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 Antonin Artaud

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Snark
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MessageSujet: Antonin Artaud   Ven 10 Aoû 2007 - 18:53



Biographie d'Antonin Artaud
Antonin Artaud constitue toujours aujourd'hui une référence incontournable pour le théâtre européen. Il est, avec Roger Vitrac, le fondateur du théâtre Alfred Jarry. Mais c'est surtout sa vision personnelle de l'art de la scène, retranscrite dans 'Le théâtre et son double', qui a marqué les mémoires. Souffrant de troubles psychiques, il s'est attaché à décrire les mécanismes de la pensée dans de nombreux poèmes en prose. On lui doit aussi une splendide étude sur Van Gogh, rédigée sous la forme d'un poème. Comédien à ses heures, Antonin Artaud a joué dans 'La passion de Jeanne d'Arc' de Dreyer et dans 'Napoléon Bonaparte' d'Abel Gance.[/quote]

Mon opinion sur les oeuvres d'Artaud que jai lu
J’ai d’abord essayé de lire l’Ombilic des Limbes, mais la lecture était si ardue, et le texte si pesant… que je l’ai vite abandonné.
Plus tard, j’ai accordé à son oeuvre une seconde « chance » en abordant Van Gogh ou le société de la société. Il s’agit d’un essai sur le fameux peintre hollandais. Comme le témoigne l’une de ses amies dans le documentaire Artaud le momo, il l’a composé après avoir parcouru une rétrospective sur l’œuvre de Van Gogh en 15-20 minutes. C’est que Artaud et l’œuvre de Van Gogh sont comme deux énormes nuages : lorsqu’ils sont entrés en contact, la pression était si forte, que ça a fulguré. On sent l’énergie de cet éclair dans chacun des mots, dans chacune des lettres de son essai. Van Gogh ou le suicidé de la société est chargé de vie frénétique et démente qui m’as comme électrocuté, par à-coups... bom

Essentiellement, qu’est-ce qu’il dit, cet essai? Dans une forme inouïe, dont l'ardente créativité déferle « avec » le contenu, Artaud revendique le droit au délire, à la folie comme révolte contre tout système et contre tout ce qui emprisonne la pensée. Il veut atteindre à une « lucidité supérieure » par la « désagrégation de l’esprit. » C’est exactement ce que Van Gogh a fait : « Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti contre nous comme la bombe d’un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le remplit. » …
Or la société réintroduit l’opposition esprit/corps chez le fou authentique et, ainsi, l’assassine. Le psychiatre Gachet considérait Van Gogh comme un fou. Ce jugement implique une prétendue connaissance de ce qui est bon; pour le docteur Gachet, est bien l’état normal des facultés, le bon sens. « Hyper-lucide », Artaud voit bien ce que ça veut dire : les docteurs et la société « croyaient détenir l’infini contre lui. » Van Gogh s’est tué à cause de son inadaptation (et conséquence : rejet) à ce que la société (y compris son frère Théo qui croyait, influencé par le docteur, aussi que Van Gogh était fou et que cela, c’était le mal) considérait comme le bien. Autrement dit, en essayant de réintroduire le bon sens et le sens commun (conformisme bourgeois) chez Van Gogh, la société (Gachet engagé par l’État…) a engendrée une discordance fatale entre ses facultés mentales (esprit) et son corps. Et quelques heures avant de se suicider, lors de sa crise ultime, il s’est à nouveau fait indiqué par le docteur qu’il délirait. Van Gogh s’est suicidé parce qu’il ne supportait plus son inadaptation.


Pqu'il m'a secoué les organes, ce livre est le meillleur que jai lu en 2005. alien


Dernière édition par le Dim 12 Aoû 2007 - 5:41, édité 1 fois
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Snark
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Ven 10 Aoû 2007 - 18:59



un extrait:

Un fou, Van Gogh ?

Que celui qui a su un jour regarder une face humaine regarde le portrait de Van Gogh par lui-même, je pense à celui avec un chapeau mou.

Peinte par Van Gogh extralucide, cette figure de boucher roux, qui nous inspecte et nous épie, qui nous scrute avec un œil torve aussi.

