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 LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone

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Bédoulène
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MessageSujet: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeDim 4 Mai 2014 - 0:03

suite à une autre LC de Koestler je souhaitais découvrir l'un des auteurs Italiens contemporains et dont il était fait mention dans Hiéroglyphes.

Shanidar étant aussi intérêssée veut bien me rejoindre, mais nous accueillons avec plaisir les membres qui souhaiteraient participer à cette lecture qui débute aujourd'hui.

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeDim 4 Mai 2014 - 9:51

Cette histoire l'auteur nous le précise est celle des "cafoni" les pauvres gens qui vivent dans les Abruzzes.

La drôle de guerre est terminée, les habitants  ont la confirmation du changement de régime  quand sur le fronton de la mairie la tête "de l'idolr" (Mussolini) est détruite au marteau. Les cafoni espèrent que leur sort va changer aussi, eux qui souffrent depuis 2 siècles sous le joug des riches. Ces riches représenté dans le village par la famille Tarocchi et principalement par Don Vincenzo, celui qui a volé leur forêt, la forêt communale, soutenu par le régime fasciste.
Le curé Don giustiano Tarocchi qui ne s'est jamais occupé de donner religion, mais plutôt de courir les filles et le lièvre, mais il était très populaire et apprécié par les villageois . Don Nicolo qui lui a succédé est lui un prêtre qui exerce consciencieusement son rôle ; il est aussi l'ami d'enfance de Rocco De Donatis, l'un des membres influent du Parti Communiste Italien.
Rocco est envoyé par le Parti pour régler le problème de ce repaire appelé Casal où prospéraient les trafics du marché noir. le Casal a à sa tête Zacharie, handicapé et médaillé car durant la guerre il a affronté des soldats ennemis, a préserver la nourriture d'un camion de marchandises (ce fait répréhensible est devenu un acte valeureux durant cette période) et y a laissé ses jambes.
Zacharie ayant pris une initiative Rocco doit donc le sanctionner au nom du parti. L'absurdité dans la dialectique communiste se retrouve dans ces propos :

"Plus une action ressemble à cela même que pourrait entreprendre le Parti, et plus elle est perfide et exécrable si elle est réalisée à l'insu et contre la volonté du parti."

"voulez-vous savoir qu'elle serait la plus grande des trahisons ? Réaliser le programme du Parti sans le Parti."


Les soviet du Casal eurent du mal à comprendre leur erreur....................................ce qui se conçoit aisément.

Rocco rencontre un personnage qui avait du fuir  et revient au pays. Il s'agit de Martin le fils du charbonnier. Les deux hommes sympathisent ce qui sera reproché à Rocco par le parti, mais Rocco commence à prendre des distances morales d'avec le parti, cela a commencé d'ailleurs après son retour de Russie, aussi les "conseils" des représentants de la ville, notamment d'Oscar qu'il a connu en prison, ne l'intimident pas.

Rocca rejoint Martin qui lui offre une poignée de mûres ; ces fruits qui lui rappellent son enfance vont déclencher les confidences de Martin,  sa misérable enfance et adolescence, l'ignominie dont a fait preuve don vincenzo Tarocchi. Zacharie racontera lui  le courage du jeune Martin alors que lui même était questionné par les carabiniers à propos de la disparition du "clairon".

C'est à travers le récit de Martin que l'on peut prendre la mesure de la vie misérable qui était celle des Cafoni et confirmer par les propos des anciens :

"Nouveau gouvernement, nouvelles dépenses. Maintenant, sûr qu'ils vont changer les uniformes des gardes, les écussons, et caetera. Nouvelles dépenses, nouveaux impôts."

"La plaine n'a jamais été à nous, dit Giacinto. La bonne terre a toujours été aux barons, aux princes, à l'Eglise. C'est de l'espérance vaine."


L'histoire du clairon i est avant tout un symbôle celui de la fraternité des Cafoni. Lazare qui avait formé la ligue des cafoni, sonnait du clairon quand une affaire importante réclamait leur présence, le gouvernement à l'initiative de Tarocchi interdit la ligue et promulga la confiscation du symbôle, le clairon, mais il disparu, Lazare fut arrêté. Malgré l'enquête les interrogatoires, le clairon ne fut jamais retrouvé.

