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 Roland Dorgelès

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Constance
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MessageSujet: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 18:17

Roland Dorgelès (1886-1973)




De son vrai nom Laurent Lecavelé, Roland Dorgelès est né à Amiens en 1886. Après de brèves études à l'École des beaux-arts de Paris, il opte pour le journalisme et mène la vie de bohème de l'époque, jusqu'à la guerre, qu'il fait, dès 1914, comme engagé volontaire dans l'infanterie. Son livre, "Les Croix de bois", lui vaut en 1919 à la fois la gloire et le prix Femina. Élu triomphalement à l'académie Goncourt en 1929, il accède à la présidence du jury en 1955, après la mort de Colette.




Oeuvres :


Les Croix de bois, Albin Michel, 1919 (Prix Fémina-Vie Heureuse, 1919)
La Machine à finir la guerre, avec Régis Gignoux, Albin Michel, 1917
Le Réveil des morts, Albin Michel, 1923
La Dernière Relève, Durassié, in Les Beaux contes illustrés, n° 4, novembre, 1924
Montmartre, mon pays, Les Artisans imprimeurs, 1925
Le Cadastre littéraire, ou une heure chez M. Barrès, Émile-Paul, 1925
Sur la route mandarine, Albin Michel, 1925
Partir..., Albin Michel, 1926
Le Promeneur nocturne, À la Cité des livres, coll. « Les Familiers de la Cité des livres », 1926
La Caravane sans chameaux, Albin Michel, 1928
Souvenirs et réflexions sur les "Croix de bois", Les Nouvelles littéraires, novembre-décembre 1928
Écrit sur l'herbe, Cahiers libres, 1928
Écrit sur le sable, Cahiers libres, 1928
Souvenirs sur Les Croix de bois, À la cité des livres, 1929
A la recherche de Baranavaux, Fournier, coll. « de l'Ancre », 1929
Marcel Prévost, Francis de Croisset, Joseph de Pesquidoux, Le Jasmin d'argent, A. Sauriac, 1929
Chez les beautés aux dents limées, Laboratoires Martinet, 1930
Entre le ciel et l'eau, illustrations de Eugène Corneau, Crès, 1930
Le Château des brouillards, Albin Michel, 1932
Deux Amateurs de peinture, F. Paillart, coll. « Les Amis d'Édouard », 1932
Si c'était vrai ?, Albin Michel, 1934
La Corde au cou, in Gringoire n° 354, 16 août 1935
Quand j'étais montmartrois, Albin Michel, 1936
Vive la liberté !, Albin Michel, 1937
Le dernier moussem, illustrations de Debax, Les Laboratoires Deglaude, 19382
Frontières. Menaces sur l'Europe, Albin Michel, 1938
L'Esprit montmartrois avant la guerre, illustrations de Dignimont, Laboratoires Carlier, 1939 ;
Retour au front, Albin Michel, 1940;
Sous le casque blanc, Éditions de France, 1941;
Route des tropiques, Albin Michel, 1944;
Carte d'identité. Récit de l’Occupation, Albin Michel, 1945;
Vacances forcées, 1945;
Bouquet de Bohème, Albin Michel, 1947;
Au beau temps de la Butte, illustrations de Van Dongen, Nouvelle librairie de France, 1949;
Bleu horizon, Albin Michel, 1949;
Portraits sans retouche, Albin Michel, 1952;
Dufy, Louis Carré, 1953;
Le Tombeau des poètes. 1914-1918, illustrations de André Dunoyer de Segonzac, Vialetay, 1954 ;
Tout est à vendre, Albin Michel, 1956;
La Drôle de guerre, Albin Michel, 1957;
Promenades montmartroises, illustrations de Dignimont, Vialetay/Trinckvel, 1960;
A bas l'argent!, Albin Michel, 1965;
Lettre ouverte à un milliardaire, Albin Michel, coll. « Lettre ouverte », 1967;
La Banane empoisonnée, 1967;
Le Marquis de la Dèche, Albin Michel, 1971;
Images, Albin Michel, 1975
Je t'écris de la tranchée, Albin Michel, 2003
Mon chasseur d'éléphants, Brunier-Bayer;
Voyage de noce, Brunier-Bayer;
La Vérité sur le communisme, avec Walter Citrine et M. Yvon, Office central anticommuniste ;
Je t'écris de la tranchée,préface de Micheline Dupray, introduction de Frédéric Rousseau, collation de lettres écrites entre 1914 et 1918, Albin Michel, 2003
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Constance
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 18:25

.