Je ne connais pas un seul psychiatre qui saurait scruter un visage d'homme avec une force aussi écrasante et en disséquer comme au tranchoir l'irréfragable psychologie.

L'œil de Van Gogh est d’un grand génie, mais à la façon dont je le vois me disséquer moi-même du fond de la toile où il a surgi, ce n’est plus le génie d’un peintre que je sens en ce moment vivre en lui, mais celui d'un certain philosophe par moi jamais rencontré dans la vie.

Non, Socrate n’avait pas cet œil, seul peut-être avant lui le malheureux Nietzsche eut ce regard à déshabiller l’âme, à délivrer le corps et l’âme, à mettre à nu le corps de l'homme, hors des subterfuges de l'esprit.

Le regard de Van Gogh est pendu, vissé, il est vitré derrière ses paupières rares, ses sourcils maigres et sans un pli.

C’est un regard qui enfonce droit, il transperce dans cette figure taillée à la serpe comme un arbre bien équarri.

Mais Van Gogh a saisi le moment où la prunelle va verser dans le vide, où ce regard, parti contre nous comme la bombe d'un météore, prend la couleur atone du vide et de l’inerte qui le remplit.

Mieux qu’aucun psychiatre au monde, c’est ainsi que le grand Van Gogh a situé sa maladie.

Je perce, je reprends, j'inspecte, j'accroche, je descelle, ma vie morte ne recèle rien, et le néant au surplus n’a jamais fait de mal à personne, ce qui me force à revenir au dedans, c’est cette absence désolante qui passe et me submerge par moments, mais j'y vois clair, très clair, même le néant je sais ce que c'est, et je pourrais dire ce qu'il y a dedans.

Et il avait raison, Van Gogh, on peut vivre pour l'infini, ne se satisfaire que d'infini, il y a assez d'infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies, et si Van Gogh n'a pas pu combler son désir d’en irradier sa vie entière, c’est que la société le lui a interdit.

Carrément et consciemment interdit.

Il y a eu un jour les exécuteurs de Van Gogh, comme il y a eu ceux de Gérard de Nerval, de Baudelaire, d'Edgar Poe et de Lautréamont.


Ceux qui un jour ont dit :

Et maintenant, assez, Van Gogh, à la tombe, nous en avons assez de ton génie, quant à l'infini, c'est pour nous, l'infini.

Car ce n'est pas à force de chercher l'infini que Van Gogh est mort, qu'il s'est vu contraint d’étouffer de misère et d’asphyxie, c'est à force de se le voir refuser par la tourbe de tous ceux qui, de son vivant même, croyaient détenir l'infini contre lui; et Van Gogh aurait pu trouver assez d'infini pour vivre pendant toute sa vie si la conscience bestiale de la masse n’avait voulu se l'approprier pour nourrir ses partouses à elle, qui n’ont jamais rien eu à voir avec la peinture ou avec la poésie.

De plus, on ne se suicide pas tout seul.

Nul n’a jamais été seul pour naître.

Nul non plus n’est seul pour mourir.

Mais, dans le cas du suicide, il faut une armée de mauvais êtres pour décider le corps au geste contre nature de se priver de sa propre vie.

Et je crois qu'il y a toujours quelqu'un d’autre à la minute de la mort extrême pour nous dépouiller de notre propre vie.


Ainsi donc, Van Gogh s'est condamné, parce qu'il avait fini de vivre et, comme le laisse entrevoir ses lettres à son frère, parce que, devant la naissance d'un fils de son frère, il se sentait une bouche de trop à nourrir.

Mais surtout Van Gogh voulait enfin rejoindre cet infini pour lequel, dit-il, on s’embarque comme dans un train pour une étoile, et on s’embarque le jour où l’on a bien décidé d’en finir avec la vie.

Or, dans la mort de Van Gogh, telle qu’elle s’est produite, je ne crois pas que ce soit ce qui s’est produit.

Van Gogh a été expédié du monde par son frère, d’abord, en lui annonçant la naissance de son neveu, il a été expédié ensuite par le docteur Gachet, qui, au lieu de lui recommander le repos et la solitude, l’envoyait peindre sur le motif un jour où il sentait bien que Van Gogh aurait mieux fait d'aller se coucher.