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Dernière édition par Bédoulène le Mar 6 Mai 2014 - 8:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeDim 4 Mai 2014 - 11:15

J'ai commencé cette lecture hier soir et je suis moins avancée que toi Bédoulène. Je viens de finir le passage dans lequel Rocco réduit à néant le soviet hérétique car non reconnu par le Parti de Zacharie.

Mais il y a d'abord cette rencontre assez énigmatique entre Rocco et Alfredo l'ancien assesseur. Enigmatique parce que le caractère taiseux et noir de Rocco, son obstination à dire 'non' à toutes les propositions de l'autre, ses doutes sur l'avenir du monde, semble venir former un contrepoint parfait à la réussite d'Alfredo. L'homme qui travaillait pour le régime fasciste a su retourner sa veste au bon moment et rejoindre les rangs communistes. Il est devenu riche et reconnu en vendant des Indulgences (?? étrange terme religieux qui désigne le rachat de certains fascistes au prix de quelques objets de valeurs, souvent issus de vols...).

Et voilà que la trame est posée : l'Italie vaincue est celle des fascistes, mais la gagnante, celle des communistes rassemble les mêmes hommes... Nous avons souvent fait le rapprochement entre les deux totalitarismes ; leur populisme et le Salut du peuple étaient pour les fascistes comme pour les communistes deux enjeux majeurs (et vite détournés), on lit ici toute l'ambiguïté de cette position.

L'écriture de Silone est très franche, parfois même brutale dans ses descriptions de paysage, d'auberge ou de relations entre les hommes. Mais elle est également teintée d'une drôle d'ironie, qui fait glisser un pâle sourire sur le visage du lecteur, sans trop savoir si son rire va se faner en jaunisse. C'est très subtil et délicat.

Je note également le portrait de Stella, jeune femme juive qui a été accueillie au Casal au plus fort de la guerre, comme pour montrer une fois encore l'ambivalence des temps, l'ambiguïté des hommes et qui se donne au PC comme on entre en religion. Elle aime trop Rocco pour l'épouser, elle a juré de ne jamais avoir d'enfants, elle semble aussi noire que l'homme qu'elle aime, aussi dure et passionnée, mais lui doute alors qu'elle semble possédée toute entière par l'idéologie communiste.

Les chemises noires vite rhabillées de rouge, donne de l'Italie une image en vitrail brisé (avec le poids évident du religieux) après le désastre de la guerre.

En tout cas, je trouve ce livre particulièrement intéressant !

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeLun 5 Mai 2014 - 0:01

je te comprends totalement.

Rocco au début n'est pas trop lisible, presque antipathique !

en ce qui concerne les "indulgences"  tu verras plus loin que les communistes Italiens sont capables d'"arrangements" avec la religion ! et un passage m'a particulièrement amusée concernant "les reliques"

Je suis sensible aussi au fait que les Cafoni comptent les années en se référant aux évènements climatiques par exemple : l'incendie de la forêt ou humains : le départ de Lazare   etc..................... Ils sont tellement partie intégrante  de cette terre ! Quelle sincérité, quelle vérité !

Par moment les absurdités du Parti me feraient presque peine à lire :

"C'était l'Attaché musical de la section du Parti. Il remplissait ses fonctions avec exactitude et gravité. D'ailleurs il lui était interdit d'avoir des distractions. Piour les passages du disque dont le son n'était plus intelligible, il avait ordre de suppléer de la voix. Celle-ci avait tôt fait de devenir à son tour rauque, stridente et caverneuse, si bien que le jour arriva auquel il ne fut plus possible de distinguer le son du disque proprement dit et les interpolations destinées à le compléter. Comme il fallait s'y attendre, le résultat, c'est qu'il devint de mode, spécialement chez les jeunes gens et jeunes filles, de parler d'une voix rauque, ou tout au moins enrouée, caverneuse et criarde. Laquelle fut, au moins provisoirement, considérée comme le type de voix recommandé par le Parti."

Oscar que Rocco a rencontré en prison, doit identifier les déviationnistes, les conciliateurs, les tolérants, les pessimistes, (tous reconnus comme nuisibles au Parti) et les sanctionner en conséquence, voire les exclure du Parti.

Aussi quand des rumeurs sur Rocco arrivent à la connaissance du Parti, c'est Oscar qui est envoyé pour l' interroger mais déjà Rocco a une certaine distance, il répond, détaché, ne sacrifie pas son amitié avec Martin et n'hésite pas à rappelé à Oscar :

"Tu oublies me semble-t-il, riposta Rocco, que mes relations avec le Parti se sont gravement troublées depuis ma dernère mission en Pologne et en Russie."