"Les Croix de bois" fut publié en 1919, année où il obtint le prix Femina, et manqua de peu le prix Goncourt.
Pour écrire ce roman, dont les personnages fictifs lui ont été inspirés par ses compagnons de combat, Dorgelès a puisé dans son expérience vécue au 39e RI de septembre 1914 à septembre 1915.
De part la volonté de l'auteur de ne pas précisément citer les dates ni les lieux ni les unités combattantes, ce bouleversant roman-témoignage embrasse l'universel :  les "biffins", comme ils se nomment, Lambert le parigot, Bréval, Fouillard, Noury, Broucke le ch'ti, Demachy ... sont tous ici élevés au rang de frères du Soldat inconnu et, chaque fois que l'un d'eux tombe au combat, le coeur se serre et les larmes montent aux yeux.
De sa plume redoutable de réalisme, empreinte d'une profonde humanité, Dorgelès nous fait vivre le quotidien des poilus, leurs facéties, leurs rigolades, leurs espoirs, leur effroi devant le spectre de la mort. D'ailleurs, le burlesque y côtoie souvent le tragique, car seul exécutoire pour ne pas sombrer dans le marasme de l'abattement, de la folie.
Le roman s'achève sur le retour amer de deux survivants de cette barbarie, dont celui du héros Sulphart, réformé avant la fin de la guerre, suite à une grave blessure et renvoyé à la vie civile  - dont l'épouse a quitté le foyer pour un autre homme, non sans l'avoir dépouillé de leur mobilier commun - qui se voit contraint de quitter Rouen pour Paris, en quête d'un emploi, et vivoter seul dans la capitale sur sa pension de guerre et un maigre salaire, et sur le retour du narrateur Roland Dorgelès - Jacques Larcher dans le roman - qui pressent l'ingratitude des civils, en leur hâte d'oublier le sacrifice des "poilus", afin de retrouver la paisibilité de leur existence d'avant-guerre.

A lire absolument ! Chef d'oeuvre !



Extrait d'un entretien avec Albert Camus, quelques jours avant son décès accidentel :  


Citation :

Quel est le moment qui vous a le plus marqué dans votre vie ?


Ce fut dans mon école que j’ai fréquenté dès l’âge de quatre ans où j’ai rencontré Louis Germain, mon instituteur, ancien rescapé de la même guerre que mon père.  Il a lu à toute la classe un extrait des Croix de Bois de Roland Dorgeles. Dans cet extrait, je découvre la vie au front, la Première Guerre Mondiale, les tranchées, le monde dans lequel mon père a perdu la vie. Cette lecture nous présente un passé dans lequel s’engloutit un père jamais connu. Le roman de l’histoire du monde coïncide avec le roman de ma propre histoire. Ce livre renferme la clef du mystère du trépas paternel.
A la fin de l’extrait, l’émotion était présente dans toute la classe. Lorsque M. Germain lève la tête, il est frappé par la stupeur de la classe. Mes camarades et moi avons découvert la vie passée de notre instituteur. M. Germain, me voyant pleurer, me murmure quelques mots doux et tendres.
Des années plus tard, je rend visite à M. Germain. J’ai quarante-cinq ans, je suis célèbre par la publication de mes livres. En me voyant je me souviens que le vieil homme s’est levé de son fauteuil, s’est dirigé vers un meuble, a ouvert un tiroir, sorti un livre et, à ce moment-là, j’ai reconnu Les Croix de Bois. Il m’en a fait cadeau. En me faisant ce cadeau, il me dit cette phrase inoubliable : " Tu as pleuré, tu te souviens ? Depuis ce jour là, ce livre t’appartient."

(Dans "Le premier homme", son roman aubiographique inachevé, l’instituteur, Louis Germain apparaît aussi sous le nom de M. Bernard.)



