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 LC Giono : Le Chant du Monde

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Sigismond
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeMar 20 Mai 2014 - 23:50

Bédoulène a écrit:
Shanidar, je ne vois pas de parenté entre le besson et Maudru ? à part le fait que le besson  "vole" à Maudru sa fille Gina

Je crois que ce que dit Toussaint quant au besson qui a récupéré la force et le tempérament du jumeau décédé est très fort et explique aussi le passage de l'insouciance à la responsabilité, non ?

Ne pas lui donner de prénom confirme son statut de jumeau, il me semble.

Quant à Maudru sa rencontre avec Antonio nous le fait connaître très différent de sa réputation, ainsi que son attention pour les taureaux qui sont sa force.

Le besson aux cheveux rouges se prénomme Danis -il me semble que c'est mentionné, à une seule reprise du reste. A propos de Giono et des déserteurs, je crois que j'oublie les plus beaux: Naissance de l'Odyssée bien sûr, c'est tout de même "le" déserteur le plus mythique peut-être (Ulysse) qui ouvre l'oeuvre romanesque de Giono, et aussi, c'est assez impardonnable vu qu'on vient juste de le lire ensemble, l'Artiste et le narrateur des "Grands chemins". Giono lui-même signe un essai intitulé... "Refus d'obéissance"...

 Je me suis fait aussi cette réflexion à propos de l'amour et de Toussaint: il est passé à côté de l'amour-Eros, et laisse même filer sa chance ultime, juste après avoir regretté sa solitude la page précédente, avec une patiente qui vient pour lui, lui en tant qu'homme, pas le toubib qu'on vient consulter.
 En fait il l'a sublimé, cet amour, en amour-Agapé , pour son entourage en général, pour ceux dont il croise la route, pour ceux qu'il soigne, et en amour-Philos...pour lui-même, pour converser avec des Antonio de passage ? Et fait le deuil de tout amour disons physique, ou charnel, ou même beaucoup plus simplement présence permanente à ses côtés.

A propos de Maudru, Bédoulène:
 Une de mes scènes préférées du Chant, nous y arrivons, c'est l'enterrement: on en parle dans un prochain message ?
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeMer 21 Mai 2014 - 16:38

Le chapitre III de la deuxième partie est sans aucun doute celui qui m'est resté le plus intact de mes lectures précédentes, celui qui a traversé l'oubli et le foisonnement de lectures au rythme qui est le mien, et, au moment de m'interroger sur le pourquoi ? je n'ai pas le moindre embryon de réponse à apporter.

Donc Antonio (dont le nom, crié fort, sonne "Jean Giono", vous ne trouvez pas ? Et le père -Piémontais- de Jean Giono s'appelait Jean-Antoine Giono, soit Giovanni-Antonio Giono, on relève, ou c'est extrapoler ? ), Antonio est envoyé, après la scène de l'étrille en compagnie de Matelot et du besson, par Toussaint, vraiment en mode qui ne souffre pas de contestation, accompagner le tatoué pour creuser la tombe du neveu de Maudru: Envoyé, à la Missus Dominicus, quoi. Chargé d'écouter, apprendre et narrer, tâche dont il s'acquitte à X%, gardant par-devers lui l'échange avec Maudru, l'important pourtant (important pour le lecteur, et pour Antonio).

Longue ascension, sur la neige, dont le rythme et la narration sont fort bien traduits (encore une fois, Giono passe, spontanément, pour un auteur-chantre de la Provence de plaine, mais la moitié bien tassée si ce n'est davantage de ses écrits sont montagnards, et il passe moins spontanément pour un auteur de montagne, il y a là une curiosité).
(suite plus tard)
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeMer 21 Mai 2014 - 18:39

toujours un plaisir de te suivre Sigismond.

oui la rencontre Maudru Antonio est importante car elle décidera nous le voyons plus tard, du sort de Maudru.

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeVen 23 Mai 2014 - 15:30

Bédoulène a écrit:
la rencontre Maudru Antonio est importante car elle décidera nous le voyons plus tard, du sort de Maudru.
Maudru...depuis le début du roman il emplit tout, présence invisible et force de loi sur le lieu, les hommes, les bêtes, il ne se rencontre pas mais est omniprésent, on sait d'emblée -dès que Matelot et Antonio prennent pied en pays Rebeillard- qu'il pose la loi (par l'interdit des feux) marque les hommes (le "M" sur le manteau du bouvier, similarité avec le marquage du cheptel au fer rouge), et que lorsqu'un inconnu se présente il dit "Maudru", comme une qualité intrinsèque, avant de dire son vrai nom (cas du tatoué).

