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 Rubén Darío [Nicaragua]

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shanidar
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MessageSujet: Rubén Darío [Nicaragua]   Lun 7 Juil 2014 - 13:59



Félix Rubén Garcia y Sarmiento, dit Ruben Dario est né le 18 janvier 1867 à Metapa (Nicaragua) dans une famille que les biographes ont l'habitude de qualifier de désunie. Cela ne l'empêche pas de se révéler un poète précoce ; ses premières publications datent de 1881, alors qu'il a tout juste 14 ans. Pendant ce temps, il mène des études tout à fait médiocres et obtient cependant un emploi à la Bibliothèque nationale de Managua, en 1884.

De 1886 à 1889, il devient journaliste au Chili, ce qui lui permet d'effectuer de nombreuses rencontres parmi la classe politique et chez les intellectuels de l'époque. En 1887, il publie son premier recueil de poèmes : Les Ronces ; puis Chant épique aux gloires du Chili, et enfin toujours cette même année Rimes. C'est en 1888, à Valparaiso, que parait la première édition de son célèbre recueil de poèmes : Azul (Bleu).

A l'occasion du quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique, il est envoyé par son journal en Espagne où il rencontrera plusieurs écrivains parmi lesquels Menéndez-Pelayo, Zorilla et Campoamor. Nommé consul de Colombie à Buenos Aires en 1893, il s'installe en Argentine et fait un voyage à New York avant de rejoindre l'Europe de ses rêves et notamment la France où il fait la connaissance de Moréas et de Verlaine. En 1896, deux ans après avoir fondé la Revue d'Amérique avec Ricardo Jaime Freyre, il publie Les Bizarres, une collection de portraits littéraires parmi lesquels on trouve celui d'Edgar A. Poe, de Verlaine, de Léon Bloy, de Richepin, de Moréas, de Lautréamont, d'Ibsen et de José Marti, le maître de ses débuts.

C'est dans ces années-là, surtout après la publication de Proses profanes (un recueil aux thèmes des plus raffinés et à la forme des plus audacieuses où l'on reconnait son admiration pour les travaux de versification de Victor Hugo puis, plus tard, de Verlaine) qu'il s'impose comme le chef de fil du modernisme. Un bouleversement semblable en littérature ne s'était pas produit depuis Góngora. Des noms célèbres viendront par la suite enrichir le courant littéraire qu'il a fondé ; citons seulement Horacio Quiroga, Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Julio Cortazar… "Après Góngora, on n'écrivit plus pareil, après Rubén Darío non plus" : cette phrase révèle en substance l'estime que les écrivains de langue espagnole portent encore aujourd'hui à ces deux immenses poètes.

Après cette période Rubén Darío est régulièrement envoyé en Europe pour le journal La Nación pour lequel il travaille. En 1897, ce sera à Madrid pour rendre compte de la guerre d'Espagne contre les Etats-Unis qui tentent de prendre Cuba, Porto-Rico et les Philippines ; à cette occasion il fera la rencontre d'Unamuno avec qui il se liera d'amitié. En 1900 il sera envoyé à Paris pour rendre compte cette fois de l'exposition universelle. De nombreux écrits naissent de ces incessants voyages.
Après plusieurs autres voyages en Amérique puis en Espagne (où il est nommé en 1909 ambassadeur de son pays puis destitué), il revient à Paris et publie son dernier ouvrage Chant à l'Argentine et autres poèmes. Fuyant la guerre, il quitte la France en 1914 et voyage au Guatemala puis rentre au Nicaragua où il meurt le 6 février 1916.

Comme nous l'avons déjà dit, il fut considéré de son vivant comme le père du modernisme, admiré par des poètes parmi lesquels Antonio Machado et Juan Ramon Jimenez ; il reste aujourd'hui, de l'avis de tous, l'une des personnalités les plus brillantes de la poésie en langue espagnole du XXème siècle.

source : Serge Mestre

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shanidar
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MessageSujet: Re: Rubén Darío [Nicaragua]   Lun 7 Juil 2014 - 14:11

A propos du Modernisme, je vous invite à consulter un article de l'Encyclopédie Larousse : ici qui me parait très complet et accessible.

Je vais ici m'intéresser à l'œuvre en prose de Darío, mais il est très possible que des poèmes de cet auteur aient été postés ailleurs (Constance ?)...

Je remarque surtout que pour la première fois (?) un courant littéraire venu de l'Amérique influence les auteurs d'Europe et également des architectes, des créateurs, des musiciens... alors que plus souvent l'influence était inverse.

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shanidar
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MessageSujet: Re: Rubén Darío [Nicaragua]   Lun 7 Juil 2014 - 14:48

Veronica et autres contes fantastiques

90 pages pour dix nouvelles... Vous imaginez donc à quel point il peut être compliqué de parler d'un auteur qui se dévoile bien peu et qui donne au lecteur des contes très courts qui se déroulent tous en Amérique centrale ou du sud (Mexique, Argentine...) et ont un lourd parfum européen.

Des contes fantastiques donc, dans la veine de Gautier mais aussi d'Edgar A. Poe ou encore de Huysmans (largement évoqué dans ce recueil). Les influences sont là, certes, mais ce serait malhonnête d'en rester là car ce n'est pas vraiment le terme idéal pour parler du travail de Dario. Influence oui mais un peu plus et un peu moins que cela. Un peu plus car j'ai eu bien souvent l'impression que Ruben Dario écrivait pour rendre hommage aux auteurs qu'il chérit mais plus que de simples tombeaux, Ruben Dario apporte en sus son éclairage sud-américain, son exotisme, une part de cruauté spéciale, sauvage, primitive, nourrie par les anciennes légendes des terres du sud.

De ce mélange, de ce grand écart entre des codes occidentaux parfaitement intégrés et l'influence de son histoire personnelle et latine, Ruben Dario invente une littérature dans laquelle on se reconnait mais qui exprime des tentations inconnues de nous, des effervescences, des rituels, des peurs ancestrales que seuls les habitants de l'Amérique Latine possèdent.

Je vais tenter d'expliquer avec deux exemples, ce sentiment d'être à la fois dans une littérature connue (la littérature fantastique et en même temps dans une littérature exotique spécifique et personnelle). Le premier conte s'intitule Thanatopie ; il raconte l'histoire d'un jeune homme dont la mère est morte, laissant derrière elle un époux dévasté. Quelques années plus tard, le père vient chercher le fils pour lui présenter sa nouvelle épouse. La marâtre s'avère être le portrait exact du fantôme de la mère. On retrouve ici l'univers de Poe, ses jeux avec la mort revisitée dans laquelle la vie peut être à nouveau insufflée mais on peut également y lire, une part de la vie de Rubén Dario... En effet, ce dernier a été marié à une jeune femme qu'il aimait tendrement mais qui mourut alors qu'il était à l'étranger. A son retour, la douleur de la perte le précipite vers l'alcool et un soir d'ivresse, ses 'amis' lui amènent une jeune femme avec laquelle il va convoler. S'éveillant le lendemain, il ne sait plus rien de son aventure nocturne mais le mariage a bien eu lieu et il restera 20 ans marié à une femme qu'il n'aime pas. A-t-il pensé que cette femme surgit de la nuit et des vapeurs de l'alcool était sa première épouse réincarnée ? Ecrit en 1893, Thanatopie semble être le reflet de cette aventure plus que malheureuse...

La dernière nouvelle du recueil porte le titre : Huitzilopoxtli sous titrée Légende mexicaine dont voici deux extraits :

Citation :
Ici, surtout au Mexique d'ailleurs, nous vivons sur un sol rempli de Mystères. Tous les indiens qui habitent sur cette terre ne transpirent que cela. Je dirai même que le destin de la nation mexicaine est toujours aux mains des divinités primitives des aborigènes. Ailleurs, on pourrait dire : "Cherchez, grattez… et vous le verrez apparaitre…". Ici il n'y a rien à gratter. Le Mystère aztèque et le Mystère Maya vivent au fond de chaque Mexicain quel que soit le métissage que contienne son sang, et il y en a d'ailleurs très peu.

(…)

J'ai continué ma progression tant que j'ai pu et voici ce que j'ai vu : une énorme idole de pierre, qui faisait à la fois office d'idole et d'autel, se dressait au centre de cette lueur dont je n'ai pratiquement pas parlé. Mais il m'est absolument impossible de décrire quoi que ce soit. Deux têtes de serpent, qui se présentaient comme les bras ou les tentacules du bloc de pierre, s'étaient entrelacées sur la partie supérieure au-dessus d'une sorte d'immense tête décharnée entourée d'une multitude de mains tranchées enfilées sur un collier de perles. Et, au-dessous de tout cela, j'ai découvert, aussi vivant que la vie, un mouvement monstrueux. Mais ce que j'ai vraiment observé d'abord, c'est un groupe de plusieurs indiens, semblables à ceux qui nous avaient aidé pour le transport de notre équipage, qui tournaient silencieusement et hiératiquement autour de cet étonnant et étrange autel vivant.
Je dis vivant parce que, en l'observant plus attentivement et en faisant appel à mes souvenirs de lecture, j'ai été rapidement convaincu qu'il s'agissait de l'autel de Teoyaomiqui, la déesse mexicaine de la mort. Des serpents vivants glissaient sur cette fameuse pierre, et le spectacle devenait d'une effrayante réalité.

On pense au Tlaloc, au tzompantli, aux sacrifices humains et à toutes ces histoires qui entourent la vie mexicaine, on pense également aux nouvelles d'Horacio Quiroga (que je vous recommande très fortement) et qui reprennent en l'accentuant encore la force de la cruauté sauvage ici décrite.

Je suis très contente (bien que légèrement frustrée) d'avoir pu découvrir cet auteur qui ayant un pied et un bout de son cœur en Europe n'en reste pas moins totalement traversé par son propre continent.

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Chamaco
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MessageSujet: Re: Rubén Darío [Nicaragua]   Lun 7 Sep 2015 - 18:10

Extrait de "Azul" :

La tigresse de Bengale
pelage zébré et lustré
est affable et joyeuse, tout en beauté.
D’un tertre aux pentes raide elle saute
vers un pré de carex et de bambous ; et c’est là
à la roche qui s’érige à l’entrée de son trou.
Puis elle lance un feulement rauque,
s’agite comme une diablesse
et de plaisir hérisse son pelage fou.
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Chamaco
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MessageSujet: Re: Rubén Darío [Nicaragua]   Mar 29 Sep 2015 - 14:16

Chez Orphée, La Différence : " Parcours poétique" (1880-1916)
(et hop dans la valise, je le lirai là bas...)
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kenavo
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MessageSujet: Re: Rubén Darío [Nicaragua]   Lun 8 Aoû 2016 - 6:48

voilà un beau clip qui me fait découvrir cet auteur... et comme je voudrais qu'on rendrait cette adaptation en image accessible aux lecteurs français Wink

Chant errant


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La vie, ce n'est pas d'attendre que l'orage passe,
c'est d'apprendre à danser sous la pluie.


Sénèque
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