(une amie lui avait confié des documents dénonçant les atrocités en Russie)

Pendant cet interrogatoire Stella est au supplice, non seulement pour Rocco mais surtout par sa foi aveugle au Parti.

Quand  la foi communiste s'honore de la même manière que la foi catholique :

"Deux importantes reliques étaient conservées : un sachet contenant des fragments de décombres provenant de Stalingrad et un mouchoir tâché du sang d'un héroïque partisan.........une fois par an, à la date du premier mai, Pâques du travail, les deux reliques étaient portées en procession par les rues du village."

"une étagère portait l'écriteau "Bibliothèque", mais contenait uniquement quelques centaines d'exemplaires du Catéchisme officiel du Parti, par demandes et réponses régulièrement autorisées et mises à jour...."


Rocco rompt avec le Parti, Stella argumente mais n'arrive pas à changer sa décision. Après qu'elle ait disparu, Rocco, fou de douleur la cherche de partout en vain ; c'est finalement un carabinier qui le rassurera, Stella est en vie mais refuse de le voir.
Rocco n'imagine pas que cela soit possible, car il ignore que Stella, confiante dans le parti et croyant au soutien d'un nommé Roger pour la réintégration de Rocco lui  a confié les clés de l'appartement, tous les documents appartenant à Rocco.
Après une fouille minutieuse et indiscrète Roger assure à Stella qu'il a trouvé ce qu'il fallait. La jeune fille croit comprendre que le dossier de Rocco est bon, elle découvrira avec horreur sur la une du journal du Parti qu'elle Stella aurait  dénoncé Rocco pour  trahison.

On retrouve là une  arme favorite du PC, la  fausse dénonciation.

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeLun 5 Mai 2014 - 9:19

C'est amusant de retrouver l'atmosphère paysanne de Giono quasiment à l'identique alors que 30 ans ont passé. Comme si la campagne restait encore un peu préservée de l'ère industrielle. J'ai beaucoup aimé le passage de comparaison sur les deux prêtres. L'ancien, le Tarocchi, qui préférait aller à la chasse plutôt que de dire la messe, une petite brute qui a continué à peuplé le village et même à être l'accoucheur de ses propres enfants :

Citation :
Le talent le plus extraordinaire de don Giustino [le prêtre] concernait la gynécologie.
.

Et puis Nicola (ami d'étude de Rocco) reprend la cure à la mort de Giustino. Et cela permet à Silone de raconter tout à trac l'arrivée de la modernité dans le village : l'électricité, la voiture et la première machine parlante (la radio). Ces nouveautés vont bouleverser la vie des paysans mais surtout comme le souligne Bédou, elles permettent de dater les époques (on se doute que ces hommes et ces femmes savent à peine lire).

L'ancien (libertaire) et le moderne (socialiste) sont tout aussi bien accueillie par la population, laquelle cherche un guide, un homme vers lequel se tourner quand les choses tournent mal ou quand on ne sait pas de quoi il retourne. Ce n'est donc pas un hasard si à la fin de la guerre, dans un autre village le prêtre fasciste a déguerpi sans demander son reste et que ce soit le préposé à l'électricité (cette nouveauté) qui pilonne la statue du Duce. D'ailleurs, comme dans bien d'autres romans, les noms des dirigeants ne sont jamais, ou très rarement prononcés librement, comme la marque indélébile de leur pouvoir de répression.

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeLun 5 Mai 2014 - 14:33

"D'ailleurs, comme dans bien d'autres romans, les noms des dirigeants ne sont jamais, ou très rarement prononcés librement, comme la marque indélébile de leur pouvoir de répression."  

oui d'ailleurs ils le nomment "l'idole" ou "le sorcier" !

Il nous faut préciser que le récit se déplace dans 3 villages : San Luca, La Fournaise et Sant'Andrea. Mais il est un lieu isolé repaire de voleurs très actif durant la guerre, pourvoyeurs de Marché Noir, mais aussi refuge d'émigrés et que la présence d'une fillette a illuminé. (le Casal)

Don Nicolo aime son ami d'enfance Rocco et l'admire.