Extraits :


Citation :
Les autres voix ont bourdonné un instant, puis se sont tues. Ils dorment à présent. Redressé sur le coude, je les regarde, à peine distincts ; je les devine plutôt. Ils dorment, sans cauchemar, comme les autres nuits. Leurs respirations se confondent : lourds souffles de manœuvres, sifflements de malades, soupirs égaux d’enfants. Puis il me semble que je ne les entends plus, qu’elles se perdent aussi dans le noir. Comme s’ils étaient morts… Non, je ne peux plus les voir dormir. Le sommeil écrasant qui les emporte ressemble trop à l’autre sommeil. Ces visages détendus ou crispés, ces faces couleur de terre, j’ai vu les pareils, autour des tranchées, et les corps ont la même pose, qui dorment éternellement dans les champs nus. La couverture brune est tirée sur eux comme le jour où deux copains les emporteront, rigides. Des morts, tous des morts ... Et je n’ose dormir, ayant peur de mourir comme eux. (p.81)


Citation :
Épuisés, haletants, nous ne courions plus. Une route coupait les ruines et une mitrailleuse invisible la criblait, soulevant un petit nuage à ras de terre. "Tous dans le boyau !" cria un adjudant.
Sans regarder, on y sauta. En touchant du pied ce fond mou, un dégoût surhumain me rejeta en arrière, épouvanté. C’était un entassement infâme, une exhumation monstrueuse de Bavarois cireux sur d’autres déjà noirs, dont les bouches tordues exhalaient une haleine pourrie ; tout un amas de chairs déchiquetées, avec des cadavres qu’on eût dit dévissés, les pieds et les genoux complètement retournés, et, pour les veiller tous, un seul mort resté debout, adossé à la paroi, étayé par un monstre sans tête. Le premier de notre file n’osait pas avancer sur ce charnier : on éprouvait comme une crainte religieuse à marcher sur ces cadavres, à écraser du pied ces figures d’hommes. Pourtant, chassés par la mitrailleuse, les derniers sautaient quand même, et la fosse commune parut déborder. (p.177)



Citation :
Quoi, est-ce leur 88, ou notre 75 qui tire trop court ?… Cette meute de feu nous cerne. Les croix broyées nous criblent d’éclats sifflants… Les torpilles, les grenades, les obus, les tombes même éclatent. Tout saute, c’est un volcan qui crève. La nuit en éruption va nous écraser tous …
Au secours ! Au secours ! On assassine des hommes ! (p.212)



Citation :
A l’autre bout du cimetière, des territoriaux travaillaient. On s’approcha, sans penser à rien, simplement pour voir : c’étaient des fosses qu’ils creusaient. Toute une allée de fosses. En nous apercevant, les pépères avaient cessé de piocher, comme honteux. L’un d’eux, appuyé sur sa pelle, nous expliqua d’un air gêné :

— C’est des ordres, hein ... Avant un coup dur, il vaut mieux prendre ses précautions ... La dernière fois, il y en a qui ont dû attendre trois jours, heureusement que c’était l’hiver.(p.230-231)


Citation :

Je songe à vos milliers de croix de bois, alignées tout le long des grandes routes poudreuses, où elles semblent guetter la relève des vivants, qui ne viendra jamais faire lever les morts. Croix de 1914, ornées de drapeaux d’enfants qui ressembliez à des escadres en fête, croix coiffées de képis, croix casquées, croix des forêts d’Argonne qu’on couronnait de feuilles vertes, croix d’Artois, dont la rigide armée suivait la nôtre, progressant avec nous de tranchée en tranchée, croix que l’Aisne grossie entraînait loin du canon, et vous, croix fraternelles de l’arrière, qui vous donniez, cachées dans le taillis, des airs verdoyants de charmille, pour rassurer ceux qui partaient. Combien sont encore debout, des croix que j’ai plantées ? (p.283)



En 1931, Raymond Bernard et André Lang adaptèrent "Les Croix de bois".
Raymond Bernard le mit en scène en conservant les principaux personnages et la plupart des situations mais, peut-être pour ne pas froisser les censeurs et la susceptibilité du public, certains passages du roman n'exaltant pas le patriotisme sont passés à la trappe.
Ceci dit, je trouve que ce film a mal vieilli - les décors sonnent faux, de même que le jeu des acteurs, surtout celui de Pierre Blanchar.
A voir, malgré tout.







