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 René Char

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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 26 Juin 2013 - 12:20

jack-hubert bukowski a écrit:
Tu comptes révoquer les droits d'auteur de Fureur et mystère, esperluette...? Wink

rire

Non, Jack-Hubert!
Juste le faire découvrir ... Mais tu as raison, je devrais sélectionner! Mais je ne peux m'y résoudre.confused

Et Fureur et mystère compte plusieurs "livres" qui ont été publiés la première fois dans des revues puis en recueils.
Seuls demeurent, comporte trois parties dont L'avant-monde qui est la première,  évidemment la plus riche en poèmes!jypeurien

Wink
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 26 Juin 2013 - 12:52

Afin de poursuivre l'exploration, je propose «Ce bleu n'est pas le nôtre» dans Le Nu perdu :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 166-167. a écrit:
Nous étions à la minute de l'ultime distinction. Il fallut rapatrier le couteau. Et l'incarnat analogique.

Peu auront su regarder la terre sur laquelle ils vivaient et la tutoyer en baissant les yeux. Terre d'oubli, terre prochaine, dont on s'éprend avec effroi. Et l'effroi est passé...

À chacun son sablier pour en finir avec le sablier. Continuer à ruisseler dans l'aveuglement.

Qui délivrera le message n'aura pas d'identité. Il n'oppressera pas.

Modeler dans l'appocalypse, n'est-ce pas ce que nous faisons chaque nuit sur un visage acharné à mourir?

Un outil dont notre main privée de mémoire découvrirait à tout instant le bienfait, n'envieillirait pas, conserverait intacte la main.

Alors disparurent dans la brume les hommes au petit sac.

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 26 Juin 2013 - 13:10

Un autre poème dans Le Nu perdu, «Sous le feuillage» :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 193 a écrit:
Frapper du regard, c'est se dessiner dans les yeux des autres, y découvrir leurs traits modifiés auprès des nôtres, mais pour ombrer notre ceinture de déserts.

Celui qui prenait les devants s'appuya contre un frêne, porta en compte la récidive de la foudre, et attendit la nuit en désirant.

_________________
«L'amplitude des contradictions à l'intérieur d'une pensée constitue un critère de grandeur.»
De Gaulle, citant Nietzsche

Dixit celui qui écrivait plus vite que son ombre.


Dernière édition par jack-hubert bukowski le Jeu 27 Juin 2013 - 9:43, édité 1 fois
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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 26 Juin 2013 - 13:25

jack-hubert bukowski a écrit:
Afin de poursuivre l'exploration, je propose «Ce bleu n'est pas le nôtre» dans Le Nu perdu :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 166-167. a écrit:
Nous étions à la minute de l'ultime distinction. Il fallut rapatrier le couteau. Et l'incarnat analogique.

Peu auront su regarder la terre sur laquelle ils vivaient et la tutoyer en baissant les yeux. Terre d'oubli, terre prochaine, dont on s'éprend avec effroi. Et l'effroi est passé...

À chacun son sablier pour en finir avec le sablier. Continuer à ruisseler dans l'aveuglement.

Qui délivrera le message n'aura pas d'identité. Il n'oppressera pas.

Modeler dans l'appocalypse, n'est-ce pas ce que nous faisons chaque nuit sur un visage acharné à mourir?

Un outil dont notre main privée de mémoire découvrirait à tout instant le bienfait, n'envieillirait pas, conserverait intacte la main.

Alors disparurent dans la brume les hommes au petit sac.

Eh bien, Jack-Hubert, te voilà happé à ton tour, par le charme de René Char. Tu es sûr de tes deux "p" à "appocalypse"? :PJe pencherais pour "apocalypse"!

Merci, pour ce voyage. As-tu remarqué la présence incessante de la lumière dans les poèmes de Char?

Allez, pour continuer mon cheminement dans L'avant-monde, je vous propose la suite!

FORCE CLÉMENTE
Je sais où m'entravent mes insuffisances, vitrail si la fleur se détache du sang du jeune été. Le cœur d'eau noire du soleil a pris la place du soleil, a pris la place de mon cœur. Ce soir, la grande roue errante si grave du désir peut bien être de moi seul visible... Ferai-je ailleurs jamais naufrage ?



René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, seizième poème, Poésie/Gallimard, p.36.
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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 26 Juin 2013 - 22:11

jack-hubert bukowski a écrit:
Un autre poème dans Le Nu perdu, «Sous le feuillage» :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 193 a écrit:
Frapper du regard, c'est se dessiner dans les yeux des autres, y découvrir leurs traits modifiés après des nôtres, mais pour ombrer notre ceinture de déserts.

Celui qui prenait les devants s'appuya contre un frêne, porta en compte la récidive de la foudre, et attendit la nuit en désirant.

En relisant le poème que tu cites, il me revient à l'esprit, que René Char évoque également souvent les arbres dans ses poèmes. Et j'en viens à me demander que peut symboliser le frêne par exemple?
scratch

Me voici de nouveau le nez plongé dans L'Avant-monde pour vous offrir :


LÉONIDES

Es-tu ma femme ? Ma femme faite pour atteindre la rencontre du présent ? L’hypnose du
phénix convoite ta jeunesse. La pierre des heures l’investit de son lierre
Es-tu ma femme ? L’an du vent où guerroie un vieux nuage donne naissance à la rose, à
la rose de violence.
Ma femme faite pour atteindre la rencontre du présent.
Le combat s’éloigne et nous laisse un cœur d’abeille sur nos terres, l’ombre éveillée, le
pain naïf. La veillée file lentement vers l’immunité de la Fête
Ma femme faite pour atteindre la rencontre du présent.


René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, dix-septième poème, Poésie/Gallimard, p.37.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: René Char   Jeu 27 Juin 2013 - 9:36

jack-hubert bukowski a écrit:
Un autre poème dans Le Nu perdu, «Sous le feuillage» :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 193 a écrit:
Frapper du regard, c'est se dessiner dans les yeux des autres, y découvrir leurs traits modifiés après des nôtres, mais pour ombrer notre ceinture de déserts.

Celui qui prenait les devants s'appuya contre un frêne, porta en compte la récidive de la foudre, et attendit la nuit en désirant.

confused Ce passage m'évoque un œil au coquard ...
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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Jeu 27 Juin 2013 - 10:41

GrandGousierGuerin a écrit:
jack-hubert bukowski a écrit:
Un autre poème dans Le Nu perdu, «Sous le feuillage» :

René Char, Le Nu perdu, 2000, Poésie/Gallimard, p. 193 a écrit:
Frapper du regard, c'est se dessiner dans les yeux des autres, y découvrir leurs traits modifiés après des nôtres, mais pour ombrer notre ceinture de déserts.

Celui qui prenait les devants s'appuya contre un frêne, porta en compte la récidive de la foudre, et attendit la nuit en désirant.

confused Ce passage m'évoque un œil au coquard ...

Qui sait GrandGousierGuerin! Il faut savoir que René Char était un grand gaillard au tempérament colérique et qu'il n'a pas hésité à flanquer une raclée à son frère aîné.
Mais peut-être que dans ce poème René Char évoque l'œil aiguisé du lecteur?

Bonnes réflexions.

dentsblanches
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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Jeu 27 Juin 2013 - 10:44

Jeudi, jour de :

FENAISON

O nuit, je n'ai rapporté de ta félicité que l'apparence parfumée d'ellipses d'oiseaux insaisissables ! Rien n'imposait le mouvement que ta main de pollen qui fondait sur mon front aux moulinets d'une lampe d'anémone. Aux approches du désir les meules bleu de ciel s’étaient l’une après l’autre soulevées, car mort là-bas était le Faneur, vieillard masqué, acteur félon, chimiste du maudit voyage.
Je m’appuie un moment sur la pelle du déluge et chantourne sa langue. Mes sueurs d’agneau noir provoquent le sarcasme. Ma nausée se grossit de soudains consentements dont je n’arrive pas à maintenir le cours. Anneau tard venu, enclavé dans la chevalerie pythienne saturée de feu et de vieillesse, quel compagnon engagerais-je ? Je prends place inaperçu sur le tirant de l’étrave jusqu’à la date fleurie où rougeoiera ma cendre.
O nuit, je n’ai pu traduire en galaxie son Apparition que j’épousai étroitement dans les temps purs de la fugue ! Cette Sœur immédiate tournait le cœur du jour.
Salut à celui qui marche en sûreté à mes côtés, au terme du poème. Il passera demain DEBOUT SOUS le vent.


René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, dix-huitième poème, Poésie/Gallimard, p.38.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: René Char   Jeu 27 Juin 2013 - 12:01

Esperluette a écrit:

Mais peut-être que dans ce poème René Char évoque l'œil aiguisé percuté du lecteur?

