Parfum de livres… parfum d’ailleurs

Littérature, forum littéraire : passion, imaginaire, partage et liberté. Ce forum livre l’émotion littéraire. Parlez d’écrivains, du plaisir livres, de littérature : romans, poèmes…ou d’arts…
 
AccueilRechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 Iain Sinclair

Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2
AuteurMessage
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Lun 15 Sep 2014 - 21:51

j'étais parti pour recoller les extraits postés sur d'autres fils mais je reprends là où nous en étions avec un extrait pour accompagner la photo :

Citation :
La paranoïa des bobines d'actualité est telle que dans les archives, même après si longtemps, on ne retrouve rien d'autre qu'un visage. Nous savons qui a coupé le ruban, mais pas où. Le temps est suspendu. Dès le premier jour, la M25 a ses mythes : la femme qui trouvait que le périmètre était démesuré, la famille qui a décidé de rouler jusqu'au panneau de Newcastle. Les images d'archives sont muettes : l'endroit où Margaret aux mains d'argent, qui aurait volontiers amputé du pouce les vilains, signa son acte, est toujours secret. Ce n'était pas le point de départ officiel, l'échangeur 1, au sud du pont de la reine Elizabeth II, près de Dartford. Ce n'était pas non plus à côté des cuves de stockage Esso à Purfleet, ou à portée de nez du suave parfum de l'usine Procter and Gamble à West Thurrock. Pas plus que ça n'eut lieu dans les confins où l'autoroute bleue perd ses nerfs et jaunit, avant la traversée en surplomb de la Tamise. Le regard de faucon fondit sur les caméras vers la lointaine frontière nord-ouest, dans les environs de la station service de South Mimms. Ainsi va la rumeur.
Un documentariste de télévision à la détermination surhumaine, qui s'appelle John Sergeant, a passé des semaines sur la route, vivant dans une Ford Mondeo rouge de location, à vérifier des coordonnées, à pourchasser des confidences. Il a circonscrit ses recherches à une portion de route rectiligne, quelque part entre Potters Bar et l'échangeur 21 (accès à la M1). Il a scruté les bandes d'actualité, gelé l'image, photographié l'écran; il est retourné sur l'autoroute. Comparer, contraster. Il arpentait les bas-côtés. Observait les terrains attenants à la route. Il était proche, mais n'a jamais pu le localiser avec une précision absolue.

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Sam 4 Oct 2014 - 23:26

tiens, ce ne sont toujours pas les extraits. mais une réflexion incertaine voire idiote néanmoins séduisante comme réponse à la question de la manifestation littéraire qui pourrait réveiller, motiver ou faire apparaître un sentiment d'appartenance par un sentiment de reconnaissance et d'identification. point de départ possible pour certaines personnes : un geste du travail dans les champs particulièrement bien écrit par un auteur de qualité.

exemple qui ne sera donc pas possible pour un petit banlieusard-citadin qui ne sait trop quoi faire de ses dix doigts, mais qui lui faisant chercher une équivalence dans son monde pourrait bien le porter, identification d'un état, vers un texte comme London Orbital. un état ou une occupation (physique et mentale) d'habiter un lieu hybride mal défini et parcouru de courants divergents, un état perdu ou égaré avec une limite entre actif et passif pas claire non plus.

le problème de cette idée assez séduisante (quand même) c'est que l'équivalence en esquivant le travail risque de faire une impasse sur certaines préoccupations, en même temps son aspect 'accessoire' (ouuuuh la terminologie est bancale)...

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Mar 16 Déc 2014 - 22:14



Liquid City

Avec Mark Atkins. Et pas un plus que l'autre, ou alors les photos de Mark Atkins qu'il faudrait mettre en avant. C'est un peu le même principe que London Orbital mais moins formalisé (et antérieur). Les deux bonshommes font une excursion dans Londres sans passer par son centre ou ses passages obligés. Sinclair écrit et observe le photographe, parle des rencontres des lieux, raconte des anecdotes. Les photos de Atkins sont différentes. Ils ne disent pas la même chose, ne cherchent pas forcément la chose, on ne peut pas même forcément dire qu'ils sont complémentaires. Ça se recoupe quand même, dans quelque chose de désaxé, un attachement à des marques en cours de disparition, l'ombre de ce qui resterait dans un inconscient collectif, resterait à approcher une définition de ce collectif.

Le texte est volontaire, parfois poétique, bourré d'informations et de références, d'énigmes et d'humour. Les photos de Mark Atkins travaillent dans les ombres et certains détails, ou Sinclair lui même pris en photo, n'apparaissent pas tout de suite. Et on finit par les regarder de près, paysages ou portraits, isolées sur une page ou regroupées, positionnées, sur une ou deux pages. C'est précis, impressionnant, ce qu'il reste de l'acharnement compulsif du photographe et des différentes phases de son travail (sur place, en studio et le développement).

Je ne pensais pas regarder aussi intensément un livre de photographie, et le texte ne décrit pas les photos, il donne des pistes, des possibilités. Entre les verres vides et les ombres c'est fantomatique mais plus brut, simple des fois.