ça devait sentir bon dans la maison des pauvres dont la lampe à huile était alimentée par.......................de l'huile d'olive !! (au prix du jour ça reviendrai cher) certainement parce que les oliviers peuplaient la vallée (?)

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeLun 5 Mai 2014 - 22:28

suite

Stella est soigné par Don Nicolo lequel ensuite demande (exige) que l'instituteur Don Raphaèle héberge Stella. Se décide son mariage avec Rocco, mais comme elle est mineure, Judith la femme de Zacharie lui rend visite quotidiennement et Rocco ne peut approcher Stella qu'en présence d'une autre personne, sous peine d'être accusé de détournement de mineure. Délit qui serait bien accueilli par le PC.

Les journaliers lassés de leur situation réclament l'occupation des près du fond de la vallée, actuellement en friche, dont Tarocchi est propriétaire. Evidemment ils reçoivent un refus. Rocco les défend et et déjoue les accords que le parti s'apprête à conclure avec Tarocchi.

Don Raphaèl juge criminelles les demandes des journaliers, il réagit tel un propriétaire. Alors même que sa situation financière est modeste il pense faire partie de la classe capitaliste :

"Don Raphaêl ne possédait point de terres, mais à la poste un livret d'épargne représentant un dépôt de cinq mille lires. La somme, même pour San Luca était modeste.
En d'autres termes, en raison de ce livret qu'il se trouvait posséder, le maître d'école du village de San Luca considérait son propre sort comme lié à celui du capitalisme.
Ce livret était son privilège, sa distinction. L'importance qu'il lui attachait était émouvante."


Son livret d'épargne c'était son "pré" à lui !

Pendant ce temps le Parti intrigue contre ROcco. L'intendant des Tarocchi intimide  Don Raphaël, il veut qu'il participe au piège tendu à Rocco. Ce dernier annonce à Stella qu'un accord entre la préfecture et les Journaliers profitera à ces derniers et il lui propose de ce marier rapidement l'appartement étant prêt.

"Dans la montagne, en effet, on peut voir encore aujourd'hui des ruines de maisons détruites par les tremblements de terre des autres temps. Quand la catastrophe se produit, vu que personne n'est sans pêché, personne non plus n'ose s'étonner ni protester."

Ce passage est révélateur  : le tremblement de terre est une punition du ciel ! Ensuite vient le temps de la rédemption pour les Humains et la Nature.

'Une digression de ma part, la région dont il est question dans ce récit est celle où il y a eu, ces dernières années un terrible tremblement de terre Aquila.

Côme et sa soeur Catherine vivent à Sant' Andrea, difficilement vu l'époque. Tarocchi prend comme un affront que le bout de terre de Côme soit producteur et entretenu, il veut l'acquérir, Côme refuse par vengeance et méchanceté Tarocchi supprime le sentier d'accès à son terrain. Côme s'adresse alors à la Mairie, mais le podestat est de la maison Tarocchi ; une fois encore cette famille gagna la cause grâce à un pari perfide.

La raison du plus fort est hélas ici aussi la meilleure !

La guerre éclate, Côme et Catherine restent seuls après le départ de Boniface. Un carabinier accuse Catherine d'avoir aidé un ennemi :  elle a donné du pain à un homme qui en mendiait.  Quelques mois plus tard, le carabinier revient et apprend à Catherine qu'elle a droit à une médaille, à présent avec le Parti ce qui était mal  ne l'est plus !

Boniface ne revient pas, Catherine l'attend.

A présent Rocco et Stella ont un enfant. Stella confie à Martin que le Parti ne les lâche pas.

"Le parti est en guerre. Tout le reste en découle. Quiconque abandonne le Parti est un déserteur, on le fusille. Le Parti ne pet pas discuter avec un déserteur, un déserteur en temps de guerre on le fusille."

J'apprécie tous ces petits détails qui animent le récit. La pendule de Don Alfredo qui tourne à l'envers.

Quelle dérision de la part  de l'auteur !

J'aime que l'auteur ne cache pas le passé de Rocco au  lecteur

"Quand il était dirigeant du Parti, Rocco était-il comme eux ? questionne Stella

Martin répond : Exactement. Non point, certes, au fond de lui-même ni quand il écrivait son journal ; mais -je regrette de te le dire - il se comportait comme eux."


Martin est accusé du meurtre de l'intendant de Tarocchi . Rocco aidé de Don Nicolo  le cache et l'aide à s'enfuir.

