ces années sans que nul lecteur ne le compulse, et en tous cas nul ne l'a emprunté pour le lire au delà de la page 173  surpris  !

animal a écrit:
j'ai du l'apprendre, ou du moins l'entendre aussi
C'est à cela que je voulais en venir: voici un poème, édulcoré, écourté en format récitation (comme on disait jadis) et ré-intitulé "j'aime l'âne si doux" à usage des manuels scolaires d'école primaire d'antan, en tous cas, peut-être encore d'aujourd'hui.

Mais le texte dit intégral (je préfère "vrai") il faut le débusquer au détour d'une page du recueil qu'évoque Constance, "De l'Angélus de l'aube à l'Angélus du soir"; le vocabulaire, le registre choisi reste dans un extrême dépouillement, une simplicité de mise qui touche par sa justesse.

J’aime l’âne

J’aime l’âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;

et il porte les pauvres
et des sacs remplis d’orge.

Il va, près des fossés,
d’un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
parce qu’il est poète.

Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux cœur,
tu n’as pas sa douceur :

car il est devant Dieu
l’âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l’étable,
fatigué, misérable,

ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.

Il a fait son devoir
du matin jusqu’au soir.

Qu’as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l’aiguille...

Mais l’âne s’est blessé :
la mouche l’a piqué.

Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.

Qu’as-tu mangé petite ?
— T’as mangé des cerises.

L’âne n’a pas eu d’orge,
car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l’ombre...

La corde de ton cœur
n’a pas cette douceur.

Il est l’âne si doux
marchant le long des houx.

J’ai le cœur ulcéré :
ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme

est sur les grands chemins,
comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?

Je doute qu’il réponde :
il marchera dans l’ombre,

crevé par la douceur,
sur le chemin en fleurs.



Ce qui ne donne plus tout à fait la même oeuvre, assez loin de là, n'est-ce pas ?
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Lun 24 Mar 2014 - 1:13

Après le teaser du message précédent, me voilà un rien obligé de dire deux mots sur Monsieur le Curé d'Ozeron  Laughing :

Monsieur le Curé d'Ozeron
Roman, 270 pages environ, un prélude, quatorze chapitres, un épilogue. Le texte a priori intégral est disponible ici, mais dans une présentation disons rébarbative, qui ne fait pas vraiment envie. Paru en 1918.

On dit parfois d'une personne d'apparence prude et innocente, mais à fond hypocrite, que c'est une sainte-nitouche.
De Jammes ne pourrait-on dit que c'est un écrivain sain, mais qui ne touche pas aux basiques de la façon littéraire, un sain n'y-touche-pas, à savoir qu'il se contente d'affleurer, de désigner d'un geste qu'on devine lent, mesuré, précis et efficace, sans asticoter le lecteur ni, d'une certaine façon, faire le job, à savoir être assez cabotin, ou technicien, et on sent que c'est voulu (ce qui peu agacer le lecteur non prévenu) ?
Jammes, c'est un hôte qui vous reçoit dans sa demeure, il n'y pas de portes, pas d'armoires, pas de meubles à tiroirs, pas de placards, tout est là. Au surplus, si vous ne voyez pas vous-même, il prendra un geste ample mais discret pour vous désigner ce que vous cherchez, mais tout est là, à quoi bon... ?

Monsieur le Curé d'Ozeron est une oeuvre d'apparence très naïve et c'est un choix, une toile rurale et de foi. A peine un semblant d'intrigue, d'histoire ou de sous-historiette s'y noue que nous devinons sans peine ce qu'il en adviendra dans quelques pages ou chapitres. Mais, comme il fait frais et doux dans ce livre !

N'y allez pas chercher de grands élans théologiques, il n'y en a pas. Les très rares références directes à la Bible et à l'Evangile, c'est vraiment au niveau de la célèbre collection "Pour les nuls".
Les références indirectes, en revanche, il y aurait de quoi alimenter d'épaisses notes à chaque chapitre.
Une fois de temps en temps, à titre exceptionnel, Jammes à dû laisser une phrase partir toute seule, ou appuyer un peu plus fort la plume sur le papier, comme dans cette courte saillie [qui a trait à la charité, vertu théologale, et confondue dans le langage courant et moderne avec l'aumône, ça n'a rien à voir, c'est l'amour du prochain, et ça donne]:
Chapitre IV a écrit:
Une telle doctrine peut faire sourire ou scandaliser le monde. Mais ceux  qui vivent de la Grâce, ils ne faut point qu'ils raisonnent à la manière des païens, ils doivent être surnaturels.

Chapitre IV qui est mon préféré de l'ouvrage, au reste. Je ne résiste pas à la joie de vous faire partager ce petit morceau, poétique, de cette légère mystique qui est un nectar que Jammes élabore à merveille:

Chapitre IV a écrit:
Le soleil échancre de son feu liquide la crête boisée. Il aveugle.
Il se lève au bas de cette fluide et pâle et fraîche étendue bleue, qui est
une mer dont les nuages sont les sables qui se rident çà et là.
L'un de ces nuages, au Nord, est immense et léger. Il brille.
Il a la forme d'un crustacé dont les anneaux transparents sont à
peine teintés de rose dans cet azur un. peu vert où il baigna.