De la littérature aussi, une question de modes et de postérité, éventuellement alternative. Alternatives aussi les figures comme Kathy Acker, pourtant ce n'est pas cet aspect qui est mis en avant, pas vraiment, plus simple.

Plus simple (mais pas toujours à lire en vo !) mais plus énigmatique, toujours le ton léger qui évite les vérités absolues ou les réflexions déconnectées des deux pieds posés pour arpenter le pavé. Excellent moment. Excellentes photos.

La bonne nouvelle c'est que du comme ça (les photos en moins, ou d'autres à la place) il n'y a pas que London Orbital en français, il y a au moins 2 autres titres. Mais j'aimerais bien lire ce qu'il donne dans ses fictions Iain Sinclair.

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Marko
Faune frénéclectique
avatar

Messages : 17930
Inscription le : 23/08/2008
Age : 50
Localisation : Lille

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Sam 24 Sep 2016 - 9:57

Pendant longtemps j'ai cru que London Orbital était un roman de SF. Ta présentation donne très envie. Le sujet est passionnant et manifestement il y a le style qui va avec. Je tenterai la lecture.

_________________
"Ceux qui croient posséder une clef transforment le monde en serrures. Ils s'excitent, ils interprètent les textes, les films, les gens. Ils colonisent la vie des autres. Les déchiffreurs devraient se calmer, juste décrire, tenter de voir, plutôt que de projeter du sens et de s'approprier l'obscur, plutôt que d'imposer la violence blafarde de l'univers. Dire comment, pas pourquoi."
Francois Noudelmann (Tombeaux: d'après La Mer de la Fertilité de Mishima).
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Sam 24 Sep 2016 - 13:24

et toi qui aime les lectures à références et recoupements tu vas être copieusement servi !

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
animal
Tête de Peluche
avatar

Messages : 31549
Inscription le : 12/05/2007
Age : 37
Localisation : Tours

MessageSujet: Re: Iain Sinclair   Sam 8 Oct 2016 - 9:16



London Overground

Même principe qu'avec London Orbital mais dans un format différent. Marche unique, compagnon de marche unique pour explorer vivre ou revivre un territoire. Un exercice de marche, de divagation et de souvenir et de reconstruction pour écrire d'une certaine manière à l'encontre de la réécriture du territoire par les fables modernes de promoteurs immobiliers associés à des politiques rustiques.

Il ne s'agit pourtant pas seulement d'aller à contre-courant de la gentrification et de l'emprise d'enseigne qui sont partout les mêmes. L'agglomération de références souvent reprises (Angela Carter, Ballard notamment mais pourquoi pas Verlaine et Rimbaud) et d'anecdotes rend poreuses les époques modernes ou plus anciennes et complexifie la lecture du paysage. Les gens, l'évolution, la divergence remontent à la surface de façon quasi-invisible mais persistante.

Sorte de mythologie personnelle partagée et mêlée de mythologie collective qui dépasse, ou submerge, le soupçon de nostalgie  et la critique parfois amère des temps qui dérapent (depuis un certain temps).

Et puis une marche d'un peu plus de cinquante kilomètres  pour une journée c'est une manière assez sauvage et déterminée de se réapproprier l'espace changé, de se le rendre accessible en faisant fi d'une nouvelle norme du temps. Son sauvage compagnon Andrew Kötting (cinéaste et autres) est une autre forme de phénomène acharné qui souffre et déborde dans cette épreuve. Soutien et victime, ami, a aussi une part de son monde et de ses démons qui imbibe le récit.

Pas facile de s'y retrouver dans cette géographie londonienne ou dans certaines références locales malgré tout cette aventure urbaine est reconnaissable. Urbaine ou périurbaine, ce récit d'une vision globale et médiatique qui est partout on ne peut que la reconnaître. L'absence de jugement définitif, le passage, le temps, l'ouverture, la perméabilité et ce jeu des références plus ou moins évidentes qui invite à les faire resurgir pour soi est moins banal et on peut y être sensible.

Moins écrasant et tentaculaire que London Orbital, une lecture un peu plus contrariée aussi (syntaxe et coupures dans les phrases ? même traducteur pourtant ou moment de lecture différent ?) mais j'accroche et je retrouve mon rythme de lecteur et ça m'intéresse, et j'aime bien ce sens du banal pas si banal, et le sens de l'humour...

Sinclair c'est un type, même si c'est son métier, qui vous raconte le trottoir purement décoratif qui ne mène que vers des haies d'épines mais ne vous oublie pas le monde qui d'avant, d'à côté et qui passe quand même parce qu'un trottoir après tout ça peut servir ?

_________________
Je suis snob, j'ai lu un Mickey Spillane.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Iain Sinclair   

Revenir en haut Aller en bas
 
Iain Sinclair
Revenir en haut 
Page 2 sur 2Aller à la page : Précédent  1, 2
 Sujets similaires
-
» (M/LIBRE) IAIN GLEN ›› let me give you my life.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres… parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature de culture anglaise et (ou) gaëlique (par auteur ou fils spécifiques)-
Sauter vers: