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 René Char

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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mar 2 Juil 2013 - 14:02

Ce que je trouve dommage dans la première version est la réponse fournie.
Après, il évoque l'éclosion du désir tel que peut le ressentir un adolescent. C'est intéressant dans l'œuvre d'un poète, non?

Enfin, je vous livre le dernier poème de Seuls demeurent. Merci d'avoir lu ces quelques poèmes.

LA LIBERTE

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l'issue de l'aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales; elle passa les cimes éventrées.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche, la sainteté du mensonge, l'alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s'inscrivit mon souffle.
D'un pas à ne se mal guider que derrière l'absence, elle est venue, cygne sur la blessure par cette ligne blanche.


René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, trente-deuxième poème, Poésie/Gallimard, p.52.
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 10:48

Esperluette a écrit:
Avant-dernier poème de Seuls demeurent!
swing 


HOMMAGE ET FAMINE


Le 3 janvier 1943, René Char rejoint Gilbert Lely et sa compagne à Bonnieux. Le poème « Hommage et famine » écrit le lendemain matin cristallise leur rencontre. Le 7, Char enverra à Lely la première version du manuscrit.

Note trouvée Dans l’atelier du poète, de Marie-Claude Char, Quarto Gallimard, p.344.

* Première version :

Hommage et famine

Honneur à vous, Femme qui vous accordez avec la bouche du poète, ce torrent au limon serein.

(Il faisait nuit. Nous nous étions serrés sous le grand chêne de larmes. Le grillon chanta. Comment savait-il solitaire, que la terre n’allait pas mourir, que nous, les enfants sans clarté, allions bientôt parler ?)
IL SAVAIT.


* Version définitive :

Femme qui vous accordez avec la bouche du poète, ce torrent au limon serein, qui lui avez appris, alors qu’il n’était encore qu’une graine captive de loup anxieux, la tendresse des hauts murs polis par votre nom (hectares de Paris, entrailles de la beauté, mon feu monte sous vos robes de fugues), Femme qui dormez dans le pollen de fleurs, déposez sur son orgueil votre givre de médium illimité, afin qu’il demeure jusqu’à l’heure de la bruyère d’ossements l’homme qui pour mieux vous adorer reculait indéfiniment en vous la diane de la naissance, le poing de sa douleur, l’horizon de sa victoire.

(Il faisait nuit. Nous nous étions serrés sous le grand chêne de larmes. Le grillon chanta. Comment savait-il solitaire, que la terre n’allait pas mourir, que nous, les enfants sans clarté, allions bientôt parler ?)
Le poème Hommage et famine avant d’être intégré à L’Avant-Monde de Seuls demeurent (in Fureur et mystère) a été publié dans la revue Fontaine, dans sa version définitive.


Information trouvée  Dans l’atelier du poète, de Marie-Claude Char, Quarto Gallimard, p.395.

René Char, Seuls demeurent (1938-1944), L’avant-monde, Fureur et mystère, 1948, trente et unième poème, Poésie/Gallimard, p.51.

Jack-Hubert Bukowski a écrit:
La première version est plus belle je dirais. La deuxième me semble plus emberlificotée. Merci de nous partager tes découvertes, Esperluette.

Esperluette a écrit:
Ce que je trouve dommage dans la première version est la réponse fournie.
Après, il évoque l'éclosion du désir tel que peut le ressentir un adolescent. C'est intéressant dans l'œuvre d'un poète, non?

Dommage pour le premier extrait effectivement, mais il reste que dans la deuxième version l'élan s'emberlificote. J'ai relu le premier extrait. Oui, le deuxième comporte aussi sa part d'avantages, mais la magie au premier élan y est dans la concision. Quitte à remanier, j'aurais pas réécrit pour doubler, tripler de volume...

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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 12:36

Je comprends Jack-Hubert, pourtant René Char ne se montre-t-il pas redondant dans la première version lorsqu'il débute par "Honneur à vous?"
alors que le titre le suggère déjà?

Quelle chance d'avoir une première version en fait, je trouve cela rassurant, pour nous autres, pauvres lecteurs, apprentis écrivaillons, qui peinons, suons pour aligner trois lignes potables.

Donc, je note, Jack-Hubert, amateur de concisions. Tu donnes des cours, des conseils? dentsblanches  J'ai beau essayé, j'ai beaucoup de mal!

Et que penses-tu du jeu de son dans le titre?
Razz 
(développé dans le deuxième extrait, je trouve et absent du premier)

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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 12:49

Esperluette a écrit:
Je comprends Jack-Hubert, pourtant René Char ne se montre-t-il pas redondant dans la première version lorsqu'il débute par "Honneur à vous?"
alors que le titre le suggère déjà? [...]

Donc, je note, Jack-Hubert, amateur de concisions. Tu donnes des cours, des conseils? dentsblanches  J'ai beau essayé, j'ai beaucoup de mal!

Et que penses-tu du jeu de son dans le titre?
Razz 
(développé dans le deuxième extrait, je trouve et absent du premier)

Esperluette, jamais à court de questions!
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J'ai fini par le réaliser pour le titre. La concision, ça vient avec la pratique du texte. On l'a ou on l'a pas.

Oui, je suis tout à fait d'accord pour «honneur à vous». Mais... en tout cas.

Concision, y a pas de secret pour ça... Tu travailles la matière de tes textes et tu les expurges. Parfois, ça vient dès le premier jet... parfois, il n'y a rien à faire. Mais la longueur ou concision d'un texte, c'est assez relatif et élastique quand on cherche la belle formule.

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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 12:58

jack-hubert bukowski a écrit:
Esperluette a écrit:
Je comprends Jack-Hubert, pourtant René Char ne se montre-t-il pas redondant dans la première version lorsqu'il débute par "Honneur à vous?"
alors que le titre le suggère déjà? [...]

Donc, je note, Jack-Hubert, amateur de concisions. Tu donnes des cours, des conseils? dentsblanches  J'ai beau essayé, j'ai beaucoup de mal!

Et que penses-tu du jeu de son dans le titre?
Razz 
(développé dans le deuxième extrait, je trouve et absent du premier)

Esperluette, jamais à court de questions!
dentsblanches

J'ai fini par le réaliser pour le titre. La concision, ça vient avec la pratique du texte. On l'a ou on l'a pas.

Oui, je suis tout à fait d'accord pour «honneur à vous». Mais... en tout cas.

Concision, y a pas de secret pour ça... Tu travailles la matière de tes textes et tu les expurges. Parfois, ça vient dès le premier jet... parfois, il n'y a rien à faire. Mais la longueur ou concision d'un texte, c'est assez relatif et élastique quand on cherche la belle formule.

Merci Jack-Hubert de cet échange qui nous permet de vérifier toute l'ampleur de la tâche du poète.
En ce qui concerne, la concision de l'écriture, c'est un des aspects de l'écriture de Char, à laquelle je suis très sensible.

J'ai bien conscience de cette part de don et de travail quotidien. J'en déduis que tu expurges aussi? diablotin 
Et en lisant tes conseils, je pense aux journaux d'Henry Bauchau, dans lesquels il peste contre lui-même, quand il constate avec découragement, qu'il n'a réussi qu'à réécrire que trois pages dans une journée.

Wink
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jack-hubert bukowski
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 13:03

Je ne travaille pas autant. J'attends que le texte me porte. Je suivrai un cours sur l'histoire et l'esthétique de la poésie cet automne. Je pourrai cheminer dans mes réflexions et aspirations sur la poésie. Mais la saillie poétique ne vient pas si aisément. Il faut beaucoup de vécu, de mémorisation et de plasticité dans la composition.

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Esperluette
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 3 Juil 2013 - 17:41

Si tu attends que le texte te porte, c'est qu'il est en toi, non?
Oui, bien sûr, le vécu importe mais ta vie peut être riche malgré ton jeune âge! Wink

Pour changer de Fureur et mystère, me voici plongée dans Le Nu perdu.


MEME SI ...

De même qu'il y a plusieurs nuits différentes dans l'espace, il y a plusieurs dieux sur les plages du jour. Mais ils sont si étalés qu’entre souffle et ressaut une vie s’est passée.
Les dieux ne déclinent ni ne meurent, mais par un mouvoir impérieux et cyclique, comme l’océan, se retirent. On ne les approche, parmi les trous d’eau, qu’ensevelis.
Meilleur fils du vieux disque solaire et au plus près de sa céleste lenteur. Cette envie substantielle se répéta, se répéta, puis sa tâche se perdit.
Nuit à loisir recerclée, qui nous joue ?


René Char, Le chien de cœur, Le Nu perdu, La Pléiade, p. 467 à 468.
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MezzaVoce
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MessageSujet: Re: René Char   Mer 18 Nov 2015 - 10:41

Tiens... je réalise que je n'avais jamais parlé de mon amour pour les Feuillets d'Hypnos (publiés dans Fureur et Mystère).

Étonnante lecture dans laquelle le tout est bien différent de la somme des parties. Les parties, ce sont de courts textes, traits poétiques ou aphorismes. Chacun d’eux pourrait être cité pour lui-même.

Citation :
« 5. Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillés le courage et le silence. »
« 32. Un homme sans défauts est une montagne sans crevasse. Il ne m’intéresse pas. (Règle de sourcier et d’inquiet.) »
« 120. Vous tendez une allumette à votre lampe et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin, très loin de vous, que le cercle illumine. »

Mais le tout… quel étonnement. Comment Char peut-il faire surgir de fragments aussi épars une histoire aussi présente, une vie aussi palpable ? Si on examine froidement le contenu, on trouve peu de réalité réaliste, d’anecdote, d’action. Et pourtant, rapidement, j’ai eu l’impression de me tenir à ses côtés dans les collines provençales, de le regarder écrire par-dessus son épaule, d’entendre le chant des grillons, de sentir le danger omniprésent et la chaleur de l’amitié de ces hommes. Étonnant pouvoir des mots.

Une étonnante lucidité, aussi.

Citation :
« 3. Cette guerre se prolongera au-delà des armistices platoniques. L’implantation des concepts politiques se poursuivra contradictoirement, dans les convulsions et sous le couvert d’une hypocrisie sûre de ses droits. »
« 127. Viendra le temps où les nations sur la marelle de l’univers seront aussi étroitement dépendantes les unes des autres que les organes d’une même corps, solidaires en son économie. Le cerveau, plein à craquer de machines, pourra-t-il encore garantir l’existence du mince ruisselet de rêve et d’évasion ? L’homme, d’un pas de somnambule, marche vers les mines meurtrières, conduit par le chant des inventeurs... »

Quelques moments magiques, aussi, que je ne cite pas pour laisser le plaisir de la découverte. :)
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Quasimodo
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MessageSujet: Re: René Char   Ven 11 Nov 2016 - 16:01

Quel plaisir de le découvrir. Ca demande du temps et de l'effort, mais c'est très bien payé.
J'aime particulièrement celui-là :

Esperluette a écrit:
ARGUMENT

1938

L'homme fuit l'asphyxie.
L'homme dont l'appétit hors de l'imagination se calfeutre sans finir de s'approvisionner, se délivrera par les mains, rivières soudainement grossies.
L'homme qui s'épointe dans la prémonition, qui déboise son silence intérieur et le répartit en théâtre, ce second c'est le faiseur de pain.
Aux uns la prison et la mort. Aux autres la transhumance du Verbe.
Déborder l'économie de la création, agrandir le sang des gestes, devoir de toute lumière.
Nous tenons l'anneau où sont enchaînés côte à côte, d'une part le rossignol diabolique, d'autre part la clé angélique.
Sur les arêtes de notre amertume, l'aurore de la conscience s'avance et dépose son limon.
Aoûtement. Une dimension franchit le fruit de l'autre.
Dimensions adversaires. Déporté de l'attelage et des noces, je bats le fer des fermoirs invisibles.
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