Cet homme qui régente vie, bétail et économie dans un monde clos, avec frontières, ce qui est le contraire d'un troupeau d'hommes et de bêtes vaquant, et dont on sait qu'il ne représente pas une parole ("qui n'est pas un parleur" chapitre VIII), est celui qui a tourné la tête de la fille du maître-tanneur, je cite:
Chapitre VIII a écrit:
Tout de suite celle-là avait été saoule d'hommes, de taureaux, de fumier et de cette continuelle bataille de cavalcades autour d'elle. Elle n'avait jamais dessaoulé. Elle regardait tout avec ses yeux peureux. Elle eut juste le temps de faire sa fille et de mourir. C'était le mieux.

Maudru qui nous ramène à l'un des éléments, éléments qui sont si fortement marqués dans ce roman, l'air, via la non-parole: "dans sa bouche le moindre mot sonnait comme la colère de l'air", ou encore: "c'était une voix d'arbre et de pierre avec le grondement de la forêt dans les échos", mais qui parle au bétail "moi je peux parler aux taureaux".

Être qui a tout pour inspirer terreur, autorité et, par là même, respect forcé aux bêtes et aux hommes mêlés.
Or il entre dans le roman, je trouve cela d'une rare subtilité, d'une grande finesse, inaperçu au possible. Je veux dire: ceux qui lisent un peu vite n'ont pas réalisé que, tandis qu'Antonio pioche la future tombe, le tatoué s'est éclipsé et que celui qui dialogue est Maudru.

Au reste la scène le traduit: Antonio se redresse et ne voit personne.
Maudru est obligé d'attirer son attention, lui dire qu'il est sur le muret du cimetière, pour qu'Antonio -et par lui nous-mêmes- le voit. Alors le Maudru en question est comme un vieillard plaintif, négatif au possible, répétant à l'envi que les morts ont plus de chance , fragile, dialoguant de pair à pair avec le premier inconnu venu, le quidam-passant dont il ne connait pas le nom et découvre le visage (on parle d'un baronnet qui règne, dans le cas de Maudru) en train de creuser une fosse au cimetière. Et non seulement le taiseux est volubile, mais en plus il est dans cette obsession indéfinissable (mais névrose obsessionnelle) que "les morts ont plus de chance".  De là, Antonio d'abord (mais Maudru l'avait vu aussi, sans le dire) bref, les deux protagonistes vont pouvoir contempler la lente ascension du convoi mortuaire et des participants - rien que ceci mérite un message tout neuf (à venir).
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeVen 23 Mai 2014 - 16:59

je vais peut-être dire une sottise mais quand j'ai lu le "M" j'ai pensé au film le Maudit (pas pour le thème, mais parce que tous le craigne)

Je trouve que le dialogue entre Antonio et Maudru révèle beaucoup de  Maudru, d'ailleurs nous verrons plus tard que la solution d'Antonio lui servira. La réaction de Maudru quand il voit son taureau blessé par la pique montre bien ce que représente pour lui les taureaux.

De même j'ai trouvé très émouvant que le tatoué demande à Antonio son aide pour dégager un pan de mur afin que le neveu puisse avoir "la vue".

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeVen 23 Mai 2014 - 19:13

Le Maudru comme une sorte de Minotaure ! c'est ce qui me vient à l'esprit à la lecture de vos remarques sur ce personnage (avec en contre-point l'idée d'une corrida entre les hommes et les bêtes ou entre le besson et Maudru qui par son mutisme et sa proximité avec les bêtes est plus proche d'un homme-animal que d'un humain fini, tout cela rappelant également la pique du picador qui blesse Aurore le taureau préféré)... On pourrait longuement épiloguer sur ce personnage qui apparait étonnamment lumineux dans son amour blessé, son amour mort, étonnamment sensible et tendre...

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeSam 24 Mai 2014 - 8:33

"On pourrait longuement épiloguer sur ce personnage qui apparait étonnamment lumineux dans son amour blessé, son amour mort, étonnamment sensible et tendre..."  

d'accord avec toi Shanidar, et ce doit être ce que pense Antonio puisqu'il le sauve du Besson !


finalement le besson représente bien le passage de l'adolescence à l'âge adulte.