Le Parti continuera à harceler Lazare, Rocco et à chercher en vain le clairon.

Rocco lève son verre à l'espérance :

"A la future  libération !" ............................dans un an, pour  60 ou 2000.

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeMar 6 Mai 2014 - 11:29

On retrouve ici le machiavélisme du Parti à l'égard de ceux qui le quittent, les renégats sont des pestiférés et tout est fait pour les salir (Koestler a longtemps attendu avant de quitter le Parti par peur des représailles et de la solitude). Ici, même si Rocco n'exprime pas les mêmes peurs, on voit à quel point sa future femme et ses compagnons craignent de le voir avili. Mais la force de l'amitié et aussi (je crois qu'il faut le souligner) l'abnégation des femmes, permettent aux hommes de conserver leur code de conduite, de rester honnêtes face à leur croyance en l'homme.

J'ajoute que le roman n'est pas du tout grandiloquent, qu'il ne fait pas appel aux grands sentiments de l'honneur, de la patrie ou de l'engagement, mais qu'il parle d'hommes simples, attachés à leurs terres, amoureux de leur femme, désireux de vivre en 'honnête homme' et en paix avec leur propre conscience. On le voit particulièrement avec le prêtre Nicola, qui se heurte continuellement à l'orthodoxie revêche de sa sœur, laquelle a oublié que le message christique comportait aussi la notion de pardon (et peut-être pour aller plus loin de liberté). Ces passages de controverses donnent une image très nuancée du prêtre, plein de doutes et submergé par l'amitié qu'il porte à Rocco, à Stella, à Martin et tous ceux qu'il admire pour leur force de caractère.

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeMar 6 Mai 2014 - 11:37

C'est très vrai ce que tu dis à propos de Don Nicolo et de sa soeur, on sent quand il s'occupe de Stella qu'il s'évade !

Et ils sont convaincants ces portaits de femmes, Stella, Judith, Adèle,Gaetana, Catherine, Carméla,

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeMar 6 Mai 2014 - 18:27

oh oui ils sont convaincants ! je me rends compte que j'ai d'ailleurs apporté beaucoup moins d'attention aux portraits des 'méchants', même si celui de l'instituteur prête à sourire (il est lâche et soumis) ou que celui de l'Intendant des Tarocchi est vraiment violent et brutal. Les autres personnages sont tellement biens dessinés, dans leur ambivalence, leur rêve, leur obstination, leur beauté qu'ils vont sans doute longtemps m'accompagner.

Juste pour revenir un temps sur le Parti Communiste Italien (dont je ne connais pas du tout l'histoire), je voudrais raconter cette anecdote :

en 2002, j'ai fait la connaissance d'une jeune étudiante italienne, qui venait de s'inscrire à l'Université française. Et elle ne comprenait rien à notre vie estudiantine pas plus que politique. Voici ce qu'elle me dit :

- En Italie, 90% des intellectuels, des étudiants et des professeurs sont membres ou sympathisants du PCI.

Evidemment en France, elle était loin du compte et ne comprenait pas comment nous pouvions vivre intellectuellement sans être communiste. Je ne sais pas si elle a trouvé la solution, ni si elle a réussi à comprendre notre façon de fonctionner.

Mais j'ai longtemps ruminé cette histoire. N'avait-elle pas (elle et ceux de sa génération, comme ceux de la précédente) eu vent de la répression stalinienne, des goulags, des millions de morts dues au PC ?? Aujourd'hui je lui parlerais de Silone. De son exclusion du Parti et de ce roman qui n'est pas un règlement de compte, mais qui cherche surtout à décrire les agissements d'un homme (Rocco), d'un partisan qui un jour s'aperçoit que le Parti transforme ses adhérents de persécutés en persécuteurs et qui renonce à y rester. Et aussi un livre sur ces misérables cafoni, sur leur impossible Salut, sur la manière dont le Parti les a utilisé et puis roulé...

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeMer 7 Mai 2014 - 9:15

c'était un plaisir de faire cette LC avec toi Shanidar

à bientôt

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MessageSujet: Re: LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone   LC Une poignée de mûres d'Ignazio Silone Icon_minitimeMer 7 Mai 2014 - 14:31

C'est à moi de te remercier, car je ne serais jamais allée de moi-même vers cet auteur italien et cela aurait été bien dommage  bisous 


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