Car on ne contrecarre pas aussi directement une lucidité et une sensibilité de la trempe de celles de Van Gogh le martyrisé.

Il y a des consciences qui, à de certains jours, se tueraient pour une simple contradiction, et il n’est pas besoin pour cela d’être fou, fou repéré et catalogué, il suffit, au contraire, d’être en bonne santé et d’avoir la raison de son côté.

Moi, dans un cas pareil, je ne supporterai plus sans commettre un crime de m’entendre dire : "Monsieur Artaud, vous délirez", comme cela m’est si souvent arrivé.

Et Van Gogh se l'est entendu dire.

Et c’est de quoi s’est tordu à sa gorge ce nœud de sang qui l’a tué.
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coline
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Dim 12 Aoû 2007 - 23:04

Je ne sais plus qui, ni sur quel fil, mais quelqu'un voulait voir Antonin Artaud acteur.
Le voici dans La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer

cliquer ici
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lekhan
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Mar 4 Sep 2007 - 23:32

Je m'étonne du peu de réponses qu'à susciter ce fil. je pensais l'oeuvre d'Artaud en vogue, comme par soucis d'original ou quelque chose de ce type.
Peut être suis-je trop habitué à voir les projecteurs s'éclairer et vite déteindre sur des oeuvres complexes.
Quand j'ai lu ce topic, je me suis d'abord insurgé de voir qualifié de pesant l'ombilic des limbes. Mais me rappelant de la mise à l'épreuve syntaxique, des sèmes ambiguë, il m'apparaît que pesant est peut être plus éreintant.

Il y a quelque chose chez Artaud que je retrouve chez Rigaut et qui me touche en général dans l'écriture de soi, c'est ce mouvement qu'ils font vers l'écriture. L'écriture devient un miroir, un moyen de savoir que l'on existe et comment l'on existe. mais c'est aussi une écriture très personnelle.
Dans les complètes d'Artaud on trouvera notamment des lettres tout comme dans les Ecrits de Rigaut, on l'écriture est tout à fait personnelle, on pourrait d'ailleurs s'interroger sur la publication de ces lettres.
Néanmoins on y trouve un artaud en proie aux sentiments, on l'y voit presque enfantin. Parfois il est plutôt virulent et s'insurge contre le législateur.
Mais toujours on retrouve dans ces poèmes récits, une écriture personnelle, une réflexion sur l'existence.
Artaud s'interrogera toujours sur comment puis-je exister car je ne me suis pas fait.
On pourra penser à ses phrases, ses psaumes, ses déclamations ontologique, comme les coups de marteau sur son cahier.
Et ses dessins incarnés d'une torture profonde, une torture physique mais aussi moral.

Van gogh le suicidé de la société commence d'ailleurs par un psaume magnifique et totalement ontologique :« Un monde où on mange chaque jour du vagin cuit à la sauce verte ou du sexe de nouveau né flagellé et mis en rage, tel que cueilli à sa sortie du sexe maternel ».

Je ne peux pas exister car je ne me suis pas fait, si je m'étais fait je serais autrement, mes choix auraient été autres. Je ne serais pas fou, je ne souffrirais pas, etc. etc.

Le creuset de son écriture est ce dualisme ontologique.

Poésie délirium, ou prose ambiguë, Sèmes, et autre écriture lucide.

Voilà ce qu'on peut rapidement et grossièrement dire de l'écriture d'Artaud.
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coline
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Mar 4 Sep 2007 - 23:39

lekhan a écrit:
Je m'étonne du peu de réponses qu'à susciter ce fil.

C'est vrai qu'on peut s'en étonner...
J'ai échangé quelques mots avec Snark là-dessus...Mon point de vue est qu'il n'est pas facile (en tout cas pour moi) de parler de l'oeuvre d'Artaud...Mais à quoi cela tient-il?...Je ne saurais pas le dire...Peut-être la peur de mettre un commentaire qui ne serait pas assez "pointu"...
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lekhan
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Mer 5 Sep 2007 - 0:10

Il y a sûrement de ça, l'oeuvre d'Artaud est comlexe comme je l'ai dit, et c'est une oeuvre considérable et personnelle.