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeDim 25 Mai 2014 - 7:36

Les obsèques, à noter qu'elles se déroulent sans prêtre (je cite Bédoulène, à propos de "Batailles dans la montagne" sur le fil Giono):
Bédoulène a écrit:

La Montagne se présente , dans ces descriptions, inamicale, agressive et monstrueuse ; son ossature ressemble d’ailleurs à celle du Léviathan et les hommes se retrouvent comme Jacob, selon les paroles de Clément Bourrache ( le porte-paroles du Pasteur, dans les 4 villages de la vallée) qui n’est pas apprécié par les habitants car « il se servait injustement de la parole de Dieu » et déversait à toute heure des sentences de reproche et sanction.
A rapprocher de ce que dit Giono dans d’autres livres
Spoiler:
 
 et  
Spoiler:
 
Je n'ai pas souvenir d'un seul personnage de Giono qui soit prêtre ou pieux et sympathique; au contraire toute son oeuvre est émaillée de coups de griffes, parfois grossiers et très sévères, à leur endroit. Vraiment dignes du bref adhérent au Parti Communiste qu'il fut.
Il y a peut-être une exception, et encore même pas, un cas-limite disons, avec ce couple qu'on trouve dans Les âmes fortes (les Numance, si ma mémoire est bonne), qui se détache de ses grands biens matériels au profit de leurs prochains, par charité chrétienne, et ceux qui en profitent, tout à leur gloutonnerie devant cette manne, n'apprécient pas le geste autrement que comme une aubaine inespérée, venant de gens qu'ils ne comprennent pas, ce qui, au final, ne leur ouvre en rien le coeur.

Giono s'est dit athée, et l'a répété avec constance, il faut donc le croire sur parole. Mais, à le lire, on le dirait plutôt agnostique et un peu plus encore, et je veux croire que, s'agissant de Giono, ses écrits témoignent. Un peu plus encore ? J'affirme même qu'il est tout proche (de plus audacieux que moi assèneront qu'il baigne carrément dedans) d'un paganisme très largement panthéiste et naturaliste, encore une fois à la Thorau-Whitman, comme dans ce "Chant du monde", et là aussi on trouve des éléments dans la quasi totalité de ses écrits.

Cet enterrement se déroule de nuit (ça arrive peut-être, mais je n'ai jamais vu ni jamais entendu parler d'un enterrement nocturne ?). On monte au cimetière avec les chariots en convoi éclairés par des torches aux poings des hommes (c'est pour l'élément feu en sus de l'éclairage ombreux et nocturne de la scène -mort=nuit, qu'il fallait que la mise en bière ne se déroule pas de jour),  tirés par des taureaux (c'est, bien sûr des boeufs, là encore, qui a jamais entendu parlé de traction animale par des taureaux, idem plus tôt dans le roman les hommes de Maudru chevauchent des boeufs et non des taureaux, mais il est nécessaire à l'édification du roman que ces bêtes fussent taureaux).

Extraits à venir
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeDim 25 Mai 2014 - 7:53

Tu semble associer son agressivité envers la religion au fait que Giono ait fait une rencontre avec le PC ( je pense toutefois que la plupart des communistes français ont été baptisés et ont reçu souvent (par habitude, par héritage ?) une éducation religieuse disons "basique", on peut aussi supposer -ce qu'il dit d'ailleurs dans la citation que j'ai mis en spoiler - que c'est justement cette éducaion qui l'ait rebuté, non ?)

J'ai lu aussi comme tu l'écris qu'il serait plutôt panthéiste.

Encore une fois je te remercie pour ton analyse (et j'ai compris qu'il ne faut pas croire Giono sur parole  sourire )

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeDim 25 Mai 2014 - 19:45

Bédoulène a écrit:
Tu semble associer son agressivité envers la religion au  fait que Giono ait fait une rencontre avec le PC  ( je pense  toutefois que la plupart des communistes français ont été baptisés et ont reçu souvent (par habitude, par héritage ?) une éducation religieuse disons "basique", on peut aussi supposer -ce qu'il dit d'ailleurs dans la citation que j'ai mis en spoiler - que c'est justement cette éducaion qui l'ait rebuté, non ?)

J'ai lu aussi comme tu l'écris qu'il serait plutôt panthéiste.

Encore une fois je te remercie pour ton analyse (et j'ai compris qu'il ne faut pas croire Giono sur parole  sourire )

Oh, pour ce qui concerne son éducation dans ce domaine, elle est assez diversifiée, avec un père "politique" et athée, dont il parle très volontiers, pour lequel il a toujours nourri une très grande admiration et avec lequel il semble avoir eu des rapports privilégiés (c'est dit dans plusieurs de ses essais, mais voir aussi, et peut-être surtout, Jean le Bleu). En revanche sa mère était croyante, et catholique, mais il l'a toujours laissée dans l'ombre, guère exposée dans ses écrits.

Pourquoi ai-je pris le temps de ce message un peu digressif, ce matin ?

Pour en arriver à ceci - et je ne sais si je suis le seul ou non à être arrivé à ce ressenti (c'est Toussaint qui parle de Gina, chapitre II de la seconde partie):
Citation :
Cérémonies ? Elle va faire marcher toute la vieille coutume taureau. (...) Des feux, et tous les homme réveillés. Le neveu seul a le droit de dormir maintenant là-bas.
Puis, page suivante, le tatoué intime l'ordre à Antonio de "faire le trou à sa place", prétextant la peine mais aussitôt Antonio le perce à jour avec le peur du "cheval blanc" (voir le vaisseau de Matelot, registre similaire). Et la seule consigne commence par une approbation de l'emplacement, puis par une suggestion qui traduit un peu au-delà du simple rite, comme c'est clairement dit ci-dessous -entendons-nous bien: je ne dis pas que rite signifie spiritualité, transcendance, etc...; mais qu'en l'occurrence il y a plus que suggestion d'un au-delà, une forme de continuation post-mortem de l'existence, et que, dès lors, si c'est Antonio qui est "élu" pour choisir l'emplacement, il devient ipso facto le passeur vers l'au-delà.

Citation :
- Dans les arbres, oui. Fais-ça comme si tu te soignais toi-même. On ne sait pas. Des fois. Qui dit que rien reste ?
Il tourna tout entier. Il revint vers Antonio.
- Voilà, dit-il en lui mettant la main sur l'épaule; j'ai quelque chose à te dire. Si ç'avait été pour moi je n'aurais pas fait ce mur tout autour. ça coupe la vue. Ecoute: je voudrais que le neveu ait une belle vue. Veux-tu me donner un coup de main après ?

Et, au dernier paragraphe du chapitre, :
Citation :
le tatoué sortit de son abri sous le cèdre. Il entra dans le cimetière. Seuls, les cyprès parlaient à voix basse. Il appela:
- Antonio !
Il lui fallait maintenant ouvrir la brèche pour que, dès demain à l'aube, le neveu couché dans sa tombe puisse voir devant lui, largement étendu, tout le visage de la terre.

Entretemps, toute la montée, lente, avec les taureaux, le jeu de "pique-gauche" et pique-droite", la blessure infligée au taureau favori de Maudru, à l'épaule, et la grande tendresse de Maudru pour ce taureau affublé (curieusement ?) d'un nom féminin: Aurore. Aurore qui a des "gémissements de bête amoureuse" (ça ne s'invente pas !) envers Maudru.

Et cette scène fantasmagorique et païenne, que je trouve vraiment magnifiquement rendue par l'auteur, et en tout cas d'une forte puissance évocatrice:
Citation :
C'était la cavalerie bouvière qui arrivait. Dès qu'ils furent sur le plat ils commencèrent à trotter. Ils portaient au bout de longues perches des lanternes de papier et de peaux de moutons qui figuraient des têtes de taureaux. Les yeux crevés cerclés de ronds de suie jetaient des flammes, les cornes d'osier léger dansaient au-dessus des lanternes comme des antennes de papillons et les crinières faites de sagnes sèches et de barbes de maïs sifflaient autour des lanternes.

Plus tôt, avant le défilé des charrettes légères "bâchées de toile blanche, lumineuses comme des bulles, avec, dedans, le fanal pendu à l'arceau de bois", l'arrivée du premier cavalier participe du rite comme une vision d'une "parade" qui viendrait de l'au-delà:
Citation :
Le premier cavalier qui dans un bond de feu émergea des arbres et se mit à crier, car il venait d'apercevoir devant lui, à la lueur de sa torche, la cyprière de la Maladrerie. Il fit tourner sa bête et il se renfonça dans la forêt en trouant au galop un grand tunnel de lumière. Un nuage de poussière de neige le suivait.

Et que dire de:
Citation :
La caisse de Médéric sautait dans ses cordes, la tête du mort frappait dans les planches du cercueil.

Au chapitre suivant, Toussaint reçoit ses malades, dont trois hommes de Maudru faussement déguisés en patients. La mascarade n'est pas le jeu de la souffrance, Toussaint a des accents très préventifs envers ceux qui s'y livrent "jamais jouer. Le mal de l'homme, on le salue". La mort en effet est, je cite, "la force pure". Il ne faut narguer ni celle-ci, ni la souffrance. On peut taxer ça de superstition, ou de crédulité. Mais aussi y voir (et c'est mon cas) une insondable et lancinante question qui taraude Giono: La mort est un élément qui se nourrit (voir l'agonisant décharné) de grands courants d'air, et de vie, et l'interrogation est-elle celle de Toussaint, ou celle de Giono: "ça lui était commandé par quoi ?".
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeDim 25 Mai 2014 - 23:38

effectivement Antonio comme tu le dis devient le passeur vers l'au-delà.

Merci d'avoir complété au sujet du père de Giono et de sa mère.

c'est vrai que l'enterrement est très programmé mais il me semble aussi qu'à une réflexion de Toussaint, celui-ci dit à Antonio ce qu'il pense de la "mise en scène" de Gina (la mère de Méderic) dans les propos qu'elle tient lors de l'enterrement et qui se veut hommage à son fils.

Il me semble aussi que les taureaux sont représentés dans des rites funéraires dans plusieurs religions et époques.

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeLun 26 Mai 2014 - 10:00

analyse passionnante !

(juste une précision : dans Les grands chemins, le personnage rencontre un prêtre en pleine nuit -encore !!- et il est invité à dîner et dormir chez ce dernier. Le prêtre est jeune et ne lit pas que des livres sur la spiritualité, il semble éclairé et plutôt sympathique).

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeLun 26 Mai 2014 - 15:37

shanidar a écrit:
analyse passionnante !

(juste une précision : dans Les grands chemins, le personnage rencontre un prêtre en pleine nuit -encore !!- et il est invité à dîner et dormir chez ce dernier. Le prêtre est jeune et ne lit pas que des livres sur la spiritualité, il semble éclairé et plutôt sympathique).
Oui, un rien ridiculisé et rendu vain par l'oeil et le commentaire du narrateur, mais allez, on ne va pas chipoter, mettons: va pour, Shanidar, accepté !

Comme celles qui ont posté un message-compte rendu de lecture sur le fil de Giono ou bien sur ce topic-ci ont eu la délicate attention de ne pas dévoiler le final, de sorte que, dans l'hypothèse d'un Parfumé qui a lu tout ce que nous avons écrit, celui-ci ignore si l'on s'achemine vers une fin en queue de congre poisson, un dénouement tragique ou un happy-ending, je dis "pas mieux !" et vais laisser cette lecture là, pour ce qui est du commentaire. Même s'il reste énormément de passages, magnifiques, parfois sublimes, à commenter !

Juste quelques remarques et quelques questionnements, à l'attention d'unmotbleu, Bédoulène, Shanidar et Eglantine:
Il est curieux de noter que le roman commence à l'automne, se poursuit l'hiver et s'achève au printemps, comme si à ce Chant du monde il devait manquer une saison ?

Le final joue beaucoup sur l'eau (surtout celle du fleuve), l'air, la terre (au sens "tellurique" large), la vie animale et humaine et bien entendu le feu, pour ce dernier, vous voyez à l'évidence pourquoi (et pourquoi, avec sa tête aux cheveux couleur enflammée, le besson est un vrai "voleur de feu"): Ce Chant du monde est un chant de la création, somme toute, sachant qu'on est à la fois dans un ordre intangible et sans cesse répété, que les humains s'y meuvent, en sont pétris et agissent dessus, mais le restituent toujours; et aussi qu'on va, pour ce qui est de l'action humaine telle qu'elle est suggérée par le déroulé du roman, de bas en haut puis de haut en bas.

La parole donnée aux oiseaux, sur le final, je trouve le procédé littéraire à hauts risques mais très réussi: qu'en avez-vous pensé ?

Autre question, (presque pas) en suspens, si Antonio peut être identifié "passeur", le plus gros d'entre ses "passages" n'est-il pas destiné à Clara ?  



Merci mille fois en tous cas  cheers , c'est avec un immense plaisir, vraiment non dissimulé je ne sais si j'ai pu le faire sentir, que j'ai ouvert à nouveau ce livre, que je considère comme une arête sommitale parmi tout ce que le roman doit (et parvient parfois à) être  tchintchin .
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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeLun 26 Mai 2014 - 20:23

J'avais noté aussi le passage au Printemps avec le dialogue des oiseaux !

Tu as superbement écrit ton plaisir de lecture Sigismond, n'en doutes pas, et nous avons eu notre grande part aussi. Merci de nous avoir accompagné dans cette LC, merci à Shanidar, Pia et Unmotbleu !

ma conclusion : chance il me reste beaucoup de livres à découvrir encore.

à une prochaine rencontre ici ou ailleurs !

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MessageSujet: Re: LC Giono : Le Chant du Monde    LC Giono : Le Chant du Monde  - Page 5 Icon_minitimeLun 26 Mai 2014 - 21:11

Sigismond a écrit:
shanidar a écrit:
analyse passionnante !

(juste une précision : dans Les grands chemins, le personnage rencontre un prêtre en pleine nuit -encore !!- et il est invité à dîner et dormir chez ce dernier. Le prêtre est jeune et ne lit pas que des livres sur la spiritualité, il semble éclairé et plutôt sympathique).
Oui, un rien ridiculisé et rendu vain par l'oeil et le commentaire du narrateur, mais allez, on ne va pas chipoter, mettons: va pour, Shanidar, accepté !

j'en conviens tout à fait, Sigismond et te suis totalement dans l'idée d'un paganisme chez Giono qui me rappelle avec plaisir celui que je relève (mais tout le monde, là aussi n'est pas d'accord) chez Montaigne !

Sigismond a écrit:
Comme celles qui ont posté un message-compte rendu de lecture sur le fil de Giono ou bien sur ce topic-ci ont eu la délicate attention de ne pas dévoiler le final, de sorte que, dans l'hypothèse d'un Parfumé qui a lu tout ce que nous avons écrit, celui-ci ignore si l'on s'achemine vers une fin en queue de congre poisson, un dénouement tragique ou un happy-ending, je dis "pas mieux !" et vais laisser cette lecture là, pour ce qui est du commentaire. Même s'il reste énormément de passages, magnifiques, parfois sublimes, à commenter !

Juste quelques remarques et quelques questionnements, à l'attention d'unmotbleu, Bédoulène, Shanidar et Eglantine:
Il est curieux de noter que le roman commence à l'automne, se poursuit l'hiver et s'achève au printemps, comme si à ce Chant du monde il devait manquer une saison ?

J'ai eu la même réaction sans pouvoir vraiment donner d'explication à cette année tronquée. Giono n'aimerait-il pas l'été ?

Sigismond a écrit:

Le final joue beaucoup sur l'eau (surtout celle du fleuve), l'air, la terre (au sens "tellurique" large), la vie animale et humaine et bien entendu le feu, pour ce dernier, vous voyez à l'évidence pourquoi (et pourquoi, avec sa tête aux cheveux couleur enflammée, le besson est un vrai "voleur de feu"): Ce Chant du monde est un chant de la création, somme toute, sachant qu'on est à la fois dans un ordre intangible et sans cesse répété, que les humains s'y meuvent, en sont pétris et agissent dessus, mais le restituent toujours; et aussi qu'on va, pour ce qui est de l'action humaine telle qu'elle est suggérée par le déroulé du roman, de bas en haut puis de haut en bas.

La parole donnée aux oiseaux, sur le final, je trouve le procédé littéraire à hauts risques mais très réussi: qu'en avez-vous pensé ?

La première occurrence m'a semblée bien trouvée, la seconde un peu moins... mais quand on est païen...  rire 

Sigismond a écrit:
Autre question, (presque pas) en suspens, si Antonio peut être identifié "passeur", le plus gros d'entre ses "passages" n'est-il pas destiné à Clara ?
 

Qui serait ?



Sigismond a écrit:
Merci mille fois en tous cas  cheers , c'est avec un immense plaisir, vraiment non dissimulé je ne sais si j'ai pu le faire sentir, que j'ai ouvert à nouveau ce livre, que je considère comme une arête sommitale parmi tout ce que le roman doit (et parvient parfois à) être  tchintchin
 

Plaisir totalement partagé !!

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