Dernière édition par Constance le Jeu 27 Mar 2014 - 19:02, édité 1 fois
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Max
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 18:53

Constance a écrit:
Ceci dit, je trouve que ce film a mal vieilli - les décors sonnent faux, de même que le jeu des acteurs, surtout celui de Pierre Blanchard.

J'aime beaucoup cet acteur (Blanchar sans "d"). Je n'ai pas vu le film mais j'ai du mal à l'imaginer jouer faux... Je me souviens notamment de son rôle incroyable dans Un carnet de bal, qui m'avait très impressionné. Mais c'est vrai que c'est un acteur très expressif, alors c'est le risque pour ce genre d'acteur de sonner faux et ridicule lorsque le film ou le rôle est en bois... (muahaha). J'attends (avec grande impatience) de lire le livre pour voir le film.

Merci en tout cas pour cette belle ouverture de topic !
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Constance
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 19:08

@ Max

J'ai ôté le "d" (avec un "d", c'est le patronyme de mon voisin de palier  Very Happy )

J'apprécie également cet acteur cependant, dans ce film, mon goût, il surjoue, et plus particulièrement dans la scène de sa mort qui confine au ridicule.
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kenavo
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 20:59

un auteur avec lequel j'ai fait un très intéressant voyage sur sa Route des tropiques... mais cela fait un bout de temps... tiens, je pourrais le ressortir pour une relecture, merci en tout cas pour ce fil

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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


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Max
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Jeu 27 Mar 2014 - 21:37

Constance a écrit:
"Les Croix de bois" fut publié en 1919, année où il obtint le prix Femina, et manqua de peu le prix Goncourt.

A noter que c'était la première fois depuis quatre ans qu'un roman sur 14-18 n'était pas lauréat.
Il y a d'ailleurs une anecdote marrante entre Gaston Gallimard et Albin Michel qui se tirait la bourre... Au cas où je la redis.
Albin Michel, mauvais perdant, a fait paraître Les croix de bois avec le bandeau "PRIX GONCOURT : 4 voix sur 10". Mais c'est après que c'est rigolo. Quelques années plus tard, un livre de Jules Romains (sais plus lequel) édité chez Gallimard est battu sur le fil (grâce à la voix du président qui compte double) par Henri Béraud chez Albin Michel... Et là, Gallimard te sort pas le roman de Romains avec le bandeau : "PRIX GONCOURT : 5 voix sur 10"  dentsblanches 

Toujours pour les histoires de Goncourt, rappelons que Dorgelès n'a pas voté pour Voyage au bout de la nuit  Rolling Eyes
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Constance
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 28 Mar 2014 - 10:37

Max a écrit:
Constance a écrit:
"Les Croix de bois" fut publié en 1919, année où il obtint le prix Femina, et manqua de peu le prix Goncourt.

A noter que c'était la première fois depuis quatre ans qu'un roman sur 14-18 n'était pas lauréat.
Il y a d'ailleurs une anecdote marrante entre Gaston Gallimard et Albin Michel qui se tirait la bourre... Au cas où je la redis.
Albin Michel, mauvais perdant, a fait paraître Les croix de bois avec le bandeau "PRIX GONCOURT : 4 voix sur 10". Mais c'est après que c'est rigolo. Quelques années plus tard, un livre de Jules Romains (sais plus lequel) édité chez Gallimard est battu sur le fil (grâce à la voix du président qui compte double) par Henri Béraud chez Albin Michel... Et là, Gallimard te sort pas le roman de Romains avec le bandeau : "PRIX GONCOURT : 5 voix sur 10"  dentsblanches 

Toujours pour les histoires de Goncourt, rappelons que Dorgelès n'a pas voté pour Voyage au bout de la nuit  Rolling Eyes


J'avais lu ces anecdotes, mais n'accordant aucun crédit aux prix littéraires où tout est affaire de lobbying et petits accommodements entre amis, je ne les mentionne que pour info.
Dans sa nouvelle "Midi à quatorze heures" (recueil "Quat'saisons"), de sa plume acérée, Antoine Blondin tourne en dérision les débats du jury imaginaire du prix Minerva (de fait, le jury du prix Femina). Un vrai régal !  Very Happy 


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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 28 Mar 2014 - 10:40

kenavo a écrit:
un auteur avec lequel j'ai fait un très intéressant voyage sur sa Route des tropiques... mais cela fait un bout de temps... tiens, je pourrais le ressortir pour une relecture, merci en tout cas pour ce fil


Pour ma part, je n'avais rien lu de Dorgelès et, sans la célébration de la guerre 14-18, je ne serais peut-être pas allée à la découverte de cet auteur.
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 28 Mar 2014 - 10:42

.