Il y a un trés trés grand-bon documentaire sur dailymotion dont je mets le lien:

http://www.dailymotion.com/relevance/search/antonin+artaud/video/xpzjd_antonin-artaud_shortfilms
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alaska
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Ven 14 Sep 2007 - 11:20

Artaud. C'est vrai qu'il n'est pas simple de parler de son oeuvre. D'autant plus qu'elle est très vaste. Je n'ai lu qu'une petite partie de ce qu'il a écrit - L'ombilic des limbes, Pour en finir avec le jugement de Dieu, quelques lettres -, et c'est toujours comme des coups de poings qu'il donne aux autres ou à lui-même. Ses lettres sont brûlantes, on voudrait le prendre au creux de ses bras, le consoler et lui dire que non, que oui, qu'il y a de la matière, et puis mentir un peu, tout va bien.

J'ai déjà donné ce lien plusieurs fois dans le forum, mais je le redonne, maintenant qu'il y a un fil sur Artaud.. Pour en finir avec le jugement de Dieu . C'est sans doute ce que j'ai préféré dans son oeuvre, ces voix étranges et les cris d'Artaud, les tambours, et le texte puissant et saignant, et l'atmosphère.

Dans L'ombilic des limbes, il y a cette petite pièce, Le jet de sang, qui m'a aussi beaucoup marquée. C'est d'ailleurs la fin du livre. (et puis comme une amie l'avait retapée, j'en profite pour en mettre un extrait.)



Citation :
LE JEUNE HOMME: Je t’aime et tout est beau.

LA JEUNE FILLE, avec un trémolo intensifié dans la voix : Tu m’aimes et tout est beau.

LE JEUNE HOMME, sur un ton plus bas: Je t’aime et tout est beau.

LA JEUNE FILLE, sur un ton encore plus bas que lui : Tu m’aimes et tout est beau.

LE JEUNE HOMME, la quittant brusquement: Je t’aime.

Un silence.

Mets-toi en face de moi.

LA JEUNE FILLE, même jeu, elle se met en face de lui : Voilà.

LE JEUNE HOMME, sur un ton exalté, suraigu : Je t’aime, je suis grand, je suis clair, je suis plein, je suis dense.

LA JEUNE FILLE, sur le même ton suraigu : Nous nous aimons.

LE JEUNE HOMME : Nous sommes intenses. ah que le monde est bien établi.

Un silence. On entend comme le bruit d’une immense roue qui tourne et dégage du vent. Un ouragan les sépare en deux.
A ce moment, on voit deux astres qui s’entrechoquent et une série de jambes de chair vivante qui tombent avec des pieds, des mains, des chevelures, des masques, des colonnades, des portiques, des temples, des alambics, qui tombent, mais de plus en plus lentement, comme s’ils tombaient dans le vide, puis trois scorpions l’un après l’autre et enfin une grenouille, et un scarabée qui se dépose avec une lenteur désespérante, une lenteur à vomir.

LE JEUNE HOMME, criant de toutes ses forces : Le ciel est devenu fou.
(Il regarde le ciel.). Sortons en courant.

Il pousse la fille devant lui.
Et entre un chevalier du Moyen-Age avec une armure énorme, et suivi d’une nourrice qui tient sa poitrine à deux mains, et souffle à cause de ses seins trop enflés.

LE CHEVALIER : Laisse là tes mamelles. Donne-moi mes papiers.

LA NOURRICE, poussant un cri suraigu : Ah ! Ah! Ah!

LE CHEVALIER : Merde, qu’est-ce qui te prend ?

LA NOURRICE : Notre fille, là, avec lui.

LE CHEVALIER : Il n’y a pas de fille, chut !

LA NOURRICE : Je te dis qu’ils se baisent.

LE CHEVALIER : Qu’est-ce que tu veux que ça me foute qu’ils se baisent ?

LA NOURRICE : Inceste.

LE CHEVALIER : Matrone.

LA NOURRICE, plongeant les mains au fond de ses poches qu’elle a aussi grosses que ses seins : Souteneur.

Elle lui jette rapidement ses papiers.

LE CHEVALIER : Phiote, laisse-moi manger.

La nourrice s’enfuit.
Alors il se relève, et de l’intérieur de chaque papier il tire une énorme tranche de gruyère.
Tout à coup il tousse et s’étrangle.