C'est le jour qui est blanc.

Du cœur de Monsieur le curé d'Ozeron monte
une salutation vers les choses visibles: ce globe
d'où découle une lumière jaune; ces montagnes comme dessinées à la mine de plomb;
ces collines ruisselantes, tendues de toiles d'araignée, hérissées d'arbrisseaux, d'ajoncs, de
fougères, de bruyères; ces prairies où, comme une buée, la première gelée se pose.
Et voici la salutation vers les choses invisibles auxquelles nous croyons par la foi en Notre-Seigneur,
qui, en ce moment, repose sur le cœur de Monsieur le curé d'Ozeron.
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 26 Mar 2014 - 16:44

Le pèlerin de Lourdes (1936)
L'ultime ouvrage de Jammes, paru même pas post-mortem, mais à son décès. Hora Decima a eu la bonne idée de le publier à nouveau en 2005, ce qui fait qu'il est relativement aisé à trouver; et d'ailleurs Hora Decima a mis la préface à cette édition, par Claude Barthe, en ligne sur son site.

 Autant Monsieur le curé d'Ozeron est écrit à deux eaux, à l'eau de rose et à l'eau bénite, autant Le pèlerin de Lourdes n'est écrit qu'à l'eau bénite.

 Et qu'est-ce, d'ailleurs, que cet ouvrage ?
Un format entre la nouvelle et le roman (une centaine de pages), quinze chapitres et une dédicace, c'est, là encore, découpé, aéré. Le synopsis est toujours aussi faible, si je vous narre en deux mots (et deux mots suffisent amplement !) la problématique, "ce qui fait histoire", vous allez trouver le dénouement dans la minute: C'est, encore une fois, le cadet des soucis de Jammes. Pour cet anti-thrill et anti-suspense, "ce que ça raconte" est ailleurs. Le sujet n'est qu'un prétexte, un truc obligé (d'en passer par là) en vue de la composition. Alors, il le fourgue comme en arrière-plan du tableau, ça se verra ou bien, si ça néglige, c'est sans doute qu'il a encore mieux fait son travail !

 Le héros se nomme Jean Escuyot, c'est sans doute un avatar avec une bonne part d'imaginaire de Francis Jammes lui-même, mais pas à cent pour cent (pas comme dans Le poète Rustique, quoi), et il va en pèlerinage à Lourdes, c'est loin d'être son premier. Jammes nous gratifie d'un splendide portrait, tout est simple, tout est basique, tout est évident, mais tout est si suggestif !:
Chapitre \"Jean Escuyot continue" a écrit:
Jean Escuyot porte le chapeau melon qui date de l'enterrement de sa femme, il y a quarante ans, mais qui ressemblerait plutôt, si large est son dôme, à la cloche de ce légume. Son feutre a pris la couleur de la rouille et s'est bosselé comme un vieil ustensile de ménage. De nombreux coups de poing assénés à l'intérieur n'ont pu le retaper. Ses ailes lui donnent l'air d'une aigle impériale qui n'aurait jamais pu s'envoler. Le petit espace où appuient l'index et le pouce sont luisants.
 Quand Jean Escuyot l'enlève on voit ses cheveux blancs au complet, si drus que leur masse, taillée racine droite, évoque les cailloux concassés au bord des routes par le marteau du cantonnier. Sous cette calotte de cheveux, le front présente plusieurs rides transversales, tantôt infléchies comme des arabesques, tantôt parallèles comme les cordes d'une lyre couchée. Cette lyre joue surtout dans la gamme de la surprise et de l'appréhension. Les sourcils, blancs comme tout le reste du poil, sont fournis et relevés en pointe comme une moustache démodée. Les yeux, d'un nocturne splendide, où chanterait un rossignol, sont deux gros pruneaux d'Agen, globuleux, d'expression bienveillante, étonnée, polie. Le nez, un peu gras et oblong, rappelle la pomme de terre nouvelle, bouillie et dépouillée de sa robe de chambre. Et les pommettes saillantes revêtent un carmin naturel qui tient davantage du couchant que de l'aurore. La bouche, purpurine aussi, laisse pointer quelques clous de girofle au cours d'une conversation. La lèvre inférieure est charnue. La barbe, de la même espèce que les cheveux, ni longue ni rase, mal taillée, présente des escaliers comme ceux dont un bûcheron gratifie une écorce recouverte de lichens. Le cou est maigre et cordé, comme l'ont certains poulets. Autour du col d'une chemise de flanelle est passée, lâchement nouée, l'une de ces cravates antiques nommées ficelles. Le gilet est recouvert d'un tricot jurant avec une jaquette officielle. Jean Escuyot, en dépit de son nom qui en bigourdan signifie noix, tout simplement, la noix, le fruit, est un percepteur à la retraite. Ce vêtement a dû faire peau neuve deux ou trois fois depuis la naissance du chapeau melon. Il est plus olivâtre que ferrugineux. Le seul cordon qui le dévore est la courroie d'une musette où sont en réserve quelques vivres, du savon, une chemise et des chaussettes de rechange. Pour rien au monde Jean Escuyot n'admettrait qu'un bouton y manquât. Il coud et ravaude lui-même. Au bout des manches les mains sont épaisses et rougeaudes. La gauche porte à l'annulaire l'alliance de sa défunte femme et la droite retient l'une de ces cannes champêtres qu'une liane a vissées. L'épiderme en est rugueux à cause des travaux de jardinage. Le pantalon est d'un gris de brume, relevé sur les souliers. L'ensemble de l'homme est vigoureux: ni grand ni petit, ni maigre ni gros.

Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?
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Constance
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Mer 26 Mar 2014 - 17:04

Sigismond a écrit:


Curieusement immiscé dans ce livre, faisant un rien dépareillé, on trouve un témoignage assez plaisant d'un pèlerinage que Francis Jammes fit à Lourdes en compagnie de Paul Claudel: est-ce qu'un extrait vous dirait ?


Pourquoi pas ...  sourire 
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Sigismond
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MessageSujet: Re: Francis Jammes   Jeu 27 Mar 2014 - 15:20

Constance a écrit:
Pourquoi pas ...  sourire 
Alors en fait je vais même copier le chapitre entier, qui est très bref (deux petites pages) - c'est le cinquième chapitre, on commence donc à être assez avant dans l'oeuvre, ce chapitre est un peu posé là comme un cheveu sur la soupe, et c'est écrit au "je" pour la seule fois de l'ouvrage, ce "je" est bien sûr Francis Jammes lui-même.

La dernière réplique de Claudel est assez savoureuse je trouve, drôle en tous cas  sourire .

chapitre \"Amende honorable au mauvais goût de Lourdes" a écrit:
 Je vous revois, mon cher Claudel, en ces chaudes journées du pèlerinage national de 1905, où, pour la première fois, vous preniez contact avec Lourdes; Personne, j'en suis sûr, ne suivit, avec plus d'humble ferveur que vous, les cérémonies qui se déroulèrent sous nos yeux fraternels.

 Néanmoins au cours de ces longues heures que nous passions ensemble matin et soir, dans un espace limité par la grotte, les fontaines, les piscines, les bureaux, le rosaire, la crypte et la basilique, je ressentais que s'accumulait en vous un orageux mécontentement. J'avais espéré que vous échapperiez à la réaction qui mit à nu les nerfs de Huysmans et d'Henri Duparc, l'homme pourtant le plus saintement épris de Lourdes que j'aie connu; que vous vous soustrairiez à ce sentiment de révolte que provoquent souvent, chez les mieux intentionnés, des oeuvres, il est vrai lamentables, qui encombrent les places, le sanctuaire, le calvaire. Il s'en faudrait de très peu qu'une telle face monstrueuse ne trouvât crédit dans les temples des solitudes de l'Asie.

Nos promenades se renouvelaient autour des mosaïques des Mystères, et nous songions davantage, me semblait-il, à égrener proprement notre chapelet qu'à fulminer contre l'art de Lourdes. J'avais entendu tant de sarcasmes à ce sujet, qu'à vrai dire je ne voulais plus me prêter à ces lieux communs. En avais-je assez ouï de:
 - C'est affreux ! comme c'est dommage ! ça tuera la religion ! ça a empêché un protestant de se convertir ! ce n'est pas étonnant que les catholiques passent pour des idiots ! le diable est l'auteur de toutes ces choses, etc..., etc..., etc...

 Soudain, mon cher ami (je revois fort bien l'image qui vous fit éclater) votre teint rosé d'homme bien portant refléta toutes les flammes du purgatoire.
 - Ah ! ah ! ah ! vous écriiez-vous, c'en est trop, je meurs. Partons. C'est épouvantable.

 Et vous commençâtes de dévider une litanie de brèves phrases entrecoupées, si furieuses qu'elles me faisaient songer au trop fameux monologue de l'Avare de Molière.
 ...Je vois ! je vois ! poursuiviez-vous, je vois !...
- Que voyez-vous donc ?
- Je vois l'abominable cabotin qui a exécuté, en ricanant, cette vilenie.
- Calmez-vous, cher ami. Ne protestez pas avec tant de véhémence ! Que vous importe, ou non, la valeur, en soi, de cette oeuvre ? Et qu'elle plaise ou pas à votre goût d'artiste, si une bonne femme, venue de Flandre, de Bretagne, des Landes, de Pontoise ou de Lannemezan, est édifiée par ce que vous trouvez horrible et, par cela même, élevée à une oraison qui, aux yeux de Dieu, vaut mille fois la nôtre ?
- Taisez-vous, je vous en supplie, avez-vous répliqué, je vous entends, je vous comprends, je vous approuve mais, ah ! ah ! c'est affreux, en raisonnant ainsi vous allez me faire perdre le peu de goût qu'il me reste ! 
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