Le mot de l'éditeur :


Citation :
"Rien n’eut raison de leur endurance. On rentrait à Craonne, on remuait la terre à Laffaux, Berry-au-Bac commençait à revivre, et à Sancy, où le mur le plus haut se dépassait de la tête, des hommes sortaient les morts des caves pour y dormir ... "

La collection "Lettres de Picardie" n’avait pas encore évoqué la Grande Guerre, qui a tant marqué la région. C’est chose faite, et de façon magistrale, avec "Le Réveil des morts" de Roland Dorgelès. Lui-même d’origine picarde, l’auteur du légendaire "Les Croix de bois" a choisi l’un des champs de bataille les plus emblématiques de la grande boucherie de 14-18, le Chemin des Dames entre Laon et Soissons, pour évoquer un épisode peu connu de l'immédiat après guerre.
Le roman raconte en effet le retour à la vie de ces régions mortes : la guerre est à peine finie, les villages sont "aplatis", les champs truffés de munitions, de débris et de morts, que des escouades de chinois, de kabyles et de prisonniers allemands déterrent, identifient, pour qu’ils reçoivent une vraie sépulture. Les sinistrés, revenus dans leur chez-soi détruit, survivent, s’impatientent et luttent dans des maisons de tôle et de carton. La solidarité, le dévouement côtoient le chacun pour soi et l’âpreté au gain.
Ce grand roman est à la fois un témoignage passionnant sur les années de reconstruction
dans la Picardie dévastée, et un hommage poignant aux poilus, martyrs de 14-18 et frères d’armes de Dorgelès."



Citation :
Dès que la loi sur les Dommages de guerre est votée, une nuée de courtiers, industriels, architectes, métreurs, entrepreneurs le plus souvent véreux, accompagnés d’ouvriers, s’abat sur les Régions pour piller cette fabuleuse peuplade d’héritiers abasourdis qui reçurent ces gens-là comme des sauveurs. Toutes les races grouillaient dans cette brousse, on croyait parcourir le monde rien qu’en traversant un hameau ... (extrait de l'analyse de Jean Pierre Steckiewiez, à la fin du roman)



Extrait des premières pages :


Citation :
Les habitants de Crécy se réunissaient ainsi chaque soir sur la promenade d’En-Haut et, tout en regardant le feu d’artifice, ils parlaient des nouveaux rentrés et des secours qu’on ne voyait pas venir.
Les fusées se suivaient, rouges, blanches, vertes, montées sur un tremblant fil d’or. Avec les centaines de caisses trouvées dans les tranchées, les Chinois avaient de quoi s’amuser longtemps.
Parfois il en éclatait tout un bouquet, leurs tiges de feu entre-croisées, et, sous cette brusque aurore, la campagne endormie apparaissait toute nue. Des cris d’admiration s’élevaient. Trompé, un coq chanta…
Jacques Le Vaudoyer serrait sa femme contre lui.
— Tu es bien, lui demanda-t-il tout bas. Tu n’as pas froid ? ...



Autre extrait cité par Nicolas Offenstadt dans l’introduction de " Le Chemin des Dames. De l'évènement à la mémoire" ( Ed. Stock)


Citation :
Cette trace de sentier, qu’on reconnaît quand même à son usure, bouleversé par les entonnoirs, c’est le Chemin des Dames. Cinquante mois on se l’est disputé, on s’y est égorgé, et le monde anxieux attendait de savoir si le petit sentier était enfin franchi.
Ce n’était que ça, ce chemin légendaire : on le passe d’une enjambée ... Si l’on y creusait, de la Malmaison à Craonne, une fosse commune, il le faudrait dix fois plus large pour contenir les morts qu’il a coûtés. Ils sont là, trois cent mille, Allemands et Français, leurs bataillons mêlés dans une suprême étreinte qu’on ne dénouera plus, trois cent mille sur qui des mamans inquiètes s’étaient penchées quand ils étaient petits, trois cent mille dont de jeunes mains caressèrent le visage. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ? (p.179-180)
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Max
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 28 Mar 2014 - 11:28