LE CHEVALIER, la bouche pleine : Ehp. Ehp. Montre-moi tes seins. Montre-moi tes seins. Où est-elle passée?

Il sort en courant.
Le jeune homme revient.

LE JEUNE HOMME : J’ai vu, j’ai su, j’ai compris. Ici la place publique, le prêtre, le savetier, les quatre saisons, le seuil de l’église, la lanterne du bordel, les balances de la justice. Je n’en puis plus !

Un prêtre, un cordonnier, un bedeau, une maquerelle, un juge, une marchande des quatre-saisons, arrivent sur la scène comme des ombres.

LE JEUNE HOMME: Je l’ai perdue, rendez-la moi.

TOUS, sur un ton différent. Qui, qui, qui, qui.

LE JEUNE HOMME : Ma femme.

LE BEDEAU, très bedonnant : Votre femme, psuif, farceur !

LE JEUNE HOMME : Farceur ! c’est peut-être la tienne !

LE BEDEAU, se frappant le front : C’est peut-être vrai.

Il sort en courant. Le prêtre se détache du groupe à son tour et passe son bras autour du cou du jeune homme.

LE PRETRE, comme au confessionnal : A quelle partie de son corps faisiez-vous le plus souvent allusion ?

LE JEUNE HOMME : A Dieu.

Le prêtre décontenancé par la réponse prend immédiatement l’accent suisse.

LE PRETRE, avec l’accent suisse : Mais ça ne se fait plus. Nous ne l’entendons pas de cette oreille. Il faut demander ça aux volcans, aux tremblements de terre. Nous autres, on se repaît des petites saletés des hommes dans le confessionnal. Et voilà, c’est tout, c’est la vie.

LE JEUNE HOMME, très frappé : Ah voilà, c’est la vie ! Et bien, tout fout le camp.

(...)





et puis mille excuses, je n'arrive vraiment pas à exprimer Artaud.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Ven 14 Sep 2007 - 16:24

alaska a écrit:

et puis mille excuses, je n'arrive vraiment pas à exprimer Artaud.

Merci de ce passage Alaska! :)
Et rassure-toi...tu n'es pas la seule à avoir des difficultés à évoquer l'oeuvre d'Artaud! Wink
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Ven 5 Oct 2007 - 22:47

http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=391

J'ai trouvé ça, une lecture d'Artaud par Artaud, je dois dire que je reste sans voix.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Sam 6 Oct 2007 - 10:52

lekhan a écrit:
Il y a un trés trés grand-bon documentaire sur dailymotion dont je mets le lien:
http://www.dailymotion.com/relevance/search/antonin+artaud/video/xpzjd_antonin-artaud_shortfilms
Je suis restée scotchée, merci pour le lien!
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Sam 6 Oct 2007 - 20:47

De rien, je suis toujours heureux de partager sur Artaud.

La prestation est en plus tout à fait saisissante et je crois indispensable à la compréhension de l'écriture d'Artaud, cette insistance sur le rythme, sur l'oralité, c'est vraiment très important. Et je crois qu'on sent toute l'âme qu'il peut mettre dans son écriture et dans sa conception de l'écriture dans cet enregistrement.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Sam 6 Oct 2007 - 22:24

lekhan a écrit:
http://www.larevuedesressources.org/article.php3?id_article=391

J'ai trouvé ça, une lecture d'Artaud par Artaud, je dois dire que je reste sans voix.




(en passant) je crois que ce n'est pas Artaud qui lit, et qu'on entend sa voix uniquement dans les cris.


(j'suis en manque de poésie en français.)
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Dim 7 Oct 2007 - 0:18

Euh si c'est Artaud qui lit^^. Il n'est pas le seul, mais il lit^^.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Dim 7 Oct 2007 - 11:56

Au temps pour moi. Il est la première voix ?

J'avais gardé l'image d'Artaud "muet" après l'asile. Hm.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   Dim 7 Oct 2007 - 12:33

Non pas la première, sa voix entre coupe les performances d'autres acteurs, et puis tous ces cris, et cette déclamation finale sont de lui je crois.
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MessageSujet: Re: Antonin Artaud   

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