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MessageSujet: Re: René Char   Jeu 27 Juin 2013 - 13:31

GrandGousierGuerin a écrit:
Esperluette a écrit:

Mais peut-être que dans ce poème René Char évoque l'œil aiguisé percuté du lecteur?


Voilà, c'est exactement ce que cherche René Char : l'uppercut de l'œil du lecteur, de sa sensibilité.
bravo GGG!
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 28 Juin 2013 - 9:16

Encore quelques vers aujourd'hui, je sens comme un manque chez vous!
Suspect

L’ABSENT

Ce frère brutal mais dont la parole était sûre, patient au sacrifice, diamant et sanglier, ingénieux et secourable, se tenait au centre de tous les malentendus tel un arbre de résine dans le froid inalliable. Au bestiaire de mensonges qui le tourmentait de ses gobelins et de ses trombes il opposait son dos perdu dans le temps. Il venait à vous par des sentiers invisibles, favorisait l'audace écarlate, ne vous contrariait pas, savait sourire. Comme l'abeille quitte le verger pour le fruit déjà noir, les femmes soutenaient sans le trahir le paradoxe de ce visage qui n'avait pas des traits d'otage.
J’ai essayé de vous décrire ce compère indélébile que nous sommes quelques-uns à avoir fréquenté. Nous dormirons dans l’espérance, nous dormirons en son absence, puisque la raison ne soupçonne pas que ce qu’elle nomme, à la légère, absence, occupe le fourneau de l’unité.


René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, dix-neuvième poème, Poésie/Gallimard, p.39.
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GrandGousierGuerin
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 28 Juin 2013 - 9:26

Merci & !
Il me plait tout particulièrement cet absent ...
Et tant de noms et visages peuvent se blottir dans la cape de ces mots.
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kenavo
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 28 Juin 2013 - 9:29

Esperluette a écrit:
Encore quelques vers aujourd'hui, je sens comme un manque chez vous!
même si je ne réagis pas après chaque message, sois en certaine, je découvre avec plaisir l'œuvre de cet auteur et je me régale de ton enthousiasme pour nous en parler de lui!

_________________
La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 28 Juin 2013 - 9:34

GrandGousierGuerin a écrit:
Merci & !
Il me plait tout particulièrement cet absent ...
Et tant de noms et visages peuvent se blottir dans la cape de ces mots.

bonjour

De rien GGG, beau commentaire, au passage, sobre et efficace ! enthousiaste
Il est vrai qu'en chaque lecteur ce poème trouvera des échos différents.

kenavo a écrit:
Esperluette a écrit:
Encore quelques vers aujourd'hui, je sens comme un manque chez vous!
même si je ne réagis pas après chaque message, sois en certaine, je découvre avec plaisir l'œuvre de cet auteur et je me régale de ton enthousiasme pour nous en parler de lui!

Ravie de ton passage dans le pays de René Char. joie

sourire
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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 28 Juin 2013 - 19:24

Un deuxième poème ce soir, parce que c'est Vendredi et surtout pour ne pas laisser une impression d'absence, voici une autre pépite :

L’ÉPI DE CRISTAL ÉGRÈNE DANS LES HERBES SA MOISSON TRANSPARENTE.

   La ville n’était pas défaite. Dans la chambre devenue légère le dormeur de liberté couvrait son amour de cet immense effort du corps, semblable à celui de la création d’un fluide par le jour. L’alchimie du désir rendait essentiel leur génie récent à l’univers de ce matin Loin derrière eux leur mère ne les trahirait plus, leur mère si immobile. Maintenant ils précédaient le pays de leur avenir qui ne contenait encore que la flèche de leur bouche dont le chant venait de naître. Leur avidité rencontrait immédiatement son objet. Ils douaient d'omniprésence un temps qu’on n’interrogeait pas.
                   Il lui disait comment jadis dans les forêts persécutées il interpellait les animaux auxquels il apportait leur chance, son serment aux monts internes qui l'avait conduit à la reconnaissance de son exemplaire destin et quel boucher secret il avait dû vaincre pour acquérir à ses yeux la tolérance de son semblable.
Dans la chambre devenue légère et qui peu à peu développait les grands espaces du voyage, le donneur de liberté s'apprêtait à disparaître, à se confondre avec d'autres naissances, une nouvelle fois.


René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948,vingtième poème, Poésie/Gallimard, p.40.

Je ne savais pas que René Char avait fait la connaissance d'Epi, petite cachotière! Wink
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