Constance a écrit:
n'accordant aucun crédit aux prix littéraires où tout est affaire de lobbying et petits accommodements entre amis

Oui bien sûr c'est pas un scoop. Mais la "bagarre" des éditeurs ne s'inscrit pas moins dans l'histoire littéraire. Elle est indissociable du parcours de certains auteurs, et, par là, souvent passionnante. S'intéresser à l'histoire de Gallimard et de Denoël, par exemple, n'a rien de honteux, d'alittéraire. J'ai eu il y a trois ou quatre ans un prof d'édition qui m'y a fait prendre goût. Et puis l'anecdote ci-dessus est franchement culottée et marrante. Je compte d'ailleurs (un jour  Rolling Eyes ) lire tous les Goncourt jusqu'en 44. Na  tongue 

Constance a écrit:
Dans sa nouvelle "Midi à quatorze heures" (recueil "Quat'saisons"), de sa plume acérée, Antoine Blondin tourne en dérision les débats du jury imaginaire du prix Minerva (de fait, le jury du prix Femina). Un vrai régal !  Very Happy 

Ah, ça va rester dans un coin de ma tête, ça.
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 18 Avr 2014 - 11:49

Max a écrit:
Constance a écrit:
n'accordant aucun crédit aux prix littéraires où tout est affaire de lobbying et petits accommodements entre amis

Oui bien sûr c'est pas un scoop. Mais la "bagarre" des éditeurs ne s'inscrit pas moins dans l'histoire littéraire. Elle est indissociable du parcours de certains auteurs, et, par là, souvent passionnante. S'intéresser à l'histoire de Gallimard et de Denoël, par exemple, n'a rien de honteux, d'alittéraire. J'ai eu il y a trois ou quatre ans un prof d'édition qui m'y a fait prendre goût. Et puis l'anecdote ci-dessus est franchement culottée et marrante. Je compte d'ailleurs (un jour  Rolling Eyes ) lire tous les Goncourt jusqu'en 44. Na  tongue 



Je ne conteste pas l'intérêt de connaître l'histoire des grandes maisons d'éditions, mais je pense que c'est surtout affaire de spécialiste.

Quant à lire tous les Goncourt jusqu'en 44 : belle promesse de découvrir d'illustres auteurs inconnus.  Very Happy 
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 18 Avr 2014 - 11:56

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Orphelin très jeune, héros de la guerre 14-18 ensuite remarqué pour ses faits d'armes dans l'Armée d'Orient dont il a démissionné car sans espoir d'avancement réservé aux biens nés, Noël francoeur, la trentaine désargentée, dit le lieutenant - "un gosse de la Chapelle qui a grandi avec les frappes des fortifications, c'est un jeune gars têtu qui a appris le peu qu'il sait en bûchant après  l'atelier au lieu de s'amuser ou de dormir, c'est le petit engagé de 14 qui a payé chaque galon d'une cicatrice" - végète dans un emploi de vendeur au rayon sports d'un grand magazin. Confiné en un lieu clos à la merci des chefaillons, l'ex-baroudeur brave leur autorité en contournant le réglement par des espiègleries qui en font le héros des autres employés. Jusqu'au jour où le hasard s'invite au magazin sous les traits de Brigitte Nanteuil - dont il a autrefois sauvé la vie à Bagdad - une femme qui met en émoi son âme romantique. Ces retrouvailles exaltent son tempérament fougueux ... et c'est la décisive esclandre avec le chef de rayon : Noël Francoeur reprend sa liberté.

Au gymnase, où il est hébergé depuis dix-huit mois, et vit en communauté avec des boxeurs en fin de carrière - entre autres, Coudur et Renaudin, deux compagnons d'armes de 14-18 qui lui doivent la vie à Verdun - la mère Battista, veuve du fondateur de l'établissement, s'inquiète du coup de tête de Francoeur " En effet, le gymnase ne joignait les deux bouts que grâce aux mensualités du lieutenant".
Au début, pour remercier sa famille d'adoption, Noël avait espéré renflouer le gymnase, mais au vu de sa gestion plus que fantaisiste, il avait douté d'y parvenir, alors "Maintenant que sa place était perdue il ne restait qu'une solution : fonder sa société."
Les murs existent déjà, et ses amis pugilistes atteints par la limite d'âge pourraient constituer une efficace équipe d'hommes de main  : l'idée de créer une société de protection est née.
Ce sera "La Sauvegarde" qui protégera "les faibles contre les brutes, les honnêtes gens contre les canailles" " Je veux défendre les gens qui ne peuvent le faire eux-mêmes, contre un rival, une brute quelconque, un jaloux quitté, un maître-chanteur"  ... Beau programme donquichottesque, reste à trouver les fonds pour lancer l'affaire mais, en 1925, au coeur des années folles tout est possible pour un aventurier qui veut faire fortune.

Son enthousiasme, son ingéniosité, sa pugnacité, et l'intervention occulte de Brigitte Nanteuil lui ouvriront la porte d'un client de choix : M. Robinson, le président-directeur général du Consortium Immobiler de l'Ile-de-France, un "profiteur de guerre" ayant bâti sa fortune en cheville avec un banquier verreux d'excellente réputation. Aux abois, en but aux intimidations et menaces de la concurrence, et sous le risque d'essuyer les représailles de nombreux acheteurs floués, Robinson se résout à se placer sous la protection de La Sauvegarde. Sans le savoir, Noël Francoeur, se met au service d'une fripouille de haut vol.  
Par le biais de Robinson, notre intrépide justicier et sa fine équipe de gros bras débonnaires découvrent les coulisses du grand monde : les politiques corrompus, les magouilleurs de la finance, les liens occultes entre la presse d'argent et le pouvoir, l'arrogance mais aussi la naïveté des parvenus, la noblesse disetteuse lorgnant sur la roture multi-millionnaire, quitte à se fourvoyer en une mésalliance pour redorer son blason, les demi-mondaines entretenues par des notables, la médisance, la calomnie, les coups bas, les complots, la trahison ...



Dans ce tumultueux roman de quelque cinq cents pages, riche en péripéties - bagarres, enlèvements, coups de poings, voire coups de revolver, idylles et ruptures amoureuses -  et en rebondissements imprévisibles tour à tour dramatiques ou comiques, truffé de scènes désopilantes, et peuplé d'une kyrielle de savoureux personnages secondaires, Roland Dorgelés s'est plu à caricaturer, avec une évidente jubilation, les moeurs d'une société en déliquescence qui se nourrit de l'injustice sociale.  
Ce roman ne livre pas de message ni d'idée-force que nous ne connaissions déjà, je me suis cependant agréablement laissée porter par les aventures mouvementées de Noël Francoeur dont l'ultime cri de révolte "Il suffit de payer ! criait-il, poings au ciel. La Justice, le Parlement, la Presse, tout est à vendre !" donne la clef du roman.  
Triste constat, mais qui en douterait encore ?

Un roman au rythme enlevé qui, malgré quelques longueurs, se lit sans déplaisir. (intellos forcenés : s'abstenir)



Extraits :

Citation :

- Oh ! vous savez entre deux guerres, le courage n'est pas un article très demandé. On ne réclame pas de bravoure pour trafiquer en Bourse ou vendre des pois cassés.[...] Dans les périodes tranquilles, la société de veut que des électeurs et des contribuables. (p.46)


Citation :
Robinson s'était donc essayé, au début de la guerre, en revendant un bon prix un terrain de banlieue qu'il avait accepté en paiement d'une créance. Encouragé, il avait continué, risquant son bénéfice dans de nouvelles opérations, et avait spéculé sur les terrains de la zone, où toute construction était en principe interdite, mais où l'on édifiait malgré tout des ateliers de munitions. A la fin des hostilités, il avait déjà réalisé une petite fortune. [...] Après l'armistice, prévoyant que le manque de logements et l'afflux de population allaient amener un déplacement vers la banlieue, il s'était lancé dans le lotissement avec l'appui d'un banquier que son programme avait séduit. Des châtelains appauvris par la dévaluation offraient pour presque rien des domaines devenus trop lourds; il les achetait, les morcelait et, les rues à peine tracées, les revendait quatre fois plus cher. A l'intention de ceux qui n'avaient pas de quoi s'offrir un bout de parc historique, il acheta des hectares de labour, sans voirie, sans eau, sans gaz; cela s'enlevait comme des coupons en solde. "Tous propriétaires ! annonçaient ses affiches. Plus de loyer à payer". Avec ces belles formules, les sans-logis se laissaient tenter. (p.106 et p.107)


Citation :
Une fois le terrain vendu, les acheteurs peuvent rouspéter, demander l'eau et les égouts promis, il ne veut rien entendre et ceux qui ne peuvent plus payer on les expulse en moins de deux. (p.109)


Citation :
Un peu plus loin, à l'entrée d'un chemin fangeux, se dressait un portique de fête foraine, à l'inscription délavée par la pluie " Cité-jardin de la Pommeraie". Le lotissement se trouvait au bout. A peine le pied à terre, Noël était fixé.
- Navrant ! fit-il à haute voix.
Le jardin promis, c'était ce cloaque et la pommeraie, cette rangée d'échalas où pourrissaient des feuilles.
- C'est simple, j'en conviens, grogna le lotisseur, mais il y a de l'air ...
Pour le moment, il y en avait même trop, qui soufflait en rafale, rabattant la fumée des usines voisines. (p.142)


Citation :
S'il avait effectué les travaux exigés - l'adduction d'eau, des égouts, l'éclairage - il y aurait été de sa poche.
Alors il avait eu l'idée de vendre "à l'usage de jardins". Cette clause, inscrite dans les contrats, aurait pu retenir les acheteurs éventuels, mais les vendeurs connaissaient leur métier. " Mais quand vous aurez votre terrain, rien ne vous empêchera de construire. Vous serez chez vous !"
[...]
Dix balles par semaine pour être "chez soi", on ne peut pas résister !
Alors ils signaient ce qu'on voulait, en long, en large, et en travers, et versaient de bon coeur trois cents francs d'avance : toutes leurs économies et le livret de caisse d'épargne du môme, reçu à la distribution des prix ...
Eh bien ! à présent, ils étaient "chez eux". Dans la crotte jusqu'au genoux. Sans eau, sans lumière, leurs déjections derrière la baraque. "Pardon, c'était à usage de jardin ... vous avez signé ... " (p.143)



Citation :
Ces messieurs parlaient des impôts. Lévy-marc, péremptoire, exposait un système fiscal suivant lequel les charges seraient judicieusement réparties sur le plus grand nombre : autrement dit sur ceux qui ne possèdent rien. Le président Aubrac appuya le banquier :
- On ne dresse pas une pyramide sur la pointe, mais sur la base. (p.273)


Citation :
- L'équilibre social ne peut être maintenu que par un bien être généralisé, et c'est dans cette intention que j'ai entrepris une nouvelle répartition des terres ...
- Vous devenez philanthrope ? se moqua Lévy- Marc.
- Parfaitement, et dans l'intérêt de tous. Si l'on veut que les ouvriers se tiennent tranquilles, il faut les éloigner des grands centres et leur donner des distractions.
La moins chère c'est la pêche à la ligne : eh bien ! j'ouvre des lotissements tout le long des rivières et, où il n'y en a pas, je fais creuser des étangs. Pendant que les hommes taquineront le goujon, ils ne feront pas de politique ... (p.274)


Citation :
- Au fait, sous quelle étiquette vous présentez-vous ?
Le novice hésita :
- Heu ... Républicain indépendant.
- Oui, Dans cette région ça peut aller. Pourtant je préférerais républicain de gauche. C'est de ce côté que vous devez chercher des voix. Un autre conseil : Ne vous engagez pas trop sur la question religieuse. Même si vous devez défendre l'enseignement libre, que ce soit seulement au nom de la liberté, et défendez en même temps l'école laïque ... (p.325)
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Constance
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   Ven 30 Mai 2014 - 12:28

Hier, j'ai découvert que dans le film "Les croix de bois", le personnage de Vieublé - un soldat de la compagnie de l'auteur, un parigot gouailleur et débrouillard - était interprété par Antonin Artaud ... je n'en avais pas le souvenir.  scratch  Finalement, peut-être était-il moins charismatique qu'il ne le paraissait dans le "Napoléon" d'Abel Gance, où il jouait le rôle de Marat.
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MessageSujet: Re: Roland Dorgelès   

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